thumb|right|400px|Modèle d'arsenal exposé au Musée national de la Marine.Le modélisme d'arsenal est une activité de loisirLe temps nécessaire à la réalisation d'un navire selon les principes du modélisme d'arsenal rend illusoire l'idée de pouvoir vivre de cette activité, même si quelques très rares spécialistes de talent sont parfois amenés à vendre une de leurs œuvres à un grand musée., qui consiste à construire un modèle à échelle réduite des navires anciens en bois, principalement de l'époque du , à partir de monographies.
Considéré, du point de vue « modélisme », comme le sommet de l'art, le modélisme d'arsenal oblige le modéliste à respecter dans les moindres détails non seulement l'apparence extérieure du navire, mais également les méthodes de construction des différents éléments constituants le navire : charpente, vaigrage, aménagement intérieur, gréement, en allant jusqu'à reproduire les techniques et artifices de montage et d'assemblage du modèle d'origine, tels que mortaises et tenons, encastrements des pièces, goujons et goupilles, calfatage des ponts, fourrage des cordages…
Le modéliste d'arsenal trouve son plaisir dans la fabrication, au plus près du modèle d'origine, de toutes les pièces entrant dans la composition de son modèle, allant jusqu'à débiter son propre bois à partir de rondins, et fabriquant lui-même ses cordages aux diamètres adéquats.
Cette activité nécessite de rechercher des sources d'information fiables dans les archives locales, régionales, nationales et internationales. Certains auteurs publient des monographies très complètes de navires anciens. De nombreux sites et forums sur internet traitent du sujet. Historique 200px|left|thumb|Jean-Baptiste Colbert (1619-1683) en grande tenue. Quand Mazarin meurt, en 1661, les guerres et les luttes internes ont mis l'économie de la France en ruine. Le Roi, sur le conseil de Mazarin, prend Colbert comme Intendant des Finances. « Richelieu […] avait décidé de faire de la France une puissance maritime, ce qu’elle n’était pas jusque-là. Les vicissitudes des temps n’avaient pas permis de réaliser cette grande ambition, et la marine de guerre française restait embryonnaire, faible face à celles d’Angleterre et des Pays-Bas. Lorsque Louis XIV parvient au pouvoir, assisté de Colbert, cette ambition est reprise, avec pour objectif de s’opposer aux Hollandais »Dumez 1996.
Dans un discours prononcé le http://fr.wikisource.org/wiki/Histoire_de_la_vie_et_de_l'administration_de_Colbert Histoire de la vie et de l'administration de Colbert - Pierre CLEMENT, Colbert dénonce les causes de la ruine du commerce en France, en accusant ouvertement les Hollandais, qui contrôlent tout, jusqu’et y compris les échanges entre les ports français. Les hollandais protègent leur commerce avec leur propre armée, constituée de 10 à de troupe et de 40 à 50 vaisseaux de guerre, ils sont les maîtres incontestés du commerce sur toutes les mers du globe.
Colbert voit dans le rétablissement de l’indépendance commerciale le salut de l’économie nationale. Et pour assurer cette indépendance, il faut au pays une force navale apte à défendre son commerce, et réduire la suprématie hollandaise. L’Académie Royale des Sciences, qu’il a bâtiehttps://www.culture.gouv.fr/culture/actualites/celebrations/organacademie.htm Ministère de la Culture, est mise à contribution pour publier un atlas décrivant dans le détail chaque étape de la construction d'un bateau. L’Académie applique pour la première fois les connaissances mathématiques dans la conception des coques et des gréements des navireshttp://www.institut-de-france.fr/institut/acasc.htm Institut de France.
