Kasimir Severinovitch Malevitch (en ukrainien et ; en ), né le Запись о рождении в метрической книге римско-католического костёла св. Александра в Киеве, 1879 год // ЦГИАК Украины, ф. 1268, оп. 1, д. 26, л. 13об—14. Gerry Souter, Malevitch, Bérangère Mauduit (trad.), Parkstone, coll. « Temporis », 2008, . à Kiev (Empire russe), de parents polonais, et mort le à Léningrad, à l'âge de 56 ans, d'un cancer , InCoRM., est un des premiers artistes abstraits du . Peintre, dessinateur, sculpteur et théoricien, Malevitch est le créateur d'un courant artistique qu'il dénomma « suprématisme ».
Biographie Kasimir Malevitch nait à Kiev, dans ce qui est aujourd'hui l'Ukraine, à la maternité catholique Kiev-Vasilkovskaja de Saint-Alexandre. Son père, Severin Antonovitch Malevitch (1845-1902), est le directeur de l'une des usines de raffinage de sucre industriel (betterave) de l'homme d'affaires ukrainien Nicolas Terechtchenko. Sa mère, A. Ludwig (1858-1942), est femme au foyer. Kasimir Malevitch est l'aîné de , dont ayant survécu à l'âge adulte , ..
Il fréquente de 1895 à 1896, l'école de peinture de KievDora Vallier, L'Art abstrait, Pluriel/Hachette, 1980, . dans la classe du peintre Nikolay Pymonenko. Les deux années suivantes, il étudie au collège de Parhomovka (Russie impériale).
De 1898 à 1904, le jeune Kasimir vit à Koursk (Russie). Il se marie en 1899 avec Kazimiera Zglejc (ou, retranscrit du russe : Kasimira Ivanovna Zgleits) (-1942), avec laquelle il a deux enfants, Anatolii (1902) et Galina (1909). Puis il s'installe à Moscou en 1904. Après le décès de son père, il travaille comme dessinateur industriel pour les chemins de fer.
Il développe en fait surtout son activité de peintre en autodidacte en s'inspirant des courants qu'il peut observer autour de lui et des avant-gardes européennes : réalisme, impressionnisme, symbolisme, cézannisme, fauvisme, néo-primitivisme, cubo-futurisme, cubisme alogique, suprématisme, supranaturalisme. Cela était possible notamment grâce à ses visites des collections d'Ivan Morozov et Sergueï Chtchoukine qui avaient déjà fait une sélection des peintres modernes français.
Les œuvres de ses débuts reprennent exactement ces tendances comme on peut le voir dans le Baigneur de 1910 qui est explicitement fauviste, le Bûcheron, 1912, s'inspirant des tubes de Léger ou encore le Remouleur de 1912 futuriste.
Il s'intègre également à l'avant-garde russe en participant aux expositions du « Valet de carreau » (1910), de « la Queue d'âne » (1912) et de « la Cible » (1913).
C'est à cette période qu'il développe une tendance zaoum. Cette expression désigne une façon de déconstruire la langue en fonction des sons et non plus des significations. Il a emprunté plusieurs voies pour le retranscrire en peinture : des toiles et dessins a-logiques comme Un Anglais à Moscou, des dessins qui sont définis par leur titre comme Rixe sur le boulevard et enfin la création d'un opéra zaoum. En 1913, il monte avec Mikhaïl Matiouchine pour la musique et Alexei Kroutchenykh pour le livret d'opéra avant-gardiste Victoire sur le soleil , joué en décembre à Saint-Pétersbourg. Malevitch crée des costumes géométriques et des décors composés de toiles aux formes carrées. C'est alors qu'il va chercher à tirer le fil de cette esthétique dans sa peinture.
En 1915, après l'« Exposition Tramway V » du mois de mars, il présente à l'« », tenue à Pétrograd du au , un ensemble de qu'il appelle « suprématies », dont Quadrangle, connu sous le nom de Carré noir sur fond blanc, que Malevitch instituera plus tard en œuvre emblème du suprématismeJean-Claude Marcadé, Malevitch, Paris, Casterman/Nouvelles éditions françaises, 1990 ; Linda Boersma, 0.10 (zéro - dix). Dernière exposition futuriste, Hazan, Paris, 1997.. L'exposition souhaite faire table rase du passé pour promouvoir de nouvelles formes (0) tout en exposant une dizaine d'artistes (10).
