Jean Fouquet, né vers 1420, peut-être à Tours (France), et mort entre 1478 et 1481, probablement dans la même ville, est considéré comme l'un des plus grands peintres de la première Renaissance et le rénovateur de la peinture française du .

Formé dans la tradition française du gothique international, il développa un nouveau style en intégrant les fortes tonalités chromatiques du gothique avec la perspective et les volumes italiens du Quattrocento, ainsi que les innovations naturalistes des primitifs flamands. Ses chefs-d'œuvre sont le Diptyque de Melun et les miniatures des Heures d'Étienne Chevalier.

Reconnue de son temps, l'œuvre de Jean Fouquet tomba dans l'oubli jusqu'à sa réhabilitation au par les romantiques français et allemands, fascinés par l'art médiéval. Elle fut définitivement revalorisée par une exposition sur les primitifs français organisée par la Bibliothèque nationale de France en 1904, qui permit de réunir et faire connaître ses travaux épars.

Contexte historique et artistique

Durant le dernier tiers du , un nouveau style pictural s'étendit en Europe à partir de la cour papale d'Avignon. Simone Martini et d'autres artistes italiens et français diffusèrent le réalisme naturaliste des peintres de l'école siennoise et le raffinement des enluminures françaises. Ce style, que l'on désignera au cours du sous le nom générique de « gothique international », se développa essentiellement à Paris, Sienne, Cologne et en Bohême.

Paris, alors même que la France était plongée dans la guerre de Cent Ans, s'était converti en centre de l'enluminure européenne. Les frères de Limbourg, probablement les meilleurs miniaturistes de leur génération, travaillaient pour le duc de Berry (1340-1416), pour qui ils créèrent ce chef-d'œuvre que sont les Très Riches Heures. Le règne de Charles VI est une période d'effervescence générale pour les arts. Elle prend fin vers 1410.. L'occupation de Paris par les Anglais (1419-1436) et l'exil d'une partie de la cour de France à Bourges, à la suite du dauphin Charles, marque une pause dans l'activité artistique française. Devenu roi, Charles VII parviendra, grâce au sursaut provoqué par l'équipée de Jeanne d'Arc, à reprendre Paris et à chasser définitivement les Anglais de France (1453, à l'exception de Calais). Comme son père, Louis XI préfère le Val de Loire à Paris ; il meurt au château de Plessis-lèz-Tours en 1483.

En Flandres, Jan van Eyck, devenu actif vers 1422, figure majeure de l'histoire de l'art, fut par sa manière de représenter la réalité l'un des principaux novateurs de cette période.. Longtemps réputé l'inventeur de la peinture à l'huile, il fut plus certainement celui à qui elle dut son essor au cours du . L'emploi de l'huile comme liant permit d'obtenir des couleurs plus fluides qui, appliquées en couches successives presque transparentes, donnaient tous les dégradés de couleur et de luminosité, et rendait le détail des objets.. Au travers de méthodes empiriques, les Primitifs flamands tentèrent aussi de restituer la perspective. Ils l'obtinrent grâce à la « perspective aérienne », avec des dégradés de couleur vers des gris bleutés pour les objets lointains : ce système fut théorisé par Jean Pèlerin dit Le Viator, dans son ouvrage De artificiali perspectiva, qui fut pour la peinture flamande l'équivalent du Traité d'Alberti pour l'art italien.

En effet, la même période voyait s'épanouir dans la Péninsule le Quattrocento, la première Renaissance, cet art « à la mesure de l'homme » où la perspective donnait l'illusion d'une troisième dimension.. Les antécédents de ce nouveau langage se rencontraient dans sculptures de Ghiberti, della Quercia et Donatello. Ce fut à Florence, en 1427, dans le cadre de la Trinité que le peintre Masaccio, probablement en collaboration avec l'architecte Brunelleschi, résolut le problème de la perspective. Leon Battista Alberti, architecte et ami de Brunelleschi, théorisa ensuite cette solution dans son De pictura. Plus tard, à partir de 1430, Paolo Uccello, Andrea del Castagno, Piero della Francesca et Mantegna parachevèrent l'élaboration de cette nouvelle technique..

