Reinhard Heydrich est un allemand, responsable nazi de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité, né le à Halle (Saxe) et mort le à Prague (protectorat de Bohême-Moravie) après un attentat. Au moment de sa mort, il est à la fois le directeur du Reichssicherheitshauptamt (RSHA) et le « vice-gouverneur » du Reich en Bohême-Moravie.

Adjoint direct de Heinrich Himmler dès 1933, il joue un rôle majeur dans l'organisation de l'appareil répressif nazi et lors de l'élimination de la Sturmabteilung (SA) en tant que force politique, principalement lors de la nuit des Longs Couteaux à .

Son rôle est également déterminant dans l'organisation de la Shoah par la planification et le contrôle entre 1939 et 1942 de l'activité des Einsatzgruppen, dont la mission essentielle dans l'Est de l'Europe est l'extermination des Juifs par fusillade (« Shoah par balles »), et lors de la conférence de Wannsee, chargée de la logistique des centres d'extermination, et qu'il préside le .

Ayant choisi d'être peu protégé malgré son rang, il tombe dans une embuscade le 27 mai 1942 organisée par la résistance tchécoslovaque et le Special Operations Executive britannique. Il n'est que légèrement atteint par l'explosion d'une bombe artisanale, se remet peu à peu, mais meurt une semaine plus tard, son état s'étant soudain dégradé à cause d'une surinfection de ses blessures. Sa disparition prive le régime hitlérien d'un dirigeant efficace ; il était en effet depuis 1931 un maillon essentiel de la terreur nazie.

1904-1931 : avant l'entrée au parti nazi vignette|redresse=1.3|alt=Photographie en couleurs de la place du marché de Halle|Halle : la place du marché avec la Marktkirche et la Tour rouge. Reinhard Heydrich a une sœur aînée, Maria (1901-1988), et un frère cadet, Heinz (1905-1944).

Son père, , est un excellent musicien, issu du conservatoire royal de Dresde en 1882 avec la plus haute distinction ; il est ensuite un chanteur d'opéra relativement connu, notamment à l'opéra de Weimar, puis à ceux de Cologne et de Brunswick. Compositeur d'une certaine notoriété, il devient enfin le directeur du conservatoire de musique de Halle où la mère de Heydrich, Elizabeth Krantz (1871-1946)Elisabeth Anna Maria Amalia Krantz (1871-1946), sur le site geneagraphie.com, consulté le ., enseigne le piano et est inspectrice de l'école d'institutrices.

Ses parents lui donnent les prénoms Reinhard, Tristan et Eugen en référence, pour le prénom de Reinhard au nom du héros de l'opéra Amen composé par son père, pour Tristan à l'opéra Tristan et Isolde de Richard Wagner, le prénom Eugen étant un hommage au grand-père maternel, , professeur de musique et conseiller aulique de Dresde. De ce milieu familial baigné par la musique naîtra une passion pour le violon qu'il pratique toute sa vie.

Conformément aux souhaits de sa mère, Reinhard Heydrich est baptisé selon le rite catholique, alors que son père est un protestant non pratiquant. À l'instar de la majorité des personnes de sa génération issues de la moyenne bourgeoisie, il est élevé de manière stricte et rigoriste, dans une ambiance nationaliste où la fidélité absolue au Kaiser est la règle. Il devient en grandissant un adversaire résolu de l'Église catholique, sans pour autant adhérer au néo-paganisme cher à Himmler. Soupçonné d'être Juif, son père est la cible d'injures racistes. Le jeune Reinhard est bouleversé, son obsession pour la pureté de la race trouvant probablement son origine dans ce traumatisme..

Dans son curriculum vitæ rédigé en 1903, Bruno Heydrich fait preuve d'une recherche des honneurs et de la reconnaissance que l'on retrouve chez son fils. Outre sa volonté d'être reconnu en tant que pilote de chasse, Reinhard Heydrich collectionne des titres fort éloignés de ses fonctions en tant que chef du RSHA, comme celui de directeur de l'Office de l'escrime et d'inspecteur de Himmler pour la gymnastique ; en 1940, il tente, sans succès, de prendre la présidence de la Fédération internationale d'escrime.

