thumb|Représentation héraldique d'une couronne ducale, rehaussée du bonnet de la pairie.
vignette|Couronne et manteau des ducs et pairs de France (représentés ici avec les colliers des ordres du roi).
La pairie de France est composée des grands officiers, vassaux directs de la couronne de France, ayant le titre de pair de France. Ils représentent les électeurs primitifs à la royauté à l'époque où la primogéniture n'est pas de règle et assurent la dévolution de la couronne selon les lois fondamentales du royaume, ainsi que le choix de la régence en cas de minorité. Le nombre de pairs de France est un temps fixé à douze : six pairs ecclésiastiques et six pairs laïcs. Depuis le , on les voit chargés d'assurer la succession et être associés à la cérémonie du sacre où ils représentent chacun une fonction symbolique de l'investiture.
Les pairs de France sont attestés en . Plusieurs textes, datés de à , ont été invoqués pour fixer le début de la pairie de France, mais aucun d'entre eux n'apporte la preuve de son existence. Le premier texte à faire état de douze pairs de France et à les énumérer est la de Matthieu Paris. Le premier acte royal à les énumérer date de . Le nombre et les noms des pairies ecclésiastiques resteront inchangés jusqu'à la Révolution française. Quant aux pairies laïques, les premières lettres d'érection datent de . Le premier emploi de , pour désigner le fief et les terres auxquels la pairie est attachée, est attesté en . Attacher héréditairement la pairie à une terre permettra à une femme d'être et, ainsi, d'assister au sacre d'un roi ou d'avoir le droit de siéger au parlement.
À partir de la fin du , les six pairies laïques, dont les terres sont revenues à la couronne, sont des apanages princiers, et les nouveaux pairs qui sont créés ne jouent qu'un rôle cérémoniel.
La pairie, qui est un office de la couronne et non un titre de noblesse, devient un moyen pour les rois de distinguer et de s'attacher les nobles les plus importants du royaume. Le mouvement s'accélère au : le roi nomme alors de simples gentilshommes à la pairie, les hissant au sommet de la pyramide des dignités en France. Il faut, pour être pair, jouir d'un fief auquel est attachée une pairie et descendre de la première personne à qui avait été attribué l'office. Le rôle des pairs de France, à la fin de l'Ancien Régime, à la différence des pairs britanniques, est seulement honorifique. Les pairs modernes conservent des privilèges d'ordre honorifique.
À la fin de l'Ancien Régime, la pairie de France est un grand office de la Couronne. Au contraire de tous les autres, elle est liée à la possession d'un fief de dignité. Celui-ci est un duché préexistant ou que le roi crée par lettres patentes. Le roi peut créer une pairie en faveur d'un prince du sang ou d'un prince légitimé ou d'un prince étranger ou d'un gentilhomme. L'exercice, par un pair, de son office est conditionné à : l'enregistrement, par le parlement de Paris siégeant , des lettres patentes d'érection de sa pairie ; sa réception par le grand-chambre de ce même parlement. Pour être reçu, le pair doit réunir toutes les qualités que les ordonnances royales requièrent d'un magistrat : être un homme ; être majeur ; être régnicole et résident du royaume. La réception du pair est, d'autre part, conditionnée à une information sur ses bonnes mœurs et à son assermentation.
Bien que les pairs soient en principe tous égaux, leur dignité est fonction de l'ancienneté de leur création.
En 1814, crée sur le modèle anglais une chambre des pairs, participant au pouvoir législatif. Lors des Cent-Jours, Napoléon nomme lui aussi des pairs de France. La Seconde Restauration de 1815 rétablit la chambre des pairs, qui sont nommés à titre héréditaire. Après la révolution de Juillet en 1830, le roi Louis-Philippe conserve la chambre des pairs, mais supprime l'hérédité de la pairie.
Présentation générale En , Joseph-Nicolas Guyot et deux de ses collaborateurs, Jean-Baptiste Treilhard et Philippe-Antoine Merlin, définissent les comme . Plus loin, ils précisent que les pairs jouissent du droit d'entrée et de séance, avec voix délibérative, dans tous les parlements du royaume, tant aux audiences qu'au conseil ; qu'il s'agit de la première de leurs fonctions particulières ; et qu'elle leur est commune. Plus tôt, Guy Coquille les classait parmi les , membres du conseil du roi y entrant de droit, au contraire des qui, tels le chancelier de France et les grands officiers de la Couronne, ne participent au conseil que de par leur charge.
