La bataille de Châteaudun (aussi connue sous le nom de défense de Châteaudun) fut un fait marquant de la guerre franco-prussienne de 1870, et opposa une armée allemande à une armée française le . La bataille se déroule dans le contexte de la résistance face à l’ennemi après la défaite de l’Empire à Sedan deux mois plus tôt. Léon Gambetta, alors membre du gouvernement de défense nationale s’envole en ballon depuis Paris assiégée le dans le but de reformer l’armée française. Il atterrit le dans la ville de Tours et commence son travail d’organisation des armées qui vont secourir Paris. C’est dans ce contexte que l’armée de la Loire est créée sous la direction du général de La Motte-Rouge, puis sous celle du général d'Aurelle de Paladines. Son objectif principal est de briser le siège de Paris. C’est cette armée qui va s’opposer principalement à l’armée bavaroise du général von der Tann.
Prémices de la bataille de Châteaudun Mouvements de l'armée prussienne La présence de l’armée prussienne en Eure-et-Loir est attestée pour la première fois le avec l’apparition d’éclaireurs dans les communes d’Oinville-Saint-Liphard et de Poinville. En provenance de Rambouillet, les Prussiens s’établissent le lendemain dans les alentours de Toury. C’est le prince Albert en personne qui commande la division qui envahit le nord de l’Eure et Loir. Des combats contre des francs-tireurs ont lieu à Trancrainville le , à Toury le et à Santilly le . Des renforts prussiens dirigés par le général von Wittich sous le commandement du général bavarois von der Tann appuient la division du prince Albert. Les armées prussiennes opèrent alors un mouvement de glissement et descendent vers la ville d’Orléans en passant par les localités de Terminiers, Poupry et Dambron. Le des témoignages font écho d’un combat entre des francs-tireurs et une unité du corps de Schleswig-Holstein dans la localité d’Ablis, qui mit hors de combat une cinquantaine de Prussiens et conduisit à la capture d'environ 80 d'entre-eux contre une perte de seulement cinq francs-tireurs. Le la ville d’Orléans est prise par les armées prussiennes. Ces dernières ont désormais comme nouvel objectif la prise de Chartres. Le des combats éclatent autour de Varize, le village sera incendié par les armées prussiennes en représailles le lendemain ainsi que celui de Civry. Le , les armées prussiennes sont en face de Châteaudun.
Mouvements de l'armée française Le colonel Ernest de Lipowski, à la tête du bataillon de Francs-Tireurs de Paris, prend position dans la commune de Châteaudun le . Dans la nuit du 2 au , les francs-tireurs reprennent un avant-poste prussien à Saint-Péravy-la-Colombe. Le , c’est Voves que les soldats de Lipowski libèrent de l’ennemi. Le , c’est l’unité du colonel Lipowski qui est responsable du coup de main d’Ablis. Le colonel rapporte qu’au matin du « La Beauce était libre d’Ablis à Étampes ». Après la chute d’Orléans les incursions des unités prussiennes se font de plus en plus nombreuses en Beauce et autour de Châteaudun. Des troupes arrivent en renfort sur la ville, deux escadrons du régiment de marche des hussards ainsi que des escadrons mobiles du Gers et du Loir-et-Cher. Des rapports d’observateurs locaux dans la nuit du 11 au font état du mouvement d’un corps d’au moins vers la commune de Châteaudun. Face à cette menace, le conseil municipal se réunit, avec les principaux commandants des unités présentes dans la ville, et constate que la défense du lieu est vaine. La ville est désarmée afin que les armes soient réutilisées par les forces républicaines. Toutes les compagnies battent en retraite dans les jours qui viennent vers des localités plus au sud ou plus à l’ouest. Le colonel de Lipowski s’installe à Courtalain. Le , la fronde populaire et la pression des gardes-nationaux dunois font changer d’avis le conseil municipal. Le colonel de Lipowski accepte de revenir à Châteaudun à la condition que la défense de la ville soit totale et que cette défense se fasse sous son commandement suprême. Le conseil municipal accepte et aussitôt les armes sont rendues. Les escadrons de hussards et de mobiles ne reviendront pas, les derniers soldats du Gers quitteront Châteaudun très tôt le matin du pour s’établir avec leur bataillon à Cloyes. La présence des Prussiens se fait de plus en plus ressentir. La fumée des incendies des combats de Varize et de Civry des 14 et est visible depuis les hauteurs de la ville. Le , le colonel de Lipowski reçoit un télégramme lui ordonnant de faire retraite sur Blois. Se refusant d’abandonner la ville aux Prussiens sans combats, Ernest de Lipowski fit traîner en longueur la retraite. D’autant plus que des combats autour de Tournoisis le faisaient ressentir la présence de l’ennemi. À , le , les premières unités prussiennes sont repérées dans les plaines jouxtant Châteaudun, c’est le début de la bataille.
