vignette|droite|Le théâtre des Bouffes-Parisiens, tel que représenté sur une partition pour piano d'Un mari à la porte, opérette de Jacques Offenbach (1859).

L'opérette est un genre musical mêlant comédie, chant et généralement danse.

Apparue au milieu du , elle se situe dans la lignée commune du théâtre et de la musique classique qui avait donné naissance aux siècles précédents au ballet, à l'opéra, à l’opéra-comique et à l'opéra bouffe ; elle est à l'opéra comique ce que le vaudeville est à la comédie.

De même que le terme de « musique légère » a pris pour une partie du public une connotation négativeSous-entendant « musique de moins bonne qualité »., celui d'« opérette » est souvent employé de nos jours - à tort - de façon générique. En effet, contrairement à une idée reçue, la plupart des œuvres les plus connues de Jacques Offenbach, comme La Belle Hélène, La Vie parisienne ou La Périchole ne sont pas des opérettes, mais des opéras bouffes (voire des opéras-comiques).

Origines et définitions : Opéra-comique, opérette, opéra-bouffe et comédie musicale

L'opérette comme forme théâtrale et musicale existait bien avant que le terme soit créé. Le premier ouvrage répertorié (et reconstitué) à y être assimilé est Le Jeu de Robin et Marion, attribué à Adam de la Halle et écrit à la fin du . Bon nombre d’opéras-comiques du , en particulier ceux créés sur les foires Saint-Germain et Saint-Laurent à Paris, et du début du (tels certains ouvrages de François Adrien Boieldieu, Daniel-François-Esprit Auber ou Adolphe Adam), ont inspiré le genre.

Le vaudeville, originellement avec couplets, en est également une des formes primitives, ainsi que les Singspiele allemands et autrichiens du (comme La Flûte enchantée de Mozart). thumb |upright=1 |left |alt=Caricature d'"Hervé", le créateur de l'opéra-bouffe, par André Gill, en 1868. |Caricature d'"Hervé", le créateur de l'opéra-bouffe, par André Gill, en 1868. Les quatre dénominations désignent toutes un spectacle alliant musique, chant et généralement danse. Les scènes sont souvent alertes et joyeuses, cependant l'issue peut être tragique et le caractère comique des situations ou du sujet n'est pas toujours présent.

L'opéra-comique est né de la reprise et l'adaptation de la commedia dell'arte par les forains français du siècle, parodiant les opéras. C'est en 1714 qu'apparaît le terme « opéra-comique », lorsqu'une troupe de la foire Saint-Germain obtient pour son spectacle un privilège de Louis XIV, le , jouant désormais dans le théâtre de l'Opéra-Comique. Les spectacles autorisés sont des « représentations composées de musique, de danse, de machines, et de décorations. ». Il verra son apogée au début du siècle. Contrairement à ce que son nom laisse présumer, il traite plutôt de sujets sérieux, historiques ou mythologiques.

L'opérette, quant à elle, se démarque de l'opéra-comique par l'emploi de musique plus légère. Elle n'est pas un petit opéra. Sa vocation est de faire rire en proposant un spectacle où débordent joie et satires. Les scènes parlées et chantées alternent. Camille Saint-Saëns la définissait comme « une fille de l’opéra-comique ayant mal tourné, mais les filles qui tournent mal ne sont pas toujours sans agrément ».

L'opéra-bouffeA l'origine dénommé Opéra bouffon au siècle). est la déclinaison comique, voire burlesque de l'opéra. Il traite toujours d'un sujet comique ou léger. Alors que l'opéra-comique peut traiter de sujets « sérieux » comme Les noces de Figaro de Mozart ou Carmen de Bizet, la nature profonde de l'opéra bouffe est d'être véritablement « bouffon ».

