John Major (), né le à Sutton (Surrey, aujourd'hui Grand Londres), est un homme d'État et homme d'affaires britannique, membre du Parti conservateur et Premier ministre du Royaume-Uni du au .
Secrétaire en chef du Trésor de 1987 à 1989, il devient pour trois mois secrétaire d'État aux Affaires étrangères avant d'être nommé chancelier de l'Échiquier par Margaret Thatcher, à qui il succède comme Premier ministre. À la surprise générale, il remporte deux ans plus tard les élections générales de 1992, mais avec une majorité affaiblie. Peu après, en , la dégradation de la conjoncture l'oblige à sortir la livre sterling du système monétaire européen.
Son mandat est marqué par d'importantes dissensions au sein de son parti, en particulier sur la politique européenne. Il se fait réélire en 1995 à la tête de sa formation, mais ne retrouve jamais l'autorité nécessaire pour gouverner sans difficultés. En 1997, il est largement défait par les travaillistes de Tony Blair et se retire quatre ans plus tard de la vie politique.
Situation personnelle Origines et famille John Major est appelé John Roy Major, mais seul le prénom « John » apparaît sur son certificat de naissance. Il utilise le prénom Roy jusqu'au début des années 1980.
Bien qu'il soit né dans le quartier riche de Sutton dans la banlieue de Londres, la famille de Major doit déménager vers le quartier plus pauvre de Brixton, après que son père a fait faillite. Il fréquente l' sans se faire remarquer et quitte l'école à en 1959 avec quelques attestations de niveau (O-level) en histoire, langue anglaise et littérature anglaise ; il a ensuite obtenu les mêmes attestations pour les mathématiques et l'économie, ayant suivi des cours par correspondance.
Le premier travail de Major est celui d'employé de bureau chez un courtier en assurances, en 1959, dont il démissionne ayant peu de goût pour ce travail. Il adhère aux à Brixton à la même époque..
Major a quand son père meurt en 1962, à l'âge de .
Le , il épouse Norma Johnson, avec laquelle il a ensuite deux enfants : James et Elizabeth.
Carrière professionnelle Major fait une demande pour être chauffeur de bus, mais est refusé en raison de sa grande taille. Après une période sans emploi, Major commence à travailler au en 1963. Il décide ensuite de suivre des cours par correspondance pour la maîtrise du métier de banquier. Ceci lui permet d’obtenir un poste de responsabilité à la Standard Chartered Bank (en ), au sein de laquelle il gravit rapidement les échelons. Il est notamment envoyé travailler à Jos au Nigeria en 1967 où il manque de peu de mourir dans un accident de voiture..
Il ne quitte la Standard Chartered Bank qu'en 1979, après son élection au Parlement, mais reste ensuite membre de l'Association des banquiers.
Parcours politique
Débuts John Major montre un intérêt pour la politique dès son plus jeune âge, faisant des discours juché sur un carton sur le marché de Brixton. En 1964, à l'âge de , il se présente à l'élection du conseil de Lambeth, un borough de Londres, mais n'est élu qu'en 1968, contre toute attente, lors d'un basculement en faveur des conservateurs. Il siège au conseil en tant que vice-président du comité au logement et est responsable de la construction de plusieurs résidences municipales. En 1971, Major se présente dans un autre quartier londonien où la victoire semble plus facile pour le Parti conservateur, mais il est battu.
Il se présente au Parlement à St. Pancras North, dans le borough londonien de Camden, aux deux élections générales de 1974, mais ne peut s'imposer à ce poste traditionnellement occupé par les travaillistes. En , il obtient l'investiture du parti conservateur dans le Huntingdonshire et se trouve facilement élu au Parlement aux élections générales de 1979. En 1983, Major devient membre du Parlement pour Huntingdon grâce à un changement dans le tracé des circonscriptions. Il y est réélu en 1987, 1992 et 1997. Il ne se représente pas aux élections générales de 2001.
Il devient secrétaire particulier au Parlement en 1981 et assistant whip à partir de 1983. Il est nommé sous-secrétaire d'État à la Sécurité sociale en 1985 et devient ministre pour la même fonction en 1986. Il entre au cabinet ministériel en tant que secrétaire en chef au Trésor en 1987, puis est nommé secrétaire aux Affaires étrangères en 1989. Il ne reste que trois mois à ce poste avant de devenir chancelier de l'Échiquier après la démission de Nigel Lawson en . Major présente son unique budget au . Il le présente comme « budget pour l’économie » et annonce le TESSA (Tax Exempt Special Saving Account) pour inciter les foyers britanniques à placer leur argent en banque après les fortes chutes enregistrées au cours des années précédentes.
En , Michael Heseltine, un conservateur mécontent de la politique de Margaret Thatcher, demande à ce qu'un nouveau dirigeant du parti conservateur soit élu. Lorsque Thatcher se retire de l'élection au second tour, John Major et Douglas Hurd s'y présentent. Bien qu’il lui manque deux voix pour atteindre les nécessaires à la victoire lors du second tour, les résultats de Major sont suffisants pour forcer ses rivaux à lui faire des concessions et il devient Premier ministre le .
Premier ministre
Major est le Premier ministre du Royaume-Uni pendant la guerre du Golfe. Pendant ses premières années à Downing Street, l’économie mondiale qui s’était bien portée au cours des subit une récession. Alors que tout le monde s’attendait à ce qu’il perde les élections de 1992 face à Neil Kinnock, Major fait sa campagne dans la rue, déclamant de nombreux discours sur une tribune comme il le faisait dans sa jeunesse. Cette touche populiste, contrastant avec la campagne lisse des travaillistes, toucha l’électorat et offre à Major un deuxième et inattendu mandat, avec une majorité très affaiblie au Parlement. Cette situation devient vite insurmontable, surtout après que le Royaume-Uni est forcé de se retirer du Système monétaire européen, le mercredi Noir (le ), seulement cinq mois après les élections. Il affirme avoir chanté dans sa douche le jour de la sortie du SME.
