Antoine-Marie Chamans, comte de LavaletteSur des documents d'époque, il signe aussi Lavallette ou Lavallete., né le à Paris où il est mort le , est un officier et haut fonctionnaire français.

Il est directeur général des Postes sous le Premier Empire de 1804 à 1814 et pendant les Cent-Jours. Condamné à mort en 1815, il réussit une audacieuse évasion avec la complicité de sa femme. Il est gracié en 1822.

Jeunesse Le père de Lavalette Antoine Remy Lavallette, un limonadier, le destine d’abord à l’état ecclésiastique mais l'intéressé préfère rentrer dans l’étude d’un procureur, afin de se préparer à la profession d’avocat au collège d'HarcourtRevue hebdomadaire, , ..

Après de bonnes études, Antoine Lavalette devient secrétaire du bibliothécaire de Louis XVI. Favorable aux idées de la Révolution, il se prononce en faveur de la famille royale lors des journées des 5 et 6 octobre 1789, et , et s'oppose aux mouvements populaires.

Carrière militaire

Il s’engage alors dans l’armée et devient officier d’état-major du général Custine en l’an II1793, puis aide-de-camp de Baraguey d’Hilliers l’année suivante. Le général Bonaparte, après la bataille d'Arcole15 au 17 novembre 1796 (25 au 27 brumaire an V) en fait son aide de camp en remplacement du colonel Muiron, tué lors de la bataille.

Il assiste aux négociations des préliminaires de la paix de Leoben (1797) en qualité de secrétaire. Puis en l’an V, Bonaparte l’envoie à Paris étudier l’esprit public, afin de l’instruire des causes de la lutte qui venait d’éclater entre la majorité des conseils et le Directoire. Le Directoire ayant découvert le but de sa mission, voulut, par des menaces, le déterminer à lui livrer la correspondance de son général ; mais Lavalette préféra la brûler. vignette|gauche|Lavalette, conseiller d'État de Houdetot.

Lavalette épouse le an VI Émilie de Beauharnais1781-1855, nièce de Joséphine. Il contera en détail dans ses mémoires comment celui qui n'était encore que le général Bonaparte décida de leur mariage . Ce que O'Meara, médecin de Napoléon à Sainte-Hélène, confirmera en rapportant les mots de l'Empereur : . Un mois après, le jeune marié part pour l’Égypte. Lavalette participe ensuite à la prise de Malte, puis est expédié en mission à Corfou, avant de rejoindre le corps expéditionnaire en Égypte.

Carrière administrative Il revient en France avec Bonaparte peu avant le coup d'État du 18 brumaire an VIII9 novembre 1799. En janvier 1800, il est envoyé en mission diplomatique en Saxe et en Hesse. Enfin, après avoir été successivement administrateur de la caisse d'amortissement, commissaire central en 1801, puis directeur général des Postes le . Lavalette est nommé peu après à la section de l’Intérieur du Conseil d’État. Il est également directeur du Cabinet noir, le bureau de la censure. Le Grand Maréchal Bertrand rapporte une conversation de l'Empereur, en Le 20 mars 1817 selon O'Meara, Napoléon en exil à Sainte-Hélène, Volume 1, seconde partie, année 1822, , à Sainte-Hélène:

Il est membre et commandant de la Légion d'honneur, les et 14 juin 1804; il fut élevé en 1808 au rang de comte de l'Empire, et le à celui de grand officier de la Légion d'honneur.

La Restauration

Lors de la Première Restauration, Lavalette participe à une conspiration menée par les généraux Drouet d’Erlon et Lefebvre-Desnouettes.

Le , apprenant le débarquement de Napoléon, Lavalette se présente à l’administration des Postes. Le comte Ferrand, pressé de s’enfuir, demande à l'ex-ministre des Postes de signer son passeport, contrairement à la loi car le comte Ferrand est toujours le ministre et aurait donc du signer lui-même son passeport|. Cette signature, hors la loi, sera un élément à charge lors du procès.

Son évasion

vignette|L'Évasion de Lavalette (vers 1834), bas-relief anonyme ornant sa tombe. Paris, cimetière du Père-Lachaise.

