Les licences ludiques libres sont des licences créées pour les jeux de rôle sur table, pour permettre la libre utilisation de certains éléments d’un jeu de rôle ; il s’agit de licences libres de diffusion (LLD) dans le cadre du droit d'auteur et du droit des marques. La plus connue est l’OGL (sigle en anglais : Open Game License), créée en 2000 par la société américaine Wizards of the Coast pour que son système de jeu de rôle d20 System puisse être librement utilisé dans certaines conditions.

Les débuts de l'Open Gaming

La notice des droits d'utilisation de SimulacreS (1988) Dès la parution dans Casus Belli en 1988, puis à l'occasion de sa édition en 1994, Pierre Rosenthal, qui voulait que le système du jeu SimulacreS serve à propager et diffuser la pratique du jeu de rôle, a autorisé explicitement et gratuitement d’utiliser, de copier le système de règles, de le modifier pour créer des jeux, des univers ou des scénarios dans un cadre amateur ou associatif, avec la possibilité de commercialiser ces créations pour financer les associations ou des œuvres caritatives. En 1994, il permet en outre une utilisation commerciale pour un tirage de 500 exemplaires maximum tout en apportant ses conseils à la création.

La notice légale de Fudge (1995) Le jeu Fudge () est créé en 1992 sur l'impulsion de Steffan O'Sullivan, mais son développement se fait grâce à des contributions sur le forum Usenet rec.games.design.. Dans sa première publication de 1995 en PDF, O'Sullivan intègre une notice légale indiquant que. : l'on peut copier et distribuer librement le jeu à condition que ce soit gratuitement et que la notice soit intégrée dans chaque copie ; créer des produits dérivés, comme des règles additionnelles ou des scénarios, à condition que cela soit distribué gratuitement ou publié dans des magazines, et que les produits dérivés fassent figurer les paragraphes et de la notice.

En 2004, pour régler des problèmes de droits d'attribution et d'approbation, le jeu passe sous licence OGL 1.0a. (voir ci-après).

La Dominion Rules License (1999) Le jeu .. a été développé selon le modèle des logiciels libres (), et sa publication en 1999 donne lieu à la création de la première licence ludique libre : la (DRL). La DRL précède donc l'OGL..

Cette licence permet la copie, la modification et la distribution d'œuvres « plus grandes » () et d'œuvres compatibles.

Circe en licence de documentation libre GNU (2000) Le jeu Circe, a Fantasy Role-playing System a été publié sous licence de documentation libre GNU en 2000 par Bryce Harrington pour jouer avec WorldForge.

Les licences de Wizards of the Coast

Licence OGL (2000)

Contexte

La licence ludique libre OGL 1.0a de Wizards of the Coast a pour but de faciliter la création de contenu pour son jeu Donjons & Dragons (D&D) — scénarios (aventures), univers (cadres de jeu), règles complémentaires — par des éditeurs tiers, tout en protégeant la marque Donjons & Dragons ainsi que la propriété intellectuelle, et en espérant favoriser ainsi la vente du jeu D&D. Mais cette licence étant très permissive, cela a aussi mené à la création : d'ouvrages entrant directement en concurrence avec les ouvrages de Wizards of the Coast, comme l’Encyclopédie monstrueuse () de l'éditeur Sword & Sorcery Studio (gamme des « Terres Balafrées/ ») qui concurrence directement le Manuel des monstres () ; des copies quasi conformes de l'original, par exemple la gamme « OGL » de l'éditeur Mongoose Publishing ; les ouvrages The Mongoose Pocket Player's Handbook, The Mongoose Pocket Game Master's Guide et The Mongoose Modern Pocket Handbook étant des reformulations des parties libres des ouvrages de Wizards of the Coast Player's Handbook, Dungeon Master's Guide et d20 Modern ; des clones, comme Pathfinder, le jeu de rôle édition (2009), qui est une version « améliorée » de l’édition 3.5 de D&D ; des rétroclones : la mouvance s’est attachée à transposer aux anciennes versions de D&D le travail de rationalisation fait pour la version 3 de D&D, en particulier le fait que tous les jets de dés destinés à déterminer si une action réussit ou échoue se font de la même manière. La licence OGL 1.0a a aussi été utilisée par des éditeurs désirant publier des jeux différents de D&D tout en reprenant ses règles de base, mais aussi des jeux sans rapport avec D&D ni avec ses règles comme l’EW-System.

