Le Journal de Rouen est un ancien journal quotidien régional de la presse écrite française, dont le siège se trouvait à Rouen (Seine-Maritime).

Historique thumb|Médaille du Journal de Rouen, bronze argenté, 50mm par L.O. Mattei. thumb|Revers de la Médaille du Journal de Rouen portant l'inscription « Journal de Normandie ».

Créé sous un autre nom Annonces, affiches et avis de la Haute et Basse Normandie en 1762 par l'imprimeur-libraire Étienne-Vincent Machuel, il est le plus ancien journal de presse française régionalePatrimoine numérique: Journal de Rouen. En 1785, l’homme de lettres parisien et ami de Diderot, Jean-Baptiste de Milcent, reprend l'entreprise sous le nom le Journal de NormandieDictionnaire des journaux: Affiches de Normandie. Le bihebdomadaire se transforme en quotidien cinq ans plus tard. Il devient le Journal de Rouen en 1790Dictionnaire des journaux: Journal de Normandie.

En 1828, un jeune homme de 22 ans, Désile Brière acquiert le Journal de Rouen pour en faire une feuille libérale d'opposition à la restauration des Bourbons. A cette fin il engage au poste de rédacteur en chef Auguste Théodore Visinet, un journaliste parisien, opposant libéral affiché.

En 1829, le siège social du journal est transféré au de la rue Saint-Lô, dans la même rue où s'était installé dès 1485 au , Guillaume Le Talleur, premier imprimeur-éditeur de Rouen. Il y demeurera jusqu'en 1925.

La nouvelle ligne politique du journal lui valut deux procès retentissant avec le pouvoir en place qui faillirent mettre en péril sa survie. L'un en 1829 sous Charles X, l'autre en 1836 sous Louis-Philippe. En effet, après avoir été un instigateur local de la révolution de Juillet qui mit en place Louis-Philippe, le Journal de Rouen ne tarda pas à manifester son opposition à la politique menée par le nouveau souverain.

Propriété de la famille Brière, il est racheté en 1900 par Joseph Lafond, rédacteur en chef depuis 1882, à la mort de Léon BrièreGeorges Dubosc, « Le Journal de Rouen et ses transformations de 1870 à 1921 », 1925. Le journal est dès lors possédé et dirigé par la famille Lafond, par Joseph jusqu'à sa mort en 1921, puis par ses fils, Jean, André, Pierre et Jacques. Le journal est prospère, devient le premier quotidien de la région, frôle les cent mille exemplaires en 1939 et publie 5 éditions pour couvrir la Haute-Normandie. Une édition pour la région de Caen est publiée sous le nom de Journal de Normandie à partir de 1937 et prend son autonomie en 1939-1940, sous la direction de Jacques Lafond, le dernier fils de Joseph LafondGérard Bonet, L'agence Inter-France de Pétain à Hitler. Une entreprise de manipulation de la presse de province (1936-1950), édition du félin, 2021, p. 100, 451Cécile-Anne Sibout, « La naissance de Paris Normandie, Une gestation conflictuelle », dans Etudes normandes, 1995, 44-1.

Il déménage vers 1925 au 6, rue de l'Hôpital, dans un immeuble Art déco des architectes Paul Rabel et Étienne Villette, achevé en 1933.

Sous l'Occupation, les propriétaires décident de continuer à faire paraitre le journal. Sa ligne éditoriale est favorable au régime de Vichy et à la collaboration franco-allemande, avec notamment les articles de Michel Lafond, rédacteur en chef et fils de Jean Lafond, principal directeur du journalGérard Bonet, Anne-Claire Sibout, .

À la Libération, le Journal de Rouen a été remplacé par Normandie tandis que ses propriétaires et directeurs sont jugés et condamnés en . La société possédant le journal est dissoute et ses biens sont en partie confisqués. À la suite du départ le de Charles Vilain, le quotidien Normandie sous la direction de Pierre-René Wolf prend le nom de Paris-Normandie le .

Une version numérisée du journal est consultable aux archives départementales de la Seine-Maritime.

Débats sur l'esclavage et la traite négrière

Au , la presse devient un nouvel espace d'expression de l'opinion. Elle se fait ainsi l'écho des sujets débattus par les élites locales, comme c'est le cas pour la condition des noirs, alors qu'à cette époque la France est une puissance coloniale et esclavagiste, et que les ports normands sont fortement impliqués dans ce système économique et dans la traite négrière.

Le Journal de Rouen illustre alors bien une évolution des mentalités des Rouennais. D'abord relais important des stéréotypes physiques et des thèses sur la hiérarchie des races, le journal fera une part de plus en plus importante aux idées antiesclavagistes.

Le , dans la rubrique du Journal de Rouen, la publication d’une brochure esclavagiste de 126 pages écrite par Duval-Sanadon, colon de Saint-Domingue, futur secrétaire du club Massiac et proche de l'armateur négrier havrais Stanislas Foäche, suscite la colère de Jean-Baptiste Milcent. Dans un texte qui s’appuie sur les écrits de Bernardin de Saint-Pierre, le directeur du Journal de Rouen dénonce alors le Code Noir.

L'année suivante, Milcent confirme les progrès de ce discours critique. Il publie en effet un extrait des Lettres d’un cultivateur américain, dans lequel les noirs sont présentés .

Directeurs Jean-Baptiste Milcent 1785-1791 Noël de la Morinière 1792- Simon-Barthélemy-Joseph Noël -1799 Pierre Duval 1799- Désiles Brière 1828-1878 Léon Brière (son fils) 1872-1900 Léon Brière a sa sépulture au cimetière monumental de Rouen, carré E3. Joseph Lafond 1900-1921 André Lafond (son fils) 1921-1932. Jean Lafond (son frère) 1932- 1944

Collaborateurs connus Auguste Théodore Visinet (1797-1857) François Rittiez (1803-1870) Eugène Noël (1816-1899) Alfred Darcel (1818-1893) Georges Dubosc (1854-1927) Marcel Nicolle (1871-1934) René-Gustave Nobécourt (1897-1989) René Trintzius (1898-1953)

Annexes Bibliographie Cécile-Anne Sibout, Les hommes de presse de l'agglomération rouennaise, , Agglomération de Rouen, 2002 Cécile-Anne Sibout, Paris-Normandie, la saga du quotidien normand (1944-2005), Rouen, éd. PTC, 2005

Liens externes

le Journal de Rouen numérisé de 1763 à 1944 sur le site des archives départementales de la Seine-Maritime Index des articles de 1800 à 1944 sur Rouen-Histoire

Notes et références

Catégorie:Titre de presse créé en 1762 Catégorie:Titre de presse disparu en 1944 Catégorie:Presse française liée à la Collaboration de la Seconde Guerre mondiale Catégorie:Presse quotidienne régionale disparue en France Catégorie:Presse écrite en Normandie Catégorie:Rouen