En psychiatrie, un cauchemar est selon le DSM-4 un rêve long, élaboré et effrayant provoquant un réveil complet et une détresse marquée. Le réveil est accompagné d'une forte émotion négative (horreur, peur ou anxiété, et parfois tristesse voire désespoir). Il contient souvent une situation de grand danger, source de terreur et de mal-être psychologiques ou physiques. Le rêveur peut avoir du mal à retrouver le sommeil durant un certain temps. Dans le DSM-5 (2013), le cauchemar est redéfini dans la section “Nightmare Disorder” comme (American Psychiatric Association, DSM‑5, 2013).. Le cauchemar affecte de manière handicapante 2 % à 5 % de la population générale, mais environ 30 % des patients psychiatriques suivis en ambulatoire.

La médecine parle aussi de trouble du cauchemar quand la fréquence et l'intensité des cauchemars altèrent le bien-être général et le fonctionnement diurne ; il concerne surtout les enfants : 3 à 6 % d'entre eux dans la population générale, et 10 à 12 % dans les échantillons cliniques.

Étymologie Française « Cauchemar » dérive de cauquemaire, utilisé au . Il est formé de caucher et de mareJacqueline Picoche Dictionnaire Etymologique du Français Dictionnaire LE ROBERT 1994 . Caucher dérive de cauchier (« presser »), qui est un probable croisement entre l'ancien français chauchier (« fouler », « presser ») , le latin calcare (« talonner », « fouler aux pieds »), et la forme picarde cauquer.. Mare provient du mot picard mare, emprunté au moyen néerlandais mare (« fantôme »), avec le même sens en allemand et en anglais. La mara ou mare est un type de spectre femelle malveillant dans le folklore scandinave« Mara » est le terme norrois et suédois, « Mare » est norvégien et danois. En norvégien et en danois, le mot mareritt ou mareridt ou encore mareride (en suédois mardröm, rêve de mar, en anglais « nightmare », jument de la nuit…) signifie « cauchemar ».

« Cauchemar » a eu une orthographe différente en fonction des localités et des époques : « cochemare » 1694, « cochemar » 1718, « cauchemare », « cauquemare » (Picardie), cauquevieille (Lyon), « chauchi-vieilli » (Isère), « chauche-vieille » (Rhône), « chaouche-vielio » (Languedoc), « cauquemare », « quauquemaire » (sorcière), « cochemar ».

Mare pourrait également signifier « jument ». Cette autre signification possible de mare est renforcée par l'association du cheval dans la mythologie populaire des cauchemars. Cauchemar, en anglais Nightmare, est souvent traduit « cavalcade » ou « jument de la nuit ». De plus, le mot allemand moderne Mähre signifie jument et est très proche du mot Mahr qui signifie cauchemar. L'étymologie du mot cauchemar n'est donc pas simple. L'explication de la jument est compatible avec l'analyse de la racine indo-européenne MAR selon Ernest Jones.

Selon Louis Dubosquet (1815), le mot allemand nachtmaar signifie cheval de nuit ; le mot anglais night-mare signifie vieille cavale de nuit ; en hollandais et en flamand nacht-merrie signifie vieille cavale de nuit; en polonais mara signifie la cavale. Selon Dubosquet, le mot cauchemar lui-même vient des mots calca (basse latinité, pour calcatio = action de fouler) et mar, adouci du celtique march (cheval).

La définition et les caractéristiques communes du cauchemar, en fonction des sources et des époques sont celles d'une oppression sur la poitrine ou l'estomac, pendant le sommeil, et parfois, par extension, un rêve effrayant. Les caractères divergents et l'attribution des causes du cauchemar sont étudiés plus bas.

Incubus En latin, il n'existe pas de terme pour désigner le cauchemar. Par contre, il existe le terme incubus qui se traduit par « couché sur ». Le mot « incube » apparaît vers 1372selon Bloch et Wartburg Dictionnaire étymologique de la langue française - Paris 1932.

