La famille de Carteret est une puissante famille du Cotentin et des îles Anglo-Normandes issue de Guy de Carteret (–v. 1000), seigneur de Carteret et de Saint-Ouen sur l'île de Jersey.
La famille se distingue particulièrement au moment du rattachement de la Normandie à la France par le roi Philippe Auguste en 1204.
La famille Carteret cumulera ensuite les charges de gouverneur, bailli, lieutenant-général, procureur et juré-justicier de Jersey et de Guernesey.
Toujours membre de la noblesse au Royaume-Uni, plusieurs branches de la famille sont subsistantes.
Historique
Origines
Une famille d'abord normande sous l'influence du roi de France La terre de Saint-Ouen, en l'île de Jersey, fut concédée au sire de Carteret, qui porte le nom de sa principale terre., par Guillaume Longue-Épée, jarl des Normands de 932 à 942.
Son fils ou petit-fils, Guy de Carteret dit l'Oiseleur (-1004), était en 1002 co-seigneur de la baronnie de Carteret avec le roi de France, , qui régna de 996 à 1031. Il laissa deux fils, Guillaume, mort sans postérité, et Godefroy, qui hérita. Ce dernier resté fidèle au duc Guillaume de Normandie aurait participé à la bataille de Val-ès-Dunes (1047). Il laissa trois fils, Mauger, Roger et Onfroy, qui auraient participé à la conquête de 1066. Le Roman de Rou pourtant ne cite que : . Onfroy, seigneur de Carteret, de Saint-Ouen et du fort de Sciotot (aux Pieux). Son fils de Carteret prit la succession.
Une famille anglo-normande Renaud de Carteret (1130), chevalier, participa à la première croisade en 1096 avec ses voisins Roger du Rozel, descendant de Bertran, seigneur de Barneville, et à la prise de Jérusalem en 1099. Il donna en 1125 l'église de Carteret avec ses dîmes, à l'abbaye du Mont-Saint-Michel. Renaud de son mariage avec Lucie laissa trois fils, Philippe, Geoffroy et Onfroy. C'est qui hérita des terres. En 1129, il fit construire à ses frais et en accomplissement d'un vœu, l'église de Torteval en l'île de Jersey, et en 1135, il restitua au Mont-Saint-Michel les biens donnés par son père en 1125 dont il s'était emparé. En 1156, il donne au Mont-Saint-Michel l'église Saint-Ouen de Jersey ainsi que la chapelle Sainte-Marie et une petite habitation dans laquelle fut établi un prieuré et mourut peu après. Lui succède son fils, , cité plusieurs fois dans des chartes sur l'île de Jersey, résidence principale des Carteret. Il donna à l'église de Saint-Hélier et à ses chanoines une acre de terre, une demi-acre et une demi vergée dans la vallée de la Mare en l'île de Jersey. Puis vint Philippe, qui eut en descendance et Richard. Vers 1180, ce Philippe de Carteret devait, selon le Livre Rouge de l'Échiquier, le service d'un chevalier au duc-roi .
Le , , fils de Philippe, fut chargé, par le roi d'Angleterre et duc de Normandie Jean sans Terre, de lever une aide sur les habitants de Jersey et Guernesey pour l'entretien des armées destinées à défendre les îles contre un éventuel débarquement du roi de France. Le même Jean sans Terre, après la perte de la Normandie, en 1205, le chargea, avec Pierre de Préaux (1212) ancien gouverneur de Rouen, d'organiser la défense des îles. resté fidèle au roi d'Angleterre auquel il rendit hommage pour sa terre de Saint-Ouen, vit sa terre de Carteret confisquée (per eschaetam) par le roi de France vers 1210. Il eut un fils, , sieur de Saint-Ouen, co-gouverneur des îles, qui eut de Carteret.
Une famille franco-anglaise Vers 1270, (1309) recouvrit la terre de Carteret. devait au roi de France le service d'un tiers de chevalier. En 1272, et son frère Roger figuraient au nombre des nobles du bailliage de Coutances qui furent cités pour le service de l'arrière-ban suivant le rolle qui est conservé à la Chambre des comptes de Paris. Ensuite, pour la branche normande, suit son fils, (1327), qui fut cité à comparaître en , au pleds tenus à Rauville.
Guerre de Cent Ans : le choix définitif du parti anglais Son fils unique et héritier, était au début de la guerre de Cent Ans seigneur de Carteret et de Saint-Ouen, gouverneur des châteaux de l'île au nom du roi d'Angleterre, et qui prit part aux actions de Geoffroy d'Harcourt, en faveur des Anglais. C'est ainsi que le , par un acte donné au prieuré du Pré, près de Rouen, Jean le Bon donnait à « maître Yves Simon », clerc du roi et de lui-même, en échange des 6 sols parisis qu'il prenait en la chambre aux deniers de son hôtel, les héritages de Regnaut de Carteret, chevalier, sis à Carteret confisqué pour forfaiture, et estimé valoir et tournois de rente. Les Carteret deviennent définitivement anglais en s'établissant sur l'île de Jersey.
Continuité
Trois grandes branches sont issues des seigneurs de Saint-Ouen : la branche de Vinchelès, dont est issu Philippe de Carteret, du New-Jersey ; la branche de La Trinité, dont est issu Philip Carteret, officier et navigateur britannique et Édouard de Carteret, bailli de Jersey ; la branche de Mélechès, ou des Barons, dont sont issus, George de Carteret, John Carteret, Robert de Carteret et Philip Carteret.