Avec la Révolution de 1917, il est élu député au Soviet de Moscou. Kasimir Malevitch et l'avant-garde russe, Le mONDE dEs ARTS.. Malevitch accepte des fonctions institutionnelles comme enseignant à l'Académie de Moscou, puis à l'École artistique de Vitebsk, invité par Marc Chagall, ensuite à Petrograd en tant que chercheur. Il lutte également pour la démocratisation.
En 1918, il peint Carré blanc sur fond blanc, qui est considéré comme le premier monochrome de la peinture contemporaineAlphonse Allais s'est essayé à la peinture monochrome de façon humoristique, dès 1882, avec sa Récolte de la tomate par des cardinaux apoplectiques au bord de la Mer Rouge. Il produit aussi, en 1887, Stupeur de jeunes recrues en apercevant pour la première fois ton azur, ô Méditerranée, Partage d'un apéritif anisé entre Asiates ictériques dans un champ de blé.
En 1927, Malevitch part en voyage à Varsovie puis à Berlin où deux rétrospectives de ses œuvres sont organisées. Il laisse en Allemagne , et un manuscrit, Le Suprématisme ou le Monde sans objet, republié par le Bauhaus (il avait été initialement publié en 1915). Durant la guerre, une quinzaine de ses tableaux disparaissent et ne seront jamais retrouvés, une partie se trouve au d'Amsterdam et une autre au MoMA de New York.
Artiste prolifique, il ne cesse de peindre tout au long de sa vie.
En 1929, le pouvoir soviétique le stigmatise pour son et le qualifie de . Au cours des , les besoins du pouvoir soviétique en matière d'art ayant évolué, Kasimir Malevitch est sans cesse attaqué par la presse et perd ses fonctions officielles — il est même emprisonné et torturé psychologiquement. Même si les autorités lui décernent des funérailles officielles en 1935, la condamnation de son œuvre et du courant suprématiste s'accompagnent d'un oubli de plusieurs décennies.
La reconnaissance de cet artiste intervient à partir des . Depuis, de nombreuses rétrospectives à travers le monde ont consacré Kasimir Malevitch comme l'un des maîtres de l'art abstrait.
vignette|upright=1|Théière et tasses constructivistes créées par Kasimir Malevitch en 1932.
Son œuvre De 1907 à 1935, il participe à d'avant-garde dans l'Empire russe, en URSS et à l'étranger. Malevitch est un membre actif de l'avant-garde artistique ukrainienne et polonaise et côtoie Kandinsky, Chagall, Matiouchine, El Lissitzky, Rodtchenko.
Parallèlement à son œuvre plastique, Malevitch produit des textes théoriques sur l'art. Une vingtaine d'écrits paraissent entre 1915 et 1930, mais de nombreux manuscrits restent non publiés. Tous ne sont pas directement liés aux seules pratiques artistiques. Ainsi par exemple, La Paresse comme vérité effective de l'homme, écrit en 1921, et publié aux éditions Allia en 1995 en langue française, texte révolutionnaire dans la mesure où le communisme lui-même y apparaît dépassable.
Les paysages et les scènes de la vie quotidienne présentent souvent une dominante du rouge et du vert, couleurs que l'on retrouve également dans certaines icônes orthodoxes. Les gouaches des sont influencées par le fauvisme mais aussi par le néo-primitivisme et le protocubisme. Dans les , il produit des toiles cubistes et futuristes.
Le suprématisme
En 1915, Malevitch peint trois éléments qu'il inclura plus tard parmi les éléments fondateurs du suprématisme : le Carré noir, la Croix noire et le Cercle noir la notice sur la Croix noire de Malevitch dans Laurent Le Bon (dir.), Chefs-d’œuvre ?, catalogue d’exposition, Metz, Éditions du Centre Pompidou-Metz, 2010, , ..
Maniant des formes simples à caractère géométrique et unicolores, disposées sur la toile ou érigées dans le réel (architectones), le suprématisme montre le caractère infini de l'espace, et la relation d'attraction et de rejet des formes.
Pour Malevitch, l'art est un processus amenant la sensation (c’est-à-dire le rapport de l'artiste au monde) à se concrétiser en œuvre, grâce à un module formateur étranger au support, l', qui structure la masse picturale ou les matériaux. Il introduit le concept d'élément additionnel dans ses écrits des , ainsi que dans son enseignementEn français, cf. les écrits de Malevitch sur l'élément additionnel dans K. Malevitch, La Lumière et la Couleur. Textes inédits de 1918 à 1926, traduits du russe par Jean-Claude Marcadé et Sylviane Siger, Lausanne, L'Âge d'Homme, , 1981, , ..
