Daniel Iffla dit Osiris, né le à Bordeaux et mort le à Paris, est un financier et un mécène français.
Biographie Jeunesse Daniel Iffla est issu d'une famille modeste juive bordelaise d'origine marocaineLe Grand Désarroi : Enquête sur les juifs de France, Salomon et Victor Malka. Google Livres.Alain Messaoudi, « Bismuth-Jarrassé Colette et Jarrassé Dominique, Synagogues de Tunisie. Monuments d’une histoire et d’une identité, Paris, Éditions Esthétiques du divers, 2010, 320 p. », Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée [En ligne], 130 | février 2012, mis en ligne le 11 mars 2011, consulté le 08 juin 2018. URL : http://journals.openedition.org/remmm/7021 et ibériqueSon arrière-arrière grand-père paternel (Salomon Hifla, 1691-1778) est marocain, et peut-être son arrière-arrière-grand-mère paternelle (Sara Ifrak, 1691-1745).Tous ses autres ancêtres en descendant les branches jusqu'à lui sont d'origine ibérique et plutôt portugaise. Voir par exemple (son père, et ses grand-père et grand-mère) au Registre des actes de naissance de Bordeaux 1E23, Section Sud, 2 vendemiaire an VIII (1799), en ligne.. Son père Izaac (fils de Sara Fonsèque et de Daniel Iffla)Voir acte de naissance (AM33 - Bordeaux - Section Sud - Naissances - (1799-1800) - Cote 1 E 23 - vue 41-42/173! sur les Archives de Bordeaux en ligne. né à Bordeaux en 1799, est commis marchand, et sa mère LéaL'orthographe du nom de la mère change entre son acte de mariage et la déclaration de naissance de son fils : « Cardoso d'Urbino » devient « Cardozo d'Hourbino ». (fille de Rachel Atias et de David Cardoso d'Urbino) née aussi à Bordeaux en 1797, se sont mariés en 1823. Le petit Daniel vient au mondeTranscription de l’acte de naissance de Daniel Iffla : « Le vingt-cinq juillet mil huit cent vingt cinq à midi, par devant nous, Maire de la ville de Bordeaux, est comparu le sieur Izaac IFFLA, âgé de vingt-cinq ans, commis marchand, demeurant rue Rouhaut n° 25, lequel nous a présenté un enfant du sexe masculin, né avant-hier, au soir, à six heures, de lui déclarant et de Lea CARDOZO D’HOURBINO, âgée de vingt-cinq ans, son épouse ; et auquel il donne le prénom de Daniel. Fait en présence des sieurs Félix LANGE fils, âgé de trente ans, commis négociant, rue Rouhaut n°18 et Isaac IFFLA, cousin de l’enfant, âgé de 22 ans, marchand drapier, fossés de l’hôtel de ville n°11, lecture faite du présent le père et les témoins ont signé avec nous. » en 1825 et tient son prénom de son grand-père paternel, né à Bordeaux en 1773 et cultivateur habitant à la Martinique à la naissance de son petit-fils.
Daniel Iffla fréquente l’école israélite de Bordeaux jusqu’à l’âge de 14 ans puis il « monte » en 1839 à la capitale pour poursuivre ses études au lycée Turgot de Paris jusqu'en 1842Le lycée Turgot de Paris le cite parmi les anciens lycéens devenus personnalités célèbres. Lire en ligne.. Il les quitte assez rapidement pour entrer dans la vie active à 17 ans en tant que grouillot auprès de l'agent de change Moreau.
Observateur éclairé, il s'inspire des financiers séfarades et dès lors, son ascension est fulgurante. Daniel Iffla travaille dans la société bancaire de Jules Mirès et Moïse Polydore Millaud à Paris et fait fortune dans la banque à travers des opérations d'investissement boursières et immobilières.
Il investit dans les chemins de fer espagnols, ce qui lui vaut d'être décoré de l'ordre d'Isabelle la Catholique.
Noms Son nom « Iffla » dériverait de l’arabe falaha qui signifie « réussir » et se traduit par « il réussira ».
Il aurait pris le patronyme d'« Osiris » officiellement en 1861, après avoir été associé à une faillite retentissante - le règne de l'ancien dieu égyptien Osiris étant communément qualifié de « bienfaisant et civilisateur ».