Enfin, la comédie musicale est une expression avant tout théâtrale, mêlant comédie, chant, danse et claquettes. Elle éclot au tout début du siècle, elle appartient à la même famille que les genres de théâtres musicaux ayant connu leurs heures de gloire aux époques précédentes, qu'il s'agisse du ballet, de la comédie-ballet, de l'opéra, de l'opéra-bouffe ou de l'opérette. Son explosion vient des États-Unis et se différencie bien des autres spectacles dansants et chantants par l'utilisation du jazz et d'autres musiques populaires nouvelles. Le chef-d’œuvre West Side Story, produit en 1957, est probablement la comédie musicale la plus connue et la plus jouée au monde à ce jour. La comédie musicale telle que nous la connaissons au et au siècle est née à Broadway et reste liée aux États-Unis même si elle s'est développée depuis en Europe et en Asie, parmi lesquels on peut évoquer les très grands succès internationaux de Starmania (1979) et Notre-Dame de Paris (1998). Les thèmes choisis par les « comédies » musicales vont de la bouffonnerie au drame. Théâtre musical, spectacle musical ou musicalDe l'anglais musical theater. sont des synonymes employés couramment.

L’opérette française

: Le berceau français de l'opérette thumb |upright=1 |alt=Carricature de J. Offencbach par André Gill, 1874 |Carricature de J. Offencbach par André Gill, 1874 thumb |upright=1 |alt=Affiche du spectacle La Vie parisienne de Jacques Offenbach, lors de sa sortie en 1866. Imprimerie J. Chéret (Paris). |Affiche du spectacle La Vie parisienne de Jacques Offenbach, lors de sa sortie en 1866. C'est le Second Empire français qui marque la véritable naissance et l'apogée de l'opérette avec La Vie parisienne, créée par Jacques Offenbach en 1866. Reprise dans le monde entier, elle marque alors le triomphe de l'opéra comique. Toutefois Louis-Auguste-Florimond Ronger, personnage loufoque et haut en couleur, dit Hervé, est le véritable père de l'opérette. En 1842, Florimond Ronger, organiste de son état, fait représenter L'Ours et le Pacha, une « pochade » composée pour être interprété par les pensionnaires de l'asile d'aliénés de Bicêtre, après avoir remarqué que les plus dangereux d’entre eux se calmaient lorsqu’il jouait de la musique. C'est ainsi qu'il devient sous le pseudonyme d’Hervé, le « père de l’opérette » et un des premiers musicothérapeutes. Il crée, aidé du fantaisiste Joseph Kelm de petites pièces extravagantes telles en 1847 Don Quichotte et Sancho Pança, considérée comme la première « opérette ». Sur la petite scène des Folies-ConcertantesDevenu rapidement les Folies Nouvelles puis plus tard Théâtre Déjazet., un café-concert situé boulevard du Temple, il produira à partir de 1854 des opérettes limitées à deux personnages de sa composition (Le Compositeur toqué, La Fine Fleur de l’Andalousie, Un mari trompette...) et bien ancrées dans le registre comique. Ces pièces sont assez courtes, nécessitent peu de moyen et jouent sur aussi bien sur la corde comique que sur la corde sentimentale. thumb |left |upright=1 |alt=Affiche de l'opéra-bouffe Orphée aux enfers de Jacques Offenbach, en 1878. |Affiche de l'opéra-bouffe Orphée aux enfers de Jacques Offenbach, en 1878. thumb |left |alt=Le "Cancan" d'Offenbach dans Orphée aux enfers |Le "Cancan" d'Offenbach dans Orphée aux enfers thumb |upright=1 |right |alt=Première page de la partition de l'opérette La Fille de madame Angot de Charles Lecocq, date inconnue. |Première page de la partition de l'opérette La Fille de madame Angot de Charles Lecocq, date inconnue.

