vignette|Allen Ginsberg, Timothy Leary et John Cunningham Lilly en 1991.
La Beat Generation Prononciation en anglais américain retranscrite selon la norme API. est un mouvement littéraire et artistique né dans les années 1950 aux États-Unis.
Histoire
Le terme de « Beat Generation » est employé pour la première fois en 1948 par Jack Kerouac pour décrire son cercle d'amis au romancier John Clellon Holmes (qui publiera plus tard le premier roman sur la Beat Generation, intitulé Traduction encore inédite en français.). Holmes définit le mouvement dans un article faisant office de manifeste esthétique, publié dans le New York Times en novembre 1952 : « This is the Beat Generation » Article « This the Beat Generation » consultable en ligne..
Howl d'Allen Ginsberg (1956), Sur la route de Jack Kerouac (1957) et Le Festin nu de William S. Burroughs (1959) sont les ouvrages les plus marquants de la littérature beatCharters (1992) The Portable Beat Reader. L'homosexualité affichée de certains membres de ce mouvement artistique fit scandale aux États-Unis d'Amérique, alors puritainsAnn Charters, introduction, Beat Down to Your Soul, Penguin Books (2001), p. xix Ted Morgan, Literary Outlaw, Avon, New York, 1988. , Trade Paper edition, . Howl et Le Festin nu furent l'objet de procès en obscénité qui marquèrent la libération du monde de l'édition aux États-Unis avant de devenir des références pour le mouvement gay et la libération sexuelle de la génération suivante.
William Burroughs, Allen Ginsberg et Jack Kerouac sont les précurseurs de ce mouvement, de la libération sexuelle et du mode de vie de la jeunesse des années 1960, celle de la Beat Generation, « La beat generation et son influence sur la société américaine » par Élisabeth Guigou, in La Revue des anciens élèves de l'École nationale d'administration, numéro hors-série, « Politique et littérature », décembre 2003, consultable en ligne.. Alliant créativité débordante et fascination pour les milieux underground des villes des côtes Est et Ouest des États-Unis et tout l'art qui s'y crée (littérature, jazz), la Beat Generation témoigne également d'un attachement profond aux grands espaces, à la nature et aux spiritualités chamaniques dans lesquelles l'homme est partie intégrante du Cosmos.
Origines du mouvement vignette|Allen Ginsberg en 1979. Selon Barry Gifford, la Beat generation, ce ne sont que Jack Kerouac, Allen Ginsberg et William S. Burroughs, qui ont pour point commun de s'être entraidés et de s'être inspirés les uns des autres. Mais c'est essentiellement Jack Kerouac qui s'est attelé à s'attribuer la paternité de l'expression jusqu'à en écrire un texte, « Aux origines de la Beat Generation » ne décolérant pas quant à l'emploi avant lui par l'article publié de John Clellon Holmes. Comme pour les écrivains des autres générations, cet attribut leur a été surtout donné par le monde journalistique qui leur demandait de justifier cette expression. Cette génération que l'on nomme communément Beat Generation correspond à une constellation beaucoup plus large que ce noyau, par les influences mutuelles qu'ils ont développées tout au long de leur vie et celles qu'ils ont eues sur la société américaine, occidentale et enfin à l'échelle du monde en tant que contre-culture.
L'organisation par Allen Ginsberg d'une soirée de lecture publique à la Six Gallery le marque le début de ce que les protagonistes appelleront La Renaissance poétique. Cette soirée marque aussi le début d'une longue collaboration entre les jeunes poètes de New York et ceux de San Francisco dont Lawrence Ferlinghetti fut central. C'est aussi, par la présence d'un journaliste ce soir là, que la Beat Generation va naître au public américain. L'influence du mouvement prendra ensuite une ampleur nouvelle à partir des procès que subiront notamment Allen Ginsberg et Lawrence Ferlinghetti pour obscénité et qu'ils gagneront au nom de la liberté d'expression.
