Ce soir est un journal quotidien français du soir créé par le Parti communiste en 1937, et dirigé par les écrivains Louis Aragon et Jean-Richard Bloch.
Journal d'informations générales, il organise après la Libération des épreuves cyclistes. Ainsi en 1946, il crée la Ronde de France, qui se veut préfiguration d'un Tour de France sans ses organisateurs d'avant-guerre ou leurs continuateurs.
Après avoir été le plus grand des journaux communistes fédérés dans l'Union française de l'information, largement devant L'Humanité et les nombreux journaux régionaux, il cesse de paraître en 1953.
Histoire 1937-1939, le journal du Front populaire et de la guerre d'Espagne Dans le but de concurrencer Paris-Soir, Maurice Thorez formule à la fin de l'année 1936 le projet de créer un journal quotidien paraissant le soir. L'origine des fonds ayant servi au lancement de cet organe, officiellement indépendant, est controverséeBaptiste Eychart, Jean-Richard Bloch. La guerre d'Espagne et Ce soir, Les Annales de la Société des Amis de Louis Aragon et Elsa Triolet, N° 1-1999, p. 63-88. La République espagnole, dont le journal se fit le défenseur vigilant, a-t-elle participé au financement ? Le premier numéro du journal sort le . Il est placé sous la direction de deux écrivains célèbres. L'un est connu pour son appartenance au Parti communiste, Louis AragonOlivier Barbarant , « Aragon journaliste, la plume de la résistance à Munich », l'Humanité, 23 mai 2018, l'autre Jean-Richard Bloch en est un très proche sympathisant, qui adhérera au PCF en 1939, peu avant la signature du Pacte germano-soviétiqueSelon le témoignage de Romain Rolland qui reçoit les Bloch à Vézelay au début du mois de juillet 1939. Cf. Romain Rolland (Jean Lacoste éd.), Journal de Vézelay, 1938-1944, Bartillat.
Cette hypothèse est par ailleurs confirmée par la correspondance échangée entre Bloch et Maurice Thorez en 1939. Cf. Rachel Mazuy, "Réflexions sur une date d'adhésion. Jean-Richard Bloch et le PCF (1937-1939", Circulations et engagements politiques, Hypothèses, 15 juin 2019 : https://cturss.hypotheses.org/2386.
Cependant le journal ne se veut pas organe politique du parti. Son rédacteur en chef, Élie Richard, a été recruté pour sa compétence « technique » : il a travaillé auparavant à Paris-SoirElie Richard est successivement secrétaire général adjoint et … rédacteur en chef de Paris-Soir (en 1936). Cf Raymond Barrillon, Le cas Paris-Soir, collection « Kiosque », A. Colin, 1959, p. 75, 277. La direction « économique » du titre est entre les mains de Gaston Bensan. Celui-ci, « homme de l'ombre », habitué des maisons d'édition du Parti, administrateur du journalAlexandre Courban, « Ce soir, le deuxième quotidien communiste », dans Xavier Vigna, Jean Vigreux, Serge Wolikow : Le pain, la paix, la liberté, p. 195-205, cf sources en maîtrise seul les sources de financement qui permettent un tirage de démarrage de exemplaires. Son siège est situé dans le arrondissement de Paris, 31, rue du 4-Septembre.
Si Ce soir ne parvient jamais à atteindre les tirages de Paris-Soir, il réussit à trouver un lectorat avide de dernières nouvelles en fin de journée. En , le tirage est de Dominique et Michèle Frémy, Quid, 2006, p. 1104. Ce tirage situe Ce soir à la place des quotidiens parisiens. Mais le tirage de Paris-Soir est annoncé à . Celui de L'Humanité est à . Affaire non déficitaire, Ce soir doit sa notoriété à la qualité de ses collaborateurs. Louis Guilloux tient la chronique littéraire les six premiers moisNicole Racine, notice « Louis Guilloux », dans Le Maitron. Il est alors remplacé par Paul Nizan qui était le chef du service de politique étrangère, et qui lui aussi mène alors de front activité journalistique et écriture romanesque. Pascal Pia est le chef du service des informations générales, jusqu'à son départ pour Alger républicain en . Le frère de Jean Richard Bloch, Pierre Abraham est chroniqueur dramatiqueNicole Racine, notice « Pierre Abraham », dans Le Maitron. Parmi les journalistes professionnels, figurent Édith Thomas, Simone Téry, Andrée Viollis, toutes trois spécialisées dans les grandes enquêtes-reportages.
