La troisième guerre anglo-néerlandaise est un conflit armé entre les Provinces-Unies et le royaume d'Angleterre qui se déroule entre 1672 et 1674. Ces affrontements sont sous-jacents à la guerre de Hollande (1672-1678) de Louis XIV. Il s'agit de la troisième des quatre guerres anglo-néerlandaises. Les tentatives de blocus de la côte hollandaise par les marines anglaise et française sont contrecarrées par quatre victoires stratégiques remportées par l'amiral Michiel de Ruyter. Le Parlement d'Angleterre oblige alors le roi Charles II à mettre fin à cette guerre coûteuse et infructueuse par la signature d'un nouveau traité de Westminster, suivant celui mettant fin à la première guerre anglo-néerlandaise en 1654.

Préparatifs Les Provinces-Unies, l'Angleterre et la Suède concluent en 1668 la Triple Alliance dirigée contre la France afin d'empêcher ce pays d'occuper les Pays-Bas méridionaux. Mais, en 1670, Charles II d'Angleterre fait volte-face : il signe avec Louis XIV le traité de Douvres, accord secret par lequel l’Angleterre se joindrait à la France dans l’imminente guerre de Hollande.

Charles II, humilié par l'issue de la deuxième guerre anglo-néerlandaise, ne s'est en effet engagé dans la Triple-Alliance que dans l'espoir de provoquer une rupture entre les Provinces-Unies et la France, deux anciens alliés. Par l'intermédiaire de l'ambassadeur William Temple, ami du grand-pensionnaire Johan de Witt, il tente publiquement d'apaiser les tensions entre la France et les Provinces-Unies mais en réalité pousse secrètement Louis XIV à entrer en guerre contre les Néerlandais. Le traité de Douvres prévoit que l'Angleterre entrera, après la victoire, en possession de l'île de Walcheren, Cadzand et l'embouchure de l'Escaut, mais Charles II convoite également Brielle, Delfzijl et les îles de Texel et Terschelling, afin de contrôler les routes maritimes vers Rotterdam et Amsterdam.

Charles II souhaite que la guerre débute en 1671 mais la France a d'abord besoin d'établir des relations diplomatiques solides avec la principauté épiscopale de Münster et la principauté archiépiscopale de Cologne. L'empereur Léopold a promis de ne pas interférer avec les plans français à condition que la France n'attaque pas les Pays-Bas espagnols. Les armées françaises doivent donc passer par la principauté épiscopale de Liège, territoire appartenant à l'archevêque de Cologne Maximilien-Henri de Bavière, et profiter ainsi de l'effet de surprise. Münster et Cologne décident même de participer à l'invasion.

Charles II utilise ce délai en essayant de semer des dissensions entre la faction orangiste des Provinces-Unies, qui veut rétablir le stathoudérat au profit de la maison d'Orange, et la faction républicaine dirigée par Johan de Witt. En , le prince Guillaume d'Orange, neveu de Charles II, lui rend visite afin d'exhorter la maison Stuart à rembourser une partie de l'importante dette qu'elle a contractée envers la Maison d'Orange. Charles II compte en profiter pour faire entrer son neveu dans la conspiration en lui promettant de le faire prince de Hollande. Il commence par conseiller à Guillaume de se convertir au catholicisme mais sa réaction horrifiée le persuade qu'il vaut mieux ne pas lui révéler ses plans.

Le roi d'Angleterre a aussi besoin du Parlement pour voter les fonds suffisants à la construction de plus de navires de guerre. L'Angleterre ne souhaite pas s’engager dans les opérations terrestres, en dehors de l'envoi d'une brigade commandée par le duc de Monmouth. La doit donc défaire la marine néerlandaise et opérer le blocus des côtes du pays. Charles II a reçu des subsides considérables de Louis XIV, environ par an, mais préfère les dépenser pour assurer le luxe de sa cour, le caractère secret du traité rendant de plus délicat d'employer ces fonds directement pour la flotte. La défaite anglaise lors de la deuxième Guerre anglo-néerlandaise a rendu le Parlement réticent et Charles II décide de suspendre le paiement des dettes de la Couronne le , ce qui lui rapporte .

L'incident du Merlin Devant la frilosité du Parlement anglais, Charles II crée un incident de toutes pièces pour acquérir l'opinion publique à une guerre. Il envoie le voilier royal Merlin, avec à son bord Dorothy Osborne, l'épouse de l'ambassadeur William Temple, naviguer en vue de la flotte néerlandaise à l'ancre à Brielle le . Comme prévu par un précédent traité, les navires néerlandais, commandée par Willem Joseph de Gand, baissent leurs pavillons en signe de respect, mais ne font pas tirer le canon pour saluer le passage du Merlin car ils ne considèrent pas celui-ci, armé de huit canons, comme un navire de guerre. Charles II fait alors demander par l'intermédiaire de George Downing, son nouvel ambassadeur à La Haye, que les amiraux responsables soient sévèrement punis, demande qui est rejetée par les États généraux des Provinces-Unies. George Downing, qui s'est fait haïr de la population néerlandaise car il était déjà ambassadeur au début de la deuxième guerre anglo-néerlandaise, doit fuir La Haye au début de 1672 car sa vie est menacée. En janvier, Guillaume d'Orange, qui a deviné les intentions de Charles II, lui offre de faire des Provinces-Unies une alliée fidèle de l'Angleterre en échange de son soutien pour qu'il soit nommé stathouder et de sa rupture avec la France. Mais le souverain anglais, doutant que les Néerlandais restent des alliés soumis une fois la menace d'une invasion française écartée, rejette la proposition.