Le projet est grandiose mais simple : industrialiser la production des matières premières nécessaires, par la gestion scientifique des forêts et le développement des voies de transport, industrialiser la production des navires, industrialiser la fabrication des cordages et des pièces de fonderie… À sa nomination comme ministre, la flotte française se résume à une vingtaine de vaisseaux de guerre âgés en état de naviguer, de 16 à 56 canons, dont seulement 9 vaisseaux de ligne http://www.euromed-marseille.com/media/Meschi_-_La_Royale.pdf La Royale - support de cours Aix-Marseille II. La marine anglaise compte 157 vaisseaux de tous tonnages (dont 74 sont des vaisseaux importants, embarquant de 30 à 100 canons), soit un rapport de 1 à 8 avec la marine française. 15 ans plus tard, l'État français dispose de 196 vaisseaux, sans compter les galères, et en 1677, il compte 300 navires, et les meilleurs arsenaux au mondehttp://www.netmarine.net/bat/croiseur/colbert/celebre.htm Net Marine : Toulon, Rochefort et Brest en premier lieu, assistés des ports de Dunkerque, du Havre, de Calais et de Boulogne. En une quinzaine d’années, la France, qui n’a pas à proprement parler d’histoire maritime, est devenue la première puissance maritime mondiale, et ses modèles de vaisseaux, notamment le vaisseau de 74 canons construit ultérieurement sur la base des plans établis par Jacques-Noël Sané (1740-1831), sont devenus si remarquables qu’ils seront progressivement copiés par toutes les autres puissances maritimes, à commencer par les Anglais et les Hollandais.
La construction des navires n’est plus un travail approximatif et artisanal, nombre de vaisseaux construits font l’objet sur ordre de Colbert d’une réalisation très précise d’un modèle préalable à l’échelle du 1/ jusqu’au 1/ selon le navire concerné, permettant de visualiser ce que sera le futur vaisseau: « L’intention du Roy est qu’il soit fait en chaque arsenal des modèles en petit d’un vaisseau de chacun des cinq rangs dans lesquels les mesures sont réduites au 1/ ou au 1/ de toutes leurs proportions et mesures. »http://www.musee-marine.fr/public/virtuel/collection/collection_guerre.html Musée de la Marine
Ces modèles étant construits à l'origine dans et pour les arsenaux royaux, le terme « modélisme d'arsenal » est resté.
On notera toutefois pour être honnête que Colbert n'est pas l'inventeur du modèle d'arsenal. (1570-1647) se voit commander en 1603 un modèle réduit d'un galion pour le prince Harry, fils aîné de James http://www.portcities.org.uk/london/server/show/conFactFile.25/outputFormat/print/Phineas-Pett.html. Il en a ultérieurement construit de nombreux autres pour la famille royale britannique.
Modélisme moderne Si certains modèles de Colbert ou de ses successeurs sont soigneusement conservés dans les musées nationaux, il n’en est pas de même des techniques de construction. Le savoir se perd progressivement, jusqu’à être quasiment oublié.
Quelques très rares passionnés continuent pourtant à construire des modèles en bois, à partir d’informations de plus en plus approximatives.
Les kits thumb|300px|Quand la passion du modèle réduit vous prend... et elle peut souvent prendre dès le jeune âge.Après la Seconde Guerre mondiale, le plastique se répand, la société Airfix, entreprise de moulage, a l’idée de créer un modèle plastique en kit à construire. Son premier modèle est un tracteur Ferguson. Face au succès de ce nouveau type de produit, elle commence à produire des bateaux et des avions. C'est un énorme succès qui fait naître immédiatement la concurrence, ainsi que le marché du modélisme.
Mais les modèles restent relativement simples, et peu conformes de par la matière employée à la beauté des vaisseaux d’antan. Certains fabricants mettent sur le marché des boites de kit contenant les pièces prédécoupées en bois. Pour des raisons économiques et techniques, ces kits en bois utilisent des matières de basse qualité, les découpes, même au laser, restent approximatives, l’échelle des pièces est souvent disproportionnée, la conformité du modèle lui-même avec la réalité est plus que douteuse. Ces modèles sont assez rapides à monter, mais la qualité n’est pas au rendez-vous.
