Les droits des personnes LGBTQ au Cameroun sont moindres que ceux du reste de la population. Les relations entre personnes de même sexe y sont notamment criminalisées depuis 1972, punies par plusieurs années d'emprisonnement.

Lois sur les pratiques sexuelles entre personnes de même sexe Dispositions légales internes Le premier Code pénal du Cameroun, promulgué en 1965, ne criminalisait pas les pratiques sexuelles entre personnes de même sexe. Une ordonnance promulguée en septembre 1972 par le président Ahmadou Ahidjo a introduit la criminalisation dans l'article 347 bisPatrick Awondo, Peter Geschiere, Graeme Reid, Alexandre Jaunait, Amélie Le Renard et Élisabeth Marteu, « Une Afrique homophobe ? », Raisons politiques, 2013/1, , ..

Cet article est repris intégralement par le nouveau code pénal promulgué par la loi /007 du . dispose :

Il reprend presque mot pour mot l'article 347 du code pénal, promulgué en 1972Introduit dans le code pénal camerounais par ordonnance du 28 septembre 1972, l'article 347 bis disposait : ..

Par ailleurs, aux termes de l'article 347, réprimant l'outrage à la pudeur sur une personne mineure de seize à vingt et un ans :

Application de la loi Si la loi homophobe est en vigueur depuis 1972, elle est réellement appliquée depuis le milieu des années 2000, et avec encore plus de sévérité depuis le début des années 2010, suivant un parallèle avec l'augmentation de la visibilité de la communauté LGBT sur Internet..

Nkom rappelle que les médecins sont incités à dénoncer les homosexuels venus se faire dépister contre le VIH et que le discours selon lequel l'homosexualité aurait été a du succès au Cameroun, véhiculé par des responsables politiques et religieuxCécile Andrzejewski, « Cameroun - Homo à mort », Paris Match, semaine du 28 avril au 3 mai 2016, ..

Des procès pour délit d'homosexualité ont régulièrement lieu au Cameroun.

Ainsi, en , la gendarmerie a arrêté pour ce délit neuf personnes dans une discothèque de Yaoundé et 7 d'entre elles ont été condamnées à une peine de d'emprisonnement.

En , deux Camerounais de sont condamnés à un an de prison pour délit d’homosexualité. Un autre de est détenu depuis fin 2004 pour le même motif mais est toujours en attente de jugement..

En 2021, deux jeunes LGBT de 24 et 27, dont une internaute transgenre, sont condamnés par le tribunal de Douala. L'une de leur avocate, Alice Nkom, fait appel. En 2020, on compte plus de 160 arrestations et 27 entre février et . France 24 note que la communauté LGBT est de plus en plus traquée dans le pays. La plupart de ses membres doit vivre cachés. Alice Nkom indique qu'il suffit d'une simple dénonciation (jugeant la démarche, le ton de la voix, etc.) pour que le tribunal engage des poursuites. « Alice Nkom : "Être homosexuel au Cameroun, c'est vivre dans la terreur et la violence" », France 24, 17 mai 2021..

Critiques Selon Human Rights Watch, les forces de sécurité camerounaises ne protègent pas les personnes LGBTI contre les attaques violentes. Au Cameroun, la violence et les abus contre ces personnes ..

Hormis un simple toilettage typographique, la loi de 1972 est identique à l'ancien article 347 bis qui , faisait l'objet de vives critiques de la part des juristes et des défenseurs des minorités sexuelles camerounaises (dont notamment Alice Nkom, présidente de l'AdefhoAssociation de défense des homosexuels du Cameroun.), tant sur le plan de la légalité interne qu'au regard des instruments internationaux relatifs aux droits de l'homme. À l'exception de l'argument relatif aux conditions d'introduction de ce texte dans le code pénal camerounais, effectué par le président Ahidjo par ordonnance du (sans passer par le processus légal d'élaboration de la loi par le parlement), les autres critiques restent pertinentes. En effet, cette disposition répressive contrevient à la loi sur la vie privée et l'inviolabilité du domicile, l'inculpation pour homosexualité nécessitant un flagrant délit, ainsi qu'aux traités internationaux relatifs aux droits de l'homme, la Constitution désignant le président comme .