Parmi les autres collaborateursRecensement effectué par François Eychart, in introduction au des « Annales » de la société Louis Aragon-Elsa Triolet, p. 12 de Ce soir, entre 1937 à 1939, une liste de signatures les plus fréquentes témoigne de la qualité recherchée pour un journal qui se veut populaire :
René Arcos, Julien Benda, Jean Blanzat, Jean Cocteau, Lise Deharme, Robert Desnos, Luc Durtain, Yvette Guilbert, Francis Jourdain, André Lhote, Darius Milhaud, Georges Pillement, Tristan Rémy, Jean Renoir, Georges Sadoul, Elsa TrioletElsa Triolet, , Les Annales de la société des amis de Louis Aragon et Elsa Triolet, , p. 65-135, Jean Wiener.
Le conflit espagnol est couvert par dix-huit journalistes et reporters-photographesFrançois Fontaine, La guerre d'Espagne, un déluge de feu et d'images, BDIC-Berg international, Paris, 2003, p. 104. L'auteur soutient que des fonds du gouvernement de la République espagnole ont servi au lancement de Ce soir.. Les grands noms du journalisme de gauche se succèdent pour décrire et illustrer les combats, du côté républicain. Parmi eux : Édith Thomas, Andrée Viollis, Simone Téry, déjà citées, Louis Parrot, Stéphane Manier, Georges Soria, Renaud de JouvenelCertains de ces journalistes couvrent les événements pour d'autres journaux, dont les hebdomadaires Regards et Vendredi.
Envoyés spéciaux de Ce soir, des photographes appelés à devenir célèbres font bénéficier le quotidien de leurs clichés qui ont maintenant valeur d'archives de la guerre civile espagnole : Gerda Taro, qui est tuée sur le front de Brunete en . Robert Capa, son compagnon, photographe officiel de Ce soir jusqu'à la retraite des républicains vers la France, en 1939. Chim, alias David Seymour Mathieu Corman.
Considéré comme proche du Parti communiste, le quotidien est interdit le , en même temps que L'Humanité et l'ensemble des publications de ce parti, suspectées de soutenir le pacte germano-soviétique.
1940, sous l'occupation allemande Le quotidien sera autorisé à paraître sous la direction de Jules Dumont, étant considéré de moindre notoriété que L'Humanité par l'occupant.. Cependant il ne reparut pas.
1944 - 1953, euphorie et déclin du journal
Avec un demi-million d'exemplaires quotidiens en 1946, Ce Soir est de loin le plus grand des journaux communistes fédérés dans l'Union française de l'information, largement devant L'Humanité et les nombreux journaux régionaux. Le tirage de Ce soir, fondé en et sous-titré « Grand quotidien d’information indépendante », passe de en janvier 1945 "Sartre devant la presse d'occupation: le dossier critique des "Mouches" et "Huis clos" par Igrid Galster AUS Presses universitaires de Rennes à plus tard en 1945, puis à en 1946, dépassant largement les de la fin "Inventer un journal de combat" par Marie-Noël Rio dans Le Monde diplomatique de janvier 2019 , avant de revenir en 1947 à 433 000"Presse, radio et télévision en France de 1631 à nos jours" par Caroline Ulmann-Mauriat et Élisabeth Cazenave, 1994 puis de tomber à seulement en 1952Raymond Lavigne, « La mort d'un journal », , in Je suis un communiste heureux"Trois Siècles de publicité en France" par Marc Martin, aux Editions Odile Jacob, mai 1992 puis de s'effondrer à partir de 1952.
