Le fort d’Illange (en allemand Feste Illingen) situé sur la commune du même nom dans le département français de la Moselle, est un groupe fortifié moderne aménagé suivant les plans élaborés par les autorités militaires impériales allemandes au cours de la période d’annexion des territoires mosellans et alsaciens à l'Empire allemand (1871-1918). Sa construction s'étale de 1905 à 1911..

Contexte historique Le groupe fortifié d'Illange faisait partie de la dernière phase d’un programme de fortifications plus vaste, appelé et englobant des forteresses positionnées de Thionville à Metz, suivant la vallée de la Moselle.

L’objectif stratégique des autorités allemandes consistait à rendre impossible une offensive française visant à reprendre le Reichsland à l’Empire allemand et à rendre inviolable le territoire des Etats allemands constitutifs de l'empire.

À partir de 1899, l’état-major allemand intégra les fortifications de la , dans le plan Schlieffen. Elles devaient constituer le point d'appui inamovible du plan offensif, bloquant toute tentative de contre-attaque française pendant le déroulement de la manœuvre.

Ce concept de ligne fortifiée sur la Moselle constituait, par sa modernité, une innovation militaire et technique significative par rapport au système Séré de Rivières développé par les Français après 1870. Il inspira plus tard les ingénieurs de la ligne Maginot..

Le groupe fortifié d'Illange et son équivalent, le fort de Kœnigsmacker, avaient pour mission tactique d'interdire le franchissement de la vallée de la Moselle, en aval et en amont de Thionville, et de couvrir, depuis la rive droite de la Moselle, le fort de Guentrange , au nord-ouest de la ville, implanté sur la rive gauche.

Le groupe fortifié d'Illange assurait également le barrage d'artillerie vers le sud-ouest et la vallée de l'Orne en tir croisé avec la "Feste Lothringen", implantée au nord de Metz, à côté de SaulnyLes canons de 10cm qui équipent l'ouvrage ont une portée de 11km.

Construction et aménagements

Les travaux de construction et d'aménagement débutent entre 1903 et 1905 suivant les sources et se prolongent jusqu'à la guerre.

L'emplacement choisi est une hauteur dégagée, la colline du Grosser Berg culminant à . Ce site offre un point de vue sur presque 360, en surplomb de la vallée de la rivière Moselle à l'ouest et au nord et le village d'Illange au sud. Le groupe fortifié occupe une surface de 44 hectares. Les terrains ont été acquis majoritairement par la voie de l'expropriation forcée.

L'ouvrage est configuré comme un fort de type "montagne" dépourvu de fossé de contrescarpe. Il est centré autour d'une batterie d'artillerie, encadrée par 4 points d'appui défensifs. Pour limiter les effets d'une concentration d'artillerie adverse aux effets dévastateurs, les constructions vitales sont dispersées. Elles sont reliées par des galeries souterraines d'une longueur totale de .

D'un point de vue technique, on emploie pour la première fois le béton de manière massive pour les superstructures et tous les éléments extérieurs exposés. La pierre de taille est reléguée aux infrastructures.

La batterie d'artillerie (Panzer Turm Batterie) est munie de 4 affûts cuirassés tournants non-éclipsables pour canons longs à tir tendu de calibre de . Elle est orientée nord-ouest sud-est. Construite sur un seul niveau, elle possède des stockages de munitions, des locaux techniques et des logements. Le groupe fortifié est également muni de deux observatoires d'artillerie sous cuirasse. Ce dispositif assure les missions principales du groupe fortifié de couverture et de barrage.

Autour de la batterie, les quatre autres éléments principaux sont des casernements sous béton, à deux niveaux et partiellement souterrains.

Casernement Nord (Kaserne 1) Casernement Est (Kaserne 4) Casernement Sud (Kaserne 3) Casernement Sud-ouest (Kaserne 2)

Ils donnent à l'ouvrage la capacité d'affecter au fort trois compagnies d’infanterie, soit environ 1200 hommes dont 177 officiers. vignette|272x272px|Défense périmétrique Les casernements faisant face au sud-ouest sont reliés à une ou deux sorties appelés "abris de piquet". Ces aménagements permettent un accès protégé et dissimulé installations de défense périmétrique par l'utilisation de parapets gazonnés. Sur ce secteur "avant", le groupe fortifié est muni de structures défensives combinant des positions de tir avec des parapets bétonnés, des postes d'observation (guerite escargot), des abris souterrains et des abris sommaires pour les défenseurs. Le casernement ouest est doté d'une casemate de flanquement détachée et orientée vers le nord pour battre l'escarpement qui plonge vers la vallée. Elle est reliée au casernement par une galerie souterraine. A l'opposé, les casernements sont protégés par des casemates d'infanterie qui couvrent l'approche par le nord-est de l'ouvrageWar department - US Army - Corps of engineers * Fortified Group "illange" Map - 1944.

Sur leur face interne, la batterie et les casernements sont dotés d'un flanquement de gorge (caponnière) muni d'embrasures pour mitrailleuses destinés à en interdire l'approche. L'accès aux ouvrages par le front de gorge est barré par des grilles hautes bardées de pointes acérées, retournées vers le bas. Ils sont munis d'accès temps de paix et d'accès temps de guerre.

Le périmètre du groupe fortifié est entièrement cerné par un réseau de fils de fer barbelés d'environ 20m de largeur, planté de poteaux ébarbés, dédoublé sur les secteurs les moins exposés. La batterie d'artillerie ainsi que la zone de replat située dans la partie nord-est de l'emprise sont également protégés par un réseau de barbelés qui coupe le plateau en deux parties. Le seul accès traversant le réseau est la route militaire interne, orientée d'Ouest en Est. Elle est flanquée de merlons sur son tracé intérieur, barrée par une série de grilles et couverte par une casemate d'infanterie à son débouché. Elle est reliée à la route principale vers Thionville.

