vignette|redresse=1.4|, un célèbre vaisseau fantôme, par Charles Temple Dix (vers 1860). vignette|redresse=1.4| par George Grie (2006).
Un vaisseau fantôme est un navire maudit qui, selon une légende, est condamné à errer sur les océans, conduit par un équipage de squelettes et de fantômes, tel le légendaire Hollandais volant. Il peut aussi s'agir de l'apparition spectrale d'un navire disparu ou naufragé dans des circonstances particulièrement tragiques.
Par extension, en référence à ces légendes, on donne également le nom de vaisseaux fantômes aux épaves retrouvées en mer avec leur équipage mort ou disparu, parfois inexplicablement, dont le plus célèbre exemple est le brick Mary Celeste.
Les bateaux des morts L'association d'une barque ou d'un navire avec les trépassés est très ancienne. Il semble que la nécessité d'un passage en bateau pour rejoindre le royaume des morts soit un thème quasi universel dans l'antiquité. Dans l'Égypte antique, la barque Mésektet traversait la nuit le royaume souterrain des morts pour permettre à Rê, le dieu du disque solaire, de réapparaître à l'aube. De même, la barque du Passeur (Mekhenet) permettait aux défunts de franchir un cours d'eau pour gagner un lieu paradisiaque. Dans la mythologie grecque, Charon avait pour rôle de faire traverser le fleuve des enfers, Achéron ou Styx, aux défunts afin qu'ils rejoignent le séjour des morts. Une croyance répandue dans un grand nombre de pays voudrait qu'une âme désincarnée ne puisse franchir une étendue d'eau sans une barque ou un pontPaul Sébillot, Le folklore de France, T2, Guilmoto, 1905, ..
Selon l'historien byzantin du Procope de Césarée :
Plusieurs traditions sur ce thème ont longtemps perduré en Bretagne, qu'il s'agisse de la Lestr an Anaon, du Bag er Maru (barque des morts), du Bag noz (bateau de nuit) dont le capitaine est le premier (ou le dernier) mort de l'année, ou du navire immense qui circulait la nuit dans le golfe du Morbihan, condamné à errer jusqu'à la fin des temps avec à son bord les âmes des pires criminelsJean Markale, Les mystères de l'après vie, Pygmalion, 1998, p. 59.Daniel Cohen, Encyclopédie des fantômes, Robert Laffont, 1991, .. On retrouve pareillement un peu partout en Europe des histoires de gigantesques navires errants qui servent de paradis aux marins morts. Ce sont le en IrlandeCatharina Jolicoeu, Le vaisseau fantôme: légende étiologique, Laval (Québec), p. 23., le en Angleterre, le Refanu dans le nord de l'Europe, le Chasse-Foudre. et le Galipétant en FranceRobert de La Croix, Vaisseaux fantômes et épaves errantes, Famot, Genève, 1982 ., ainsi que la Patte-Luzerne qui fréquentait surtout la côte méditerranéennePaul Sénéquier, Revue des traditions populaires, T12 7, juillet 1897 Lien Gallica.. Nul ne sait si ces légendes d'embarcations transportant des morts sont à l'origine du mythe des vaisseaux fantômes, mais l'association entre bateaux et défunts préexistait dans les esprits.
Les vaisseaux fantômes légendaires vignette|redresse=1.1|La transmission des légendes par les marins.
Les légendes de vaisseaux fantômes sont extrêmement répandues même si la modernité paraît leur avoir porté un coup fatal. Une centaine a été recenséeXavier Yvanoff, Histoire de revenants - Les temps modernes, JMG, 2007, :
Le Hollandais volant
vignette|redresse=1.1| par Albert Pinkham RyderLe plus célèbre des vaisseaux fantômes est le Hollandais volant, jadis appelé quelquefois Le voltigeur hollandais, également connu sous les noms anglais Archibald Philip Primrose (comte de Rosebery), Napoléon, la dernière phase, Hachette, Paris, 1901 () Lien Gallica. ou allemand , ce dernier étant le titre original du premier des dix opéras majeurs. de Richard Wagner.
