Robert Wagner est un homme politique allemand de l'époque du Troisième Reich, né le à Lindach près d'Eberbach (Bade-Wurtemberg) et mort fusillé le au fort Ney à Strasbourg.

Membre éminent du parti nazi, il a été gauleiter de Bade, puis du Gau « Oberrhein » (Rhin supérieur) qui englobait le pays de Bade et l'Alsace.

Origines Wagner était né Backfisch du nom de son père, agriculteur. Il adopta plus tard le nom de sa mère, Wagner. Le mot Backfish en allemand signifie « poisson frit » mais il désigne aussi une « jeune fille en fleur ».. Sa famille était protestante, mais lui-même avait quitté l'Église protestante : à la fin des années 1930, il se qualifiait simplement de « croyant en Dieu ».

La Première Guerre mondiale Quand éclata la Première Guerre mondiale, Wagner abandonna sa formation d'enseignant à Heidelberg et s'inscrivit comme volontaire dans l'armée de Guillaume II. Wagner resta toute sa vie sans avoir achevé sa formation professionnelle. De 1914 à 1918, il se battit en Flandre, devant Verdun, sur la Somme, en Artois et en Champagne, vivant ainsi quelques-unes des batailles les plus épouvantables du front ouest. Ses talents de commandement lui valurent de monter en grade et, à la fin de la guerre, il était lieutenant. Il reçut plusieurs distinctions militaires. Il vécut la capitulation comme un coup de poignard dans le dos porté contre la patrie qui chancelait. Selon ce qu'il affirma plus tard, c'est cette expérience qui éveilla en lui la haine des « criminels de novembre », de la gauche et des déserteurs.

La république de Weimar Après la fin de la guerre, Wagner se joignit à un bataillon de volontaires de son régiment et participa à la répression des troubles révolutionnaires à Mannheim. Par la suite, il se heurta de manière répétée à la police. Il refusa de rendre ses armes mais une intervention du ministère de la Guerre le protégea des conséquences de cette insubordination. En 1923, il fut envoyé à l'École d'infanterie de Munich, qui était à l'époque le centre d'instruction pour officiers le plus important d'Allemagne ; c'est là qu'il fit la connaissance d'Hitler et de Ludendorff à qui il voua aussitôt une grande admiration.

Le

La participation au putsch d'Hitler, le , lui valut une condamnation à un an et trois mois de détention en forteresse ; il ne dut cependant la purger qu'en partie car, après déduction des deux mois de prison préventive et de trois semaines de prison effective, il bénéficia d'un sursis. Depuis ce moment, Wagner entretint les relations les meilleures avec Hitler et Goebbels. Hitler lui laissa d'ailleurs plus tard une liberté d'action totale et le soutint en vertu de son principe général de commandement selon lequel les centres de pouvoir ont le droit de s'opposer dans les débats aux instances centrales. Pour ses « mérites » de 1923, Wagner reçut en 1934 la plus haute marque d'honneur du Parti national-socialiste, ce qu'on appelait les « ordres du sang », en tant que « combattant de vieille date ».

Le propagandiste Après son licenciement de la Reichswehr, en , Wagner n'arrivait plus à reprendre pied dans le monde du travail. Il préféra fonder en 1925 le Gau Baden du Parti national-socialiste et s'occupa activement comme organisateur et orateur du parti. La SA ayant été interdite, on créa pour la remplacer temporairement une organisation de rechange, appelée Schlageterbund d'après Albert Leo Schlageter, et on y mit aussi ce qui restait de la NSDAP interdite. Il en fit une nouvelle SA. Il fit en sorte que le Pays de Bade eût son propre journal local, qui parut pour la première fois le et qui, par la suite, devint l'organe central de propagande du Pays de Bade.

