Gary Lawrence Francione, né le dans l'État de New York, est un juriste et philosophe américain, défenseur des droits des animaux et théoricien du véganisme. Il est professeur distingué à la faculté de droit de l’université Rutgers"Gary L. Francione", Rutgers School of Law Newark, accessed February 25, 2008. à Newark, dans le New Jersey.
Biographie Formation Francione obtient sa licence en philosophie à l’université de Rochester, où il se voit attribuer la bourse Phi Beta Kappa O'Hearn qui lui permet de poursuivre ses études de philosophie au Royaume-Uni. Il reçoit sa maîtrise en philosophie et son doctorat en droit à l’université de Virginie, où il dirige par ailleurs la Virginia Law Review. Après son diplôme, il occupe le poste d’assistant du juge Albert Tate de la Cour d'appel pour le cinquième circuit des États-Unis, puis de la juge Sandra Day O'Connor de la Cour suprême des États-Unis. Il est maintenant membre du barreau de plusieurs États américains.
Après avoir pratiqué le droit à titre d’avocat associé pour la firme new-yorkaise , il intègre la faculté de droit de l’université de Pennsylvanie en 1984, où il devient professeur titulaire en 1987. Il commence à enseigner le droit des animaux en 1985 dans le cadre d’un cours portant sur la jurisprudence. En 1989, il rejoint le corps professoral de la faculté de droit de l’université Rutgers où il fonde l’année suivante, avec sa compagne Anna E. Charlton, une clinique juridique du droit animal destinée à appuyer bénévolement des gens ou des groupes qui, dans le cadre de l’activisme animalier qu’ils menaient pacifiquement, rencontraient des obstacles à caractère légal. Pour la première fois en Amérique, des étudiants pouvaient obtenir des unités de valeur en échange de leur travail de juriste dans des dossiers réels liés aux animaux. Francione et Charlton ferment la clinique en 2000, mais continuent de dispenser un enseignement portant sur la théorie des droits des animaux, le droit animal et les liens entre droits humains et droits des animaux. Francione enseigne également le droit pénal, la procédure pénale et la philosophie du droit.
Théorie des droits des animaux Gary Francione s’est fait connaître aux États-Unis et dans le monde anglo-saxon pour sa théorie des droits des animaux et sa position radicalement abolitionniste en matière d’exploitation animale. Il est le premier universitaire à avoir enseigné cette discipline dans une faculté de droit américaineFrancione, Gary (2008). Animals as Persons: Essays on the Abolition of Animal Exploitation. Columbia University Press, back cover.. Son travail s’articule autour des trois thèmes suivants : (1) le statut de propriété des animaux, (2) les différences entre droits des animaux et bien-être animal (animal welfare), et (3) une théorie des droits des animaux basée sur la seule sensibilité (sentience), plutôt que sur d’autres caractéristiques.
Pionnier de la théorie abolitionniste des droits des animaux, il soutient que la réglementation sur le bien-être animal (animal welfare) est peu judicieuse sur les plans pratique et théorique, et qu’elle sert seulement à maintenir le statut de propriété des animaux en rendant le public plus à l’aise par rapport au fait de les exploiterHall, Lee. "An Interview with Professor Gary L. Francione", Friends of Animals, accessed February 25, 2008.. Il affirme que les animaux n’ont besoin que d’une chose : le droit de ne pas être considérés comme des biensFrancione, Gary. Rain Without thunder: the Ideology of the Animal Rights Movement, 1996., et prône le véganisme, considéré comme le moteur central de l’abolitionnisme. Il affirme qu’un mouvement abolitionniste/végane est radical par nature.
Pour autant, il désapprouve toute forme d'action violente : Francione se reconnait dans les principes du jaïnisme, et particulièrement la doctrine jaïne de la non-violence, ou Ahimsa, qu’il relie au véganisme et aux droits des animaux. Francione pense que les droits des animaux peuvent et doivent être réalisés uniquement à travers l’action directe non-violenteFrancione, Gary. "Ahimsa and Veganism", Jain Digest, Winter 2009, .. Pour lui, le mouvement des droits des animaux s'inscrit dans le prolongement du mouvement pour la paix, tandis que la violence est réactionnaire.
Parmi les auteurs qui défendent une position radicalement abolitionniste, Francione se distingue par la simplicité de sa théorie qui ne repose que sur le critère de la sensibilité et sur le principe de l’égale considération, principe que, selon lui, on ne pourra dûment respecter qu’à partir du jour où tous les animaux sensibles bénéficieront d’un statut moral et légal reflétant leur droit fondamental de ne pas être traités comme de simples ressources à la disposition d’autres individus.
Francione est l’auteur de nombreux livres sur les droits des animaux (voir publications), ainsi que d’études sur le copyright, le droit des brevets, et le droit et la science. Statut de propriété des animaux Dans Animals, Property, and the Law (1995), Francione affirme que parce que les animaux sont la propriété des humains, les lois visant à ce qu’ils soient traités « humainement » et qui interdisent que des souffrances « non nécessaires » leur soient infligées ne peuvent protéger leurs intérêts de manière significative. Selon lui, la plupart de ces lois et réglementations se limitent à exiger le respect des normes de bien-être animal qui sont nécessaires afin de maximiser le rendement de l’exploitation des animaux ; ces derniers n’ont de valeur qu’à titre de marchandises et leurs intérêts ne se voient accorder aucune pertinence morale. Il estime que ces lois ne peuvent donc protéger les animaux contre des traitements qui seraient considérés comme de la torture s’ils étaient imposés à des êtres humains. Selon Francione, des facteurs légaux, sociaux et économiques font en sorte que le statut de propriété des êtres non humains représente un obstacle majeur, sinon insurmontable, à la protection sérieuse de leurs intérêts.
