vignette|Vue panoramique de Gatineau, prise d'Ottawa. Gatineau est une ville du sud-ouest du Québec, au Canada. Il s'agit de la quatrième ville la plus peuplée de la province avec en 2021.
D'une superficie de , elle est située sur la rive nord de la rivière des Outaouais, face à Ottawa, la capitale du Canada située en Ontario. Gatineau s'étend à l'est et à l'ouest de la rivière Gatineau et de la rivière du Lièvre. Elle est la ville la plus importante de la région administrative de l'Outaouais et forme, avec Ottawa, la région de la capitale nationale du Canada (Ottawa-Gatineau), soit la quatrième agglomération du pays, après Toronto, Montréal et Vancouver.
Gatineau est née en 2002 de la fusion des villes d'Aylmer, de Buckingham, de Gatineau, de Hull et de Masson-Angers, qui constituent maintenant les cinq secteurs de la ville.
Toponymie Avec l'arrivée de Philemon Wright, la ville de Gatineau est née en 1800, portant son premier nom, Wright's Town.. Le nom deviendra en 1875, lors de son incorporation municipale, la Ville de Hull. Le nom Gatineau est celui que la ville porte depuis la fusion municipale de 2002, qui vient de l'ancien nom de la ville de Gatineau, qui représente pour la majorité de la population l'ancienne ville, et non Hull.
Il existe deux hypothèses pour expliquer l’origine du nom de la ville, qui serait soit d’origine autochtone, soit d’origine française. Le nom de la rivière et de la ville proviendrait de l'anishinaabemowin (langue des Anishinaabeg Algonquins) Tenagatino Zibi, selon les aînés de Kitigan Zibi.. Dans son article de 1889 publié dans l'Echo de la Gatineau, Benjamin Sulte écrit : « Il y a cent ans, la famille Gatineau était, éteinte, ou à peu près ; il n'est guère probable que l'on ait attendu sa disparition pour consacrer le souvenir des trois ou quatre traiteurs de fourrures qu'elle a produits. La coutume a dû s'établir du vivant de ces hommes, et parce qu'ils trafiquaient dans ces lieux. De ce dernier fait, par exemple, je ne suis pas certain. » De ses propres mots, Sulte écrit qu'il crée un mythe et que l'histoire que la famille Gatineau donne son nom à la rivière est un mythe, inventé par Sulte lui-même. Selon Sulte, le nom Gatineau proviendrait de la famille Gastineau — pas Gatineau — l'un de ses membres, Nicolas Gastineau sieur Duplessis (1627-1689)...
Le toponyme Lettinoe, Gateno, Gatteno et Gatineau apparaît : le nom Lettinoe, dans un rapport d'un lieutenant Jones en 1783 ; les noms Gateno, Gatteno et Gatenoe dans plusieurs documents et lettres écrits par Philemon Wright, le colonel John By, et par l'arpenteur Theodore Davis (1800 à 1831) ; sur la description topographique de la région en 1831 faite par l’arpenteur canadien Joseph Bouchette ; dans une lettre datée du que , évêque de Montréal, écrit à , évêque de Kingston ; sur la carte de William Henderson en 1831 ; sur la carte de Thomas Devine, en 1861.
Histoire
vignette|250px|Gatineau vue de la rivière des Outaouais Au début du , Étienne Brûlé suivi de Nicolas Vignau et de Samuel de Champlain furent les premiers Européens à se rendre dans la région, en empruntant la rivière des Outaouais, appelée jadis Kitchisippi, ce qui signifie Grande Rivière. Cette rivière était la plus importante voie de communication fluviale des autochtones d'Amérique du Nord. Toutes les fourrures du temps de la Nouvelle-France transitèrent par ce cours d'eau.
Avant l'arrivée de Philemon Wright, de Woburn au Massachusetts, en 1800, Gatineau partage l'histoire de toutes les régions que baigne la rivière des Outaouais, principale voie navigable sur la « Route de l'Ouest ». Les explorateurs, les missionnaires, les marchands de fourrures et les militaires des régimes français et anglais empruntent les sentiers de portage qui longent la rivière. Le long d'un de ces sentiers, celui du Deuxième portage de la Chaudière (ou « Portage du Milieu »), situé dans le parc Brébeuf, se trouvent des marches de pierre grossièrement taillées à même le roc par les voyageursPierre-Louis Lapointe, L'Encyclopédie Canadienne, Hull.
