L'histoire du Vietnam se confond avec celle des peuples du pays portant aujourd'hui ce nom, et notamment avec celle du peuple Kinh (ou Viêt), qui en constitue le groupe ethnique dominant.
thumb|Carte dynamique illustrant l'évolution des frontières du Vietnam de la dynastie Ly (1009) à la dynastie Nguyen (1900).
Le pays de est habité en 2024 par environ de Vietnamiens. La diaspora vietnamienne compte environ 4,5 millions de personnes dans le monde, dont la moitié vit aux États-Unis.
Le plus ancien texte historique conservé qui ait été rédigé par un Vietnamien ne date que de : la plus ancienne chronique de l'histoire du Vietnam, le Đại Việt sử lược (achevé en ), est un récit en trois volumes de l'histoire du pays de l’an jusqu'à la chute de la dynastie Lý au . L'histoire du pays est cependant bien plus ancienne, et ses origines se confondent avec les légendes vietnamiennes. Pendant plus d'un millénaire, le Viêt Nam est une possession de la Chine : la domination chinoise commence en , quand la dynastie Han s'empare du royaume du Nam Việt.. C'est dans le contexte de la lutte pour l'indépendance vis-à-vis de la Chine que se forge une conscience nationale Viêt : la nation vietnamienne qui émerge progressivement n'en demeure pas moins marquée par des structures étatiques inspirées de celles de la Chine, et par une culture en grande partie sinisée. En , le pays devient indépendant ; le Đại Việt ménage cependant ses rapports avec l'empire chinois en continuant de reconnaître sa suzeraineté et en lui payant tribut. Tout en n'étant plus une possession de la Chine, le pays en demeure donc un État vassal.
À compter du , la trame de l'histoire du pays se confond avec l'expansion des Viêt vers le Sud, via un processus de conquête territoriale appelé le Nam Tiên (la ).. Le Đại Việt doit à plusieurs reprises lutter pour conquérir ou défendre son territoire, face au royaume de Champa puis à l'Empire mongol ; plusieurs dynasties rivales se disputent également la souveraineté du pays. Jusqu'au , les Viêt doivent partager le territoire de l'actuel Viêt Nam avec les Chams du royaume de Champā : après leur défaite, les Chams doivent se replier sur un territoire plus réduit et accepter la domination des Viêt. Des territoires Khmers sont également conquis au cours de la marche vers le Sud.. Outre les Viêt, l'histoire du Viêt Nam se confond donc également avec celles d'autres peuples comme les Hoa (Vietnamiens d'origine chinoise), les Khmers Krom (minorité khmère) et les Chams, ainsi que d'un grand nombre d'autres minorités : l'ethnie Viêt tient néanmoins un rôle prépondérant dans sa formation en tant qu'État..
De la fin du à la fin du , le Đại Việt est de facto divisé en deux. Les seigneurs de la famille Trịnh dominent le Nord et ceux de la famille Nguyễn le Sud, tandis que les souverains Lê ne règnent plus que symboliquement. Les Nguyễn finissent par l'emporter après avoir vaincu l'insurrection des Tây Sơn : la dynastie Nguyễn règne cette fois en son nom propre sur le pays, rebaptisé Việt Nam puis Đại Nam, mais connu en Occident sous le nom d'Annam. Comme la Chine, le pays est cependant victime des incursions des puissances occidentales : en 1862, le Second Empire français s'empare de la Cochinchine, partie sud du pays. Dans les années 1880, l'expédition du Tonkin permet à la République française de parachever la conquête du territoire vietnamien : la partie du pays qui restait sous le contrôle des Nguyễn est soumise à un régime de double protectorat, qui la divise administrativement en deux. L'ancien royaume d'Annam est désormais divisé en trois entités, toutes placées sous contrôle français : la colonie de Cochinchine et les protectorats du Tonkin et d'Annam. Ces régions sont elles-mêmes intégrées en 1887 à l'Indochine française. La dynastie Nguyễn est maintenue en place, mais ne conserve qu'un pouvoir symbolique.
