Sogyal Rinpoché () (aussi appelé Sogyal Lakar Rinpoché), né en 1947 à Tréhor au Kham et mort le à Bangkok en Thaïlande., est un lama tibétain exilé en 1956 ayant reçu une éducation dans la tradition nyingma du bouddhisme tibétain puis occidentale en Inde et en Angleterre.
Il est l'auteurRédaction ou auteurs secondaires : Patrick Gaffney et ; traduction française : Gisèle Gaudebert et Marie-Claude Morel. d'un ouvrage ayant connu un succès international, Le Livre tibétain de la vie et de la mortLe livre est paru dans 80 pays, s'est vendu à plus de deux millions huit cent mille exemplaires, a été édité en 34 langues, inspiré en partie du Bardo Thödol. Sogyal Rinpoché, qui a commencé à enseigner en Occident en 1974, y donne des conférences publiques ou conduit des retraites d'étude et de pratique du bouddhisme tibétain. Ses communications dans des colloques internationaux portent notamment sur l'accompagnement spirituel des mourants, mais aussi sur le bouddhisme tibétain dans le monde moderne, la recherche de la paix et de la stabilité, le bonheur et ses sources.
Sogyal Rinpoché et ses disciples ont fondé les Centres Rigpa, un réseau international de centres bouddhistes dont il est le conseiller spirituel. L’organisation comprend 130 centres répartis dans 41 pays.
À partir de 1994, des accusations de mauvais traitements de nature sexuelle, physique et émotionnelle portées par d'anciens disciples et des journalistes Richard Sandomir, Sogyal Rinpoche Dies; Tibetan Buddhist Lama Felled by Abuse Accusations, The New York Times, : , alimentent des controverses sur son attitude vis-à-vis de ses proches collaborateurs ainsi que sur son mode de vie. En , en Californie, il fait l'objet d'une plainte de la part d'une ancienne disciple, qui réclame 10 millions de dollars. Les poursuites judiciaires engagées au civil se terminent en par un règlement amiable et financier. En , Rigpa France dénonce une campagne d'attaques médiatiquesClaire Lesegretain, Polémique autour d’un livre hostile au bouddhisme tibétain, La Croix, 30 janvier 2017. puis, en , à la suite d'une lettre de dénonciation publiée par des membres, déclare que les mauvais traitements n'ont pas de place dans leur communauté et que Sogyal Rinpoché prend un temps de retraite et de réflexion : .
Le 2017, le dalaï-lama constate le déshonneur qui frappe Sogyal Rinpoché. Le , Sogyal Rinpoché démissionne de la direction de Rigpa, la laissant à un groupe d'anciens étudiants et de lamas tibétains. Il a cependant démenti ces dernières accusations, lesquelles n'ont mené à aucune plainte ni procès devant un tribunal.
Il se retire à Bangkok en Thaïlande Telegraph Obituaries, Sogyal Rinpoche, author of the bestselling ‘Tibetan Book of Living and Dying’ who spectacularly fell from grace after allegations of sexual abuse and profligacy – obituary, The Teleraph, 29 août 2019. où, traité pour un cancer diagnostiqué en , il meurt en 2019.
Biographie Naissance et éducation au Tibet (1947-1956) vignette|redresse|Jamyang Khyentsé Chökyi Lodrö, premier maître de Sogyal Rinpoché. Sogyal Lakar Rinpoché est né en 1947 dans la région de Tréhor dans la province du Kham (Tibet oriental), de Péma Tséring Wangmo, sœur aînée de Khandro Tséring Chödrön, de la famille Lakar (des négociants), et de Jamga, neveu de Dilgo Khyentsé Rinpoché. Il est très tôt considéré par Jamyang Khyentsé Chökyi LodröÉgalement appelé Dzongsar Khyentse Chökyi Lodrö, le nom actuel de sa « réincarnation » est Dzongsar Jamyang Khyentse Rinpoché. comme un des tulkou de Tertön Sogyal (1856-1926)Il est aussi considéré par d'autres maîtres comme la réincarnation de Do Khyentsé Yéshé Dorjé, Lingtsang Gyalpo et Dési Sangyé Gyatso., un des maîtres spirituels de Jamyang Khyentsé Chökyi Lodrö et du dalaï-lama, Thubten Gyatso (selon Rob Hogendoorn, un universitaire et bouddhiste néerlandais, la mère de Sogyal Rinpoché serait l'unique source de cette affirmation, pour d'autres auteurs, la source est Jamyang Khyentsé Chökyi Lodrö John Powers, David Templeman, Historical Dictionary of Tibet, Philippe Cornu, « Dapsance Marion, Les dévots du bouddhisme », Études mongoles et sibériennes, centrasiatiques et tibétaines, 47, 2016). Le Dzogchen Rinpoché est son demi-frère, le karmapa, son oncle Best-selling Buddhist closes book on fame, The Australian, 17 janvier 2000. À l'âge de 6 mois, l'enfant est confié par sa mère à la sœur de celle-ci, Khandro Tsering Chodron, laquelle est l'épouse spirituelle d'un éminent lama tibétain, Jamyang Khyentsé Chökyi Lodrö. Celui-ci dès lors l’élève comme son propre fils et supervise son éducation de lama au monastère de Dzongsar.