Pour éviter de revoir la création de clones, Wizards of the Coast a : créé en 2008 une nouvelle licence, la GSL, pour la quatrième édition de Donjons & Dragons (D&D4E) ; restreint en 2016 les informations présentes dans le document de référence et librement copiables (), tout en restant en licence OGL 1.0a, pour la cinquième édition de Donjons & Dragons (D&D5E) tenter de faire évoluer en 2022-2023 la version 1.0a vers des propositions de versions 1.1, 2.0 puis 1.2.

Description de la licence

La licence OGL 1.0a distingue deux choses : contenu ludique libre (open game content) : ce sont les mécanismes de jeu, les procédures, algorithmes… Ceci est regroupé dans le DRS, le Document de référence du système (en anglais : SRD, ) ; identité du produit (product identity) : ce sont les logos et marques déposées, ainsi que les textes écrits, les illustrations, les personnages développés dans les ouvrages, les noms et description des sorts… La licence autorise l'utilisation libre, gratuite et sans contrepartie du contenu ludique libre ; par contre, l'utilisation de l'identité du produit est soumise à un accord de la part du propriétaire de ce produit (Wizard of the Coast dans le cas de Dungeons & Dragons et de d20 Modern). Sans autorisation, le jeu ne peut pas faire référence à une compatibilité avec un jeu soumis à des droits d'auteur d'un tiers, à l'exception, le cas échéant, de la mention « Document de système de référence d20 » (cette mention ne cite pas explicitement le d20 System).

Les produits utilisant des produits sous licence OGL 1.0a doivent eux aussi être sous licence OGL 1.0a, c'est-à-dire que les mécanismes décrits peuvent être repris dans toute publication sous licence OGL 1.0a. Le texte de la licence OGL 1.0a doit être reproduit intégralement dans tous les produits.

Concrètement, cette licence autorise des éditeurs à utiliser le système de jeu, ou à créer un système de jeu qui s'en inspire, sans payer de droit d'auteur. Mais ils ne peuvent eux-mêmes pas réclamer de droits d'auteur sur leur système.

La licence OGL 1.0a est la propriété de Wizards of the Coast, dans le sens : elle exerce son droit de propriété intellectuelle (copyright) sur le texte de la licence. Mais cette licence peut s'appliquer à des jeux n'ayant strictement rien à voir avec Wizards of the Coast ni avec son d20 System. Les questions juridiques sont complexes, notamment du fait de la diffusion transfrontalière. Les traductions de la licence OGL 1.0a disponibles sur certains sites ne sont données qu'à titre indicatif, mais pas pour servir de référence.

Propositions de versions 1.1/2.0/1.2 (2022-2023) En , Wizards of the Coast lance le test de la future édition de D&D sous le nom de projet One D&D.. À la même date, l’éditeur annonce également la création d’une plateforme de table virtuelle (, VTT) pour son site de partage numérique D&D Beyond.

Fin , des éditeurs en contrat avec Wizards of the Coast reçoivent une nouvelle licence OGL, numérotée 1.1, comportant de nombreuses clauses jugées problématiques.. La clause plus problématique est la révocation de la licence OGL 1.0a alors que celle-ci était « perpétuelle »En droit américain des licences de distribution, ne signifie pas . ; cela signifie que la distribution des produits déjà créés deviendrait soumise à cette nouvelle licence, avec un impact fort, en particulier la perte de la propriété intellectuelle des produits des éditeurs tiers et l’obligation de payer un redevance à partir d’un certain chiffre d’affaires.

Cette annonce provoque une levée de boucliers, notamment de la part de personnalités du jeu de rôleCeci est par exemple illustré par la vidéo parodique ., avec des pétitions en ligne.., dont une pour un recours collectif )., et une vague de désinscription à la plateforme D&D Beyond. L’affaire a même un écho dans la presse généraliste.