La Seconde Guerre mondiale porte un coup fatal à la domination française en Indochine. En 1945, les Japonais démantèlent l'administration française ; quelques mois plus tard, le Việt Minh, mouvement indépendantiste contrôlé par le Parti communiste vietnamien de Hô Chi Minh profite de la capitulation du Japon pour prendre le pouvoir sur une partie du territoire et proclamer l'indépendance du Viêt Nam. Les Français reprennent le contrôle du pays, mais l'échec de leurs pourparlers avec les indépendantistes conduit à la guerre d'Indochine. En , les Français se retirent de l'ancienne Indochine française, tandis que les accords de Genève séparent provisoirement en deux le territoire du Viêt Nam : le Nord est dirigé par un régime communiste, la république démocratique du Viêt Nam, et le Sud devient la république du Viêt Nam, fermement anticommuniste et soutenu par les États-Unis. L'hostilité entre les deux États vietnamiens — le Sud refusant d'organiser le référendum prévu par les accords de Genève, tandis que le Nord vise à récupérer le Sud et soutient l'insurrection du FNL (dit Việt Cộng) — conduit à une implication accrue des États-Unis et au déclenchement de la guerre du Viêt Nam. Le conflit s'avérant insoluble et de plus en plus impopulaire, les États-Unis se retirent en à la suite des accords de Paris. En , le Nord Viêt Nam réalise l'offensive finale contre le Sud Viêt Nam et annexe de facto son voisin. Le pays est officiellement réunifié l'année suivante sous son nom actuel de république socialiste du Viêt Nam. Allié à l'URSS durant la guerre froide, le Viêt Nam demeure actuellement un régime à parti unique, dont le marxisme-léninisme reste l'idéologie officielle ; le pays a cependant libéralisé son économie depuis les années 1980.
Préhistoire
Langues austroasiatiques
Origines du Viêt Nam et histoire légendaire
Le Viêt Nam est un pays issu d'un brassage ethnique complexe. Jusque dans les années 1960, les récits sur les origines du peuple Viêt se sont principalement basées sur des sources chinoises : selon celles-ci, le peuple vietnamien serait d'origine indigène, et descendrait des populations Yue ayant migré vers le Sud. Le mot Yue, traduit en vietnamien par Viêt et signifiant ou , désignait alors pour les Chinois l'ensemble des peuples vivant au sud du Yangtsé. Ces populations, d'ethnie Muong et Tay, se seraient mélangées, au cours de leur migration vers le Sud, avec d'autres peuplades, les Mélano-indonésiens, qui auraient eux-mêmes, par la suite, migré vers l'Insulinde. Ce mélange aurait donné naissance au peuple des Viêt, longtemps appelés en Occident Annamites, par métonymie avec l'Annam. Dans les années 1920, des recherches archéologiques ont fourni des indications sur une civilisation antérieure à ces migrations, qui aurait existé au Nord de l'actuel Viêt Nam. Depuis les années 1960, des archéologues vietnamiens se sont employés à prouver l'existence de cette civilisation, qu'ils font remonter à Des découvertes tendent à indiquer que des États ont existé au Viêt Nam entre 2878 L’existence d'État(s) à partir de l'année 2878 était un présupposé que l’on voulait confirmer. La date exacte ne provient pas de découvertes archéologiques, celles-ci ne pouvant bien sûr donner une année précise. et le , voire au-delà : selon la vision vietnamienne de l'histoire, le berceau du Viêt Nam se situerait dans le delta du Fleuve Rouge et non dans la région chinoise du Yangtsé..William T. Alpert, Vietnamese Economy and Its Transformation to an Open Market System, M.E. Sharpe, 2001, page 18Chi-Lan Do-Lam, La mère et l'enfant dans le Viêt Nam d'autrefois, L'Harmattan, 2008, page 17. thumb|Représentation de la Reine fée Âu Cơ et du Roi dragon Lạc Long Quân. thumb|Statue en grès du taureau Nandi (VII-).Musée de la sculpture Cham à Da Nang. Faute d'histoire écrite, le récit de l’ethnogenèse du peuple viet se confond avec la légende. Le peuple Vîet serait né des amours de la Reine fée Âu Cơ, issue du Feu et du Seigneur dragon Lạc Long Quân, issu de l'Eau : mariés malgré leurs natures