Sri Chinmoy, né Chinmoy Kumar Ghose le au Bengale oriental (actuel Bangladesh) et mort le à New York, est un maître spirituel, philosophe et athlète d'origine indienne. Ses détracteurs ont pointé ses comportements sectaires et l'ont accusé d'être un gourou.
Établi aux États-Unis en 1964, il fonde une organisation internationale vouée à la promotion de la paix et de la spiritualité à travers la philosophie de la « transcendance de soi » (Self-Transcendence). Son enseignement, ancré dans le Bhakti yoga et la tradition védantique, encourage le dépassement des limites personnelles par une pratique combinée de la méditation, de l'expression artistique et du sport de haut niveau.
Sri Chinmoy a dirigé des méditations pour la paix au siège des Nations unies à New York de 1970 à sa mort. Dans le cadre de son action pour la paix, il a entretenu des échanges avec de nombreux dirigeants mondiaux et figures spirituelles. Il a créé la « Peace Run » (Course pour l'unité), une course de relais mondiale et l'organisation humanitaire « Oneness Heart-Tears and Smiles ».
Sur le plan athlétique, il a promu l'ultra-distance, notamment via l'organisation de la Self-Transcendence 3100 Mile Race, ainsi que l'haltérophilie, qu'il pratiquait comme une discipline de dépassement de soi.
La réception de son mouvement est contrastée. Si les sociologues des religions le classent parmi les nouveaux mouvements religieux d'inspiration néo-hindoue, l'organisation a été mentionnée dans des rapports institutionnels français sur les dérives sectaires. Il a fait l’objet de controverses à propos de l’emprise mentale vis-à-vis de ses adeptes, ou de son penchant à s’afficher en compagnie de personnalités célèbres. Toutefois, les rapports parlementaires et ceux de la Miviludes publiés entre 1995 et 2025 ne font état d'aucune infraction ou condamnation judiciaire.
Biographie
Jeunes années en Inde (1931-1964) Chinmoy Kumar Ghose naît en 1931 à Shakpura (Bengale oriental). Benjamin d'une fratrie de sept enfants, il rejoint l'ashram de Sri Aurobindo à Pondichéry en 1944, après le décès de ses parentsYoga Journal, mars 1978, .. Durant les vingt années qu'il passe au sein de la communauté, il concilie méditation, écriture poétique et activités sportives. Sur le plan athlétique, les chroniques de l'ashram indiquent qu'il a remporté le titre de coureur le plus rapide de l'institution pendant douze années consécutives, ainsi que le décathlon à deux reprises.
Parallèlement à ses activités sportives, il est le secrétaire personnel de Nolini Kanta Gupta, secrétaire général de l'ashram et disciple historique de Sri Aurobindo. À ce poste, il traduit les écrits de Gupta du bengali vers l'anglais. Pour des chercheurs comme Jason Zuidema, cette immersion de vingt ans dans un milieu alliant ascèse spirituelle et éducation physique intensive constitue le fondement de la doctrine qu'il diffusera plus tard en Occident.
Établissement aux États-Unis (1964-1966) Le , Sri Chinmoy émigre aux États-Unis et s'installe à New York. Contrairement à d'autres figures spirituelles contemporaines arrivant avec un soutien institutionnel, Sri Chinmoy commence sa vie américaine par une intégration professionnelle classique. Grâce à l'appui de Lalit Mansingh, diplomate indien en poste à New York, il obtient un emploi administratif au Consulat général d'Inde, situé sur la 64e rue Est. Affecté aux services des passeports et des visas, il occupe ce poste pendant près de deux ans. Selon le journaliste Michael Carlson, les premières années new-yorkaises de Sri Chinmoy se caractérisent par le contraste entre sa fonction de "simple employé" au consulat et sa réputation naissante de professeur spirituel. Résidant d'abord à Greenwich Village puis dans le Queens, il commence à organiser, en dehors de ses heures de travail, de brèves sessions de méditation et des conférences dans des appartements privés ou de petits centres culturels. Cette phase de transition lui permet d'adapter son enseignement, initialement ancré dans la tradition védantique, aux attentes et au rythme de la vie urbaine américaine.
