Le très honorable ordre du Bain (en anglais : ) est le troisième ordre de chevalerie britannique dans l'ordre de préséance. Il est principalement décerné aux militaires ainsi qu'à certains fonctionnaires de haut rang.Statuts de 1925, articles 8–12.. L'ordre a été fondé par le roi George de Grande-Bretagne, le Par lettre patente, citée dans les statuts de 1725, bien que Risk parle du .. Son nom provient de la cérémonie médiévale d'adoubement qui comportait un bain, symbolisant la purification, après lequel le récipiendaire devenait « chevalier du Bain ».

Ce rituel a été initialement institué en 1399, par Henri IV d'Angleterre, lorsque ses 36 écuyers ont pris un bain en sa compagnie, après avoir veillé toute la nuit qui précédait son sacre. Ce n'est cependant qu'avec George que les chevaliers furent élevés en ordre militaire régulier. L'ordre n'avait jamais réellement existé précédemment en tant que corps de chevaliers gouverné par des statuts et avec un nombre fixe de chevaliers, en référence à John Anstis, affirme : « Il a été bien inspiré de redonner vie à l'association de la chevalerie avec un nom ancien, mais en les liant comme jamais auparavant, à un ordre ou une compagnie de chevaliers. » affirme : « Il est difficile d'affirmer qu'un ordre ait été constitué à proprement parler dans les siècles [qui précèdent le règne de Charles II] »..

À l'origine, l'ordre s'appelait le « très honorable ordre militaire du Bain » (). Le terme « militaire » a été supprimé par la reine Victoria en 1847Par une lettre patente datant du , citée dans les statuts de 1847..

Histoire Les chevaliers du Bain

vignette|Peinture d'Edmund Leighton, montrant l'accolade reçue par le chevalier.

Au Moyen Âge, la chevalerie était souvent associée à des cérémonies élaborées. Elles impliquaient généralement la prise d'un bain rituel et symbolique, pendant lequel le récipiendaire était instruit des devoirs liés au statut de chevalier. Il était ensuite mis au lit afin de se sécher. Vêtu d'une robe spéciale, il était ensuite mené en musique à la chapelle où il passait la nuit à veiller. À l'aube, il se confessait et assistait à une messe, avant de se retirer pour dormir jusqu'au lever du soleil. Il était alors conduit devant le roi qui, après avoir ordonné à deux chevaliers d'attacher les éperons sur les talons du nouveau chevalier, passait une ceinture autour de sa taille avant de lui donner un coup sur la nuque (avec sa main, ou avec une épée) faisant de lui un chevalier, cité par .. C'était cette accolade qui constituait l'acte essentiel de l'adoubement. Il existait également une cérémonie plus simple où le titre de chevalier était conféré juste en frappant ou en touchant le chevalier-en-devenir sur l'épaule, à l'aide d'une épée. On parlait alors de « chevalier d'épée » ou de « chevalier du tapis ». La cérémonie complète était habituellement réservée aux hommes provenant de familles éminentes.

Depuis le couronnement de Henri IV, en 1399, les cérémonies complètes étaient réservées pour les grandes occasions, telles que les couronnements, l'investiture du prince de Galles ou des ducs et les mariages royaux. Les chevaliers continuaient d'être adoubés par la cérémonie simplifiée. La dernière occasion au cours de laquelle des chevaliers du Bain ont été adoubés était le couronnement de Charles II en 1661..