Les pairs sont alors soit soit . Guyot, Treilhard et Merlin définissent la comme ; et la comme . Ils considèrent qu'à l'époque moderne, la est et reste une , à la fois personnelle et réelle : ils se fondent sur les deux hommages que les pairs devaient initialement rendre au roi ; et ils relèvent que si, dès le , le roi leur a substitué un hommage unique, celui-ci est un hommage particulier.
Guyot, Treilhard et Merlin considèrent que les pairs se subdivisent en et . Ils définissent la comme . Ils notent que ce bien est un duché, les comtes pairs laïcs ayant cessé d'exister notamment parce que, depuis longtemps, les rois ne confèrent plus la qu'à des ducs. Quant à la , ils considèrent qu'elle ne diffère de la que par le bien sur laquelle celle-là est assise : ce bien est amorti et ne se transmet pas aux héritiers du clerc pair. Ils précisent qu'un tel pair est toujours un prélat ayant reçu l'ordination épiscopale et portant le titre de pair, celui-ci étant attaché à leur prélature épiscopale. Ils relèvent que les six anciennes pairies ecclésiastiques n'ont pas été créées par des actes royaux mais que les rois les ont ultérieurement reconnues, au plus tard en pour l'évêché-duché de Laon mais dès pour les cinq autres. Ils confessent que leur définition des leur permet de considérer le duché-pairie de Saint-Cloud, érigé en pour l'archevêque de Paris, comme la d'entre elles alors que cela reste discuté, d'autres auteurs considérant l'archevêque-duc de Paris comme un des parce qu'il siège, au(x) parlement(x), parmi eux.
Privilèges Les pairs ont entrée, séance et voix délibérative à la grand-chambre du parlement de Paris et à ses chambres réunies, y compris pour les lits de justice.
Ils ont droit à ce que les affaires relatives à leur état ou leur dignité et celles relatives aux droits de leurs pairies ne soient jugées que par le parlement de Paris. La présence d'au moins douze pairs est requise pour juger un pair lorsque l'affaire est relative à son état ou sa dignité.
L'érection d'une terre en pairie la met dans la mouvance directe de la Couronne. Ainsi, en sa pairie et pour celle-ci, un pair est le vassal direct du roi.
Les pairs ont le droit d'assister à la cérémonie du sacre des rois de France et ainsi à leur couronnement. Lors de cette cérémonie, l'archevêque-duc de Reims a la prérogative d'oindre, de sacrer et de couronner le roi ; l'évêque-duc de Laon, de porter la Saint Ampoule ; celui de Langres, de porter le sceptre royal ; l'évêque-comte de Beauvais, de porter le manteau royal et de le présenter au roi ; celui de Châlons, de porter l'anneau royal ; et celui de Noyon, de porter la ceinture ou baudrier. Lors de cette même cérémonie, les autres pairs ont le droit de représenter les six anciens pairs laïques, à défaut de princes du sang. Le duc de Bourgogne a la prérogative de porter la couronne royale et de ceindre l'épée au roi ; celui de Guyenne, de porter la première bannière carrée ; celui de Normandie, de porter la seconde ; le comte de Toulouse, de porter les éperons ; celui de Champagne, de porter la bannière royale, où est l'étendard de guerre ; et celui de Flandre, de porter l'épée.
Les Douze pairs de France primitifs
En 1216, on dénombre neuf pairs : cinq ecclésiastiques (archevêque de Reims, évêques de Langres, Beauvais, Châlons-en-Champagne et Noyon) et quatre laïcs (ducs de Normandie, Bourgogne, Guyenne et comte de Champagne). En 1228, leur nombre atteignait déjà douze avec l'addition de l'évêque de Laon et des comtes de Flandre et de Toulouse. Ce nombre symbolique a donné lieu à de nombreuses interprétations au fil du temps.
Dans la suite de l'Ancien Régime, la pairie devint un titre purement honorifique, et 173 fiefs furent érigés en pairie.
Armoiries des pairs primitifs
Six pairs ecclésiastiques Les six pairs ecclésiastiques sont : l'archevêque-duc de Reims ; l'évêque-duc de Langres et celui de Laon ; l'évêque-comte de Beauvais, celui de Châlons et celui de Noyon. Ils ont en commun, sous le règne de , d'avoir leurs sièges respectifs dans la partie du royaume qui n'est pas sous le contrôle des Plantagenêts.