Cependant le parti conservateur s’effondre, victime de luttes internes. Major essaie de régler cette crise par une approche modérée, mais il se trouve confronté à la droite du parti et au Cabinet ministériel.
Politique européenne Sa politique concernant l’Union européenne dresse l’opposition contre le gouvernement qui essaie alors de ratifier le traité de Maastricht. Bien que le Parti des travaillistes soutienne le traité, ils sont prêts à faire des choix tactiques dans le seul but d’affaiblir le gouvernement. Les travaillistes déposent un amendement demandant un vote sur le chapitre social du traité. Plusieurs députés conservateurs votent contre le gouvernement et le vote est perdu. Major contre-attaque en demandant un second vote le lendemain () qu’il déclare vote de confiance (c'est-à-dire qu’il démissionne s’il perd). Il gagne par , mais son autorité a été atteinte.
Plus tard le même jour, Major accorde un entretien à Michael Brunson pour ITN. Lors d’un moment d’inattention et alors qu’il pense que les micros sont éteints, Brunson demande à Major pourquoi il n’a pas limogé les ministres qui ont conspiré contre lui. Il répond « Nous ne voulons pas de trois bâtards de plus dehors. Quelle était la maxime de Lyndon Johnson déjà ?... ». Major explique plus tard qu’il a utilisé le chiffre trois par hasard, mais de nombreux journalistes identifient immédiatement les trois ministres comme étant Peter Lilley, Michael Portillo et Michael Howard, trois eurosceptiques importants. Un enregistrement de la conversation est récupéré par The Daily Mirror et distribué par le journal, incommodant Major au passage.
Irlande du Nord
À la suite de l'assassinat de l’avocat irlandais Pat Finucane par des paramilitaires loyalistes agissant de concert avec le service de renseignements britannique, il fit pression en 1992 sur le procureur, l'obligeant à accepter de conclure avec l'assassin, Brian Nelson, un plaider-coupable lui permettant d’être libéré au bout de quatre ans et de ne pas être confronté à un contre-interrogatoire lors de son procès.
John Major donne en une vigueur nouvelle aux discussions secrètes menées avec l'IRA depuis plusieurs années. Une note confidentielle transmise à ce moment-là au Sinn Féin, après une vague d'attentats, témoigne de dispositions à la négociation : « Tous les protagonistes de ce conflit ont la responsabilité d'y mettre fin. Personne n'a le monopole de la souffrance. Un processus d'apaisement est nécessaire ». (Matthew Carr, La Mécanique infernale). Le , John Major et Albert Reynolds, le Premier ministre irlandais, publient la Downing Street Declaration, ce qui entraîne l'année d'après un premier cessez-le-feu de l'IRA.
L'accord du Vendredi saint est signé bien après que John Major a quitté Downing Street, par son successeur Tony Blair. Mais John Major a contribué à ouvrir la voie à la paix en Irlande du Nord, après des dizaines d'années de violences féroces. Son rôle exact dans le tournant d'un conflit qui semblait inextricable reste à préciser, et peut-être à mettre en valeur.
Politique étrangère Il entretient de bons rapports avec les monarchies du Golfe, félicitant même le sultan d'Oman, Qabus ibn Saïd, pour l'adoption en 1996 d'une loi destinée à renforcer ses pouvoirs.
Fin de mandat
À la conférence du parti conservateur de 1993, Major commence sa campagne « Retour aux sources ». Celle-ci doit répondre entre autres aux problèmes dans les domaines de l’économie, de l’éducation ou de la police. Cependant, elle est interprétée par certains (parmi lesquels des membres du cabinet conservateur) comme une campagne moralisatrice. Cette campagne a des effets désastreux pour le parti conservateur et le cabinet.
En 1995, John Major démissionne de la tête du parti conservateur afin d’organiser de nouvelles élections et de rassembler les conservateurs autour de lui. John Redwood, le secrétaire d’État du Pays de Galles se présente contre lui. Major gagne avec contre Redwood ( et ), ce qui est suffisant pour s’imposer au premier tour, mais seulement trois voix de plus que l’objectif qu’il s’est lui-même fixé.
Sa réélection à la tête du parti ne suffit pas à restaurer son autorité. En , les conservateurs perdent la majorité à la Chambre des communes. Major réussit à tenir malgré tout, mais doit organiser de nouvelles élections pour le Parlement en alors que son mandat arrive à terme.
Retraite La défaite de Major aux élections générales de 1997 face à Tony Blair ne surprend presque personne, mais l’ampleur de cette défaite n’était pas prévisible. Major démissionne de la tête du parti conservateur après cet échec. Par la suite, et contrairement à Margaret Thatcher, il garde un profil bas et reste un peu à l’écart de la politique, donnant simplement quelques conseils de temps en temps. Il se livre aussi au cricket, sa passion, en tant que président du Surrey County Cricket Club.
John Major est un membre du comité consultatif européen du Carlyle Group à partir de 1998 et est en outre nommé directeur de Carlyle Europe en .
Major ne se présente pas aux élections générales de 2001 et refuse la place, à vie, à la Chambre des lords offerte habituellement aux anciens Premiers ministres.
Cette retraite tranquille n'est dérangée que par la révélation en d’une relation extra-conjugale antérieure avec une autre membre du Parlement, Edwina Currie, pendant quatre ans.
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