Régulation des médias Le Conseil national de la communication (CNC) publie en un texte demandant le retrait de programmes , menaçant de suspendre les chaînes incriminées en cas de refus.

Le même mois, la visite prévue de Jean-Marc Berthon, ambassadeur français à la cause LGBT, est annulée, le gouvernement camerounais, ne souhaitant pas la tenue de débats publiques sur le sujet. Il devait participer à un événement sur le sujet de la sexualité et du genre à l’Institut français de Yaoundé.

Un mois après sa sortie mondiale le et une semaine après sa diffusion au Cameroun le , le film Barbie est retiré des salles le , à la suite d'une décision du ministère de la Culture pour ..

Le CNC suspend en la diffusion de la chaîne Canal+ Elles pour .

Histoire vignette|upright|Carte du Cameroun aux couleurs du drapeau LGBT. Précoloniale Chez les Bafia, l'homosexualité était considérée comme une « coutume nationale » et elle était vue comme la suite logique de l'amitié entre adultes. Les Bafia appelaient l'acte de pénétration anale entre adolescents « ji’gele ketön »..

Coloniale

République unie du Cameroun

Présidence d'Ahmadou Ahidjo À l'avènement de la République unie du Cameroun en 1972, l'État d'Ahmadou Ahidjo a entamé l’homogénéisation de la sexualité du peuple camerounais tout en supprimant la diversité sexuelle de la période pré-coloniale. Par conséquent, les minorités sexuelles, les hommes efféminés et les femmes masculines ont été perçus par la classe politique et la fonction publique comme des menaces à l'ordre sexuel., social et moral post-colonial et au mode de vie africain, qu'on compare au soi-disant mode de vie moderne, décadent et perverti des Occidentaux.

Cette homogénéisation est caractérisée par quatre composantes. En premier lieu, la sublimation de la sexualité reproductive et procréative ainsi que la sacralisation et la fétichisation des relations hétérosexuelles afin d'intégrer la domination sexuelle des hommes dans la fondation du pouvoir politique post-colonial.

En second lieu, l'essentialisation et la racialisation de la sexualité indigène africaine, c'est-à-dire la formulation de la théorie d'une sexualité africaine originelle purement et naturellement hétérosexuelle. Cette théorie réécrit l'histoire indigène en n'incluant que le plaisir hétérosexuel et invente la figure du Muntu, un homme africain hétérosexuel et libidineux.

En troisième lieu, la ségrégation et l'altérisation symbolique des individus homosexuels. Ainsi, l'homosexualité est dépeinte comme la conséquence d'une aliénation causée par le monde occidental. Elle est représentée comme un phénomène non africain, une maladie, un vestige du colonialisme européen, une forme de néocolonialisme et un mal que les Blancs auraient apporté en Afrique noire. Par voie de conséquence, les personnes homosexuelles, tels que les hommes gais et les femmes lesbiennes, sont vues comme des agents impérialistes de l'Occident et comme des Africains déracinés et assimilés.

Dernièrement, la criminalisation et la diabolisation des pratiques homoérotiques et homosexuelles. En effet, au Cameroun, les individus attirés par des individus du même genre sont traités de délinquants sexuels, de sorciers et de sorcières et sont amalgamés avec l'impureté morale.

Présidence de Paul Biya Pour l'État de Paul Biya, les minorités sexuelles servent de boucs émissaires à la crise sociale et économique camerounaise, considérés comme des ennemis internes qui compromettent l'unité et la pureté nationales et qu'il faut donc exterminer.

