vignette|Participants au troisième qui s'est tenu à Malte en .L'intersexuation, aussi appelée intersexualité.., se définit selon l’ONU comme « une manière de décrire les caractères sexuels biologiques d’un individu, notamment ses organes génitaux, ses gonades, ses taux d’hormones et ses chromosomes » lorsque ces caractères ne correspondent pas aux définitions traditionnelles du sexe mâle ou femelle..
Les individus correspondants sont qualifiés d'intersexes. ou dintersexués. Dans l’espèce humaine, ils représenteraient hypothétiquement environ 1,7 % des naissances .
Sur le plan sociologique, il peut s'agir d'un terme générique couvrant un large éventail de conditions anatomiques sexuelles dérogeant aux systèmes d’identité de genre qui traditionnellement ignorent ou rejettent la non-binarité ; contrairement à certains systèmes traditionnels dont quelques cultures d’autochtones d'Amérique. (l'intersexuation n'implique pas automatiquement une identité de genre particulière, y compris non binaire ou trans). En ce sens, l’intersexuation se caractérise donc plus par sa signification sociale que par des causes ou des caractéristiques cliniques communes..
Sur le plan biologique, les variations afférentes peuvent se trouver aux niveaux génétique, chromosomique, anatomique, gonadique et/ou hormonal. Elles peuvent se manifester à divers degrés sur le plan physionomique. Par exemple, pour les espèces qui sont typiquement munies des traits correspondants, elle peut toucher l'apparence des organes génitaux externes ou internes, le fonctionnement des gonades, la distribution des graisses, la pilosité et la masse musculaire, ainsi que le développement mammaire et d'autres aspects du phénotype, en outre du génotype.
Même dans les espèces sexuées qui passent par une phase de reproduction impliquant une naissance, un examen clinique classique ne permet pas en général de déterminer l'absence d’intersexuation de l'individu. Dans le cas des humains notamment, les ambiguïtés génitales ne concernent qu'une minorité d'enfants intersexes, environ 1 sur 500.
À l'inverse d'une personne intersexe, on parle d'une personne dyadique quand elle naît avec des caractéristiques génotypiques et autres caractéristiques sexuelles phénotypiquement mâles ou femelles..
Conceptualisation Terminologie En français Hermaphrodisme vignette|L'origine du terme « intersexe ». (1915). Vers la fin du et dans la première moitié du , les médecins emploient le terme d'hermaphrodisme pour parler des enfants dont les organes génitaux externes ne correspondent pas aux normes attendues (ils sont qualifiés d'« ambigus à la naissance »)Elsa Dorlin, Sexe, genre et sexualités, Paris, PUF, 2008, . et élaborent un classement distinguant un « hermaphrodisme vrai » et des « pseudohermaphrodismes » masculin et féminin en se fondant sur l'observation des gonades. Les avancées de la médecine dans le courant du et le développement des études de genre ont provoqué la remise en cause à la fois du classement et de la terminologie qu'il utilise. L'intersexuation est encore parfois qualifiée d'hermaphrodisme dans le langage courant, mais ce terme ne fait plus consensus : les personnes intersexes le jugent parfois inadapté et insultant, car il ne reflète pas la réalité biologique de leur condition et correspond à une représentation mythologique et exotique.. En effet, Hermaphrodite est un personnage de la mythologie grecque, pourvu des organes sexuels à la fois mâles et femelles, tous deux pleinement fonctionnelsHermaphrodite est par exemple évoqué par Ovide, dans les Métamorphoses, , v. 285-388., ce qui n'est pas le cas des personnes intersexes.
Intersexuation et intersexualité Les associations et une partie des chercheurs dans ce domaine préfèrent le terme « intersexuation » au mot « intersexualité », car le mot « sexualité », et certains de ses composés, sont parfois amalgamés ou confondus avec l’orientation sexuelle. Il en va de même pour les adjectifs « intersexué » et « intersexe », qui sont préférés à « intersexuel »Article « intersexuation » sur le site de l'association alsacienne Support transgenre Strasbourg..
Les termes « intersexué » et « intersexe » sont aujourd'hui utilisés de façon interchangeable en francophonie, bien qu'ils aient au départ un sens différent ; Janik Bastien-Charlebois donnait à « intersexe » les sens supplémentaires de conscience de faire partie d’un groupe, d' adoption d'une vision positive et non pathologisante de leur corps et d'affirmation d'une identité politique« Quel est ce “sexe” que l’on mentionne ? : Quelques implications du projet de règlement encadrant les demandes de changement de mention de sexe pour les personnes intersex(ué)es », mémoire présenté à la Commission des institutions pour le projet de règlement pour le changement de nom et d’autres qualités de l’état civil pour les personnes transsexuelles ou transgenres, par COMITÉ VISIBILITÉ INTERSEXE [Centre de lutte contre l’oppression des genres/Centre for Gender Advocacy] et OII-francophonie, rédigé par Janik Bastien-Charlebois, Sunny Dagenais, Lucie Gosselin, le 24 avril 2015..