Devant les tribunaux Wagner fut plusieurs fois condamné à de la prison et à des amendes, pour injures et blessures corporelles aggravées. Mais les tribunaux firent toujours preuve à son égard d'une grande indulgence :

Le , à l'occasion d'une rencontre internationale de la commission tarifaire des cheminots, Wagner avait provoqué les membres français en entonnant des chansons anti-françaises. Comme un cheminot allemand protestait, Wagner l'injuria, l'appelant « cochon, balourd, pauvre type, canaille » et lui envoya son poing à la figure. Le tribunal se contenta de condamner Wagner à une amende légère de 100 RM, invoquant le fait que le cheminot aurait dû savoir qu'il avait affaire à des nationaux-socialistes et aurait dû tenir compte de leur fanatisme bien connu.

Wagner comme parlementaire En 1927, le NSDAP obtint dans la république de Bade de bons résultats aux élections du Reichstag, résultats au-dessus de la moyenne des autres Länder. En 1929, elle récolta 7 % des voix aux élections du , ce qui permit à Wagner d'y entrer et de jouir de l'immunité parlementaire. Plusieurs fois, le Landtag refusa d'obéir à la requête du ministère de la Justice pour lever cette immunité compte tenu des démêlés judiciaires de Wagner.

Dans les débats parlementaires, Wagner n'intervint que rarement. Ce qui lui importait, ainsi qu'à son parti, au contraire, c'était de ridiculiser le système parlementaire et d'entraver son fonctionnement. Il attachait toutefois beaucoup d'importance à son indemnité parlementaire et aux voyages gratuits dispensés par la Reichsbahn.

Le , Wagner expliqua en séance publique du Landtag badois qu'il s'agissait de mettre à bas le parlementarisme qui « détruisait les valeurs ». « Nous autres, nationaux-socialistes, n'attachons aucun prix à être parlementaires ».

Dès 1930, il exposa au Landtag d'une façon absolument claire et prophétique que la Constitution de Weimar et celle du Pays de Bade ne sont que des moyens pour atteindre le but. « Le jour viendra où ce méchant ouvrage de Weimar avec votre prétendu État s'écroulera de lui-même ».

En 1932, Wagner fut nommé à la direction de la NSDAP pour le Reich.

Pendant le nazisme Le , Wagner revint au Pays de Bade, muni des pleins pouvoirs que lui avait accordés le ministre de l'Intérieur du Reich Wilhelm Frick. En fort peu de jours, la prise de pouvoir dans le pays était terminée. Wagner, portant depuis le le titre de Reichsstatthalter et étant en même temps un des onze gauleiters de la NSDAP du Reich, annonça - comme un signe en direction des SA - la fin de la révolution.

L'anti-marxiste Alors que le député socialiste Daniel Nussbaum avait tenté de se défendre quand on était venu l'arrêter « par mesure de sécurité » et qu'il avait tué d'un coup de feu deux policiers, Wagner prit ce tragique évènement pour prétexte afin d'arrêter, avec une rare brutalité, les députés socialistes et communistes du Reichstag et du Landtag et les faire interner en camp de concentration. En dans le camp de concentration de Kislau, il fit assassiner Ludwig Marum, Juif selon la définition nationale-socialiste de la race et président du groupe parlementaire socialiste pendant de longues années.

L'antisémite Antisémite passionné, Wagner, dès la prise de pouvoir, décida de devancer la loi sur la restauration du statut des fonctionnaires du et, de façon encore plus radicale, il révoqua immédiatement tous les fonctionnaires d'origine juive.

Le , avec l'approbation de l'État, il mena les premières actions de boycott contre les entreprises juives au Pays de Bade.

Pendant la Nuit de Cristal, il laissa le champ libre à la populace pro-nazie, réprimant en personne toute tentative d'empêcher l'incendie de la synagogue de Karlsruhe. Par la suite, conformément à sa manière de gouverner, il s'occupa de couvrir d'une apparence légale et bureaucratique l'aryanisation des entreprises et des biens juifs.