Expansion et rayonnement En 1966, Sri Chinmoy quitte ses fonctions au consulat pour se consacrer pleinement à son rôle de guide spirituel. Son enseignement se diffuse d'abord dans le milieu académique américain, notamment par une tournée des universités de la Ivy League entamée en 1968. Dès 1970, il étend ses cycles de conférences à l'Europe, intervenant dans les universités d'Oxford et de Cambridge. L'année 1974 constitue un jalon important avec le projet « 50 Freedom-Boats to One Golden Shore », au cours duquel il prononce cinquante conférences dans autant d'universités américaines.
Parallèlement, le mouvement s'internationalise avec l'ouverture de centres Sri Chinmoy dans les métropoles européennes, africaines et asiatiques, pour totaliser environ 350 centres dans le monde au début des années 2000. À partir de 1984, son action publique internationale inclut l'organisation de « Concerts de paix ».
Dernières années et postérité Sri Chinmoy meurt le à son domicile de Jamaica, dans le Queens (New York), d'une crise cardiaque à l'âge de 76 ans. Ses obsèques, ainsi que les cérémonies commémoratives organisées à New York, attirent plus d'un millier de sympathisants et des dignitaires internationaux. Dans les jours suivant, plusieurs personnalités lui rendent hommage. Mikhaïl Gorbatchev souligne son œuvre pour la paix tandis que Nelson Mandela salue son engagement pour l'unité mondiale. Un hommage solennel lui est également rendu au siège des Nations unies le , marquant la fin de ses trente-sept années de direction des méditations au sein de l'institution.
Héritage et continuité Le réseau des centres Sri Chinmoy continue de promouvoir ses enseignements spirituels tout en gérant des entreprises de proximité, telles que des cafés, des restaurants et des boutiques, dont le fonctionnement s'inspire de ses principes de vie.
Parmi ses contributions figure la « Peace Run » (Course pour l'unité), un événement biennal qui mobilise des coureurs dans plus de cent pays pour porter un flambeau symbolisant l'harmonie internationale.
Philosophie et enseignements L'enseignement de Sri Chinmoy s'inscrit dans la lignée du néo-hindouisme du , synthétisant des éléments de la tradition védantique et du yoga intégral.
Bhakti Yoga et tradition védantique thumb|Sri Chinmoy méditant aux pieds de la statue du Bouddha à Kamakura au Japon en 2006 La philosophie de Sri Chinmoy est essentiellement une voie de dévotion (Bhakti yoga), centrée sur le « cœur spirituel ». Il enseigne que l'amour inconditionnel envers le Divin est le chemin le plus direct vers la réalisation de soi. Bien que prenant racine dans la philosophie des Védas et des Upanishad, son approche simplifie les rituels au profit d'une relation personnelle et intérieure avec le Divin.
La « transcendance de soi » Concept central de son enseignement, la « Transcendance de soi » (Self-Transcendence) consiste à dépasser ses propres limites physiques, mentales et spirituelles. Selon Sri Chinmoy, l'individu ne doit pas se comparer aux autres, mais chercher à surpasser ses propres accomplissements passés. Cette philosophie s'applique aussi bien à la méditation qu'à l'effort physique ou artistique.