Vie de mécène et de philanthrope Daniel Iffla Osiris se consacra au mécénat après la mort en 1855 de son épouse chrétienne, Léonie Carlier, un an après qu'elle lui eut donné deux enfants qui ne survécurent pas à leur naissance. Plus tard, il voulut que son caveau fut installé à la limite des cimetières juif et chrétien, afin d'être à côté de LéonieSelon le site Montmartre secret, en ligne. et batailla une trentaine d'années pour obtenir gain de cause auprès des autorités. Selon sa secrétaire, il laissa toute sa vie intacte la chambre de son épouse regrettée. A son décès, il a 30 ans et ne se remariera pas.
Il quitte ainsi totalement le monde de la finance en 1860 pour verser dans les milieux artistiques, littéraires et scientifiques qu'il encouragera même après sa mort. Osiris devient un philanthrope moderne et un bâtisseur d'œuvres. Sa générosité s'appuie sur la tradition juive de la tsedaka (qui signifie « justice, droiture » s'exprimant à travers la « charité »)Le philosophe et talmudiste Maïmonide distingue huit niveaux de Tsedaka dans son ouvrage, le Mishné Torah. Osiris s'inscrit généralement au quatrième niveau : de celui qui donne publiquement à un récipiendaire inconnu. et la volonté d'apporter voire de rendre à son pays ce qu'il lui a offert..vignette|L'une des fontaines Wallace offertes à Bordeaux par Osiris.Aussi, à l'ouverture des hostilités avec l'Allemagne en 1870, envoie-t-il 10 000 francs au ministre de la Guerre, au bénéfice des veuves et des orphelins. Et pendant le siège de Paris, il met « toutes ses maisons de la rue La Bruyère à la disposition du maire du arrondissement pour y installer des cantines et des asiles pour les réfugiés ». Il fait partie dans ce même arrondissement du comité du réfectoire populaire qui vient en aide aux nécessiteux.gauche|vignette|Statue équestre de Jeanne d'Arc réalisée par E. Frémiet en 1889, offerte à Nancy par D. Osiris Iffla. Photo M. Baronnet.Ainsi, il entreprend la restauration de nombreux monuments et de tombes à la mémoire de figures historiques qu'il admire. Il offre à sa ville natale de Bordeaux une série de six fontaines publiques Wallace et fournit même une liste d'emplacements où il voulait qu'elles soient installées. A Nancy en 1889, il offre une reproduction de la Jeanne d'Arc équestre de Paris du sculpteur Emmanuel Frémiet, et exécutée par ce même Frémiet qu'il admirait beaucoup ; elle trône place Lafayette. Dans cette même ville, il fait aussi construire un « institut sérothérapique » et une crèche.
Au Syndicat de la presse parisienne, il offre plusieurs prix accordés pour des œuvres remarquables comme celle aux Expositions universelles. A l'hôpital de la Salpétrière à Paris, il fait installer un pavillon opératoire chirurgical.
Passionné par Napoléon et auprès de l'empereur, Osiris fait ériger un monument à Waterloo à la mémoire des grenadiers de la Garde impériale. Il achète aussi aux enchères en 1896, l'ancienne maison de campagne de Joséphine de Beauharnais et du général Bonaparte, le château de Malmaison proche de la ruine au domaine démembré, le sauvant ainsi de la démolition ; il le fait restaurer par Pierre Humbert, le remeuble avec passion et l'offre ensuite à l'État français en 1903, en léguant sa collection au musée qui vient d'y être créé, conformément à ses souhaits.
vignette|Laboratoire de radio-physiologie du pavillon Pasteur à l'Institut du Radium en partie financé par Osiris, devenu Institut Curie, Paris (1929). Désapprouvant la conduite de ses nièces (dont l'une, la cantatrice Emma Moyse, épouse le banquier Sigismond Bardac puis Claude Debussy, après avoir été l'égérie et la maîtresse de Gabriel Fauré), Osiris lègue sa fortune à l'Institut Pasteur, pour un montant de 30 millions de francs - le legs le plus important de son histoire -, ainsi qu'à des institutions charitables. Sur la suggestion de la comtesse Greffulhe relayée par le député Denys Cochin, l'Institut Pasteur utilise cette somme en partie pour la création de l'Institut du Radium en 1914, où travaillera Marie Curie, et qui fusionnant avec la Fondation Curie en 1970, deviendra l'Institut Curie en 1978. Inversement, il aurait servi une rente annuelle de à sa petite-niècePetite-fille d'Aimée Rebecca Iffla, la sœur d'Osiris., l'actrice Charlotte Augustine Hortense Lejeune (1877-1956), dite Charlotte Lysès, qui devint en 1907 la première épouse et l'agent artistique de Sacha Guitry.