Wright's Town (plus tard, la Ville de Hull et ensuite, Gatineau) est le premier établissement permanent sur la rivière des Outaouais. Wright et ses associés se voient concéder de vastes terres dans les cantons de Hull et de Templeton. La petite communauté agricole de Wright’s Town se tourne rapidement vers la production de bois équarri pour le marché britannique. Le premier train de bois en provenance de la région, le Colombo, atteint Québec en 1806, marquant ainsi les débuts de l'industrie du bois dans la vallée de l'Outaouais.
En 1820, avant que les immigrants de Grande-Bretagne soient arrivés en grand nombre, le canton de Hull avait une population de 707 habitants, y compris 365 hommes, 113 femmes et 229 enfants. La grande différence dans le nombre d'hommes et de femmes était dû au travail des hommes dans le commerce du bois. En 1824, il y avait 106 familles et 803 personnes. Pendant le reste des années 1820, la population de Hull a doublé, en raison de l'arrivée des protestants de l'Ulster. En 1851, la population du comté d'Ottawa était , dont qui vivaient dans le canton de Hull. En comparaison, Bytown avait une population de en 1851. En 1861, le comté d'Ottawa avait une population de , dont vivaient dans Hull Township. La hausse progressive à la population canadienne française par canton a continué au fil des ans, les Canadiens français n’étant que 10 % de la population en 1850, devenant 50 % en 1870, et 90 % en 1920. Le développement industriel du milieu du attire à Hull de nombreux travailleurs canadiens-français, ce qui modifie radicalement sa composition ethnique et religieuseMartin, Michael, Working Class Culture and the Development of Hull QC p. 48, 2006.
Les guerres napoléoniennes, sévissant en Europe, privent la Grande-Bretagne du bois scandinave nécessaire à l'entretien de sa flotte maritime. La forêt outaouaise regorge d'immenses pins blancs, de dimension semblable aux séquoias de l'Ouest canadien et propriété de Sa Majesté. C'est ainsi que l'ère de l'industrie de la coupe de bois a débuté. Pour une grande partie du , ces trains de bois équarri descendraient la rivière des Outaouais jusqu'à sa jonction avec le fleuve Saint-Laurent, à la pointe ouest de l'île de Montréal, ensuite jusqu'à Québec et enfin, en route vers les îles Britanniques. La rivière des Outaouais est impraticable à plusieurs endroits, ce qui donna lieu à l'invention des glissoirs à bois pour le passage de ces différents portages. Le fameux glissoir à la hauteur des chutes de la Chaudière, par exemple, fut construit par Ruggles, le fils de Philemon Wright.
vignette|220px|Hull, Bas-Canada, peinture de Wright's Town et des chutes de la Chaudière par l'artiste Thomas Burrowes (1830).Le succès de la coupe de bois, organisée par Wright, attirent d'autres hommes d'affaires dans la région, tels les Nicholas Sparks, Andrew Leamy, Archibald McMillan, Levi Bigelow, Baxter Bowman, Justus Smith, les frères Hamilton, les frères John et Frank Ross, John Thompson, James Maclaren, Ezra Butler Eddy, John Rudolphus Booth.
L'exploitation de la forêt s'étend à l'ouest jusque dans le Pontiac et vers le nord, sur les berges des rivières Gatineau et du Lièvre. Les chantiers de bûcherons, scieries, usines de pulpe de bois, usines de fabrication d'allumettes, mines de phosphore, centrales hydro-électriques privées, et l'agriculture seront les principales sources de travail pour les gens de l'Outaouais, avec le centre commercial à Hull, de 1800 jusqu'à l'implantation des infrastructures fédérales dans les années 1970.