L'ouvrage est équipé d'une centrale électrique. Le courant est produit par des moteurs diesel couplés à des alternateurs. Elle permet le fonctionnement de l'éclairage et de la ventilation. Un réseau téléphonique interne est installé et l'ouvrage est connecté au réseau extérieur. Ces technologies sont ultra-modernes au début du . Il y a un four à pain et les cuisines collectives sont munies de cuiseurs sous pression et de hottes aspirantes. Le système de sanitaires est équipé de l'eau courante, y compris de l'eau chaude et les toilettes connectées à un système d'eaux usées. Le chauffage est au charbon, soit par poêle, soit, dans les grandes structures par centrale où un tour de service est prévu pour entretenir le foyer.

En général, un soldat se voit attribuer un emplacement dans un dortoir dans lequel, pour les moments de repos, il utilise les crochets prévus pour suspendre son hamac. Les officiers dorment sur des couchettes dans des chambrées moins nombreuses. Pour les repas, les soldats font la queue pour recevoir leur ration, tandis que les officiers sont servis à table dans un mess dédié. Les emplacements éloignés des cuisines sont desservis par norvégiennes.gauche|vignette|293x293px|Angles de tir vers le nord figurés sur le mur de la casemate de flanquement du fort d'Illange ( avec la l'escarpement, la rivière, le pont ferroviaire de Thionville et une maison significative dans le panorama)

Première Guerre mondiale et entre deux guerres À partir de 1890, la relève dans les forts est assurée par les troupes du Corps d'Armée stationnées à Metz et à Thionville.

Faisant suite à la déclaration de guerre, à partir d', le général Von Lochow prend le commandement de la garnison de guerre de la place de Thionville. Le poste de commandement est installé dans la Feste Illingen.

Éloigné de la ligne de front, le fort ne participe pas directement aux opérations de guerre et ne subit aucun dégât mais contribue à la logistique militaire et permet l'hébergement d'un nombre important de soldats dans les casernements disponibles.gauche|vignette|Poste de communication dans le fort d'Illange, avec inscriptions en français|294x294pxEn 1919, le fort est de nouveau occupé par l’armée française. Comme les autres installations militaires allemandes de premier plan, il fera l'objet d'une étude approfondie par les autorités et les ingénieurs de l'armée française qui puiseront des idées importantes dans l'élaboration des structures de la future ligne Maginot.

Durant cette période, le fort est maintenu en activité et est progressivement inclus dans le projet de défense fortifié qui s'élabore. L'armement d'artillerie des "Festen" est initialement réutilisé et amélioré pour compléter le dispositif de la Ligne Maginot et les ouvrages font l'objet d'une réorganisation. Ainsi dans le fort d'Illange, les pièces de de la batterie cuirassée sont maintenues en service, dans la perspective d'un remplacement envisagé mais qui n'interviendra pas, faute de temps et de moyens.

Seconde Guerre mondiale

1940 Au moment de l'activation des fortifications de la ligne Maginot au 1er septembre 1939, le fort d’Illange reçoit le poste de commandement du secteur fortifié de Thionville. On y trouve le commandement de l'artillerie divisionnaire et le commandement du génie.

On compte 51 officiers, 34 sous-officiers et 12 militaires du rang.

Au moment du retrait des troupes d'intervalle, le 13 juin 1940, les canons de la batterie sont sabotés et rendus inutilisables.

1944 Entre le et le , les Alliés lancent une opération de franchissement de la Moselle dans le secteur de Thionville. Les grandes unités chargées de cette mission sont les et d'infanterie (DI) américaine appartenant au corps de la US du général Patton. Un premier franchissement a lieu à Uckange le au matin par le 1er bataillon du 377e régiment d'infanterie de la DI. Il s'agit en fait d'une manœuvre de diversionRené Caboz, la Bataille de Thionville, 1991 , visant à masquer l'assaut principal menée par la DI dans le secteur de Cattenom et Kœnigsmacker. Toutefois, en raison d'une crue soudaine et importante de la Moselle modifiant singulièrement les conditions de la bataille, il est décidé de créer une tête de pont à Thionville pour accélérer l'engagement décisif de la division blindée sur la rive droite de la Moselle. Dans la foulée du franchissement, il s'agit de s'emparer des forts du couronné de Yutz et du fort d'Illange. Cette mission est assignée au du d'infanterie de la DI, commandé par le lieutenant-colonel Autrey J. Maroun. L'opération débute le .

Après la traversée de la Moselle, le couronné de Yutz est pris dès le . L'attaque sur le fort d'Illange est prévue le lendemain. Durant la nuit, la compagnie Golf (G) s'empare d'Haute-Yutz, faiblement défendu.

Au matin, vers 08H30, et après avoir dépassé Haute-Yutz et la compagnie G, les compagnies Easy (E), commandée par le lieutenant James R. PENDERGRAST et Fox (F) commandée par le Capitaine Robert E. ADAIR se dirigent vers le sud-est en direction de Stuckange puis obliquent soudainement vers le sud-ouest à travers la forêt, dans une zone piégée et sous le feu des mortiers tirant depuis le fort d'Illange. A 10H15, sur la droite du dispositif, sous l'appui feu d'unités de mitrailleuses et de mortiers de , deux sections de la compagnie F s'empare de l'objectif intermédiaire, la colline boisée du lieu-dit Selvert (Schwerberg).