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C'est sur la conception du rapport de l'art pur à l'art appliqué que Malevitch entre en conflit avec les constructivistes.
Écrits théoriques De 1915 à 1930, Malevitch théorise sur un développement de l’art moderne menant selon lui de « Cézanne au Suprématisme ».
En 1915, il publie dans une revue d'avant-garde dirigée par Mikhaïl Matiouchine « La grue » (Zhuravl), un article intitulé « Du cubisme au suprématisme, le nouveau réalisme en peinture » (Ot kubizma do suprematizma. Novy zhivopisny realizm). Cet article accompagnait l’exposition des premières œuvres suprématistes à la Dernière exposition futuriste, 0-10 de Pétrograd dans le Bureau Artistique de Madame Dobytchina. Une brochure sera rééditée à l’identique début 1916 édition, Moscou, décembre 1915, édition, Petrograd 1916, Éditions Zhuravl, M. Matiouchine. Paru en français dans: K. Malévitch, De Cézanne au suprématisme, Premier tome des écrits, publication et traduction Jean-Claude Marcadé, Slavica, Écrits sur l'art, Éditions L’Âge d'Homme, Lausanne, 1974, p. 35-43..
En 1916, Malevitch publie une nouvelle version remaniée sous le titre « Du cubisme et du futurisme, le nouveau réalisme pictural » (Ot kubizma i futurizma do suprematizma. Novy zhivopisny realizm) édition, Moscou, 1916, manuscrit daté de 1915. Paru en anglais : K. Malevich, Essays on art 1915-1933, publication Troëls Andersen, Traduction Xenia Glowacki-Prus, Arnold McMillin, David Miller, Borgen Forlag, Copenhague, Vol I, 1968, p. 19-41 ; en français : K. Malévitch, De Cézanne au suprématisme , op. cit., p. 47 à 73.. Ce texte diffère des versions antérieures et comporte l’ajout de deux nouvelles sections reproduisant une conférence publique donnée par Malevitch le à Saint PétersbourgCompte-rendu de Matiouchine, publié dans Ocharovanny strannik, Almanakh vesenny, 1916, p. 18.
En 1919, dans sa résidence d’été à Nemtchinovka, près de Moscou, Malevitch rédige un texte encore plus long, « Des nouveaux systèmes en art » (O novykh sistemakh v iskusstve), qu’il fait publier à Vitebsk le K. Malevich, Essays on art, Vol I, op. cit. p. 83-119 et K. Malévitch, De Cézanne au suprématisme, op. cit., p. 75 à 115.
Entre 1928 et 1930, la revue ukrainienne Nova Generatsiia publie sous le titre Novoye Iskusstvo (Le nouvel art), une série de douze articles de Kasimir Malevitch sur l’évolution de la peinture moderne de Cézanne au SuprématismeMalevych K., Nove mystetstvo i mystetstvo obrazotvorche. No.9 (1928), p.177, Nove mystetstvo i mystetstvo obrazotvorche. No. 12 (1928), p.411, Prostorovyi kubizm. No.4 (1929), p.63, Lezhe, Gri, Herbin, Mettsinger [L6ger, Gris; Herbin; Metzinger]. No.5 (1929), p.57, Konstruktyvne maliarstvo rosiis'kykh maliariv i Konstruktyvizm. No.8 (1929), p.47, Rosiis’ki Konstruktyvisty i Konstruktyvizm. No.9 (1929), p.53, Kubo-futuryzm. No.10 (1929), p.58, Futuryzm dynamichnyi i kinetychnyi. No. 11 (1929), p.71, Estetyka. No.12 (1929), p.56, Sproba vyznachennia zalezhnosty mizh kol'orom ta formoiu v maliarstvi. No.6-7 (1930), p.64, Sproba vyznachennia zalezhnosty mizh kol'orom ta formoiu v maliarstvi. No. 8-9, in : Ilnytzkyj, Oleh S. (Oleh Stepan), Nova generatsiia (The New Generation), 1927-1930, A Comprehensive Index, Canadian Institute of Ukrainian Studies Press, University of Alberta, 1998, p. 8..