Dans la manière dont les historiens militaires la conçoivent au , l’histoire militaire est un champ historiographique qui étudie la guerre et ses composantes militaires (personnel militaire, recrutement, conduite des opérations militaires, institution et administration militaire), et son impact sur la politique, l’économie, la culture, la géographie et la société. Les historiens militaires s’accordent aujourd’hui pour dire qu’on ne peut plus faire l’économie de l’histoire culturelle et politique lorsqu’on traite de l’histoire militaire. Il faut donc distinguer le concept d'histoire-bataille, longtemps pratiquée dans le domaine de l'histoire militaire, qui n'appréhende l'Histoire que par les batailles et dans une temporalité évènementielle, de l'histoire des batailles ou plus précisément du fait militaire qui peut s'envisager depuis diverses approches (sociale, culturelle, géographique, économique, etc.) et s'intégrer dans une perspective du temps long.

Fustigée par l’école française des Annales, car longtemps associées à une approche purement évènementielle et très technique, l’histoire militaire a connu depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale un retour en force et une évolution importante dans la manière de la construire. De 1945 au début du , plusieurs générations d’historiens militaires ont réinterrogé l’histoire en fonction des préoccupations de leur temps, menant à une nouvelle compréhension du passé et de son histoire militaire. En effet, l'histoire-bataille présentait l'Histoire comme le produit des guerres parce que ces dernières figuraient et figurent encore parmi les évènements historiques les mieux documentés et traités. Pour autant, cette abondante documentation ne signifie pas que le fait guerrier représente l'épine dorsale de l'histoire de l'humanité. Néanmoins, les guerres peuvent être des évènements plus ou moins importants et dont l'impact pourra être plus ou moins significatif à l'échelle d'un ou plusieurs peuples et d'un espace donné. L'histoire ne se résume pas à la guerre, mais la guerre est un aspect de l'histoire parmi d'autres, un aspect pour lequel de nombreuses sources et documents sont à disposition.

Les précurseurs La guerre est un sujet qui a fait couler beaucoup d’encre, et cela bien avant l’Histoire-bataille. De nombreux documents issus de l’Antiquité peuvent fournir diverses informations afin de construire une histoire militaire, comme l’Iliade de Homère. Néanmoins, il s’agit de rester prudent vis-à-vis de ces sources qui n’ont pas pour objectif premier de décrire avec objectivité les évènements militaires de l’époque.

Parmi les auteurs antiques ayant laissé derrière eux des écrits précieux concernant l’Histoire militaire, figure Xénophon. En effet, ce tacticien hors pair connaît très bien le fonctionnement des Spartiates auprès desquels il a combattu de nombreuses années. L’histoire militaire peut par exemple se servir du onzième chapitre de La République de Sparte, où Xénophon livre des informations très précises au sujet de la tactique spartiate. Arthur Boucher, ancien chef du bureau des opérations à l’état-major de l’armée et spécialisé en Histoire grecque., affirme d’ailleurs que l’histoire de la tactique doit s’appuyer sur ce document. Xénophon connaît très bien l’armée spartiate dans laquelle il a combattu, néanmoins, il est indispensable de conserver un esprit critique à la lecture de ses écrits. En effet, le ton employé par Xénophon est loin d’être objectif et scientifique : il peut être moralisateur, didactique, voire apologétique, comme c’est le cas dans Anabase, autre document intéressant relatant l’épisode de la Retraite des 10 000. qu’il a vécu. À partir de ses expériences, Xénophon tente de conceptualiser la guerre.

Polybe, historien grec et spécialiste militaire (en particulier de la guerre de siège), a également placé la guerre au centre de sa pensée, car c’est elle qui détermine les peuples et les empires. Ses Histoires décrivent d’ailleurs divers conflits par lesquels les Romains sont parvenus à asseoir leur pouvoir dans le bassin méditerranéen. Pourtant, la plupart des études qui lui sont consacrées font passer le domaine militaire au second plan. Grâce au statut politique de son père, Polybe a pu observer de près les affaires politiques et militaires de Mégalopolis. et a également entrepris une carrière militaire, bien que l’histoire ne retiendra pas sa qualité de combattant. Malheureusement, ces écrits militaires ne nous sont pas parvenus. Il est avéré que Polybe a écrit, entre autres, un Traité de Tactique très mal connu aujourd’hui (si ce n’est que l’historien grec ait dû lire les penseurs le précédant, comme Xénophon, entre autres). Tout comme ce dernier, Polybe se sert de ses propres expériences militaires afin de théoriser la guerre. Le Traité de Tactique n’était pas seulement un livre théorique : il regorgeait également de détails et conseils pratiques. À travers les écrits de Polybe passés à la postérité, il est possible d’affirmer que l’historien/tacticien accordait une grande importance à l’individu, et en particulier à la figure du général. Néanmoins, la perte de son traité nous prive de sa pensée au sujet de la poliorcétique, et les ouvrages qui nous sont parvenus ne suffisent pas pour nous fournir une vue d’ensemble de sa pensée militaire.

En élargissant l’étude hors des frontières de l’Europe, le général Sun Tzu doit être évoqué dans la liste des précurseurs de l’Histoire militaire. En effet, ce général ayant vécu au avant notre ère est l’auteur d’un ouvrage de stratégie militaire dont le contenu est encore très actuel.. Autre texte précurseur de l’histoire militaire et particulièrement précieuse pour les historiens, le Strategikon, écrit par l’empereur byzantin Maurice. Ce traité militaire offre une description détaillée des armes, du quotidien, du droit militaire, de la nourriture des soldats ou encore des soins médicaux dans l’armée byzantine du VIIe siècle.