différentes, ils auraient donné naissance à cent œufs, d'où seraient sortis cent enfants. L'Eau et le Feu ne pouvant demeurer mariés, Lạc Long Quân et Âu Cơ prennent la décision de se séparer. Cinquante de leurs enfants descendent vers la mer, guidés par leur père, et cinquante autres suivent leur mère sur la montagne, pour y constituer les peuples montagnards minoritaires. L'aîné des fils partis avec Âu Cơ devient, sous le nom de Hùng Vương, le souverain d'un royaume appelé Van Lang (, situé dans le delta du Fleuve Rouge et correspondant à l'actuelle province de Vĩnh Phúc) : il fonde la dynastie Hồng Bàng. Les Vietnamiens considèrent que cette dynastie semi-légendaire, identifiée au Viêt Nam proprement dit, est apparue en 2879 av. J.-C. : les Chinois donnent à ce peuple originel le nom de Cent Yue (traduit par Bac Viêt ou Bach Viet, soit Cent Viêt). La dynastie légendaire des Hồng Bàng contribue à entretenir l'idée d'une culture vietnamienne spécifique dès l'âge du bronze, et par conséquent antérieure aux mille ans de domination chinoise. Les Viêt (ou Kinh), qui constituent environ 80 % de la population du Viêt Nam, se considèrent comme les descendants directs des Bac Viêt, et s'appellent parfois Con rồng cháu tiên, soit . Le mythe des rois Hồng (ou Hung), dont l'histoire est perpétuée par la tradition orale, accompagne la création de l'espace social vietnamien, qui mêle l'espace naturel et l'espace merveilleux, l'espace historique et l'espace légendaire. Les rois Hồng donnent naissance au culte des ancêtres, religion essentielle du Viêt Nam : la légende de nombreux génies tutélaires des villages vietnamien se rapporte au règne des Hồng, et le culte des fondateurs nourrit la trame des croyances et pratiques culturelles des VietnamiensCharlyne Vasseur Fauconnet, Enfance, état des lieux: Viêt Nam au cœur de la francophonie , L'Harmattan, 1998, page 534-536.
La dynastie Hồng Bàng compte dix-huit rois : la fille du dix-huitième roi est demandée en mariage par deux hommes, Son Tinh le génie des montagnes et Thuy Tinh le génie des eaux. Le roi accorde la main de son enfant au premier, et Thuy Tinh déclenche alors tempêtes et ouragans pour anéantir son rival. Son Tinh, pris de pitié pour les populations victimes de la folie du génie des eaux, fait surgir çà et là des montagnes pour les mettre à l'abri. Thuy Tinh se lasse, mais sa jalousie refait régulièrement surface et il provoque chaque année orages, typhons et pluies inondant le pays. Cette légende est utilisée pour expliquer à la fois la géographie et le climat du pays..
Les recherches archéologiques mettent au jour des cultures anciennes ayant existé sur le territoire de l'actuel Viêt Nam. Au Nord, le site de Dong Son dans la province de Thanh Hóa, a donné son nom à une culture de la seconde moitié du dernier millénaire Les sépultures de la culture Dong Son contiennent un riche mobilier : tambours en bronze, situles, poignards à manche de forme humaine ou animale, haches, hallebardes, crachoirs à paan (bétel à mâcher), sceaux, bijoux. La culture de Dong Son s’éteint avec l’invasion chinoise.
Au Centre du pays, sur la côte du Viêt Nam central, dans la province de Quảng Ngãi, se développe vers 800 la culture de Sa Huỳnh. Son aire s'étend du Binh Tri Thiên à la vallée du Dông Nai. Cette culture incinère ses défunts et les inhume dans des jarres avec un riche mobilier. Contrairement aux Dong Son qui sont contemporains, ils travaillent le fer et non le bronze.
Vers le ou , des populations de langue austronésienne, les Cham, sans doute venus de l'île de Bornéo, s'installent sur le littoral du Viêt Nam central.
Au Sud du Viêt Nam, des fouilles entreprises sur le site d'Óc Eo au début des années 2000 permettent de mieux connaître une culture qui, au moins au , s'étendait sur le Viêt Nam, le Cambodge et la Thaïlande actuels, et entretenait des relations avec la Chine. L'influence indienne sur cette culture est manifeste, avec des statues de Bouddha et de Vishnou. Des bateaux étrangers venaient à Oc Eo échanger des marchandises.