Biographie La documentation historique nous donne très peu d'information sur l'histoire du peintre. Moins d'une quinzaine de documents d'archives nous renseigne sur sa vie. Les historiens de l'art ont émis beaucoup d'hypothèses à ce sujet mais sans pouvoir les vérifier.

Origines et formation thumb|upright|Miniature de Saint François d'Assise dans des Heures à l'usage d'Angers (BNF, NAL3211), l'une des plus anciennes œuvres de Fouquet encore conservée. La date de naissance est totalement inconnue. Selon les biographes, son estimation varie entre 1415 et 1425 et cette naissance est traditionnellement située à Tours sans en avoir aucune preuve si ce n'est l'inscription très tardive de François Robertet dans le manuscrit des Antiquités judaïques. Un certain Jean Fouquet prêtre originaire de Tours, ayant fait un voyage à Rome et nommé curé de Bécon-les-Granits en Anjou est mentionné dans des documents datés de 1449. L'hypothèse a été émise qu'il pourrait s'agir du peintre mais d'autres éléments indiquent qu'il ne pouvait pas être clerc. Il pourrait s'agir par contre d'un membre de sa famille.

Cette absence de sources sur la jeunesse du peintre ne laisse que des conjectures sur le lieu de sa formation de peintre. La peinture tourangelle de cette époque est totalement inconnue. On a cherché des indices dans les ateliers parisiens de cette époque, alors le seul centre artistique d'importance à proximité. Mais le seul atelier majeur encore actif dans les années 1430, celui du Maître de Bedford et de son probable successeur le Maître de Dunois, est très éloigné dans son style de celui de Fouquet. Son style trouve quelques échos dans celui d'un autre maître parisien, le Maître de Boucicaut, mais celui-ci avait déjà cessé son activité à cette époque. L'historien de l'art allemand Eberhard König a émis l'hypothèse qu'il pourrait avoir été formé plutôt dans l'ouest de la France, dans l'entourage du Maître de Jouvenel dont l'activité est attestée à Angers. Le Maître de Boucicaut est justement connu pour avoir influencé plusieurs enlumineurs de l'ouest de la France, ce qui tend à confirmer une formation plutôt dans cette région Eberhard König, Französische Buchmalerei um 1450. Der Jouvenelmaler, der Maler des Genfer Boccaccio und die Anfänge Jean Fouquets, Mann, Berlin 1982, .. En fait, selon une autre historienne de l'art, Nicole Reynaud, l'activité de ce Maître de Jouvenel est trop tardive (années 1440-1450) pour avoir contribué à former le jeune Fouquet mais ils pourraient s'être connus et ils ont collaboré tous deux à un même manuscrit, un livre d'heures à l'usage d'Angers, daté vers 1450.

Le séjour en Italie

Le séjour de Jean Fouquet en Italie est attesté par un passage du Traité d'architecture écrit par Le Filarète vers 1465 : en faisant la liste des sur lesquels on ne peut plus compter, il signale Jan van Eyck, Rogier van der Weyden et Fouquet le français, dont il dit qu'il ne sait pas s'il est mort mais qu'il était très doué pour dessiner d'après nature. Il signale qu'il a peint un portrait (aujourd'hui perdu) du pape Eugène IV, qui était placé dans l'église de la Minerve à Rome. Cette indication permet de dater son séjour en Italie pendant le séjour de ce pape à Rome soit entre 1443 et 1447. D'autres témoignages plus tardifs confirment ce séjour à Rome, dont celui de Giorgio Vasari dans Le Vite. Ce portrait d'Eugène IV est connu de nos jours par une copie de Cristofano dell'Altissimo (Galerie des Offices, Florence) et une gravure datés du Fiorella Sricchia Santoro, « Jean Fouquet en Italie », dans Jean Fouquet, peintre et enlumineur du ; catalogue de l'exposition, .