Pratiques et hygiène de vie Le mode de vie préconisé pour les disciples de Sri Chinmoy repose sur une discipline rigoureuse visant à soutenir la démarche spirituelle. La méditation quotidienne, pratiquée de préférence à l'aube, est considérée comme le pilier central de cet enseignement. thumb|Sri Chinmoy en méditation Cette discipline s'accompagne de règles d'hygiène de vie strictes, incluant l'adoption d'un régime végétarien et l'abstinence totale d'alcool, de tabac et de stupéfiants. Pour les membres les plus engagés au sein des centres, le célibat est encouragé et le service bénévole au sein des structures du mouvement est valorisé. Ce dernier est alors appréhendé comme une forme de Karma yoga, ou yoga de l'action, permettant d'intégrer la spiritualité dans les activités quotidiennes.thumb|Chinmoy offre une méditation à l'ouverture du Parlement des religions à Chicago en 1993
A l'international
Les méditations aux Nations unies (1970-2007) En 1970, à l'invitation d'U Thant, alors Secrétaire général des Nations unies, Sri Chinmoy fonde le groupe des « Méditations pour la paix aux Nations unies ». Jusqu'à son décès en 2007, il dirige bénévolement deux fois par semaine des sessions de silence destinées aux délégués et au personnel de l'organisation au siège de New York. En 1987, le Speaker de la Chambre des communes, Bernard Weatherill, reçoit à la Speaker's House, où une séance de méditation a eu lieu avec des parlementaires. Sri Chinmoy utilise plus tard des images de ce moment dans des publications promotionnelles, provoquant la colère de Weatherillhttps://culteducation.com/group/1163-sri-chinmoy/19605-mr-speakers-guru-is-out-of-order.html.
La « Peace Run » thumb|Sri Chinmoy et Mère Teresa qui porte le flambeau de la Peace Run en 1994 En 1987, il initie la « Peace Run » (nommée un temps « World Harmony Run »), un relais mondial par équipe au cours duquel des coureurs se transmettent un flambeau symbolisant l'harmonie entre les peuples. Cet événement biennal mobilise des participants dans plus de cent pays. L'initiative reçoit, au fil des éditions, le soutien de diverses personnalités sportives et politiques internationales. Cependant, lors de son édition 1989, qui passait par la France, le gouvernement français décida de lui retirer son soutien officiel.
Action humanitaire Sur le plan humanitaire, Sri Chinmoy fonde en 1991 l'organisation « Oneness-Heart Tears and Smiles » (Unicité du cœur, larmes et sourires). Ce programme coordonne la collecte et la distribution de fournitures médicales et de biens de première nécessité, intervenant notamment dans des zones touchées par des catastrophes naturelles ou des crises sanitaires mondiales. L'organisation s'appuie sur le réseau des centres internationaux pour la logistique et l'acheminement de l'aide humanitaire.
Rencontres et diplomatie de paix thumb|Sri Chinmoy ici avec Raïssa et Mikhaïl Gorbatchev en 1994 L'action internationale de Sri Chinmoy se manifeste par des rencontres régulières avec des dirigeants politiques et des figures religieuses. Ces échanges, documentés par la presse internationale, incluent des dialogues avec le pape Paul VI, le pape Jean-Paul II, Mère Teresa, Mikhaïl Gorbatchev ou encore Nelson Mandela.
Arts et culture
Œuvre littéraire et poétique Sri Chinmoy est l'auteur de plus de 1 500 ouvrages. Ce sont principalement des recueils de poésie, des transcriptions de conférences et d'aphorismes traitant de la quête spirituelle et de la philosophie védantique. Son projet le plus vaste, intitulé 77,000 Service-Trees, regroupe des dizaines de milliers de courtes prières et de poèmes.
Arts picturaux (Jharna Kala) thumb|Acrylique de Sri Chinmoy Sous l'appellation « Jharna-Kala » (Art de la Fontaine en bengali), Sri Chinmoy crée un vaste corpus d'œuvres picturales de style abstrait. Sa production inclut un vaste ensemble de peintures à l'acrylique ainsi qu'une série de dessins stylisés représentant des oiseaux, nommés « Soul-Birds » (oiseaux de l'âme). Ces œuvres font l'objet d'expositions dans divers lieux institutionnels et galeries internationales, notamment au Secrétariat des Nations unies à New York ainsi qu'au Carrousel du Louvre à Paris.
Musique et concerts thumb|Sri Chinmoy jouant de la flûte à Bonn en 1980