La fin de la Première Guerre mondiale par la capitulation de l'Allemagne le , outre le fait qu'elle appauvrit les Heydrich comme des millions d'autres Allemands, donne naissance à la « légende du coup de poignard dans le dos », selon laquelle communistes et Juifs auraient trahi une armée invaincue.

La famille Heydrich est convaincue de la véracité de cette théorie, matrice de l'engagement des futurs nazis et de nombreux groupes ou groupuscules ultranationalistes.

Engagement précoce vignette|redresse=1.0|gauche|alt=Photographie en noir et blanc d'une plaque commémorant l'échec du putsch de Kapp|Plaque en souvenir de l'échec du putsch de Kapp à la gare de Wetter. Avec l'effondrement de l'Empire allemand, l'Allemagne est secouée par plusieurs insurrections de gauche, comme celle menée par les Spartakistes, lesquelles sont férocement réprimées, souvent à la demande du ministère de la Défense, le social-démocrate Gustav Noske, par les (corps francs). Halle est également frappée par ces troubles.

Au début de l'année 1919, un conseil d'ouvriers et de soldats, s'inspirant du modèle des Soviets, prend le pouvoir à Halle. Il est défait par le Corps franc Maercker. Après la fin des combats, dont une partie s'était déroulée à proximité du conservatoire, Heydrich s'enrôle comme estafette dans le Halle.

Cet engagement précoce se confirme en 1920. Le putsch de Kapp, tentative réactionnaire de rétablir la monarchie, est mis en échec à la suite d'une grève générale organisée par les forces de gauche. L'état d'urgence proclamé à Halle par les opposants à Kapp est réprimé dans le sang, par les troupes gouvernementales pourtant plutôt proches du putschiste, faisant plusieurs centaines de victimes. Durant cet épisode, Reinhard Heydrich s'engage à nouveau, cette fois comme membre du service technique de secours.

Son engagement aux côtés des forces ultranationalistes a parfois été minimisé par sa famille, mais il ne fait aucun doute. Il a été glorifié par d'autres alors qu'en fait Heydrich n'a exercé que des fonctions tout à fait insignifiantes — en 1919 après la fin des combats, et en 1920 sans y participer.

Cet engagement est à la fois précoce et constant : en 1918, Heydrich adhère à une association de jeunesse nationaliste, le ; il la quitte, puis s'affilie en 1920 au . Cette organisation, dont le slogan est (« Nous sommes les maîtres du monde ! »), a pour but d'alerter le peuple allemand sur la menace que représenterait . En 1921, il fonde avec un ami la , organisation avec laquelle il reste en contact lorsqu'il rejoint la Reichsmarine.

Heydrich termine ses études en 1922, avec de bonnes notes. Durant cette période, il devient un sportif accompli qui pratique la natation, la course, la voile et l'escrime ; comme pour le violon, sa passion pour le sport persiste tout au long de sa vie. Il devient d'ailleurs un escrimeur de niveau international et continue à participer à des compétitions d'escrime une fois devenu le responsable de l'appareil répressif du Reich. En 1941, il est classé cinquième aux championnats d'Allemagne d'escrime. En de la même année, il remporte ses trois engagements contre les escrimeurs hongrois, alors que l'équipe allemande est battue par la Hongrie avec le score de cinq victoires contre onze. Ces victoires peuvent s'expliquer par sa position de puissant chef du régime répressif nazi (les trois escrimeurs hongrois l'auraient laissé gagner).

Brève carrière dans la Marine militaire vignette|redresse=1.2|alt=Photographie en noir et blanc de cuirassés de la Reichsmarine vers 1930|Cuirassés de la Reichsmarine . Le , il rejoint la Reichsmarine, sans doute influencé par le récit des campagnes du comte Felix von Luckner, ami de ses parents.

Au cours de sa carrière militaire, Heydrich se fait surtout remarquer par ses talents sportifs et musicaux et par ses liaisons féminines. En 1930, il n'est d'ailleurs classé que vingt-troisième lors de sa promotion comme enseigne de vaisseau. Après cette promotion, il est affecté aux services de renseignements de la Marine à Kiel.

