dit « le Germanique » (en ), né vers 806 et mort le à Francfort-sur-le-Main, issu de la dynastie des Carolingiens, est un des petits-fils de Charlemagne qui procèdent au partage de son Empire en 843. Désigné roi de Bavière sous le règne de son père Louis le Pieux, il est premier roi de Francie orientale de 843 à sa mort. C'est ainsi que peut être considéré comme le premier souverain allemand. Il est également brièvement roi de Francie occidentale de 858 à 859 quelques mois en opposition à son frère Charles le Chauve.
Surnom Le titre « le Germanique », eu égard au fait que Louis hérite de la partie Est de l'empire de son père, n'apparaît qu'au . Dans les sources contemporaines, est parfois appelé rex Germaniae (« roi de Germanie ») ou rex Germanorum (« roi des Germains ») ; ce nom, toutefois, fait référence à l'ancienne Germanie (Germania Magna) de l'époque romaine. Il portait aussi le qualificatif pius (« le Pieux »), comme son père .
À la Renaissance, des chroniqueurs tels Johann Turmair écrivent « Louis, roi en Bavière » ou « Louis de Bavière » régnant sur la Germanie ou bien de Ludovicus Germanicus. Ce n'est qu'au que le surnom der Deutsche devient coutumier parmi les historiens allemands. Aujourd'hui, ce titre anachronique est remis en question, bien que des problèmes puissent se poser en ce qui concerne la nécessité de distinguer ce roi des rois carolingiens et .
Biographie est le fils de dit le Pieux et de sa première épouse Ermengarde, fille d' (Ingerman/Ingram/Enguerrand), un comte franc provenant de la Hesbaye et un neveu de l'évêque Chrodegang de Metz appartenant à la famille des Robertiens. Cette union donne également naissance à et Pépin I d'Aquitaine, les frères aînés de Louis. Ses premières années se font en partie à la cour de son grand-père, Charlemagne, dont il aurait gagné l'affection particulière.
Sous le règne de À la mort de Charlemagne, en 814, Louis le Pieux nomme ses fils aînés Lothaire et Pépin rois en Bavière et en Aquitaine, alors que , le plus jeune, reste à la cour de son père à Aix-la-Chapelle. Finalement, en , lors du premier partage de l'Empire carolingien par la promulgation du capitulaire Ordinatio Imperii, son père l'associe comme corégent de l'Empire à Lothaire, son fils aîné, et le désigne comme héritier de ce dernier. reçoit la Bavière avec la marche de Carantanie et d'autres zones frontalières à l'Est ; cependant, il ne commence effectivement à gouverner que lors de l'année 826. vignette|gauche|Les trois fils du roi , Grandes Chroniques de France, . En 827, épouse Emma de Bavière, une fille du comte et sœur cadette de Judith, seconde épouse de son père et mère du futur roi . Par la naissance des fils Carloman, le Jeune et , le maintien de la lignée est assuré. Au cours des années 828 et 829, part en campagne contre les forces bulgares qui envahissent la marche de Pannonie.
Rébellions Lors de la diète à Worms en 829, Charles le Chauve, fils de Louis le Pieux de son second mariage avec Judith de Bavière, reçoit l'Alémanie avec la Rhétie, l'Alsace et une partie de la Bourgogne de la part de son père. Ensuite, ses demi-frères aînés s'allient contre Louis afin de sauvegarder leur patrimoine. Lors de la première guerre civile de Pépin et Lothaire contre leur père en 830, s'implique peu, mais il ne tarde pas à s'immiscer dans les querelles qui découlent des efforts de Judith pour assurer un royaume pour son fils Charles et les luttes qui en découlent. À l'initiative des hauts dignitaires religieux tels que les abbés Wala de Corbie et Hilduin de Saint-Denis, les décisions de Worms sont abrogées. À la diète de Compiègne en , Lothaire est nommé régent au nom de son père. Néanmoins, lors d'une assemblée à Nimègue en octobre, il doit finalement reconnaître la suprématie de Louis le Pieux.
Lors de la deuxième guerre civile en 833, ses frères l'incitent à conquérir l'Alémanie de Charles, en échange de la promesse d'un nouveau partage de l'empire. Son père, apprenant la nouvelle, le déshérite, mais ses frères capturent leur père Louis près de Colmar le . En , l'empereur est déposé avec l'accord des archevêques Agobard de Lyon et Ebon de Reims. Néanmoins, les frères ne parvenant à se mettre d'accord sur le partage de l'Empire, Louis le Pieux, sous l'impulsion de Pépin et , retrouve alors son trône l'année suivante. Lothaire se soumet finalement à son père et ne garde que l'Italie. Le patrimoine de Charles de Chauve reste un sujet de discorde. Pour défendre leurs intérêts, et Lothaire se retrouvent près de Trente en 838. En juin, se dispute avec son père à la diète de Nimègue. En septembre, Charles est déclaré majeur par l'empereur et après la mort de Pépin d'Aquitaine, en décembre, celui-ci décide de partager tout l'Empire entre Lothaire et Charles. En réaction, , qui ne devait conserver que la Bavière, lança la troisième guerre civile. Au début de 840, il envahit une nouvelle fois l'Alémanie, mais, cette fois, l'empereur prend le dessus et oblige à reculer derrière les frontières de son royaume. La paix est donc imposée par les armes. vignette|280px|Les royaumes francs après la partage de Verdun. L'empereur Louis le Pieux décède à Ingelheim le . s'allie avec son demi-frère Charles pour combattre , fils de , et Lothaire, leur frère aîné, qui veut les exclure du partage de l'Empire. Après la victoire éclatante à Fontenoy des deux cadets sur leur aîné en 841, ceux-ci poursuivent leurs efforts pour décider Lothaire à conclure la paix. Le , cette alliance est renforcée par les serments de Strasbourg, transmis par le chroniqueur Nithard, que Charles prononce en langue tudesque et Louis en langue romane. Au bout du compte, le traité de Verdun, en 843, met fin au conflit des trois frères : selon les Annales de Saint-Bertin, il établit la possession par de la Francie orientale, appelée plus tard « royaume de Germanie », tandis que Charles le Chauve obtient la Francie occidentale avec les biens du domaine royal français ; Lothaire, en tant qu'aîné, est reconnu empereur et obtient les territoires intermédiaires de la Francie médiane (Lotharii regnum) qui s'étendent de l'embouchure du Rhin à l'Italie, avec la ville impériale d'Aix-la-Chapelle et les États pontificaux. Le royaume oriental de , augmenté des villes épiscopales de Mayence, Worms et Spire, est plus homogène (population presque exclusivement germanique) et bénéficie du soutien de l'aristocratie et de l'Église.