Wizards of the Coast réagit mi-janvier en indiquant que les informations ayant fuité n'étaient qu'un brouillon () et qu'il n'était pas question de révoquer l'OGL 1.0a., puis en publiant officiellement un nouveau projet de licence, l’OGL 1.2., après avoir annulé l’annonce de l’OGL 2.0..

Le , Wizards of the Coast annonce que l'OGL ne sera pas révoquée et que le DRS version 5.1 du jeu est publié sous licence Creative Commons...

Jeux publiés sous cette licence

d20 System, d20 Modern et dérivés Dungeons & Dragons éd. (WotC) Le Livre des cinq anneaux version d20 (Guide de l'Orient et Rokugan, extension à Dungeons & Dragons éd., AEG) Farscape (AEG) MasterCraft (Crafty Games) : Spycraft (initialement AEG), Fantasy Craft Les Secrets de la septième mer (AEG) Warlords of the Accordlands (AEG) Fantasy Craft (Crafty Games) Pathfinder, le jeu de rôle (Paizo) Âge DK system et DK² Jeux de Mongoose Publishing en d20 System Loup Solitaire Conan, le jeu de rôle Wars Warcraft de White Wolf Publishing Rétroclones et jeux Labyrinth Lord

OSRIC Autres jeux Action! System D6 System depuis 2009 (OpenD6 OGL) EW-System (eWs) Arkeos Cirkus Fudge, Grey Ghost Games (2004) RuneQuest (dans son édition Mongoose Publishing)

Licence d20 (2000-2008) La licence d20 (en anglais , d20STL) est une licence intimement liée au d20 system, contrairement à la licence OGL 1.0a avec laquelle elle est souvent confondue. Elle est conçue pour permettre à des éditeurs tiers de publier des produits compatibles avec le d20 system — donc les ouvrages de D&D et d20 Modern — sans pour autant utiliser la reproduction de règles ni l'ajout de règle rendant le produit incompatible avec les ouvrages officiels. Ces produits ne peuvent donc être pleinement exploités, en théorie, qu'avec les ouvrages officiels de Wizards of the Coast, en échange de quoi ils peuvent utiliser le logo d20 et indiquer « L'usage du livre des joueurs de Dungeons & Dragons (ou de d20 Modern) est requis pour utiliser ce livre », mettant en évidence la compatibilité et faisant bénéficier de l'image de marque.

Lorsque l’éditeur Valar Project annonce le projet de publier le (« Livre de fantasy érotique ») sous licence d20, un livre ayant un contenu sexuel explicite, Wizards of the Coast ajoute en 2003 une clause permettant de refuser la licence si un produit n’atteint pas un « standard de qualité » ou bien pour des raisons de « décence » à la licence.. Le ne peut alors plus être publié sous licence d20 et est publié sous licence OGL 1.0a.

Concrètement : Un produit sous licence d20 ne doit comporter aucune règle précisant la détermination des caractéristiques la création de personnage l'effet de l'expérience sur un personnage le passage d'un niveau à l'autre. Un éditeur ne peut pas indiquer que le produit sous licence d20 est compatible avec un autre produit se référant à des droits d'auteurs d'un tiers, sans autorisation, exception faite des mentions ci-dessus.

À l'inverse, un produit sous licence OGL 1.0a n'est pas assujetti aux conditions ci-dessus ; par contre, il ne peut pas indiquer une compatibilité avec le d20 System ou un de ces jeux.

La licence est révoquée en 2008 avec la parution de la licence (GSL).

Licence GSL (2008) Pour la quatrième édition de Donjons & Dragons (D&D4E), l'éditeur crée une nouvelle licence : la GSL (). C'est une licence beaucoup restrictive que l'OGL 1.0a, ayant pour but de mieux maitriser l'usage de leur propre production. Elle se dissocie complètement de l'OGL (avec laquelle elle est incompatible) et ne permet plus de contenu complètement libre. Elle semble donc matérialiser une volonté de rupture du mouvement ludique libre et de retour à un modèle économique propriétaire.