Peu de faits marquants lors de ces années, si ce n'est la relation établie avec Wilhelm Canaris, futur amiral et futur chef de l'Abwehr, le service de contre-espionnage militaire. Les bonnes relations nouées entre les deux hommes n'empêcheront pas le SD et l'Abwehr, et leurs chefs respectifs, de mener une guerre féroce pour le contrôle des services d'espionnage. Ce conflit se terminera à l'avantage de la SS et du SD après la disgrâce et la démission de Canaris en .

La carrière de Heydrich dans la Marine est brutalement interrompue en 1931. Après l'annonce de ses fiançailles avec Lina von Osten, qu'il épouse quelque temps après, il est traîné devant un tribunal d'honneur présidé par le futur amiral Erich Raeder, à la suite de la plainte d'une jeune fille qui s'estime déjà fiancée avec Heydrich. L'identité de celle-ci et la nature exacte de sa relation avec Heydrich restent à ce jour inconnues.

En eux-mêmes, les faits étaient relativement mineurs et n'auraient pas dû avoir de conséquences sérieuses. Mais lors du procès, Heydrich se montra suffisant et méprisant, faisant preuve de mauvaise foi et d'arrogance : le verdict déboucha sur son renvoi de la marine pour indignité, rendu public le .

Cette hypothèse est mise en doute par Peter Padfield, qui ne cautionne pas la justification tardive avancée par Heydrich, selon laquelle il aurait été exclu de la Marine en raison de ses sympathies nazies. Pour Padfield, il s'agirait d'une mise en scène de Canaris destinée à faciliter l'entrée de Heydrich dans les services de renseignements du parti nazi.

En , Heydrich se retrouve donc sans emploi ni perspective de carrière.

1931-1939 : au service du parti La rumeur des origines juives La carrière de Heydrich à la SS et au RSHA est émaillée de rumeurs sur ses origines juives. Ne reposant sur aucun fondement sérieux, elles sont diffusées à plusieurs reprises par ses rivaux du régime nazi.

À l'origine de la rumeur, il y a le fait que la grand-mère paternelle de Heydrich, Ernestine Lindner, a épousé en secondes noces, soit après la mort de son premier mari Carl Heydrich, un serrurier, Gustav Süss, dont le patronyme était autant porté par des Juifs que des non-Juifs. Tout en serait resté là si, dans le dictionnaire de la musique écrit par Hugo Riemann, l'auteur n'avait pas fait suivre le nom de son père Bruno Heydrich du patronyme Süss, pensant ainsi dévoiler sa supposée origine juive, encouragé en cela par un visage d'intellectuel romantique et artiste qui, selon Riemann, donnait au père de Heydrich

Le , une commission d'évaluation de l'origine raciale, dont les recherches sont effectuées à la demande de Heydrich, affirme qu'.

Malgré ses bases particulièrement fragiles, cette rumeur constituait certainement une source d'inquiétude pour Heydrich et peut-être un moyen de pression que Himmler pouvait employer contre lui. Il doit d'ailleurs, jusqu'en 1940, plaider devant la justice pour diverses , même s'il ressort à chaque fois blanchi. Les doutes qui l'assaillaient, plus que le mépris de certains dignitaires nazis au courant, lui causaient une grande souffrance. Paradoxalement, ils renforcèrent sa détermination et son engagement pour le nazisme, l'amenant par ailleurs à se constituer des fichiers sur tous les pontes du régime, notamment sur ceux dont des rumeurs en rapport avec les Juifs existaient (en particulier la d'Hitler, d'Himmler et la vie privée de Goebbels ou celle de Rosenberg).

Création du Sicherheitsdienst (SD)

vignette|redresse=1.0|alt=Photographie en noir et blanc du symbole du SD cousu sur la partie inférieure de la manche gauche de l'uniforme. Les lettres SD, en blanc, sont apposée sur un losange noir|Symbole du SD cousu sur la partie inférieure de la manche gauche des uniformes de ses membres. vignette|Organisation de la SS.