À l'époque du portrait du pape, Fra Angelico réside au couvent dominicain voisin dont dépend l'église de la Minerve, appelé à Rome par le même pape Eugène IV en 1445, qui l'avait sans doute connu à Florence. Fouquet a donc probablement rencontré le maître florentin. Plusieurs historiens de l'art ont même suggéré que le peintre français pourrait avoir collaboré avec Fra Angelico dans la réalisation de ses fresques romaines. L'influence de ce dernier est nettement perceptible dans l'œuvre postérieure de Fouquet. Il est aussi vraisemblable qu'il alla à Florence, où il aurait vu le travail des grands novateurs toscans, ainsi qu'à Mantoue, où il aurait peint le Portrait du bouffon Gonella (même si cette attribution est encore discutée).

Un peintre tourangeau à la cour La date précise de son retour en France n'est pas connue. Les plus anciens documents qui font mention de lui datent de 1461. On fait alors appel à lui à Paris pour participer aux préparatifs des obsèques de Charles VII, mais aussi à Tours pour les préparatifs de l'entrée de Louis XI dans la ville qui n'aura finalement pas lieu. Des documents notariaux postérieurs indiquent que sa maison dans cette même ville, rue des Pucelles, a été louée dès 1448. Plusieurs autres documents prouvent sa participation à la vie municipale : son nom est inscrit dans une délibération du conseil municipal de 1469 et une astreinte au , c'est-à-dire la surveillance nocturne des remparts de la ville, en 1465. Il peint encore un dais pour l'entrée dans la ville du roi Alphonse V du Portugal en 1476. Il réalise par ailleurs des œuvres pour les élites de la ville : c'est le cas d'un tableau représentant l'Assomption, aujourd'hui disparu, pour Jean Bernard, archevêque de Tours, destiné à l'église de Candes en 1466.

Il répond aussi à des commandes d'aristocrates et de puissants du royaume. Des documents attestent de la réalisation de livres d'heures pour Marie d'Orléans en 1472, installée à Blois, mais aussi pour Philippe de Commynes en 1474. Il travaille aussi pour les financiers du roi. Il s'agit de panneaux comme le Diptyque de Melun, daté vers 1452-1458 peint pour Étienne Chevalier, trésorier de France ou le portrait de Guillaume Jouvenel des Ursins, chancelier royal (vers 1460-1465) ainsi que des manuscrits peints pour Laurent Girard, secrétaire du roi (le Boccace de Munich) et Antoine Raguier, trésorier des guerres (les Heures Raguier-Robertet).

À partir de 1459, il fut secondé dans son atelier d'enlumineur par un excellent collaborateur, nommé le Maître du Boccace de Munich, dont on suppose qu'il pourrait être un de ses fils, Louis ou François. Ceux-ci prennent sans doute progressivement une place prépondérante dans les manuscrits enluminés de l'artiste à partir de cette époque.

Un peintre du roi Il faut attendre 1475, vraisemblablement la mort de son prédécesseur Jacob de Litemont, pour que Fouquet soit signalé comme Louis XI, dans les archives royales, indiquant qu'il reçoit une rente de 50 livres tournois à ce titre. Son activité auprès des rois de France est pourtant plus ancienne. Le portrait de Charles VII remonte au moins aux années 1450-1455 et il participe aux travaux de peintures réalisés à l'occasion des funérailles de ce dernier en 1461. Pour son successeur, il peint en 1471 des tableaux d'armoiries à destination des chevaliers du nouvel ordre nouvellement créé, l'ordre de Saint-Michel. Il peint aussi une enluminure pour les statuts de cet ordre. En 1474, il est fait encore appel à lui avec le sculpteur Michel Colombe pour dessiner un modèle de tombeau pour le roi dans l'église Notre-Dame de Cléry, qui n'est finalement pas retenu.

La date de son décès n'est pas plus connue. Il est encore vivant en 1478 mais le dénombrement de son héritage intervient en . Il intervient probablement dans sa ville de résidence, Tours.

Technique et composition

Ses dessins étaient pensés avec soin : il connaissait les moyens techniques nécessaires pour capter l'attention du spectateur au travers d'une composition basée sur des cercles, le nombre d'or et des polygones réguliers..