Lavalette est arrêté chez lui le et est conduit à la Conciergerie pour conspiration contre l’État et usurpation de fonctions. La charge de conspiration contre l'État portera sur l'accusation d'avoir aidé Napoléon à quitter l'Île d'Elbe. Napoléon a cependant formellement nié cette contribution: . L'usurpation de fonctions fut plus facile à prouver, Lavalette ayant dès le premier jour, et sans ordres, suspendu l'expédition du Moniteur et autres journaux. Il écrivit même de sa main sur une dépêche la mention : . Napoléon n'apprécia pas ses initiatives hardies, et lorsqu'il s'agit de distribuer les brevets aux nouveaux ministres, il dit . Après un procès agité, il est condamné à mort le . Il fit preuve d'une grande dignité : dit-il à son avocat et ami Tripier, avant de saluer les nombreux employés de la poste appelés comme témoins contre lui. Son pourvoi en cassation puis son recours en grâce, formé par son épouse, furent rejetés.

Le , veille de son exécution, Émilie de Lavalette et sa fille Joséphine rendent visite à leur mari et père. La femme de Lavalette a prévu une évasion. Antoine revêt les vêtements de sa femme puis à l'aide de sa fille, il parvient à tromper la surveillance des gardiens, son épouse restant dans la cellule, à sa place . Malgré tous les efforts de la police il fut introuvable et son signalement fut ainsi communiqué :  ; Il sera exécuté en effigie, place de Grève, le , à deux heures après-midiDupin, Procès des trois Anglais, , p. 12].

Avec l'aide d'Amable de Baudus, Lavalette trouve refuge dans l'appartement de fonction de Bresson, chef de la division des fonds et de la comptabilité, au ministère des Affaires étrangères dirigé par le duc de Richelieu. Dans les Mémoires de Lavalette, l'évadé arrivera à penser, à tort, à l'éventuelle complicité du duc., mais il n'en est rien.

vignette|Joséphine de Lavalette de Beauharnais, baronne de Forget (fille)Horace Vernet, 1826Musée des Beaux-Arts de BloisPortrait de sa fille, Blois Il quitte Paris le avec la complicité de trois officiers anglais : Bruce, Hutchinson et le général Robert Wilson.. Il revêt l’uniforme britannique et gagne Mons, en Belgique. Puis Antoine de Lavalette se dirige seul vers la Bavière, pays où il réside plusieurs années, avec la bienveillance d’Eugène de Beauharnais, d’Hortense, ses cousins, et du roi Maximilien|. À Sainte-Hélène, Napoléon évoquera curieusement le Général Wilson qui l'avait accusé dans l'affaire des pestiférés de JaffaHistory of the British expedition to Egypt (1802), :

Gracié en 1822, il rentre à Paris où il retrouve son épouse, Émilie, qui a perdu la raison après ces dramatiques évènements et avoir accouché d'un enfant mort-né.. Lavalette, mort sans doute d’un cancer des poumons le à Paris, vivait depuis son retour dans la plus profonde retraite. En 1831, sa famille publia ses Mémoires d'après ses manuscrits.

Il fut porté sur le testament de Napoléon.

Aujourd’hui , à Longwood, île de Sainte-Hélène. Ceci est mon testament ou acte de ma dernière volonté.

... 14. Au comte Lavalette, cent mille francs ;

Il est enterré à Paris au cimetière du Père-Lachaise.

Un épisode de la série télévisée Les Évasions célèbres raconte son évasion.

Notes et références Notes

Références

Bibliographie . . . . . François-René de Chateaubriand, Mémoires d'outre-tombe, t.III et IV, édition Biré. Charles-Augustin Sainte-Beuve, Causeries du lundi, t.V et VI. . Archives nationales, F6681 et 6822 (dossier 2483). Archives de la préfecture de police de Paris, A/A.328 et A/A.329. Causes célèbres, cahier 34, .

Sources partielles 15px « Lavallette (Antoine-Marie-Amand, comte de) » dans

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