L’histoire-bataille Si l’histoire des guerres et des batailles en tant que telle constitue un objet d’étude auquel les historiens se sont longtemps intéressés, l’expression d’« histoire-bataille » est pour sa part plus récente. Elle est citée pour la première fois par Amans-Alexis Monteil en 1830 dans une critique qu’il développe à son encontre, la jugeant trop académique, lui reprochant de ne pas saisir les grands mouvements de l’histoire et de se concentrer sur l’héroïsme d’un chef.

Durant le et la première moitié du , l’histoire militaire se développe dans les écoles d’états-majors pour la formation des cadres militaires; les grands noms sont le général von Caemmerer, le lieutenant-colonel Grouard, le major Friederich (attaché au grand état-major et professeur à la Kriegsakademie de 1903 à 1906), ou encore le Général van Hoen. Les travaux d’officiers, antérieurs à 1945, développent un point de vue purement opérationnel, tactique, destiné à l’enseignement militaire. Ils comprennent des détails fastidieux et n’abordent pas la dimension humaine des combats. Le travail dans les archives militaires a ainsi longtemps été réservé aux services historiques des armées qui ont écrit des récits officiels pour préparer les guerres futures. Cela permettait de montrer aux officiers et aux sous-officiers des manœuvres militaires, des organisations d’appui-feu ou l’emploi judicieux de réserves à partir d’exemples concrets, tirés surtout d’échecs et de défaites. Les écrits sur le savoir technique des militaires qu’on appelait autrefois « l’art de la guerre » et qui couvre la stratégie, le niveau opératique et la tactique foisonnent à cette époque. L’apprentissage de l’histoire militaire et les retours d'expérience qu'elle entraîne en faisaient un outil essentiel d'analyse et de compréhension dans la préparation des opérations militaires. De cette façon, l’armée allemande disposait d’un service historique au sein même de l’état-major du général. Un grand nombre de stratèges militaires étaient de fins étudiants d’histoire militaire à l’image de Napoléon, Moltke, Lee, Schlieffen, Foch, Wavell, Rommel, MacArthur ou encore Patton.

Par ailleurs, le connait d’importants bouleversements économiques qui sont à l’origine d’innovation en matière technologique. Soulignant les liens qui unissent possibilités industrielles et pouvoir militaire, ce phénomène aboutit à des changements dans la manière de mener la guerre, mais aussi dans l’écriture de l’histoire. Durant cette période, de nombreux auteurs s’adonnent à des réflexions théoriques sur la guerre. Le Prussien Carl von Clausewitz (1780-1831) est ainsi le premier à poser le problème guerre-politique. Son idée fondamentale réside dans le fait que la guerre est la continuation de l’action politique par des moyens différents. Il distingue guerre d’anéantissement et guerre à but limité en insistant sur le caractère féroce et bestial que prend la guerre. Le Suisse Antoine de Jomini (1779-1869) figure également parmi les théoriciens les plus connus de cette période notamment pour ses écrits concernant la logistique. Ces études, considérées à ce moment comme les plus significatives, se distinguent néanmoins de l’histoire militaire, celle-ci devant en principe se focaliser principalement sur  des phénomènes politiques, institutionnels et religieux.

Ces deux thèmes apparentés, faisant tous deux l’objet d’une professionnalisation différente, vont cependant se rencontrer en une seule personne. Ainsi, peu avant 1880, l’historien allemand Hans Delbrück est le premier à introduire ces idées théoriques en liant histoire militaire et réalités politiques dans le champ de la critique historique. De ce fait, il révolutionne l’étude de la guerre et situe l’histoire-bataille dans un plus large flux du développement historique. Dans sa volonté d’assoir une histoire militaire plus universitaire et moins héroïque, Hans Delbrück critique également les grands historiens de l’État-major avec qui il ne s’entend pas sur la définition du travail de l’historien militaire« Chapitre VII : Un exemple de champ renouvelé : Histoire de guerre, histoire de paix », dans OFFENSTADT, N., L’historiographie, Paris, Presses universitaires de France, , 2011, ..

Après la Première Guerre mondiale, les historiens ont eu à leur disposition une quantité gigantesque de sources et notamment des dizaines de milliers de témoignages de soldats. Cependant, très peu d’historiens ont utilisé ces sources pour écrire une nouvelle histoire militaire davantage axée sur l’expérience de guerre du combattant. Marc Bloch ou Henri Contamine sont les rares exceptions de cette période à s’intéresser un minimum à une histoire sociale du conflit. Les ouvrages de l’après-guerre s’intéressent autant à l’histoire des grandes batailles de la Première Guerre mondiale qu’aux stratégies mises en place ainsi qu’aux nouvelles innovations techniques de ce conflit que sont les tranchées, les barbelés, l’aviation, l’usage massif de l’artillerie etc.

Les années 90 marquent un renouveau de l’histoire-bataille qui s’inscrit dans une tendance plus large de la réhabilitation de l’évènement, notamment grâce à l’impulsion de Georges Duby. Peu après sa mort en 1996, Jacques Le Goff livre sa vision à travers les propos suivants :

Aujourd’hui, faisant échos à Marc Bloch, certains historiens partagent l’idée qu’il est nécessaire de réconcilier l’histoire-bataille et la « nouvelle-histoire » en considérant l’évènement comme s’inscrivant dans la longue durée.