Dans les années 2000, l'imaginaire collectif camerounais croit que l'élite du régime de Paul Biya aurait acquis leur pouvoir politique et économique en subjuguant les « derrières » d'hommes moins puissants. Les opposants de la présidence de Paul Biya qualifient celle-ci d'« anusocratie » et de « pouvoir sodomiseur ». Dans le but de faire face à ce mécontentement populaire et de faire taire les accusations de vouloir « homosexualiser la société », le gouvernement démarre une campagne homophobe en 2005 avec l'arrestation, le , de onze hommes entre l'âge de et de accusés d'être homosexuels, au bar Élysée à Yaoundé.

Les représentants de l'État ont donc initié une « croisade » contre toute personne perçue comme homosexuelle, peu importe sa sexualité, ainsi qu'une intensification de leur persécution judiciaire et administrative. Cette répression est liée à la croyance d'un complot des homosexuels qui souhaitraient transformer le Cameroun en Sodome et Gomorrhe. Pour la police et aux magistrats, l'homosexualité ne relève plus simplement du crime mais de l'occultisme, de la magie noire et de la sorcellerie. Plusieurs hommes gays et femmes lesbiennes sont ainsi accusés d'être motivés par l'argent et de pouvoir absorber l'énergie vitale de leurs victimes grâce à la sorcellerie. Par exemple, en 2008, trois femmes lesbiennes de Ndikiniméki ont été inculpées d'homosexualité et de sorcellerie.

Affaire des homosexuels présumés Début 2006, le journal camerounais La Météo a publié une liste d'homosexuels présumés parmi les personnalités politiques. D'autres journaux ont repris plus tard l'information et l'information a fait grand bruit au sein de la population camerounaiseChristophe Broqua, « L'émergence des minorités sexuelles dans l'espace public en Afrique », Politique africaine, 2012/2, , ..

Le rédacteur en chef du journal L'Anecdote, François Bikoro Obah, qui a repris ces accusations a déclaré avoir fait « œuvre de salut public » en dénonçant ces personnes. La quasi-totalité des journaux du Cameroun ont soutenu ces journaux dans leur démarche.. Une poignée de médias camerounais ont cependant dénoncé ces délations. L'avocate Alice Nkom compte aussi parmi les rares personnalités à s'être investie pour défendre les personnes accusées d'actes homosexuels.

Si le régime n'a pas interdit ces journaux, le président Paul Biya a cependant appelé au respect de la vie privée. Mais au même moment, son gouvernement a commencé à mener des attaques ciblées contre les personnes homosexuelles, certainement pour ne pas être assimilé à ces suspicions. Les arrestations, souvent de jeunes hommes de milieux modestes, font suite à des dénonciations de voisins et finissent en procès ; l'Église catholique locale s'est mobilisée dans l'indignation populaire homophobe, comme le cardinal Tumi, qui organise en 2009 une marche contre l'homosexualité rassemblant 20 000 personnes. À l'homophobie se mêlent également un antimaçonnisme et des accusations de sorcellerie.

Un Camerounais poursuivi par la justice pour homosexualité témoigne que depuis cette affaire, les homosexuels font l'objet d'une véritable « chasse aux sorcières »..

Un collectif d’avocats, composé de Michel Togué, défenseur des minorités sexuelles au Cameroun, de Alice Nkom (fondatrice en 2003 de l'Adefho), renforcé par Saskia Ditisheim, du barreau de Genève (et présidente d’ASF)Avocats Sans Frontières Suisse., a obtenu une première victoire le en faisant relaxer par la cour d’appel de Yaoundé deux jeunes homosexuels, Jonas Singa Kumie et Franky Djome, respectivement âgés de , prévenus d’homosexualité et condamnés en première instance à la fin du mois de par le tribunal d’Ekounou (quartier de Yaoundé) à la peine maximale encourue, c’est-à-dire cinq ans d’emprisonnement ferme et d’amende (soit ). C’est cette même juridiction qui, trois semaines auparavant, le , avait confirmé la condamnation du jeune Roger Mbédé à la peine de trois ans d’emprisonnement sans sursis, pour homosexualité.

L'affaire a également conduit, fin 2006, à la création de l'association Alternatives-Cameroun.

Affaire Djomo Pokam