La guerre de 1812-1815, opposant les États-Unis et la Grande-Bretagne, a comme terrain de bataille le Haut et le Bas-Canada. Les deux colonies abritent un nombre insuffisant de garnisons britanniques pour la protection des villes mais les Canadiens aidés d'autochtones et de leurs techniques de guérilla, mettront en échec les assauts ennemis sur Châteauguay et Kingston. Un problème criant de voies de communication entre les colonies apparaît lors de ce conflit. Pour y remédier, la couronne britannique fait construire des canaux dans l’axe de navigation Montréal-Ottawa-Kingston pour assurer la liaison entre ses garnisons par une autre voie que le Saint-Laurent. Ainsi naîtront le canal Rideau, reliant Ottawa à Kingston, et les canaux permettant de contourner les rapides du Long-Sault sur l’Outaouais, reliant Montréal à Ottawa. Les canaux attireront des gens d'affaires et la colonisation anglophone tant attendue. Ce sera l'arrivée en masse des Irlandais catholiques dans la région et ils serviront de main-d'œuvre pour la construction des canaux. alt=Photo de l'Allumière en 1935, Gatineau|vignette|L'Allumière en 1935, Gatineau. Ezra Butler Eddy, originaire du Vermont, s'établit à Hull en 1851 et s'enrichit en fabriquant des allumettes, des planches à laver et des épingles à linge. Dans les années 1870, il devient l'un des plus importants exploitants de scieries à la chute de la Chaudière. Sa fabrique d'allumettes et d'articles de fibre de bois induré, tout comme ses initiatives novatrices dans le domaine de la fabrication de la pâte (1889) et du papier (1890), feront de Hull l’un des principaux centres de l’industrie papetière. Par la suite, des fabriques de haches, des abattoirs et usines de transformation de la viande, des filatures et d'autres industries connexes s'y installeront.
Conflits ouvriers majeurs Bientôt, la colonisation bat son plein en Outaouais avec l'arrivée massive des Irlandais et d'une proportion de plus en plus importante d'immigrants francophones. Les vieilles familles comme les Wright, les Papineau, les Egan, les Hamilton, se voient entrer en lutte contre de nouveaux arrivants qui veulent aussi tirer parti de la manne du bois. Le conflit s'amorce quand les travailleurs irlandais, sous la direction de Peter Aylen, se lancent violemment contre les ouvriers francophones afin de les déplacer de leurs emplois de draveurs. En plus, certains employeurs exerceront une pression à la baisse sur les salaires en montant les travailleurs ennemis les uns contre les autres. Les ouvriers francophones et irlandais s'affronteront ouvertement dans les rues de Bytown (du nom du colonel qui fit construire le canal Rideau). Il y aura des affrontements armés et des morts par balles. Ce conflit est connu sous le nom de la guerre des Shiners (1835-1845) et créera un héros pour les travailleurs francophones en Jos Montferrand, reconnu par ses exploits mythiquesCross, Michael S., The Shiner's War: Social Violence in the Ottawa Valley in the 1830sThe Canadian Historical Review, vol. LIV, no. 1, March, 1973..
vignette|gauche|220px|Rue principale de Hull en 1908. Le une importante grève des 400 employés de la compagnie Maclaren éclate. La compagnie refuse de négocier et fait appel aux policiers, aux gardes privés et aux briseurs de grève. Les policiers ouvrent le feu sur les grévistes. Bilan : deux morts: Thomas Bélanger, président de l'union, et François Thériault, secrétaire de l'union; et plusieurs blessés. La loi de l'émeute est invoquée par le maire et l'armée intervient. Plusieurs grévistes sont arrêtés et condamnés à l'emprisonnement. Après la grève, la compagnie établit une liste noire des employés, cette liste affecte les enfants et petits-enfants des employés inscrits sur cette liste, qui ne pourront jamais plus travailler chez Maclaren.
E.B. Eddy entre dans l'histoire en 1919 date à laquelle les premières travailleuses au Québec déclenchent une grève; ses allumettières. En 1924 la compagnie les mettra en lock-out. En commémoration de l'importance de ces travailleuses dans l'économie de la ville, Gatineau nommera un boulevard en leur honneur, le boulevard des Allumettières
Des figures marquantes