La bataille Ordre de bataille C’est le colonel de Lipowski, commandant du bataillon de francs-tireurs de Paris, qui dirige les troupes et la place de Châteaudun le . Il dispose au matin du d’exactement se répartissant ainsi : du bataillon de francs-tireurs de Paris du bataillon de garde nationale de Châteaudun d’une compagnie de francs-tireurs de Nantes de Cannes de Vendôme du Loir-et-Cher
Les combats
Informé de ce coup de main, le général Ludwig von Wittich, à la tête de la de cavalerie et quelques autres unités, revient à Châteaudun le . La première tentative de prise de la ville échoue, car la ville est fortement défendue. Wittich prépare alors minutieusement la deuxième attaque en attaquant au soleil couchant, qui aveugle les défenseurs.
Les Prussiens atteignent les faubourgs et s'ensuit une longue et sanglante bataille de maison en maison contre les unités régulières et les corps francs. Le combat dure jusque tard dans la nuit, avant que les Français ne s'échappent.
Des francs-tireurs ayant été faits prisonniers, les troupes de Wittich exercent des représailles disproportionnées à l'encontre de la population civile (viols, exécutions, tueries, incendies…)cité par François Roth in La Guerre de 1870. Moltke couvrira son subordonné.
thumb|A. Grasse, Portrait de Marie-Julienne Jarrethout (1894). Récit de J.B. Bernot, ancien principal du Collège de Châteaudun, officier de l’Instruction publique, qui a vécu ces événements :
La ville de Châteaudun a été décorée de la Légion d’honneur, qui figure dans ses armes.
Le , les Prussiens prirent Chartres sans combat.
Bilan Le comte Ernest de Lipowski adressa un rapport au ministre de la guerre, M. de Freycinet, dans lequel il expose les faits de la journée du .
Deux cent soixante trois maisons devinrent la proie de flammes et ont été atteints aussi des édifices publics : L’Hôtel de Ville, la Sous-Préfecture et l’Hôtel Dieu sur lequel flottait le drapeau blanc et qui fut traversé par un obus qui éclata dans la salle des malades, l’église de la Madeleine, le collège, la gendarmerie, la fontaine monumentale de la place, le clocher de St Valérien et la gare du chemin de fer.
Après la bataille
Les Prussiens partent le . Le , le quartier le plus riche et le plus commerçant de cette petite ville, naguère si propre et si coquet est presque anéanti. La mort a remplacé la vie. Mais les journaux d’Europe, notamment The Times, célèbrent cette bataille comme le plus beau fait d’armes de la campagne. Le , le Petit Journal publie en première page une dépêche datant de la veille de Léon Gambetta adressée à Jules Favre rapportant les combats autour de la défense de la ville. Le même jour, le Petit Journal publie également un décret du du Gouvernement de la Défense Nationale, établi à Tours, décrétant que la ville de Châteaudun a . Un crédit de est ouvert par le ministère de l'Intérieur pour reconstruire la ville. Le , le duc de Broglie, alors président du Conseil et ministre de la Justice informe par courrier le maire de Châteaudun, M. Cartier, de l'imminence d'un décret autorisant Châteaudun à "faire figurer sur ses armoiries la Légion d'Honneur". Le Président de la République, le maréchal Mac-Mahon, accorde par décret la Légion d'Honneur à la ville de Chateaudun le même .
Notes et références
Catégorie:Histoire de Châteaudun Catégorie:Bataille de la guerre franco-allemande de 1870 Catégorie:Bataille de 1870 Catégorie:Histoire d'Eure-et-Loir Catégorie:Octobre 1870