La Symphonie en si bémol mineur (op. 113, sous-titrée Babi Yar) de Dmitri Chostakovitch, pour voix basse, chœur d'hommes et orchestre, fut créée le à Moscou par l'Orchestre philharmonique de Moscou et le chœur de l'Institut Gnessine sous la direction de Kirill Kondrachine (après que Evgeni Mravinski eut refusé de diriger l'œuvre). Le soliste était Vitali Gromadski.

Structure

L'œuvre est composée de cinq mouvements : Adagio : Babi Yar Allegretto : Humour Adagio : Au magasin Largo : Peurs Allegretto : Une carrière

Fiche technique Titre : Symphonie en si bémol mineur, op. 113 Sous-titre : Babi Yar Composition : 1962 Création : par l'Orchestre philharmonique de Moscou et le chœur de l'Institut Gnessin avec Vitali Gromadski sous la direction de Kirill Kondrachine

Orchestration Instrumentation de la Symphonie n° 13Cordespremiers violons, seconds violons, altos, violoncelles, contrebasses, 2-4 harpes BoisPetite flûte,

2 flûtes

3 hautbois (le troisième jouant aussi du cor anglais)

3 clarinettes si bémol (la troisième jouant aussi de la petite clarinette en mi bémol et de la clarinette basse en si bémol),

3 bassons (le troisième jouant aussi du contrebasson)Cuivres4 cors en fa,

3 trompettes en si bémol,

3 trombones,

tubaPercussions timbales, triangle, castagnettes, wood-block, tambour de basque, caisse claire, cymbales, fouet, grosse caisse, tam-tam, cloche, glockenspiel, xylophone, célesta, piano

Histoire Composition La symphonie présente des poèmes de Evgueni Evtouchenko sur le massacre de Babi Yar et autres violences antisémites, y compris l'affaire Dreyfus, le Pogrom de Bialystok et la vie d'Anne Frank, ainsi que d'autres textes. La symphonie fut composée alors que régnait la censure en Union soviétique et Nikita Khrouchtchev menaça de stopper l'exécution de l'œuvre. La création eut bien lieu, mais dans des conditions dramatiques, et en 1965 Evtouchenko fut contraint de réécrire la première strophe de son poème pour proclamer que des Russes et des Ukrainiens non juifs avaient péri aux côtés des juifs à Babi Yar. La partition avec le texte original a été à nouveau publiée en 1970.

Chostakovitch aurait avoué à Edison Denisov qu'il a toujours détesté l'antisémitisme. A propos du massacre de Babi Yar et de la place des juifs dans l'Union soviétique, il aurait confié à son ami Solomon Volkov :... Il serait temps que les juifs puissent vivre heureux et en paix là où ils sont nés : en Russie. On ne devrait jamais oublier la dangerosité de l'antisémitisme, et nous devrions continuer à faire de la prévention, parce que cette infection est toujours en vie, et qui sait si un jour elle disparaîtra.

C'est d'ailleurs pourquoi j'ai été réjoui, lorsque j'ai lu le texte de Babi Yar : le poème m'a surpris. Et il a surpris des milliers de gens : beaucoup avaient entendu parler de Babi Yar, mais c'est avec le texte, écrit par Evtouchenko, qu'ils s'en sont vraiment rendu compte. Beaucoup avaient essayé de détruire la mémoire de Babi Yar, d'abord les Allemands eux-mêmes, puis le gouvernement ukrainien ; mais ce texte est devenu une preuve même que ce qui s'est passé à Babi Yar ne sera jamais oublié. Voilà une preuve de la puissance de l'art.

Les gens savaient ce qu'il s'était produit à Babi Yar, même avant le poème de Evtouchenko, mais ils ont décidé de se taire. Le texte de cette symphonie a brisé le silence. L'art détruit le silence.La création de l'œuvre fut mouvementée : Mravinsky ayant, à la surprise générale, refusé de diriger la première, c'est Kirill Kondrachine qui le remplace, alors qu'il a créé la Quatrième Symphonie du même Chostakovitch peu de temps auparavant (cette symphonie écrite en 1936 ne fut créée qu'en 1961, pour des raisons d'exécution et de son contenu difficilement tolérable par les autorités). Deux basses étaient pressenties pour chanter la partie soliste : Alexandre Vedernikov et Boris Gmyria. Le premier refuse, et le second accepte. Mais le jour de la générale, Gmyria reçoit l'ordre de quitter les répétitions, du fait qu'il est demandé au Bolchoï de toute urgence. Kondrachine s'emporte, car il sait que le Bolchoï compte suffisamment de basses pour se passer de Gmyria. Il se résout à engager la doublure, Vitaly Gromadsky. Après plusieurs recherches, on le trouve et la générale peut continuer. Le soir même, la tension est palpable, l'orchestre joue la symphonie Jupiter de Mozart en première partie. Lorsque chœur, soliste et chef arrivent sur scène et prononcent les premiers vers de Babi Yar, le public est frappé de plein fouet. À la fin de la symphonie, le succès est énorme et le public acclame le compositeur timidement assis dans le parterre d'orchestre. version originale version remaniée

Création et réception

Analyse L'œuvre est fortement influencée par Mahler et Moussorgski.