Il existe plusieurs versions de cette légende, la plus répandue est que le capitaine de ce brick fut assassiné par son équipage mais qu'il eut toutefois le temps de le maudire. Peu de temps après, la peste se déclara à son bord et le navire fut rejeté de tous les ports où il tenta d'accoster, par peur de la contagion. Il commença alors à errer sans fin sur les mers :
On raconte aussi que, voulant passer le cap de Bonne-Espérance, le capitaine aurait signé un pacte avec le Diable. N'ayant lu le contrat, il fut condamné à franchir ce cap jusqu'à la nuit des temps.
Le vaisseau fantôme de la Baie des Chaleurs
vignette|redresse=1.1|Carte de la baie des Chaleurs.
La baie des Chaleurs est un bras du golfe du Saint-Laurent au Canada. Au , lorsqu'un navire voulait entrer dans la baie, pour venir commercer avec un des nombreux villages indiens, il hissait un drapeau pour demander la venue d'un pilote pour le guider. Il s'agissait généralement de pirates, dont un des plus célèbres était le capitaine Craig. Cette assistance était indispensable autant pour entrer que pour ressortir de la baie..
Un jour où le capitaine Craig avait demandé l'assistance d'un pilote pour guider sa sortie, celui-ci, une fois à bord entendit des cris. Sous la menace d'être balancé à la mer par le pilote doté d'une carrure impressionnante, le pirate accepta de jeter l'ancre. Le pilote découvrit alors deux jeunes indiennes qui avaient été enlevées et qu'il s'empressa de libérer et ramener à terre. Une fois hors de danger, elles conjurèrent leur sauveteur de ne pas retourner sur le navire parce qu'elles pressentaient une catastrophe. Peu crédule, le pilote retourna à bord, mais une vague projeta effectivement le bateau sur les rochers. L'équipage fut tué sur le coup, Craig et son premier lieutenant se noyèrent, seul le pilote en réchappa. Le soir même, par un temps calme mais orageux, des témoins virent glisser sur la baie une boule de feu qui prit la forme du navire de Craig. Le même phénomène se serait reproduit à plusieurs reprises, mais toujours par un temps identique..
Le spectre du Saguenay vignette|redresse=1.1|La rivière Saguenay.
Certains vaisseaux fantômes s'aventurent sur les rivières. Ainsi une ancienne légende québécoise concerne l'âme en peine du seigneur de Roberval, premier vice-roi du Québec, qui naviguerait la nuit sur la rivière Saguenay, un affluent du fleuve Saint-Laurent au Québec. Roberval est supposé avoir disparu avec son bateau en partant à la recherche du mythique royaume de Saguenay. Cependant, il revint vivant de son exploration et mourut à Paris en 1560.
Le Caleuche
Le Caleuche est un vaisseau fantôme appartenant au folklore de l'archipel des îles Chiloé au Chili. Son apparence la plus fréquente est celle d'un grand bateau blanc illuminé d'où proviennent les échos d'une musique de fête et qui peut disparaître rapidement sous les eaux. Selon la légende, il s'agirait de la dernière demeure des personnes noyées en mer. Une de ses caractéristiques est de changer continuellement d'aspect, ce qui lui a valu son nom, Caleuche venant de Kaleuntun en Mapudungun, qui signifie se transformer, changer de peauDominique Auzias, Jean-Paul Labourdette. Chili, île de Pâques, Patagonie, Nouvelles éditions de l'université - Le Petit Futé, 2004 . Il est parfois considéré comme un repaire pour les sorciers et les démons locaux. Sa rencontre en mer est interprétée comme un très mauvais présage.
Il n'existe aucun accord sur l'origine de cette légende. Il pourrait s'agir d'une adaptation locale des croyances européennes concernant les barques des morts, les vaisseaux fantômes et le célèbre Hollandais volant. Toutefois, il pourrait tout aussi s'agir d'élucubrations à partir de faits réels tels que la disparition du navire hollandais « Calanche », de l'occupation temporaire de l'île par le corsaire hollandais Baltazar de Cordes ou d'une pure invention destinée à masquer des opérations de contrebandeJacques Soustelle, Folklore chilien, collection ibéro-américaine, Institut international de coopération intellectuelle, 1938Robert de La Croix, Histoire secrète des océans, Ancre de Marine, 1998.