Le terme incube est à l'origine utilisé spécialement par le monde ecclésiastique. Il désigne un démon de sexe masculin qui a des relations sexuelles avec les femmes endormiesAu , Martín Antonio Delrío appelle cette créature incubus morbus et dit que c'est un démon dépuceleur. Voir Histoire des Vampires Première Partie - Des Vampires Anciens. Cette notion est en rapport direct avec Genèse VI, 1-14, dont saint Augustin a fait un commentaire dans La Cité de Dieu. Ce commentaire a d'ailleurs été repris pendant l'Inquisition par Henri Institoris et Jacques Sprenger dans le Malleus Maleficarum, traité d'Inquisition en 1486Par fils de Dieu il faut entendre les fils de Seth et par fille des hommes les fils de Caïn. Il n'est pas incroyable que ces sortes d'hommes, les géants, aient été procrées non par des hommes mais par quelques démons malhonnêtes avec les femmes. Même après le déluge existèrent des hommes et des femmes d'une incroyable beauté.. Ce thème de l'enfantement à partir des anges ou des démons n'est pas le seul : il en est question dans le Livre d'Hénoch - chapitre 7, dans l'ouvrage de Balthazar Bekker en 1694pendant 130 ans qu'Adam s'abstint du commerce de sa femme, il vint des diablesses vers lui (succube, pendant féminin de l'incube), qui en devinrent grosses, qui accouchèrent de diables, d'esprits, de spectres nocturnes, de fantômes. L'incube a une connotation sexuelle très forte. Mais le produit de ces unions est tout aussi importantDans son ouvrage le cauchemar, Ernest Jones attribue aux fruits des relations entre mortels et êtres surnaturels des personnages renommés tels que Robert, père de Guillaume le Conquérant, Luther, Merlin (issu d'un Incube et d'une nonne, fille de Charlemagne), César, Alexandre le Grand, Platon, Scipion l'Africain, et toute la race des Huns. Il cite Peter Sinistrari qui, au soutenait que les incubes n'étaient pas des démons mais des êtres intermédiaires entre les hommes et les anges.

Des considérations théologiques, le terme incube est passé dans le domaine médical progressivement, pour désigner le cauchemar : (Dictionnaire de Furetière, édition 1690). En italien, le même mot souvent employé au pluriel désigne les cauchemars dans le langage quotidien.

Et encore Martín Antonio Delrío au , en parlant des incubes, succubes et démons : De même pour Ambroise ParéLes médecins tiennent que incubus est un mal où une personne pense être opprimée ou suffoquer de quelques charges pesantes… que c'est une vieille qui charge et comprime le corps. C'est Louis Dubosquet en 1815 qui va s'attacher, dans sa thèse de médecine, à faire remplacer le terme incubus par cauchemar, et à sa suite, les dictionnaires de médecine utiliseront cauchemarFrénésie , Coche-mare, Histoire Psychiatrie Psychanalyse 1987. En Côte d'Ivoire, il existe une croyance en des femmes de nuit ou maris de nuit. Selon cette croyance, une de ces entités peut hanter les rêves d'une personne jusqu'à l'empêcher de ressentir des sentiments pour des personnes de chair et d'os. Cette croyance est notamment évoquée dans le cadre d'un couple pour justifier la perte d'intérêt d'un conjoint pour l'autre.

Éphialtès

Hippocrate employait le terme pour désigner le cauchemar. C'est lui qui décrit le premier les manifestations du cauchemar. Ce terme est désigné dans le sens d'une description médicale plutôt que dans celle d'une superstition. Il sera repris par Oribase (), Macrobe (400), Caelius Aurélianus, Aétius () et Paul d'Égine. Les descriptions du cauchemar par les Grecs correspondent à ce qui a été décrit sous le terme déphialtès. Celui-ci sera abandonné en France au Moyen Âge, bien que, curieusement, le médecin et botaniste français François Boissier de Sauvages de Lacroix (1706-1767) l'utilise à nouveau. En revanche, le terme en question restera dans la littérature médicale en langue allemande jusqu'à la fin du .