En 1950, l'Armée populaire de libération chinoise pénètre au Tibet oriental. Jamyang Khyentsé Chökyi Lodrö décide de partir de son monastère de Dzongsar au cours de l'été ou de l'automne 1956. Sous prétexte d'un pèlerinage pour le Tibet Central, il part, accompagné seulement d'une cinquantaine de personnes, dont Sogyal Rinpoché et une partie de sa famille, laissant derrière eux la plupart de leurs possessions, textes et objets sacrés.
À leur arrivée à Lhassa, ils rencontrent au Potala pour la première fois le dalaï-lama, Tenzin GyatsoDalaï-lama, Dzogchen : L'essence du cœur de la Grande Perfection, The Tertön Sogyal Trust, 2000, pages 8-9 de l'avant-propos... Ils continuent leur pèlerinage en se rendant à Tsourphou, Mindroling, Samyé Chimphu et Lhodrak (lieu particulièrement sacré et lié à l'histoire de Padmasambhava au Tibet), où Jamyang Khyentse présente le jeune Sogyal Rinpoché à la nature de l'esprit au cours d'une cérémonie traditionnelle, lui conférant ainsi toutes les bénédictions de la lignée et du dzogchen Biographie de Sogyal Rinpoché écrite par Nyosul Khen Rinpoché..
Exil en Inde et au Sikkim (1956-1971) vignette|redresse|Sogyal Rinpoché avec son maître Jamyang Khyentsé Chökyi Lodrö, à Kalimpong, à la fin des années 1950. Ils arrivent fin 1956 en Inde, se rendant à Tso Péma et Bodhgaya et dans d'autres lieux sacrés du bouddhisme. Ils s'établissent finalement à Gangtok, capitale du Sikkim, à l'invitation du roi ou chögyal du Sikkim Tashi Namgyal.
Après le décès de son lama-racine, Jamyang Khyentse Chökyi Lodrö, au Sikkim en 1959, Sogyal Rinpoché continue à y étudier avec d'autres maîtres comme Khenpo Appé, Khenpo Lodrö Zangpo et Gyaltön Rinpoché. À cette époque il apprend aussi la calligraphie tibétaine avec Drungyik Tsering Tashi.
Il est élève ensuite à l'école primaire catholique de Kalimpong, l'école Saint-Augustin, où il apprend l'anglais Stephen Batchelor, The Awakening of the West: The Encounter of Buddhism and Western Culture, Aquarian Press, Londres, et Parallax Press, Berkeley, 1994. . avant d'étudier la philosophie et de décrocher le baccalauréat au Collège Saint-Étienne, un établissement anglican relevant de l'université de Delhi John Snelling, The Buddhist Handbook: A Complete Guide to Buddhist Teaching and Practice, 2011, , ..
Études en Angleterre (1971-1973) En 1971, Sogyal Rinpoché obtient une bourse pour aller en Angleterre étudier la religion comparée au Trinity College de l'université de Cambridge mais ne décroche aucun diplôme. C'est dans cette ville qu'il fait la connaissance d'une jeune étudiante du bouddhisme, Mary Finnigan (laquelle toutefois devait par la suite devenir son principal détracteur après avoir été son disciple jusqu'en 1979). Grâce à elle, et fort de sa maîtrise de l'anglais, il prodigue ses premiers enseignements à Londres et fait de nombreux adeptes, séduits par son côté exotique et son assurance Mick Brown, Buddhism’s bad boy: the fall of Sogyal Rinpoche, South China Morning Post, 4 octobre 2017.. Un don de de la part de John Cleese, lui permet d'ouvrir un premier centre à Londres.
