L'arboretum de Balaine est un parc botanique et floral privé de , situé sur la commune de Villeneuve-sur-Allier (Allier). Il associe l’architecture des jardins à l’anglaise du XIX aux collections d’essences exotiques. Créé en 1804 par Aglaé Adanson, fille du botaniste Michel Adanson, il est le plus ancien arboretum privé de France, (lire en ligne, consulté le 18 septembre 2015). et est toujours resté dans la même famille. Classé jardin remarquable et monument historiqueClassé Monument historique par arrêté du . ., le parc abrite et variétés de plantes depuis 200 ans.
Description
thumb|Le parc en automne. thumb|Au bord de l'eau, les pneumatophores des cyprès chauves. thumb|Château typiquement Bourbonnais en briques bichromes.
Installé sur un sol argilo-siliceux, très pauvre, il est à l’origine une terre de genêts à balais, d’où son nom de « Balaine ». Il fut créé et aménagé par Aglaé Adanson, fille du grand botaniste Michel Adanson et passionnée de botanique. Elle compta en 1827 parmi les fondateurs de la Société d’horticulture de Paris (la future SNHF). Elle ne conserva que la partie la plus riche du domaine hérité de son père et se lança dans l’acclimatation d’espèces exotiques, à l’instar de Joséphine de Beauharnais, sa contemporaine, dans son domaine de la Malmaison à Rueil.
Le parc, qui est resté la propriété de la même famille depuis sept générations, a été classé monument historique en 1933. Il est ouvert au public de mars à novembre inclus.
Parmi les arbres remarquables du parc se trouvent un séquoia géant (Sequoiadendron giganteum) de , planté par Anacharsis, le deuxième fils d’Aglaé, en 1856, un séquoïa toujours vert (Sequoiadendron sempervirens) qui le dépasse de quelques mètres, un cyprès chauve originaire de Louisiane de planté en 1822, un tupelo (Nyssa sylvatica) de Le parc possède toutes les espèces du genre Nyssa et a obtenu le label de « collection nationale » pour ce genre auprès du CCVS (Conservatoire des collections végétales spécialisées).
Outre les arbres, le parc présente aussi de nombreux arbustes, des plantes grimpantes, des rosiers, des plantes vivaces, ainsi qu’un jardin potager. Au total le parc regroupe plus de .
Histoire Aglaé Adanson
vignette|Aglaé Adanson
Sa vie est connue en partie par les travaux d’A.Chevalier, qui datent de 1946 et ont été repris par tous les auteurs. Cependant, grâce aux documents communiqués par l’actuelle propriétaire, Louise Courteix-Adanson, par le MNHN et la SNHF, sa biographie a pu être révisée.
La famille Adanson (ou Andanson) est originaire d’Auvergne, de Saint-Pierre-Roche-Villejacques près d’Orcival où naît le grand-père d’Aglaé, Léger Adanson (1684-1749). Parti rejoindre la colonie auvergnate d'Aix-en-Provence où il devient écuyer de Monseigneur G. de Vintimille du Luc, il y fonde un foyer sous le nom d’Adanson, donnant une origine écossaise au patronyme de la famille, rappelant les jacobites présents en Provence au , mythe inculqué à ses descendants. Le père d’Aglaé, Michel Adanson, membre de l’Académie Royale des Sciences et de l’Institut, né à Aix-en-Provence en 1727, a été le premier explorateur du Sénégal de 1749 à 1754, où il préconise la culture des plantes indigènes, puis assiste Bernard de Jussieu à Trianon de 1756 à 1772. Il est surtout l’auteur de l’histoire naturelle du Sénégal, Coquillages (1757) et familles des plantes (1763), ou il considère que tous les caractères des êtres vivants doivent être pris en considération, sans être subordonnés les uns aux autres comme préconisé aujourd’hui en phylogénie.