Depuis 1625, ou peut-être depuis le règne de Jacques , les chevaliers du Bain avaient pour devise : (« Les trois réunis en un seul » en latin), et portaient un badge avec trois couronnes à l'intérieur d'un ovale en or massif. Ces deux références furent par la suite adoptées par l'ordre du Bain. Leur symbolique reste cependant obscure. Les « trois réunis en un » pourraient faire référence aux royaumes d'Angleterre, d'Écosse et, pour le troisième, la France ou l'Irlande, qui étaient des possessions (ou une revendication pour la France) des monarques britanniques. Cela pourrait correspondre aux trois couronnes du badgeL'usage plus récent de l'ordre n'est pas plus clair sur la signification. La présence de la rose, du chardon et du trèfle (respectivement, les symboles de l'Angleterre, de l’Écosse et de l'Irlande) dans la parure de l'ordre semble le corroborer. Le chardon n'a cependant été ajouté qu'au , probablement à la suite d'une suggestion de Sir Joseph Banks, qui avançait le fait que cet ajout pourrait renforcer la signification de la devise . Une autre explication des couronnes est fournie dans les statuts de 1725 : le blason qui apparaît sur le sceau de l'ordre est présenté comme étant celui du roi Arthur.. Une autre explication de la devise fait référence à la Sainte Trinité. Nicolas cite une source (avec scepticisme) qui affirme qu'avant Jacques , la devise était « Tria numina iuncta in uno » (« trois puissances/dieux en une »), mais depuis le règne de Jacques , le terme numina a été abandonné. La devise est alors comprise dans le sens « » (« trois royaumes réunis en un »), citant ..

Fondation de l’ordre

vignette|Sir Robert Walpole, le premier Premier ministre à s'être servi de l'ordre à des fins politiques.

Le premier à avoir modifié le fonctionnement de l'ordre fut John Anstis, le roi d'armes de l’ordre de la Jarretière, le plus haut poste héraldique d'Angleterre. Sir Anthony Wagner, un récent officier de la Jarretière, a décrit les motivations d'Anstis :

Au , l'usage des honneurs différait considérablement du système honorifique actuel dans lequel des centaines, voire des milliers, de personnes reçoivent chaque année des honneurs sur la base du mérite. À l'époque, les seuls honneurs disponibles étaient des pairies et des baronnies héréditaires, la chevalerie ainsi que l’ordre de la Jarretière (ou l’ordre du Chardon pour des Écossais), lesquels n'étaient pas attribués en grand nombre (la Jarretière et le Chardon sont limités respectivement à vingt-quatre et seize membres vivants). L'environnement politique était également très différent :

L'attrait du nouvel ordre pour Walpole résidait dans le fait qu'elle fournirait une source de telles faveurs pour renforcer sa position politiqueD'après les mots de son fils, Horace Walpole, , .. Étant d'accord avec la proposition de Walpole, George commissionna Anstis pour rédiger de nouveaux statuts pour l'ordre du Bain. Comme précisé précédemment, il adopta la devise et l'insigne utilisés par les chevaliers du Bain, ainsi que la couleur du ruban et du manteau, et la cérémonie d'intronisation. Le reste des statuts a été en grande majorité basé sur ceux de l'ordre de la Jarretière, dont il était officier (en tant que Roi des armes). L'ordre a été fondé par lettre patente visée par le « grand sceau », en date du , et les statuts ont été publiés la semaine suivanteStatuts de 1725..

À l'origine, l'ordre était composé du souverain, d'un chevalier principal (un prince de sang royal), d'un grand maître et de trente-cinq chevaliers-compagnonsStatuts de 1725, article 2.. L'ordre désignait sept officiers (voir ci-dessous), ce qui présentait une autre source de parrainage politique, puisqu'il s'agissait de sinécures à la disposition du grand maître et financées par les redevances des chevaliers. Malgré le fait que l'ordre était présenté comme un ordre militaire, très peu d'officiers militaires figuraient au rang des membres à sa création. Lors de la création de l'ordre, celui-ci pouvait être décomposé en catégories comme suit (certains pouvaient appartenir à plus d'une catégorie) : quatorze membres de la Chambre des communes, onze membres de la cour ou des sinécures royales, quatre diplomates, trois membres de la famille Walpole (dont le Premier ministre), trois officiers de la British Army ou de la Royal Navy, deux pairs irlandais et deux gentlemen-farmers nommés par la Cour.

vignette|L'amiral George Rodney (nommé chevalier-compagnon en 1780) portant le ruban et l'étoile de l'ordre.