Après l'entrée en France des armées allemandes et l'armistice du 22 juin 1940, Wagner déclara dès le : « L’Alsace doit être purifiée de tous les éléments qui sont étrangers à la race allemande (« Das Elsass muss von allen Elementen, die der deutschen Rasse fremd sind, gereinigt werden ») https://www.zeit.de/2015/42/holocaust-juden-gestapo-deportation-gailingen|Zeit online, 15 octobre 2015 puis, avec l'accord d'Hitler, il put mener à bonne fin ses plans antisémites comme chef de l'administration civile en Alsace et, avec Josef Bürckel, son collègue pour la Lorraine annexée, il expulsa en zone libre, au cours de ce qu'on appelle l', de Bade et du Palatinat ainsi que . Là-dessus encore, il montrait la voie aux autres : les déportations planifiées des Juifs allemands ne commencèrent dans le reste du Reich qu'à l'automne 1941.

Les Juifs chassés de Bade, du Palatinat et de Sarre vers la zone libre à partir du furent installés sur décision du gouvernement de Vichy dans des conditions dramatiques dans les camps d'internement de Gurs au pied des Pyrénées, de Rivesaltes, Le Vernet, Les Milles. Des de Bade, seuls 750 survécurent, furent déportés en 1942 dans les camps de concentration de Majdanek et d'Auschwitz où ils furent assassinés. Les Juifs restés au Pays de Bade eurent droit au même sort. La propagande nazie exultait : « L'Alsace est débarrassée de ses Juifs ».

Germanisation de l’Alsace Hitler avait demandé le à Wagner et Bürckel (gauleiter de la Sarre) de lui annoncer dix ans plus tard que leurs régions étaient dorénavant allemandes et purement allemandes notamment en étant « judenrein » (vides de Juifs), en leur faisant savoir qu'il ne les interrogerait pas a posteriori sur les méthodes employées pour y arriver.

Wagner se targue d'y arriver en cinq ans, sans ambiguïté sur la méthode : « Si un Alsacien vient et me déclare : Je ne suis pas allemand, mais français, c'est-à-dire que je me considère comme français ; je ne puis que lui dire : Tu n’es pas un Français, tu es un traître allemand. Tu es un traître à ton nom, à ta langue, à ta nationalité, à ton sang, bref à ta propre nature, à ta destinée (…). Aussi devras-tu comprendre qu’on se débarrasse rapidement de toi, comme aujourd’hui dans le monde entier on se débarrasse rapidement de tous les traîtresRobert Wagner, discours du 28 mars 1943, Strasbourg. ». Se rendant compte que les Alsaciens ne sont nullement gagnés à l’Allemagne, il essaie d’ironiser : le , au cours d’une grande réunion dans la halle du marché de Strasbourg, il reconnaissait que de « nombreux auditeurs auraient préféré entendre un général américain ! », mais tant pis, ils devront se contenter de lui. Puis il parla de l’introduction des lois militaires en Alsace, qu’il ne justifiait pas par des raisons juridiques mais par des raisons raciales : « L’Alsacien est de même sang que les Allemands, il devra donc lui aussi verser son sang pour la même cause.. ».

La tentative de Wagner pour germaniser l'Alsace échoua donc, bien qu'il eût expulsé au moins personnes ou plutôt ne les eût pas laissées revenir en Alsace ; environ Alsaciens ne sont pas rentrés chez eux. Dès 1942, l'administration nazie avait changé d'avis. On ne voulait plus faire cadeau du sang « allemand » à l'étranger. Au total Alsaciens furent expulsés d’Alsace vers la France, du au , le plus souvent considérés comme peu sûrs, en particulier pour des raisons politiques. Ces expulsions pouvaient également avoir un caractère eugéniste. Des familles furent expulsées parce qu’un des membres était atteint d’une maladie mentale ou physique. Ces expulsions ne laissaient qu’un temps très court aux préparatifs (départ dans la journée) et les bagages autorisés étaient limités à 10 ou d’effets personnels. Également, du au , Alsaciens (par exemple des personnes et des familles dont les membres s'étaient soustraits au service du travail obligatoire ou à l'incorporation de force dans l'armée) furent transférés de force dans les régions conquises à l'Est. À Schelklingen près d'Ulm, des camps spéciaux furent préparés pour eux. Là, on leur « procura » ensuite du travail. Des plans de transfert beaucoup plus vastes jusque dans les districts de Lublin et de Zamość ne furent pas mis en œuvre en raison de la guerre.