L'archevêque-duc de Reims est le pair qui a le droit exclusif de sacrer le roi de France et de lui imposer sa premier couronne. À l'exception de l'évêque-duc de Langres, les autres pairs ecclésiastiques sont tous évêques suffragants de l'archevêque de Reims, leur métropolitain ; et il s'agit des quatre seuls évêques de la province ecclésiastique de Reims qui, sous le règne de , sont , d'une part, et d'un domaine temporel en , d'autre part. Quant à l'évêque-duc de Langres, sa présence parmi les six pairs ecclésiastiques s'expliquerait comme suit : il est suffragant de l'archevêque de Lyon, son métropolitain, qui est le primat des Gaules mais est extérieur au royaume ; les ducs de Bourgogne et les comtes de Bar ont renoncé à leurs prétentions sur le comté de Langres.
Les archevêques-ducs de Reims
1200-1202 : Guillaume de Champagne (1135-1202). 1204-1206 : Guy Paré (mort en 1206). 1207-1218 : Albéric de Humbert de Hautvilliers (mort en 1218). 1219-1226 : Guillaume de Joinville (mort en 1226) (précédemment à Langres). 1227-1240 : Henri de Dreux (1193-1240) (précédemment à Châlons). 1244-1249 : Juhel de Mathefelon (mort en 1249). 1251-1263 : Thomas de Beaumetz (mort en 1263). 1266-1270 : (1226-1270). 1274-1298 : Pierre Barbet (mort en 1298). 1299-1324 : Robert de Courtenay-Champignelles (1251-1324). 1324-1334 : Guillaume de Trie (mort en 1334). 1334-1351 : (mort en 1351). 1351-1352 : Hugues d'Arcy (mort en 1352) (précédemment à Laon). 1352-1355 : de La Tour du Pin (1312-1355). 1355-1373 : (mort en 1373). 1373-1375 : Louis Thézart (mort en 1375). 1375-1389 : Richard Picque de Besançon (mort en 1389). 1389-1390 : Ferry Cassinel (mort en 1390). 1390-1409 : Guy de Roye (mort en 1409). 1409-1413 : Simon de Cramaud (mort en 1429). 1413 : Pierre Trousseau (mort en 1413). 1414-1444 : Renault de Chartres (mort en 1444) (précédemment à Beauvais). 1449-1473 : (1388-1473) (précédemment à Laon). 1445-1449 : Jacques Jouvenel des Ursins (1410-1457). 1473-1493 : Pierre de Laval de Montfort (mort en 1493). 1493-1497 : Robert Briçonnet (mort en 1497). 1497-1507 : Guillaume Briçonnet (1445-1514). 1507-1508 : Charles-Dominique de Caretto (1454-1514). 1508-1532 : Robert de Lénoncourt (mort en 1532). 1533-1538 : (1498-1550). 1538-1574 : Charles de Lorraine (1524-1574). 1574-1588 : Louis de Lorraine (1555-1588). 1591 : Philippe de Lénoncourt (1527-1591) (précédemment à Châlons). 1592-1594 : Nicolas de Pellevé (1518-1594). 1594-1605 : Philippe du Bec (1520-1605). 1605-1621 : Louis de Lorraine (1575-1621). 1622-1629 : Gabriel Gifford de Sainte-Marie (1554-1629). 1629-1641 : (1614-1664). 1641-1651 : Léonor d'Estampes de Valençay (1589-1651). 1651-1657 : (1625-1659). 1657-1671 : Antonio Barberini (1607-1671). 1671-1710 : Charles-Maurice Le Tellier de Louvois (1642-1710). 1710-1721 : François de Mailly-Nesle (1658-1721). 1721-1762 : Armand-Jules de Rohan-Guémené (1695-1762). 1762-1777 : Charles Antoine de La Roche-Aymon (1697-1777). 1777-1790 : Alexandre-Angélique de Talleyrand-Périgord (1736-1821).
Les évêques-comtes puis ducs de Langres
1179-1180 : Gauthier de Bourgogne, évêque-comte, assiste en 1179, comme pair à la cathédrale de Reims au sacre de Philippe-Auguste qui accorde le titre de duc à ses successeurs. 1200-1205 : Hilduin de Vandœuvre (mort en 1205).