Malgré les assurances diplomatiques répétées de la France et de l'Angleterre, beaucoup de politiciens et militaires néerlandais interprètent l'activité diplomatique française dans les principautés allemandes, les préparatifs de la marine anglaise et la levée de troupes en France comme des signaux que la guerre est imminente. Le , Guillaume d'Orange, malgré sa jeunesse, est nommé capitaine général de l'armée néerlandaise. Les querelles entre factions et l'incertitude au sujet de la stratégie française empêchent la création d'une puissante armée de terrain, la plupart des ( et en ) étant assignés dans des garnisons. La marine néerlandaise est beaucoup mieux préparée, même si les États généraux ont limité le budget naval à dans le but de ne pas provoquer les Anglais. Elle ne domine plus les mers comme à la fin de la deuxième Guerre anglo-néerlandaise car peu de navires ont été construits depuis 1667 mais le luitenant-admiraal Michiel de Ruyter passe l'été 1671 à faire répéter à la flotte des manœuvres d'entraînement, l'exerçant au tir et à la ligne de bataille et instaurant un nouveau sens de la cohésion et de la discipline.

La guerre en 1672 thumb|Système de défense des Provinces-Unies avec en bleu foncé les terres inondées.

Comme lors du précédent conflit entre les deux nations, les Anglais passent à l'action avant même la déclaration de guerre en tentant d'intercepter un convoi marchand néerlandais en provenance du Levant qui voyage avec une flottille assurant sa protection contre les corsaires barbaresques. Le , l'amiral Robert Holmes attaque le convoi dans la Manche mais il est repoussé par Cornelis Evertsen, ne faisant que de maigres prises et subissant d'importants dommages. Le , la France déclare la guerre aux Provinces-Unies, et l'Angleterre le fait à son tour le lendemain en prenant comme prétexte l'incident du Merlin. L'armée française de progresse très rapidement grâce à un nouveau système de bases de ravitaillement conçu par le marquis de Louvois. Accompagnée par Louis XIV en personne, elle passe par Liège le , contourne la puissante forteresse de Maastricht, avance le long du Rhin, prend six forteresses du duché de Clèves tenues par des garnisons néerlandaises, et traverse le Rhin le dans la Betuwe pour envahir les Provinces-Unies. Les troupes de la province d'Overijssel quittent l'armée de terrain néerlandaise pour protéger leurs villes mais l'Overijssel se rend peu après à Bernhard von Galen, l'évêque de Münster, qui occupe ensuite la Drenthe et met le siège devant Groningue. Guillaume d'Orange doit se retirer sur Utrecht mais les notables de cette ville refusent de devoir endurer un siège, préférant ouvrir leurs portes à l'armée française. Guillaume d'Orange se replie alors derrière la , ligne de défense mise en place en inondant volontairement de grandes portions du pays par l'ouverture des digues, inondation décidée par les États de Hollande le .

thumb|left|L'incendie du à la bataille de Solebay, par Willem van de Velde le Jeune.

Après la déclaration de guerre de l'Angleterre, les Provinces-Unies augmentent le budget naval de . Johan de Witt cherche à obtenir une victoire navale décisive en adoptant une stratégie agressive et donne à Michiel de Ruyter la mission de détruire la flotte franco-anglaise. Le , celle-ci est surprise par la flotte néerlandaise alors qu'elle est à l'ancre à Solebay. Lors de la bataille de Solebay, la flotte alliée est sauvée d'une sévère défaite par un changement de vent soudain qui fait perdre aux Néerlandais leur position avantageuse. Néanmoins, les dommages subis, incluant l'incendie et le naufrage du , au cours duquel l'amiral Édouard Montagu se noie, sont si importants que la flotte franco-anglaise est dans l'incapacité d'exécuter des actions navales majeures pendant le reste de l'année, en dehors d'une tentative manquée d'intercepter la flotte de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales. Du côté néerlandais, l'amiral Willem Joseph de Gand est tué pendant le combat.

Mais les événements terrestres annulent les effets de cette victoire. L'apparition soudaine de l'armée française au cœur des Provinces-Unies cause une panique générale et, le , les États de Hollande décident de demander la paix à la France et à l'Angleterre. Sur le conseil de Louvois, Louis XIV cherche à négocier un traité aussi favorable que possible pour la France. Des émeutes surviennent dans plusieurs villes néerlandaises, la population blâmant le gouvernement républicain de Johan de Witt pour ce désastre et appelant Guillaume d'Orange à s'emparer du gouvernement. La plupart des conseils municipaux deviennent Orangistes ou sont remplacés par la menace ou la force par des partisans orangistes. La faction orangiste accuse les républicains de trahison en faveur des Français et présente Charles II d'Angleterre comme le seul capable de sauver le pays de l'asservissement à la France. Dans l'histoire néerlandaise, l'année 1672 est connue sous le nom de , « l'année du désastre ».