Michel Adanson publie dans plusieurs revues, dont les Mémoires de l’Académie royale des sciences, et dans les suppléments à l’Encyclopédie de Diderot (1776). Il fait des études inédites en astronomie, mathématique, météorologie en relation avec la phénologie des plantes de son jardin, physique et philosophie…lit Duhamel du Monceau, Duchêne, Olivier de Serres… et fait de nombreuses cultures expérimentales sur les melons, les fraises, les blés (bleds), les mûriers (mais détruits pendant la Révolution). Dans Familles des Plantes, il précise qu’il est indispensable de tenir compte des variations météorologiques et climatiques, de la nature des sols, du choix des variétés des espèces cultivées, de leur mode de propagation… Excellent enseignant, il a aidé le jeune botaniste A.-L. de Jussieu (1773). Mais il était homme , et A.-L. de Jussieu sera son principal détracteur.
Une mère très présente
La mère d’Aglaé a reçu une solide éducation, surtout en anglais, lorsque M. Adanson décide de l’épouser en 1770 ; Jeanne Bénard a 16 ou 17 ans selon la tradition au , et lui 42. Très jeune, Adanson aime évoluer dans les salons où elle rencontre de nombreuses personnalités et demande à vivre sur la rive droite de la Seine. Cependant son mari plus âgé et peu fortuné, est absorbé par ses recherches et , comme il le déclarera lors de son divorce (1785). Malgré tout, une profonde affection est toujours restée entre eux, et toute sa vie, Adanson porte le nom de son mari ; le couple est toujours en accord pour l’éducation de leur fille. Dès leur séparation en 1784, Adanson vit avec sa fille dans l’hôtel particulier d’Antoine Robert Nazaire Girard de Busson, célibataire, riche propriétaire à Paris et à Tresnay en Bourbonnais, ayant des intérêts dans la Manufacture des Glaces. Portant beaucoup d’estime à Adanson et aimant la petite Aglaé comme sa fille, il les héberge, les aide et les conseille toute sa vie.
Une enfant précoce
Aglaé est née le à Paris. Jusqu’à 7 ans, elle vit au sien familial dans un milieu studieux. Enfant précoce, elle sait lire à 5 ans et écrire à 7. Son bonheur d’accompagner son père dans son jardin, lors des herborisations, surtout à Saint-Maur ou au Jardin du Roi, où elle est présentée entre autres au jardinier Thouin. Elle garde un souvenir très ému de cette période heureuse de sa vie, assombrie par la sévérité extrême de sa mère. Mise au couvent à 7 ans, elle entre trois ans plus tard au Couvent des Dames du Clavaire, réservé aux jeunes filles destinées à mener une vie brillante de salons, où l’enseignement des auteurs classiques de la philosophie et des arts (dessin, peinture, musique, chant, danse) est privilégié.
Elle y restera jusqu'à son mariage et donc, à partir de 7 ans, n’a plus . Mais sa forte personnalité et sa nature combative se sont développées.
Aglaé revoit son père tous les mois, avec un immense bonheur et de l’admiration.
De début jusqu’au cours du premier semestre 1792, elle fait un séjour à Londres (quartier de Chelsea) pour y apprendre la langue. Plus tard la même année (an I), âgée de 17 ans, elle est mariée à Joseph Eugénie Louis Margot de l’Espinasse, officier conventionnel. Pour cette occasion, Girard de Busson l’a dotée des revenus de son domaine de Tresnay à partager avec ses père et mère, et elle pourra disposer des terres comme si elle en était propriétaire. Cependant M. l’Espinasse se révèle être un homme peu recommandable et quelques mois après le 5 brumaire an III, le divorce sera prononcé à Mantes. Quelques années après, dans un courrier mélodramatique, il essayera de lui extorquer une assez grosse somme d’argent pour fuir à l’étranger.
Une période orageuse
De l’an III à l’an V, Aglaé Adanson lit Voltaire, Montaigne et J.J Rousseau, l’Émile surtout, ainsi que les philosophes Anacharsis, Platon, Plutarque, Sénèque… Durant toute la période révolutionnaire, surtout la Terreur, elle est inquiétée : « j’ai eu le courage héroïque ; j’ai bravé plusieurs fois la mort… ». Mais pendant le Directoire, elle mène la vie parisienne, profitant des réceptions, et fait la connaissance de Jean Baptiste Doumet. Royaliste, sous-lieutenant du régiment des Dragons, il démissionnera en 1796, pendant la période impériale, et deviendra négociant à Sète. Elle l’épouse le 17 frimaire an V (1795) à Paris . Le mariage est fait sous le régime de la séparation de biens, J.-B. Doumet étant peu fortuné, Aglaé lui accorde une rente viagère de livres. De ce mariage, naissent deux fils, Émile en l’an V et Anacharsis en l’an IX.