Il poursuit aussi ses études et sa pratique du bouddhisme tibétain avec d'autres grands maîtres de la tradition nyingma, notamment Dilgo Khyentse Rinpoché, Dudjom Rinpoché et Nyoshül Khenpo Rinpoché A Brief Biography of Sogyal Rinpoche by Nyoshul Khen Rinpoche.. Lors de leur venue en Occident, il leur sert souvent d'assistant et de traducteur.
En 1973, il aide à l'organisation du premier séjour du dalaï-lama en OccidentCharles S. Prebish, Luminous Passage: The Practice and Study of Buddhism in America, . Il l'accompagne notamment à Rome pour sa rencontre avec le pape Paul VI, puis en Suisse et en Angleterre.Philippe Ronce, Guide des centres bouddhistes en France, 1998, p. 257 : .
Premiers enseignements et création de Rigpa (1974-1979) À partir de 1974, Sogyal Rinpoché commence à enseigner à Londres, où il aborde déjà le thème de la mort, puis en France et traduit souvent pour Dudjom Rinpoché, qu'il accompagne aux États-Unis en 1976, en tant qu'assistant et traducteur.
En , il crée avec ses disciples son premier centre du Dharma, appelé Dzogchen Orgyen Chöling à Kilburn, Londres.. De nombreux grands maîtres de toutes les traditions du bouddhisme tibétain y enseigneront, notamment Dudjom Rinpoché, Sakya Trizin, le karmapa et Tulku Urgyen Rinpoché.
Dudjom Rinpoché demande à Sogyal Rinpoché de diriger son centre en France, au de la rue Burq à Paris, dans le , qui ouvre en .. En 1979, Sogyal Rinpoché donne le nom de Rigpa — un terme tibétain signifiant la « nature ultime de l'esprit » — à son organisation The History of Rigpa, The Rigpa Journal, volume 2...
Poursuite des enseignements (1980-2006) vignette|Jigdal Dagchen Sakya, Sogyal Rinpoché et Dagmola Sakya en 2009. En 1980, Sogyal Rinpoché enseigne aux États-Unis, aux Pays-Bas et en Irlande, ainsi qu'en France et au Royaume-Uni.
Sogyal Rinpoché, comme d'autres lamas tibétains, acquiert la nationalité françaiseCécile Campergue, Le tantrisme tibétain en France: Un bouddhisme occidental ?, 2017, p. 30 : .
À la requête de Sogyal Rinpoché et de Rigpa, le dalaï-lama donne en 1982, à la pagode de Vincennes à Paris, la transmission de pouvoir de Padmasambhava et de ses huit manifestations, à partir des visions pures du dalaï-lama..
Rigpa invite aussi le dalaï-lama en de nombreuses autres occasions, notamment en 1984 à Londres, où il donne une journée d'enseignement Dzogchen, et en 1989 à San José, où il donne deux jours d'enseignement DzogchenDzogchen : L'essence du cœur de la Grande Perfection, Le dalaï-lama, The Tertön Sogyal Trust, 2000, et Le Seuil, 2005..
En 2010, Sogyal Rinpoché fonde l'Institut Tenzin Gyatso. aux États-Unis pour promouvoir la volonté du dalaï-lama d'un dialogue entre science et spiritualité.
Genèse et publication du Livre tibétain de la vie et de la mort (1983-1992) En , Sogyal Rinpoché donne une conférence à l'université de Californie à Santa Cruz, au colloque « New Dimensions in Care for the Dying », au côté d'Elisabeth Kübler-Ross et de Kenneth Ring.California Nurse, Volume 79, California Nurses' Association, 1983, p. 10 : . Il ajoute l'éclairage du livre des morts tibétain et du bouddhisme tibétain au travail pionnier d'Elisabeth Kübler-Ross et de Raymond Moody sur la mort.. Une interview de Sogyal Rinpoché, (avec Swami Virato), NEW FRONTIER Magazine, Novembre 1993 . Il commença alors à donner des conférences internationales sur la philosophie tibétaine sur la mort, ce qui amena le public à lui demander un livre relatif à ses enseignements. Sogyal Rinpoché se donna le temps d'une évolution de son enseignement avant d'accepter d'écrire l'ouvragePatrick Gaffney, Trouver la voix, The Tibetan blog of living and dying, 19 septembre 2012..