Origines du terme beat Le mot beat désignerait depuis le un vagabond du rail voyageant clandestinement à bord des wagons de marchandises. Peu à peu ce mot a pris le sens que lui ont donné les jazzmans noirs : beat en est venu à signifier une manière de traverser la vie. Être beat devint « être foutu, à bout de souffle, exténué ». Le « beat » (« pulsation ») est aussi le « rythme » en musique (jazz).
L'adjectif « beat » (proposé par Herbert Huncke) avait donc initialement le sens de « fatigué » ou « cassé » il se moquera souvent de l'appellation donnée au mouvement. Le sens premier fait ainsi référence à une génération perdue, fin de siècle même, beat signifiant pour John Clellon Holmes : « être à la rue, battu, écrasé, au bout du rouleau ». Jack Kerouac s'explique lui-même sur le terme et le présente comme tiré d'une expression employée par les Noirs américains, dans le sud des États-Unis, faisant référence à la pauvreté, à l'écrasementKerouac répond en français sur l'origine du terme lors d'une émission de télévision].
Pour Kerouac, d'origine franco-canadienne, la sonorité du mot est aussi à rapprocher du terme français « béat » : , puis il ajoute : , le rapprochant d'une expression utilisée par le jazzman Charlie ParkerAlain Dister, La Beat Generation. La révolution hallucinée, Découvertes Gallimard, Paris, 1998, 51.Dans « Sur les origines d’une génération », paru dans Playboy en juin 1959, Kerouac explique qu’il ne faut pas comprendre le mot « beat » dans le sens d' « abattu », mais dans un sens positif, quasi religieux, proche du mot « enthousiasme », étymologiquement « touché par Dieu », c'est-à-dire dans un sens chrétien : ».. Il fait aussi le lien avec le rythme en général : celui de la batterie, des pagayeurs dans leurs canoës
Influences Un certain nombre d'écrivains ont influencé les thèmes ou le style des œuvres de la Beat Generation. Kerouac a lu Céline écrit Michel Mohrt dans la préface à Sur la route, éd. consultée : Folio 2003, . qui a eu une grande influence sur lui, notamment par l'emploi de langage parlé et populaire et par le rythme narratif. Kerouac apprécie aussi Herman Melville, Henry Miller, Dylan Thomas ou encore Jean Genet et Arthur Rimbaud qu'il peut lire en version originale du fait de ses origines francophones du Canada. Ces écrivains ont en commun de placer le thème de la révolte face à la société conformiste au centre de leurs œuvres, thème cher aux écrivains de la Beat Generation. En 1970, Kerouac publie une biographie d'Arthur Rimbaud (Arthur Rimbaud, City Lights Books, 1970).
Dans une lettre à un éditeur datée du , Allen Ginsberg écrit à propos des influences de la Beat Generation : Allen Ginsberg, Lettres choisies, 1943-1997, Gallimard, 2013, cité dans Les Lettres françaises, Connaissance d'Allen Ginsberg, Christophe Mercier, Nouvelle série , 05 décembre 2013.
Un cercle d'amis thumb|upright|alt=Allen Ginsberg, Frankfurt Airport, 1978.|Allen Ginsberg en 1978. Les membres originels de la Beat generation se rencontrèrent à New York : Jack Kerouac, Allen Ginsberg, William Burroughs (dans les années 1940), rejoints plus tard par Gregory Corso (en 1950). C'est à l'université de Columbia que Ginsberg et Kerouac se rencontrèrent, alors tous deux étudiants. Au cours des années 1950, le groupe s'était étendu à des figures de la scène de San Francisco : Kenneth Rexroth, Gary Snyder, Lawrence Ferlinghetti, Michael McClure, Philip Whalen et Lew Welch.
Qualifier ce petit cercle d'aspirants écrivains, artistes, assurément intellectuels, de « Génération » fut une façon de revendiquer leur importance, leur représentativité, et surtout le début d'un nouveau mouvement (sur les traces de la Génération perdue). C'était le genre de bravade qui aurait pu n’être qu'illusions de grandeur, mais l'histoire montre que la Beat generation se permit d'être un véritable mouvement littéraire, social et contre-culturel. Le nom précéda l'essence, renforçant la cristallisation des idées autour du concept.