La majorité des nouveaux chevaliers-compagnons ont été adoubés par le roi et investis avec leur ruban et leur insigne, le . Bien que les statuts prévoyaient que l'investiture des chevaliers se déroule lors d'une cérémonie médiévale complète, celle-ci n'a jamais été effectuée. D'ailleurs, il est probable qu'il n'en fut jamais question car les statuts d'origine contenaient une dispositionStatuts de 1725, article 6. Le même article qui déclare que : « [le grand maître doit] prendre un soin tout particulier que […] les anciens rituels attachés à cette chevalerie soient observés avec la plus grande exactitude ». permettant au grand maître d'éviter cette formalité pour le chevalier-compagnon. Les chevaliers d'origine ont ainsi été dispensés de toutes cérémonies médiévales à l'exception de celle de l'Initiation, qui s'est déroulée dans la chapelle de l'ordre, la chapelle de Henry VII dans l'abbaye de Westminster, le . Ceci a créé un précédent qui a, dès lors, été suivi jusqu'en 1812, après quoi l'Initiation fut également exemptable, jusqu'à sa réapparition au Aucune initiation ne s'est déroulée entre 1812 et le couronnement de George IV en 1821, date à laquelle l'ordre comprenait plus de membres que de stalles dans la chapelle. Afin de permettre aux chevaliers de porter leur collier lors du couronnement (ce qu'ils ne pouvaient théoriquement faire avant d'être initiés), ceux-ci en furent dispensés, ce qui créa un précédent. .. Les cérémonies sont cependant demeurées dans les statuts jusqu'en 1847.

Bien que les nominations initiales de l'ordre aient été en grande partie politiques, à partir des , les nominations ont été de plus en plus motivées par le mérite naval, militaire ou diplomatique. Ceci s'explique en partie par les conflits que la Grande-Bretagne a connus pendant cette période. La guerre d'indépendance espagnole a eu comme conséquence une telle recrudescence de candidats potentiels que les statuts durent être modifiés pour permettre la nomination de chevaliers supplémentaires en temps de guerre. Ceux-ci étaient donc en dehors du cadre fixant un nombre restreint de chevalier dans l'ordreStatut du , cité dans les statuts de 1847.. Un autre statut avait été émis quatre-vingts ans plus tôt, rendant obligatoire pour chaque chevalier de fournir et soutenir quatre hommes d'armes, en cas de besoin, pendant une période ne pouvant excéder 42 jours par an, pour intervenir sur tout le territoire nationalStatut du , cité dans les statuts de 1847.. Cette compagnie était alors dirigée par le grand maître qui devait, lui, fournir quatre trompettistes et huit officiers (cette disposition n'a cependant jamais été invoquée).

La restructuration de 1815

En 1815, avec la fin des guerres napoléoniennes, le prince régent (le futur George IV) a étendu l'accès à l'ordre du Bain

L'ordre consistait alors de trois classes : les chevaliers grand-croix, les chevaliers commandeurs et les compagnons. Les chevaliers compagnons qui existaient précédemment (au nombre de 60). sont devenus chevaliers grand-croix. Cette classe était limitée à 72 membres, dont douze promus au titre de services diplomatiques ou civils. Les membres militaires devaient avoir au moins le grade de Major General ou de Rear Admiral. Les chevaliers commandeurs étaient 180, sans compter les étrangers à la tête de commissions britanniques dont dix pouvaient être promus au rang de chevalier commandeur honoraire. Ils devaient alors au minimum avoir un grade de lieutenant-colonel ou de Post-Captain. Par contre, le nombre de compagnons n'était pas fixé, mais ils devaient avoir reçu une médaille honorifique ou avoir été mentionnés dans une dépêche depuis le début de la guerre, en 1803. Une liste de presque 500 noms a alors été publiée, réimprimé par .. Lors de cette restructuration, deux officiers supplémentaires ont été instaurés : le « Officer of arms » et un secrétaire dédié aux chevaliers commandeurs et aux compagnons La forte augmentation du nombre de membres a provoqué quelques plaintes car une si forte expansion réduisait le prestige de l'ordre.

L'ère victorienne