En anglais Aux États-Unis, l'expression (troubles du développement sexuel, expression abrégée en DSD) a été proposée en 2005 par un groupe connu par la suite sous le nom de « DSD Consortium », et qui réunissait des médecins, des universitaires, des membres de l'Intersex Society of North America et des associations de parents.. L'expression de « » permet de fragmenter les variations intersexes par syndromes et d'éviter l'usage unifié du terme « intersexe », qui commence à être réapproprié par les mouvements de personnes intersexes. Ce terme induisant cependant une pathologisation erronée a évolué vers « differences in sex development » à la suite de la réappropriation des termes par les communautés concernées et l'acceptation consensuelle par la communauté scientifique, malgré les retards socio-culturels que reprend le traitement médical dominant, du fait que la binarité des sexes ne représente pas l'ensemble des réalités biologiques.
Une partie des organisations intersexes, comme l', acceptent cette nomenclature, mais d'autres la jugent tout aussi inadaptée, car sous-entendant que l'intersexuation est une pathologie, alors que le fait d'être intersexué n'entraîne pas nécessairement de problèmes de santé..
La plupart des parents d'enfants concernés par une condition intersexe (95 %) et les professionnels de la santé (80 %) préfèrent le terme .. Cela reflète plus largement le fait que les normes médicales occupent une place importante dans les représentations de ces parents. Cependant, d'autres considèrent cette expression et en particulier le mot « trouble » comme médicalisant ou pathologisant..
Le terme « intersexuation » est parfois associé à une identité non binaire et au mouvement LGBT..
Biologie Chez l'humain Causes de l'intersexuation D’un point de vue biologique, il existe cinq critères pour identifier le sexe d’un individu à sa naissance : les chromosomes, les hormones, les gonades, les organes sexuels internes et les organes sexuels externes..
Le développement prénatal est contrôlé par des facteurs génétiques et hormonaux. À la semaine du développement prénatal, la gonade se différencie en testicule ou en ovaire. Le canal de Müller est à l'origine des voies génitales féminines et le canal de Wolff est à l'origine des voies génitales masculines..
La différenciation sexuelle est déterminée par les chromosomes X et Y, et en particulier par le gène SRY du chromosome Y. Des variations du développement de l'embryon peuvent conduire à des phénotypes qui sortent de la bicatégorisation mâle-femelle. Il est ainsi possible qu'un individu présentant des chromosomes XX développe un phénotype qui correspond aux normes du masculin. Inversement, un individu peut présenter la combinaison XY et présenter des caractères sexuels qui correspondent aux normes du féminin.. Le gène SRY peut apparaître sur le chromosome X, conduisant à un embryon XX, qui développe l'anatomie dite masculine et qui est assigné à la naissance garçon. Le gène SRY peut être manquant ou présenter une variation de fonctionnement, conduisant à un embryon XY qui ne développe pas de pénis long et qui est assigné à la naissance fille. Ce phénomène déclenche une forte tension dans le tournant médical vers l'abolition prénatale de l'existence intersexe..
Il existe des variations où l'un des chromosomes sexuels est en double voire en triple ou plus, par exemple, le syndrome 47,XYY et le syndrome de Klinefelter. Le syndrome de Klinefelter est un phénomène qui affecte les personnes assignées garçons ayant un chromosome X supplémentaire (XXY au lieu de XY), présentant une grande variabilité d'expression avec un signe constant, l'infertilité.. À l'adolescence, ils peuvent avoir une poussée mammaire, un corps plus grand que la moyenne, peu musclé et aussi avoir des organes génitaux peu développés.. Parfois, seulement une certaine proportion des cellules de l'individu sont affectées par une variation atypique des chromosomes sexuels ; on parle alors de chromosomes sexuels « en mosaïque ».
D'autres variations ne sont pas liées aux chromosomes sexuels : l'insensibilité complète ou partielle aux androgènes chez les personnes XY, l'hyperplasie congénitale des surrénales, les hypospadias, l'absence de vagin ou d'utérus chez les personnes XX, ou encore les taux d'hormones atypiques comme c'est le cas dans le syndrome des ovaires polykystiques (SOPK), qui peuvent entraîner des caractères sexuels secondaires atypiques (des personnes XX présentant une pilosité faciale importante, ou des personnes XY qui présentent une poussée mammaire).
Remise en cause de la binarité des sexes Pour certains chercheurs, en particulier la biologiste et théoricienne du féminisme Anne Fausto-Sterling., il n'y a pas de critère unique et naturel qui permettrait de définir clairement le sexe d'un individu, mais plusieurs caractéristiques de différents types, relevant de plusieurs approches : l'anatomie des organes génitaux externes et internes (la présence d'un pénis, d'un vagin, d'un utérus, le positionnement de l'urètre), les gonades (le fait de posséder des testicules externes ou internes, ou des ovaires, ou des gonades mixtes), les hormones (le fait qu'un organisme produise des taux plus importants de testostérone ou d'œstrogène), ou encore la génétique (le fait qu'un individu possède, dans son ADN, une paire de chromosomes XY ou XX ou une autre combinaison encore). Il existe donc plusieurs systèmes de détermination sexuelle : « ce que de nombreux travaux scientifiques semblent démontrer aujourd'hui, c'est bien que le sexe représente un ensemble de données et non un seul élément permettant de considérer qu'on est soit mâle soit femelle »Introduction aux Gender Studies : Manuel des études sur le genre, L. Bereni, S. Chauvin, A. Jaunait et A. Revillard (2008), ..