L'étymologie déphialtès est donc « se jeter, sur », mais à la différence d'incubus, elle exprime plus l'agression violente. Ceci est d'ailleurs conforme à la mythologie grecque. Il existe deux Géants du nom d'Éphialtès : celui de première génération : Éphialtès fils de Gaïa. Robert GravesRobert Graves Les mythes grecs raconte que, pour venir à bout des Géants, il existe une plante nommée ephialtion (qu'aucun mythographe ne cite) qui est . Dans la légende de la mort de Porphyrion et de Pallas, deux autres Géants de première génération, c'est toujours Héraclès qui donne le coup fatal. Selon Graves, c'est donc Héraclès qu'on invoque et celui appartenant aux Géants tardifs : Éphialtès fils de Poséidon, frère jumeau et aîné d'Otos. Toujours pour Robert Graves, les frères jumeaux, .

Incidence dans la population Le cauchemar touche de manière handicapante 2 % à 5 % de la population générale, mais de manière disproportionnée environ 30 % des patients psychiatriques traités en ambulatoires..

Intensité d'un cauchemar (psychométrie)

Chez les personnes avec un syndrome de stress post-traumatique (SSPT), l’un des symptômes les plus courants de troubles du sommeil est le cauchemar récidivant, qui a dans ces cas une prévalence auto-déclarée allant de 52 à 96 %, les taux les plus élevés étant trouvés chez ceux qui présentent conjointement un trouble paniqueT.C. Neylan, C.R. Marmar, T.J. Metzler, D.S. Weiss, D.F. Zatzick, K.L. Delucchi, R.M. Wu, F.B (1998) Schoenfeld Sleep disturbances in the Vietnam generation: Findings from a nationally representative sample of male Vietnam Veterans American Journal of Psychiatry, 155 (7), pp. 929-933.. En outre, selon Miles et al. (2022), l'intensité des cauchemars semble associée à la gravité des symptômes du SSPTS.R. Miles, K.E. Pruiksma, D. Slavish, J.R. Dietch, S. Wardle-Pinkston, B.T. Litz, …, D.J. Taylor (2022) Sleep disturbances in the Vietnam generation: Findings from a nationally representative sample of male Vietnam Veterans J. Clin. Sleep Med., 18 (6) , pp. 1617-1627.

En 1999, Agargun et ses collègues ont proposé une échelle d'anxiété de rêve (Van Dream Anxiety Scale), afin de fournir des mesures subjectives de l'anxiété onirique chez les personnes souffrant de cauchemars.

Une autre échelle (Nightmare Disorder Index), plus récente et reliée aux critères du DSM-5 de 2013 existe. Elle a notamment été testée au sein d'un panel de 460 infirmières (un métier à haut risque de cauchemars, en raison notamment d'une proximité avec les blessures, la mort et la souffrance, comme chez les anciens combattants) ; cette étude a confirmé la validité de l'échelle, ainsi que des taux élevés de cauchemars et une prévalence accrue de troubles associés (syndrome de stress post-traumatique (SSPT) ; et autres formes de stress ; dépression ; anxiété), affectant négativement le fonctionnement psychosocial chez les infirmières les plus touchées. Les auteurs ont à cette occasion recommandé un dépistage accru des troubles liés aux cauchemars dans les populations à haut risque professionnel..

Le Disturbing Dream and Nightmare Severity Index (DDNSI) repose sur un facteur unique et constitue une mesure valide de la fréquence et de la détresse liées aux cauchemars, en restant stable selon le sexe et l'origine ethnique ou culturelle, fournissant ainsi une base psychométrique solide pour son utilisation en recherche et en clinique. Ses cinq items mesurent tous la même dimension psychologique (sévérité des cauchemars évaluée par la fréquence et l'intensité de la détresse au réveil)..

Une autre échelle (Insomnia Severity Index), complémentaire, porte sur le degré de sévérité des insomnies (qui peuvent faire suite aux cauchemars, mais ont aussi de nombreuses autres causes possibles). Les qualités psychométriques de cette échelle ont été validées en 2021 par Boysan et al.Boysan et al. (2021). Psychometric properties of the Insomnia Severity Index in Turkish sample. Alpha Psychiatry, 11(3), 248-252. et par une méta-analyse basée sur 33 études (totalisant 29 688 participants)..