Roi de Francie orientale La longue période du règne de sur la Francie orientale n'est souvent qu'insuffisamment documentée. Dans la tradition de l'itinérance de la cour, le roi se trouve, outre la Bavière, son pays d'origine et le lieu de sa résidence à Ratisbonne, souvent dans la région Rhin-Main en Austrasie (la future Franconie) autour de Francfort, où se tiennent de nombreuses assemblés et synodes, ainsi qu'à Mayence et Worms. Dans les domaines de l'Alémanie et de la Saxe, par contre, il est dépendant du soutien des vassaux laïcs et ecclésiastiques, tels que l'abbé Grimald de Saint-Gall ou le comte souabe , ainsi que des services des missi dominici et des comtes palatins. vignette|gauche|Un acte délivré par pour l'abbaye de Saint-Gall en 856. À la cour de , Grimald de Saint-Gall devient son archichapelain en 848 et dirige les clercs et secrétaires du palais chargés de rédiger les actes officiels, exerçant la fonction d'un chancelier. Après sa mise à la retraite en 870, l'archevêque de Mayence occupe le poste, de celui-ci naquit le titre d'archichancelier. Après des affrontements avec son père Louis le Pieux, le roi doit encore gagner la confiance des évêques et des abbés, un équilibre est obtenu à l'occasion d'un synode convoqué par archevêque de Mayence, Raban Maur, en 847. Au total, peut renforcer son influence, tant en ce qui concerne le droit de l'investiture des dignitaires ecclésiastiques que la suprématie féodale en général. En 853, il fonde l'abbaye de Fraumünster à Zurich ; ses filles Hildegarde et Berthe en deviennent les premières abbesses. Il soutient la fondation de l'abbaye de Gandersheim par le comte saxon Liudolf en 852 et fait des dons généreux aux monastères de Saint-Gall, de Salzbourg et de Fulda.
À la différence des politiques de son père, refuse d'attribuer des royaumes à ses fils. En 856, Carloman, l'aîné, prend seulement le pouvoir dans la marche de Carantanie ; trois ans plus tard, le Gros reçoit le commandement sur les pays alamans. On observe une tendance similaire en Francie occidentale, où Charles le Chauve prévoit que ses deux fils cadets se consacrent à une vocation religieuse. La politique matrimoniale de lui assure le soutien des puissantes familles nobles. En 874, Louis le Jeune épouse Liutgarde de Saxe, fille du comte Liudolf. De l'autre côté, les filles de sont tenues de devenir religieuses, notamment Irmengarde qui est la première abbesse de Frauenchiemsee.
Conflits et crises Lorsque les affrontements entre les membres de la dynastie carolingienne prennent fin, reprend sa place dans la lutte contre les tribus slaves à l'Est. En 844 il remporte une victoire sur les Abodrites ; toutefois, il voit l'attaque meurtrière lancée par leur allié, le roi , contre la ville de Hambourg. L’évêque de la ville Anschaire doit transférer son siège à Brême, il participe aux négociations qui rétablissent la paix. L'année suivante, les ducs de Bohême se font baptiser et prêtent serment de fidélité à Louis.
La relation avec les souverains de la Grande-Moravie voisine est plus complexe : le prince essaye de se défaire du joug de la Francie orientale, il est vaincu par les forces de et remplacé par son neveu Rastislav en 846. Néanmoins, dans les années suivantes, le roi doit prendre d'autres mesures militaires également contre Rastislav jusqu'en 870, année durant laquelle le prince lui-même est destitué par son neveu Svatopluk. Rastislav est livré à Louis et condamné à mort ; plus tard, la peine est ramenée à l'aveuglement. Mais, de même, le prince Svatopluk se révolte contre la domination franque, vainc une armée bavaroise sous le commandement de Carlmann et contraint à entamer des négociations. En 874, le roi se rencontre avec son neveu l'empereur et le pape à Vérone. La succession de son fils Carlmann est reconnue ; en échange, Louis reconnaît que la Moravie dispose d'une Église indépendante sous l'évêque Méthode. vignette|Wandalbert de Prüm présentant son Martyrologium au roi Louis, .