Comparaison entre l’approche des droits des animaux et celle du bien-être animal Dans Rain Without Thunder: The Ideology of the Animal Rights Movement (1996), Francione démontre qu’il existe d’importantes différences théoriques et pratiques entre l’approche des droits des animaux et celle du bien-être animal (welfarism). Alors que la première revendique l’abolition de l’exploitation des animaux et la reconnaissance de leurs droits, la seconde ne cherche qu’à améliorer les conditions de cette exploitation afin de la rendre plus humaine. Francione explique que des différences essentielles séparent ces deux perspectives. L’approche abolitionniste visant à l’égalité animale se fonde sur la prémisse qu’il est impossible de justifier l’exploitation des animaux sensibles quand bien même celle-ci serait menée « humainement », tandis que l’approche réformiste visant au mieux-être des animaux repose sur la prémisse qu’il est moralement permis de les utiliser à des fins humaines du moment qu’ils sont bien traités. Alors que pour les uns le problème moral se situe au niveau de l’utilisation des êtres sensibles, il se situe plutôt pour les autres au niveau du type de traitement imposé.
Un des principaux apports de cet ouvrage est la réflexion faite autour de ceux que Francione nomme les « néowelfaristes », c’est-à-dire ceux qui pensent que les améliorations apportées aux conditions de vie des animaux rapprochent progressivement de l’idéal abolitionniste et, partant, de la reconnaissance de leur valeur inhérente. Pour Gary Francione, il n’existe aucune preuve factuelle plaidant en faveur de cette position : non seulement aucune mesure légale n’envisage les animaux autrement que comme des marchandises, dont la valeur est principalement extrinsèque, mais une telle position serait même contre-productive en ce que les normes de bien-être donnent l’impression d’assurer aux animaux un traitement « humain », déculpabilisant ainsi le public et l’encourageant à maintenir ou à augmenter sa consommation de produits d’origine animale.
Pertinence du critère de sensibilité Dans son livre Introduction to Animal Rights: Your Child or the Dog? (2000), Francione présente sa théorie des droits des animaux fondée sur l’idée qu’il n’est nullement nécessaire de posséder des capacités cognitives autres que celles qu’implique nécessairement la sensibilité (sentience) pour être membre à part entière de la communauté morale et jouir du droit fondamental et « pré-légal » de ne pas être la propriété des êtres humains. Il rejette l’idée selon laquelle les animaux doivent posséder certaines des caractéristiques cognitives typiquement humaines, comme une forme sophistiquée de conscience de soi ou des capacités langagières évoluées par exemple, pour mériter le droit de ne pas être utilisés comme des ressources à la disposition des êtres humains. Francione juge que la reconnaissance de ce droit est exigée par le principe de l’égale considération en ce que, tant que les animaux seront assimilés à des biens que les humains peuvent s’approprier, leurs intérêts ne pourront jamais recevoir une considération égale.
Dans le cadre de cette discussion, l’auteur diagnostique ce qu’il appelle une « schizophrénie morale » (moral schizophrenia) à l’égard des animaux. D’une part, nombre d'humains vivent avec des animaux et leur accordent une grande importance, voire les considèrent comme des membres de la famille ayant leur personnalité propre, et ne mettent pas en doute leur valeur morale intrinsèque. D’autre part, ces mêmes humains ne s'opposent pas à l'utilisation des animaux d'élevage et au fait qu'ils soient traités comme des choses dont la seule valeur serait économique.
Points de divergence avec Peter Singer et Tom Regan La position de Francione diffère sensiblement de celle de Peter Singer, auteur de La Libération animalePeter Singer, Animal Liberation, New York Review/Random House, 1975 ; traduction française La Libération animale, Grasset, 1993 (réédition chez Payot, 2012). En effet, bien que tous deux considèrent la sensibilité (sentience) comme une condition suffisante pour faire partie de la communauté morale, Singer, qui est utilitariste, rejette la notion de droit moral. Il ne s’oppose pas aussi catégoriquement que le fait Francione à la mise à mort des animaux (humains ou non) qui n’ont, par exemple, pas conscience de la continuité de leur existence dans le temps, ou qui ne possèdent pas un niveau de conscience très sophistiqué. Il est, selon lui, raisonnable de croire que la vie de certains êtres sensibles a plus de valeur que celle d’autres. Si la vie d’animaux sensibles mais inconscients de leur continuité dans le temps est plaisante, si leur mort est indolore et ne cause pas de peine à des tiers, et s’ils sont remplacés par d’autres animaux menant une existence également plaisante, alors il est possible que nous soyons moralement autorisés à les tuer. Par conséquent, pour Singer, l’utilisation des animaux ne soulève pas un problème moral en soi. Dans l’optique de Francione en revanche, le fait qu’un être soit sensible signifie nécessairement que cet être a un intérêt à poursuivre son existence, et par conséquent qu'il a le droit de le faire.