Le kit-bashing Les amateurs de modélisme, tout en travaillant sur une base de kits, se lancent dans l’amélioration des kits commerciaux. Le modéliste modifie le contenu du modèle fourni, en fabriquant à nouveau certaines pièces, en y ajoutant d'autres, en complétant et en précisant le niveau de finition du modèle grâce à des informations recueillies par ailleurs, tels que les plans disponibles auprès du Musée de la marine.
Le scratch ou construction sur plan À force d’utiliser des plans pour améliorer le modèle, la recherche permanente de qualité amène le modéliste passionné à franchir le pas, et il se met alors à faire des modèles en scratch (littéralement: à partir de rien). Il suffit pour débuter de se procurer un plan du modèle, ou mieux une monographie du navire à construire, des planchettes de bois de différentes épaisseurs, un couteau à lame rétractable, une scie à chantourner manuelle, quelques limes aiguille et du papier de verre. Avec l'expérience, l'acquisition de machines électriques permet de sophistiquer le travail.
Modélisme d’arsenal vignette|300x300px|Le Redoutable (un 74 canons, au centre), aux prises avec les (98 canons, à gauche) et (104 canons, à droite) à Trafalgar, peint par Louis-Philippe Crépin en 1807. Jusqu'au milieu des années 1970, par manque de documentation ou de connaissances, les rares modélistes construisant des bateaux de guerre à voiles en bois produisent des modèles assez approximatifs. Ils basent leurs travaux sur des plans simplifiés, les coques sont en bois ordinaire, parfois taillées dans la masse, seul l’aspect final est pris en compte, et ces bateaux comportent de multiples anomalies techniques et historiques sans parler des détails hors d'échelle.
Bref, ces modèles peu précis arrivent à peine à nous rappeler la prestigieuse marine de notre passé. Il est bien difficile à l'époque de trouver les informations nécessaires pour améliorer ces travaux. Hormis les modèles présents dans les musées, la documentation est quasiment inexistante. Quelques ouvrages anciens traitent des techniques de construction, les rares exemplaires disponibles sont oubliés ou jalousement gardés à l’abri de la connaissance du grand public. Les archives dorment sous une épaisse chape de poussières.
Renaissance du modélisme d'arsenal thumb|left|200px|Vaisseau de 74 canons - 1780par Jacques Fichant. Mais grâce aux recherches que Jean Boudriot poursuit durant plus de 20 ans, et à l'édition de son monumental ouvrage « Le vaisseau de 74 canons »http://www.ancre.fr/vaisso02.htm Le vaisseau de 74 canons de Jean Boudriot, on assiste à cette époque à la renaissance du modélisme naval tel qu'il était pratiqué dans les arsenaux royaux au cours des s. Appelée modélisme d'arsenal, cette activité, initiée par Colbert et enfin retrouvée, est basée sur une reconstitution exacte du navire, tant pour sa charpente que pour ses aménagements intérieurs et ses équipements.
Les modélistes construisant dans l'esprit du modélisme d'arsenal fondent leurs travaux sur les recherches approfondies effectuées par quelques érudits pour lesquels l'architecture et l'équipement des grands vaisseaux en bois sont un sujet inépuisable. Ces études sont rassemblées dans d'exhaustives monographies où le modéliste n'a qu'à puiser pour découvrir les plans complets d’un navire et non plus d'un modèle, son historique ou simplement le petit détail qui manque.
À la suite de l’œuvre théorique de Jean Boudriot fondant le renouveau de cette activité, quelques rares spécialistes comme Gérard Delacroix passent, à l’aide des outils modernes de dessin, à la mise en pratique, c’est-à-dire à la publication de monographies complètes, précisant dans leurs moindres détails les techniques de construction.
Développement international L’école française se développe naturellement à la suite des travaux de Jean Boudriot puis de Gérard Delacroix, les membres de l’Association des Amis du Musée de la Marine. n’étant pas le dernier soutien de ce renouveau du modèle historique.