vignette|Plaque de la synagogue Buffault, Paris, 1877. gauche|vignette|Sur le mur de l'ancienne synagogue (1902) de Bruyères (Vosges), devenue musée Henri-Mathieu.
Iffla fait construire des synagogues à Paris, rue Buffault, à Arcachon (pour le mariage de sa nièce Emma Bardac (1862-1934)), à Bruyères (Vosges), à Tours, à Vincennes, à Tunis et à Lausanne en Suisse. Il se joint aux Pereire et Rothschild pour financer la reconstruction (après un incendie en 1873) de la Grande synagogue de Bordeaux qui s'achèvera en 1882. À Lausanne encore, en remerciement à la Suisse pour l'accueil fait à l'armée du général Charles Bourbaki en 1871, il offre une statue de Guillaume Tell (par le sculpteur Antonin Mercié) ainsi qu'une « chapelle de Tell », pavillon votif dans le goût régionaliste par l'architecte Georges Épitaux. Il fait également ériger la villa Alexandre Dumas dans la « ville d'hiver » d'Arcachon où il séjourne, initialement baptisée « villa Osiris ».
Amoureux de vins de qualité et de l'élégance, Osiris acquiert en 1876 à Bommes dans le Bordelais, le domaine du château de la Tour Blanche et s'y installe régulièrement à l'occasion des vendanges. Il en est suffisamment fier pour que sur l'entête de son papier à lettres courant figurent le dessin bucolique et le nom de sa propriété. Il lègue à sa mort le domaine à l’État français qui, suivant les volontés expresses de son testament, y installe en 1911 l'actuelle l'Ecole de viticulture et d'œnologie de la Tour Blanche, appartenant à la région Nouvelle-Aquitaine depuis 2010, et qui accueille des étudiants dans son lycée professionnel agricole, alors que le château produit des sauternes classés mais aussi un récent rosé de table nommé HorusVoir la page du site de la Tour Blanche en ligne..
Daniel Osiris Iffla peut aussi être considéré comme le fondateur des premiers « restaurants du cœur » car il lègue à la Ville de Bordeaux - sa ville natale - 2 millions de francs pour, selon ses propres mots codicille du testament, 5 juillet 1906.. La raison de cet emplacement était de ne pas être tributaire des aléas immobiliers ou de problèmes de voisinage, afin que l’œuvre de bienfaisance s'inscrive dans le temps. Ce « bateau-soupe » fut construit et fonctionna après sa mort et sur ses deniers de 1913 à 1940. Outre plus d'une centaine de milliers de repas fournis chaque année aux nécessiteux bordelais, l'immense bateau abritait réfectoires, salles de repos, pavillons médicaux, entrepôts de vivres et de vêtements. Durant la Première Guerre mondiale, le bateau accueillit des soldats malades, des réfugiés, des orphelins mais durant la Seconde Guerre mondiale, il fut réquisitionné par les Nazis, qui le déplacèrent, comme poste de DCA, du quartier Bacalan (quai Sainte-Croix) jusqu'à Pauillac. Il sombra dans la Garonne en 1944.
Daniel Iffla Osiris est nommé chevalier en 1897 puis officier à l'Ordre national de la Légion d'Honneur en 1905, en reconnaissance de ses services à la Nation en tant que « fondateur de nombreuses œuvres philanthropiques et auteur de reconstitutions artistiques »Lire le certificat d'inscription (et pages suivantes) aux Archives nationales en ligne..
vignette|Tombe de Daniel Iffla au cimetière de Montmartre (division 3). Très attaché au judaïsme comme ses bonnes œuvres n'ont cessé de le prouver, il s'accroche néanmoins avec les autorités religieuses juives qui repoussent certains de ses projets jugés quelquefois ostentatoires.