Cependant dès l’an VII, une certaine désunion apparaît dans le couple. Cette même année 1798, Girard de Busson fait l'acquisition du domaine de Balaine qu’il met au nom d’Aglaé, en tenant compte de son contrat de mariage. Le château avait été reconstruit en 1782, sur un bâtiment ruiné du par Évezard, architecte à Moulins, qui en a conservé les bases, la tour nord et les douves.
Durant les ans VII à IX, la famille y séjourne parfois. Mais en 1799, Aglaé, constatant certains écarts de conduite de son mari, demande le divorce qui lui est accordé le floréal an X, « pour cause d’incompatibilité d’humeur et de caractère », selon les termes employés dans le code civil du , lorsqu’une femme n’a rien à se reprocher. Selon la législation, elle a la garde de ses enfants jusqu’à 7 ans, le père étant libre de les reprendre ensuite. Elle conserve son nom de Doumet jusqu’en 1808, puis reprend son nom d’Adanson. Son mari demande parfois à reprendre la vie commune, mais elle refuse. En 1804, un accord est trouvé pour l’éducation des enfants pris en charge par les deux parents. Grâce à l’intervention de la mère d’Aglaé, les petits-enfants de M. Adanson, membre de la Légion d’honneur (10 déc.1803) et reçu par le Premier Consul, sont admis au Collège impérial où ils font de brillantes études.
Vie et difficultés à Balaine
Depuis son divorce, Aglaé vit le plus souvent à Balaine et séjourne plus rarement à Paris. Elle écrit régulièrement à ses parents dont elle a des nouvelles, par l’intermédiaire de Girard de Busson pour sa mère, et, jusqu’à son départ pour l’ambassade de France en Orient, par son cousin Charles pour son père chez qui il vit.
En 1804, définitivement installée à Balaine, Aglaé décide d’aménager un parc derrière le château. Le futur arboretum prend ainsi naissance. Il a la forme d’un long couloir. Qu’importe, il faudra échanger des terrains pour l’élargir. Anacharsis, aidé de sa mère, s’en chargera après 1840.
Évidemment, à ses débuts, elle connaît des difficultés, surtout avec la gestion de ses terres, au moment où son père décède, le , isolé de tous et oublié des scientifiques.
Sa mère héritera de tout ce que M. Adanson n’aura pas légué à ses fidèles serviteurs : ses collections, sa bibliothèque, ses notes inédites… En 1806, elle confiera le manuscrit de la seconde édition des Familles naturelles des Plantes à A. du Petit-Thouars du Muséum pour la publication, mais rien ne sera fait.
À Balaine, le château nécessite d’importants travaux de restauration et Aglaé vit dans une ferme voisine. En 1811, ses proches découvrent que, tant en ce lieu qu’à Paris, elle cohabite depuis plusieurs années avec Pierre Hubert Descotils, architecte. Elle en a même un enfant, Anthénor Hubert, né le à Yzeure et reconnu par son père qui, seul ayant droit sur l’enfant selon les lois du , l’élève à Vire.
Le , le fidèle ami de toujours Girard de Busson décède à Paris, après avoir désigné Adanson et Aglaé comme ses légataires universels. Lorsque sa mère s’éteint à son tour le , son neveu Alexandre Adanson, hébergé chez elle, hérite du cabinet et des collections de son oncle ; il se chargera de l’édition de deux des ouvrages restés inédits (1845, 1847) et de la réalisation d’une statuaire pour Aix-en-Provence et Paris. Par ailleurs, Aglaé a pu disposer de l’ouvrage Familles des plantes de son père, que A. L. de Jussieu a fait tomber en désuétude.
Une période très productive
Dès 1798, Aglaé crée un potager avec une bonne production d’asperges, qu’elle adore, et un verger pour avoir des fruits toute l’année. Elle lit beaucoup d’ouvrages sur l’agronomie, les flores, l’élevage des animaux…Mais malgré ses connaissances, elle fait de dures expériences, affrontant les rigueurs du climat : on est au petit âge glaciaire des climatologues ! En 1811, elle perd ses fruits et légumes par le gel et la neige tardive.