Période194519461947Variation 1947-1952Tirage Moins 74%
Le quotidien ne reparaît que le , sous la houlette de Louis ParrotNotice « Louis Parrot », dans Le Maitron, un de ses rédacteurs d'avant guerre. Louis Aragon, organisateur de la Résistance des « Lettres », de retour à Paris fin en reprend la « direction », qui revient dans les faits à Jean-Richard Bloch, quand celui-ci rentre en France en après avoir passé la guerre en URSS, où il a été la « voix de la France » sur Radio-Moscou. Fin 1946, Bloch est élu au Conseil de la République, nouveau nom du Sénat, renforçant ainsi le poids politique du quotidien du soir. Mais il meurt subitement le . Aragon est alors seul directeur de Ce soir. Il est assisté par un de ses camarades de parti, vieux routier du journalisme, Fernand FontenayFernand Fontenay (1901-1971), déjà rédacteur en chef adjoint de 1937 à 1939, est présenté, dans la notice que lui consacre Le Maitron, comme « un des codirecteurs de Ce soir à la Libération ». Lors de son décès le 15 février 1971, L'Humanité le présente ainsi : « À la Libération, il fut aux côtés de Jean Richard Bloch et de Louis Aragon l'un des directeurs de Ce Soir qui était alors par son tirage le plus grand journal de France » (article signé Georges Bouvard, 20-02-1971). Hommage d'autant plus marquant que Fontenay avait quitté le PCF après 1958.. Les grèves de 1947 et la grève des mineurs de 1948 sont couvertes par la jeune résistante Madeleine Riffaud.
Gilbert Badia, rédacteur en chef depuis 1945 est rétrogradé brusquement en 1949Raymond Lavigne, op. cit, p. 123, Aragon le remplaçant par un écrivain de 28 ans, André StilAndré Stil, Une vie à écrire (entretiens avec Jean-Claude Lebrun), Grasset, 1993, p. 63-65. Voir aussi Jean-Pierre Léonardini, "De la prison de Fresnes à l'Académie Goncourt", article paru dans L'Humanité, p. 18-19, le 6 septembre 2004 lors de la mort d'André Stil., qui n'a aucune expérience de journaliste et prend aussi le poste de directeur-adjoint. L'année suivante, lors du XII Congrès du PCF, André Stil est même "bombardé", selon ses termes, rédacteur en chef de L'Humanité. Pour le remplacer, Aragon obtient la nomination d'une autre jeune écrivain, Pierre DaixMaurice Ulrich, notice biographique sur Pierre Daix lors de son décès, L'Humanité, 3 novembre 2014, p. 21-22.. Pierre Daix narre ainsi, dans ses Pierre Daix, Tout mon temps, Fayard, 2001, p. 308. », son expérience :
La ligne éditoriale de Pierre Daix va cependant remettre peu à peu en cause l'existence du journal, dont l'administration est jumelée à celle de L'Humanité depuis 1947 : les deux titres sont réunis dans un même immeuble, 37 rue du Louvre à Paris. Le quotidien, qui a perdu son autonomie, est ensuite pris dans une spirale de déclin qui affecte de nombreux titres nés dans la Résistance, et en particulier la presse communiste. Le tirage de Ce soir, soumis à la concurrence de France-Soir, passe de exemplaires en 1945 à exemplaires en 1952Raymond Lavigne, « La mort d'un journal », p. 172, in Je suis un communiste heureux. Soumis à cette concurrence de France-Soir, le titre achève de décourager lecteurs et annonceurs par un ton antisémite virulent au début de 1953 dans sa couverture du Complot des blouses blanches"Bulletin de l'Association d'études et d'informations politiques internationales", numéro du 16 au 28 février 1954, par l'Association d'études et d'informations politiques internationales .. Le , il disparaîtDate de fin de publication concordante dans les témoignages de Raymond Lavigne, alors chef du service politique, et de Pierre Daix, rédacteur en chef et directeur-adjoint du journal. Staline meurt quelques jours plus tard et c'est aux Lettres françaises, dont il vient de prendre la direction qu'Aragon publie le dessin de Staline vu par Picasso, qui déclenche l'affaire du portrait de Staline, à dimension politico-artistique.
1945-1946, concurrencer L'Équipe ?