Jacques Offenbach se tourne rapidement vers le Théâtre. D'abord directeur de la musique à la Comédie Française, il se met à composer des œuvres lyriques en espérant les monter à l'Opéra-Comique, qui ne manifeste aucun intérêt. Sa première opérette Oyayaye ou La reine des îles, en un seul acte, est finalement jouée dans la salle d'Hervé, les Folies-Nouvelles le . Elle rencontre non seulement le succès du public mais aussi l'appréciation de la critique. Il ouvre dès 1855 son propre théâtre les Bouffes parisiens. Les créations d'Offenbach mélangent des grands air d'Opéra avec des textes et paroles décalées, contraste produisant un effet humoristique particulièrement réussi et apprécié du public. On qualifie souvent les œuvres d'Offenbach d' "opéras-bouffes" car elles singent ouvertement de l'Opéra. En 1858 il écrit sa première pièce majeure, un opéra-bouffe en trois actes : Orphée aux Enfers. La tragédie classique est transposée au siècle dans un décorum et des costumes de la cour de Napoléon III. Il invente et développe avec maestria un procédé consistant à doubler voir tripler les syllabes pour créer un effet comiqueAnalyse du compositeur d'opérette et de musique légère Georges van Parys dans les années 1960..

Jacques Offenbach fixe les canons du genre, régnant en maître sur les théâtres du « boulevard » durant tout le Second Empire. Moquant son époque avec brio, souvent situées dans des pays fantaisistes, ses opéras-bouffes à succès deviendront des classiques de l'opérette : La Belle Hélène (1864), Barbe-bleue (1866), La Grande-duchesse de Gérolstein (1867), la Périchole (1868), Les Brigands (1869). Avec son œuvre emblématique : La Vie parisienne (1886), il se moque ouvertement des parisiens du Second Empire flamboyant. Doué d'un flair pour le goût du public il a su choisir et diriger ses librettistes.. Ludovic Halévy et Henri Meilhac sont ses deux plus grands auteurs. Voulant ouvrir la voie à d'autres sensibilités, Il lance un concours de l'Opérette gagné par deux futures pointures de cet art : Charles Lecocq et Georges Bizet.

La chute du Second Empire à suite de la défaite française de 1870 marque un tournant pour l'opérette. Charles Lecocq imprime ce changement, en particulier avec son chef-d’œuvre : La Fille de madame Angot (1872). La pièce se passe pendant le Directoire, période post-révolutionnaire marquée par des complots, de la corruption et des coups d’État, et qui fait échos à la période de la nouvelle 3ème république naissante. Elle est rythmée par des chansons politiques. La pièce rencontre un énorme succès et aura un carrière internationale. Dans les années 1870-1880, Lecocq rejoint Hervé et Offenbach parmi les grands compositeurs d'Opérette. Après la guerre, Offenbach laisse de côté le style opéra-bouffe et crée l’opérette-féerie. On peut citer Le Roi Carotte (1872), pièce de six heures qui rencontre un grand succès (plus de 195 représentation) à Paris, puis Le Voyage dans la lune (1875), une très libre adaptation du récit éponyme de Jules Verne.

L’œuvre d'Offenbach est immense, reprise dans le monde entier, et rassemble opéras-bouffes, opérettes et opéras-comiques dont nombres restent méconnues ou oubliées. Il est l'auteur du genre opérette le plus jouée dans le monde et continue de plaire au public. Selon Robert Pourvoyeur, il a su trouver 20x20px .. Les caractéristiques de ses pièces : travestissement, mensonge, satyre et émancipation par la danse, rendent vivant et indémodable son œuvre. Deux siècles plus tard, Offenbach continue à faire rire tout en remettant en question la société20x20px ..

D’autres compositeurs, dont certains passeront également à la postérité, ne tarderont pas à se joindre à eux : Léo Delibes, Charles Lecocq, Robert Planquette, Edmond Audran, Louis Varney, Gaston Serpette ou encore André Messager.

- début : la Belle Époque thumb |upright=1 |left |alt=Affiche pour la première des Cloches de Corneville, 1877. |Affiche pour la première des Cloches de Corneville, 1877.

L’opérette va alors de la parodie d’opéra (ne dédaignant pas détourner la mythologie comme dans Orphée aux Enfers) à la charmante bluette, en passant par la satire parfois féroce, le tout dans un esprit « typiquement français ». Les distributions vont de deux personnages (pour de courts ouvrages présentés en ouverture de rideau ou des opérettes de caf' conc') à une trentaine, voire bien plus dans les « opérettes-féeries » (ou « à machinerie ») présentées alors à la Gaîté-Lyrique, au Châtelet ou à la Porte-Saint-Martin.