Les membres de la Beat generation furent des nouveaux bohémiens qui s'engagèrent dans une créativité vigoureuse et libertaire largement inspirée par les pensées anarchistes, participant ainsi à diffuser dans la société un certain nombre de principes politiques issu de ce courant de pensées. Les écrivains Beat produisirent un corpus d'œuvres dominées par la spontanéité, un quasi-automatisme dans l'écriture, pour provoquer une prosodie libre et rythmée, autour notamment du concept Wild que l'on pourrait traduire en français par Liberté Sauvage.
Autour de ce noyau dur d'artistes gravitèrent des personnalités au parcours moins connu mais à l'apport tout aussi important : Lucien Carr, qui présenta Burroughs à Kerouac et Ginsberg et qui ira en prison pour le meurtre d'un professeur de gymnastique, entraînant Kerouac dans son sillage ; Herbert Huncke, un truand toxicomane qui rencontra Burroughs en 1946 ; Hal Chase, un anthropologue de Denver qui présenta Neal Cassady au groupe en 1947. Cassady devint très proche de Kerouac et fut immortalisé dans le roman Sur la route sous les traits du personnage Dean Moriarty, un voyou avide de vie et d'expériences.
Les femmes prirent aussi une place d'importance dans le cercle Beat : Joan Vollmer, Edie Parker. Leur appartement de l'Upper West Side de Manhattan devint rapidement le lieu de rencontres privilégiées des Beats, Joan Vollmer étant elle-même une participante active des discussions enflammées qui s'y déroulaient.
Des personnalités hétérogènes Les membres de la Beat Generation sont issus de milieux socio-culturels très différents. Jack Kerouac a grandi dans un milieu conservateur, pauvre et catholique alors qu'Allen Ginsberg appartenait à une famille cultivée engagée à gauche et d'ascendance juive (son père est professeur d'anglais et sa mère est militante communiste). William Burroughs était issu de la petite bourgeoisie entrepreneuriale et s'attela à la littérature puis l'écriture après avoir effectué des études de médecine. La science le passionnait. Voilà pour ces trois écrivains les plus connus en France. Mais les trois personnages ont en commun de renouveler les idéaux collectifs par l'influence de la pensée anarchiste et de nombreux autres penseurs et poète comme Henry David Thoreau ou encore Walt Whitman. Leur contestation ne se fond pas dans un mouvement de pensée structuré mais se traduit plutôt par la recherche d'un individualisme volontaire, par le rejet du conformisme alors naissant aux Etats-Unis marqué par le développement des suburbs et la manière dont le pouvoir oriente l'American way of life autour de la société de consommation, la valorisation du progrès technologique et industriel, du scientisme au détriment d'une spiritualité qu'ils revendiqueront à partir de la reconnaissance des autres cultures et de la puissance de la Nature. Mais les écrivains beats ne se revendiquent pas militants politiques même si certains d'entre eux ont milité. Ils sont d'abord occupé à vivre, à apprendre et à être écrivains en revendiquant leur singularité.
Jack Kerouac, très perturbé après la publication de son livre phare On the road en 1957, et sous l'emprise d'une mère particulièrement sectaire, déçu par les qualificatifs qui accompagnent son succès littéraire, se renfermera durant les dix dernières années de sa vie pour se suicider par alcoolisme et se ranger derrière les idées de sa mère tout en continuant, et dans le paradoxe, à revendiquer sa paternité pour le mouvement littéraire qui l'a fait connaître à travers les descriptions juvéniles de la vie de ses amis et de ses voyages. Kerouac, lui, s'était atelé à écrire La légende de Duluoz.
Lawrence Ferlinghetti, docteur en littérature à la Sorbonne à Paris, refusera toujours de publier les livres de Kerouac et mena une existence de libraire et éditeur tout en continuant d'écrire des œuvres poétiques.