Mouvements

La symphonie se compose de cinq mouvements. Babi Yar : Adagio (15–18 minutes)

Dans ce mouvement, Chostakovitch et Ievtouchenko transforment le massacre de 1941 perpétré par les nazis contre les Juifs à Babi Yar, près de Kiev, en une dénonciation de l’antisémitisme sous toutes ses formes. (Bien qu’aucun monument n’ait été érigé à Babi Yar par le gouvernement soviétique, le lieu devint néanmoins un site de pèlerinage pour les Juifs soviétiques.) Chostakovitch met le poème en musique comme une série d’épisodes théâtraux — l’affaire Dreyfus, le pogrom de Białystok et l’histoire d’Anne Frank — interludes développés autour du thème principal du poème, conférant au mouvement la structure dramatique et l’imagerie théâtrale de l’opéra tout en recourant à une illustration graphique et à un figuralisme expressif (madrigal). Par exemple, la moquerie à l’égard de Dreyfus emprisonné, lorsqu’on lui enfonce des parapluies à travers les barreaux de sa cellule, peut être évoquée par une paire accentuée de croches aux cuivres, tandis que la montée de la menace dans l’épisode d’Anne Frank culmine dans l’image musicale de la porte enfoncée de la cachette des Frank, soulignant la traque de cette familleWilson, 401..

Humour : Allegretto (8–9 minutes)

Chostakovitch cite le troisième de ses Six Romances sur des vers de poètes britanniques, op. 62 (Robert Burns, « ») The World Burns Club., afin de colorer l’imagerie de Ievtouchenko évoquant l’esprit de dérision, sans cesse assassiné et sans cesse ressuscitéMacDonald, 231., dénonçant les vaines tentatives des tyrans d’enchaîner l’esprit et l’esprit critique. Le mouvement constitue un geste mahlérien burlesque et moqueur, non pas simplement léger ou humoristique, mais spirituel, satirique et parodiqueBlokker, 138..

Au magasin : Adagio (10–13 minutes)

Ce mouvement évoque les difficultés des femmes soviétiques faisant la queue dans un magasin. Cela suscite chez Chostakovitch une compassion non moindre que celle provoquée par les préjugés raciaux et la violence gratuite. Écrit sous la forme d’une lamentation, le chœur quitte sa ligne à l’unisson dans les deux accords harmonisés conclusifs — et cela pour la seule fois de toute la symphonie — s’achevant sur une cadence plagale fonctionnant à peu près comme un amen liturgique.

Les Peurs : Largo (11–13 minutes) Ce mouvement aborde le thème de la répression en Union soviétique et constitue, sur le plan musical, le plus élaboré des cinq mouvements de la symphonie, utilisant une variété d’idées pour souligner son message, depuis une marche colérique jusqu’à l’alternance d’épisodes doux et violentsBlokker, 140..

L’ambiguïté harmonique instille un profond sentiment de malaise tandis que le chœur entonne les premiers vers du poème : « Les peurs s’éteignent en Russie. » (« Умирают в России страхи. »)Tel que cité dans Wilson, 401. Chostakovitch ne rompt cette atmosphère qu’en réponse aux vers d’agitprop de Ievtouchenko : « Nous n’avions pas peur / de travailler aux constructions dans les blizzards / ni d’aller au combat sous les obus » (« Не боялись мы строить в метели, / уходить под снарядами в бой, ») en parodiant la chanson de marche soviétique Smelo tovarishchi v nogu (« Courageusement, camarades, marchons au pas »).

Carrière : Allegretto (11–13 minutes) Bien que ce mouvement s’ouvre sur un duo pastoral de flûtes au-dessus d’une basse en pédale en Si bémol, produisant l’effet musical d’un rayon de soleil après la tempêteWilson, 402., il constitue une attaque ironique contre les bureaucrates, évoquant l’intérêt personnel cynique et une unanimité robotique, tout en rendant également hommage à la créativité authentiqueMaes, 366.. Le soliste se place sur un pied d’égalité avec le chœur, des commentaires sarcastiques étant assurés par le basson et d’autres instruments à vent, ainsi que par des grincements insolents des trompettes. Il recourt également davantage que les autres mouvements à des passages purement orchestraux servant de liens entre les interventions vocales.

Discographie sélective Direction Orchestre Soliste Enregistrement Label Note Jansons Orchestre symphonique de la Radiodiffusion bavaroise janvier 2005 EMI BarshaiOrchestre symphonique de la WDR de Cologne11-Brilliant Classics Rostropovitch Orchestre symphonique de Washington Nicola Ghiuselev Erato RojdestvenskiGennady Rozhdestvensky, le dernier des géants par Pierre-Jean Tribot (février 2012) sur resmusica.com. Orchestre symphonique de l'URSS Anatoli Safiulin 1985 MelodiyaLors de sa sortie ce disque a été distingué d'un « 10 » dans le magazine Répertoire . Haitink Chœur et Orchestre royal du Concertgebouw Marius Rintzler 1984 Decca KondrachineOrchestre symphonique de la Radiodiffusion bavaroiseJhon Shirley-Quirk18-PhilipsConcert Previn Orchestre symphonique de Londres Dimiter Petkov 5- EMI KondrachineOrchestre philharmonique de MoscouArthur EisenMelodiyaEnregistrement officiel Kondrachine Orchestre philharmonique de Moscou Gromadsky Russian Disc/Praga Concert de création

Notes et références

Articles connexes Liste des œuvres de Dmitri Chostakovitch Liste de symphonies chorales Massacre de Babi Yar

Liens externes

Anniversaries : Dmitri Shostakovich Born 110 Years Ago

Chostakovitch Dmitri, symphonie n° 13 Chostakovitch 13 Catégorie:Musique symphonique avec chant Catégorie:1962 en Union soviétique Catégorie:Décembre 1962 Catégorie:Mémoire de la Shoah Catégorie:Œuvre musicale composée en 1957