Le Princess Augusta (1738) vignette|redresse=0.9|Les falaises de Block Island.
Le Princess Augusta est un navire dont deux voyages sont connus, de Rotterdam vers Philadelphie, réalisés en 1736 et 1738Il est possible qu'un troisième voyage ait eu lieu en 1737 mais il n'en existe aucune trace connue. Les passagers d'origine germanique qu'il transportait étaient supposés venir du Palatinat et appelés « Palatines » par les autorités anglaises de la colonie de Pennsylvanie « Palatine immigration ships » (consulté le 22 juin 2008).D'où le nom de « Palatine » qui est parfois donné abusivement au navire..
En 1738, son dernier voyage s'est terminé tragiquement par un naufrage au large de l'île américaine de , près de . Il existe deux versions des raisons de ce sinistre. La première relate que le capitaine , inexpérimenté, aurait égaré son navire, que l'équipage aurait racketté les passagers, des querelles s'en seraient suivies et le naufrage aurait eu lieu au cours d'une violente tempête.
La seconde version est que les habitants de l'île auraient allumé des feux pour tromper le capitaine et provoquer le naufrage. C'est cette dernière hypothèse qui a inspiré à John Greenleaf Whittier un poème intitulé « L'œuvre de John Greenleaf Whittier sur Questia » (consulté le 27 décembre 2009).. Le est devenu ensuite un vaisseau fantôme célèbre aux États-Unis, qui pourrait être vu apparaissant en feu entre Noël et jour de l'an, ou avant une tempête. En 1879, un vieil habitant de l'île nommé Benjamin Corydon, prétendit avoir vu huit ou neuf fois son apparition. La dernière daterait de 1969Collectif, Les lieux hantés, Amsterdam, Editions Time-Life, 1989, ..
Le Lady Lovibond (1748)
Le Lady Lovibond (ou Lady Luvibond) est une goélette fantôme légendaire qui aurait coulé au large de la côte du Kent au Sud-Est de l'Angleterre, le sur les sables de Goodwin (site très fertile en histoires de vaisseaux fantômes : paquebot SS Montrose, Shrewsbury).
D'après la légende, le capitaine venait de se marier et réalisait une croisière avec sa nouvelle femme en direction du Portugal. Le premier officier aurait précipité le navire sur les bancs de sable par jalousie afin de détruire navire et occupants car il était secrètement amoureux de l'épouse du capitaine, qui ne le lui rendait pas. Le bateau réapparaîtrait tous les cinquante ans à l'endroit où il aurait sombré.
Le Yarmouth (1812) vignette|redresse=1.1|Le port de Yarmouth en 1913.
Le Yarmouth était un deux-mâts carré de , construit en 1811 dans la ville éponyme de Yarmouth en Nouvelle-Écosse au Canada. En 1812, son premier voyage était destiné à livrer une cargaison de poisson salé et de bois de charpente aux Antilles.
Il avait à son bord, outre Randall McDonald le propriétaire, son épouse Rebecca et neuf hommes d'équipage. Une lettre expédiée des Antilles informe qu'il était arrivé à bon port et serait de retour quelques semaines plus tard. Il a été vainement attendu et il devint évident que le Yarmouth avait disparu en mer pendant son trajet de retour.
Lorsqu'un an plus tard, des témoins stupéfaits virent arriver le bateau toutes voiles dehors dans le port, abaisser son mat et jeter l'ancre. Ne voyant personne se manifester à son bord pour descendre à terre, quelques hommes s'approchèrent avec une barque. Ils racontèrent avoir entendu le capitaine McDonald leur crier de rester à distance, puis le bateau disparut brusquement, les laissant totalement abasourdis. L'année suivante, à la même période, un scénario identique se répéta, et il en fut de même pendant 60 ans, l'apparition devenant de plus en plus faible, jusqu'à finalement disparaître totalement en 1872.Le fait que le retour spectaculaire - et répétitif - du n'ait été relaté par la presse qu'au bout de 42 ans, le , dans une édition du , ne plaide pas en faveur de l'authenticité de cette apparition..
La vision de l’Inconstant (1861) vignette|redresse=0.9|Apparition d'un vaisseau fantôme au loin.