Généalogie simplifiée
Ascendance des branches
Arbre généalogique
Titres et charges transmissibles
Seigneurs de Saint-Ouen
(1055, Carteret - 1106, Saint-Ouen, Jersey), fils d'Onfroy, est chevalier, seigneur de Carteret et de Saint-Ouen. Il participe à la première croisade (1096-1105). Il est connu pour avoir fait des dons à l'abbaye de Saint-Sauveur et l'abbaye du Mont-Saint-Michel. ( – après 1214), prend le parti de Jean sans Terre et soutient le siège de Rouen en , mais en vain. Il est alors nommé co-gouverneur des îles Anglo-Normandes avec Pierre de Préaux, ancien capitaine de Rouen et seigneur des îles de la Manche qui donnera en franche-aumône aux moines cisterciens de Val-Richer les îles des Minquiers et des Écréhou. Pour cause de forfaiture, le roi Philippe Auguste retire à Renaud ses terres dans le Cotentin, parmi lesquelles se trouve la seigneurie de Carteret. Il participa à la bataille de Bouvines en 1214. (1180-1279, manoir de Saint-Ouen (Jersey)), fils de , chevalier et seigneur de Saint-Ouen, il accompagne en campagne militaire en Bretagne. Il est nommé gardien des îles anglo-normandes en raison des services rendus. De par son mariage avec Margaret d'Aubigné, fille de Ralph, baron d'Aubigné, il aura de Carteret. de Carteret se marie avec Marguerite et auront un fils , chevalier, seigneur de Saint-Ouen, Mélechès. Pour avoir servi le roi de France, , il est rétabli comme seigneur de Carteret. (1288 ou 1316), fils de de Carteret et petit-fils de , défendit l'île de Jersey des attaques françaises. (1338), fils de perd de nouveau les seigneuries normandes en 1329. Il s'ensuit une forte résistance des îles Anglo-normandes aux invasions françaises durant la guerre de Cent Ans, fut, en 1374, le défenseur du château de Mont-Orgueil contre Bertrand du Guesclin, connétable de France.
Seigneurs de Sercq
Hellier de Carteret (1563–1578) de Sercq, gendre du bailli de Jersey, Hélier de Carteret. , de Sercq (1552–1594). , de Sercq (1584-1643). , de Sercq (1620-1675). , de Sercq (1650–1693). Charles Carteret (1679-1715), de Sercq. John Carteret (1690-1763), de Sercq.
Baillis de Jersey
Baillis de Guernesey
Héraldique
Armes de la famille
La famille de Carteret portait initialement . Après l'extinction de la branche aînée de Sercq, en 1715, la branche cadette de Mélèches (ou des Barons) hérita de ces armes pleines.
Suivant plutôt la tradition anglaise où les règles héraldiques sont d'usage plus strictes, la famille a brisé de nombreuses manières ces armes.
Par exemple, l'héritier présomptif du chef de famille semble avoir systématiquement ajouté un .. C'est d'ailleurs ce blason qu'arbora Renaud Ier lors de la Première croisade, aux côtés de Robert Courteheuse, du vivant de son père, Onfroy .. De même, les différentes branches fondées à partir du ont le plus souvent porté des brisures ou des armes composées.
Figure BlasonnementCertaines branches sont manquantes. alt=Blason du la branche de Guernesey|110x110px|Blason du Vexin français Branche de GuerneseyÉcartelé : en 1 et 4, de gueules à quatre fusées d'argent, accolées et rangées en fasce, qui est de Carteret ; en 2 et 3, d'azur à neuf billettes d'or, 3, 3, 2 et 1, de Saint-Martin .. alt=Blason de la branche de Mélèches (avant 1715)|110x110px|Blason du Vexin français Branche de Mélèches (avant 1715)Écartelé : en 1 et 4, de gueules à quatre fusées d'argent, accolées et rangées en fasce, de Carteret ; en 2 et 3, de gueules à trois claricordes d'or, de Granville.
Armes personnelles
En Angleterre, les armoiries cherchent également à légitimer l'héritage de fiefs, c'est donc tout naturellement que les blasons puissent varier à chaque génération. C'est pourquoi bon nombre de membres ont porté des armes personnelles, dont :
Reprises par d'autres familles Inversement, plusieurs familles ont repris par héritage tout ou partie des armes des Carteret, à l'instar d'une branche des Malet de Graville ou des Thynne.
Reprises par des communes La commune de Carteret (Normandie), fondée à la Révolution, puis celle de Barneville-Carteret, fondée en 1964, ont porté dans leur blason les armes originelles de la famille.
Hommages
Monuments et controverses À l'occasion du anniversaire de la fondation du New Jersey en tant que proprietary colony, une statue en pierre à l'effigie de Sir George de Carteret a été installée en 2014 à Saint-Pierre, sur l'île de Jersey. L'œuvre de la sculptrice parisienne Laury Dizengremel a néanmoins été recouverte en 2020 à deux reprises de peinture (blanche la première fois, et rouge à la seconde), traduisant une volonté locale de décommémoration et de décolonisation de l'espace public en conséquence de la mort de George Floyd et du mouvement Black Lives Matter. Par son poste au sein de la Royal African Company, il est en effet de nos jours accusé d'avoir profité du système du commerce triangulaire et de l'esclavagisme. Si la statue n'a pas été détruite ni déplacée, une pétition citoyenne cherche son retrait de l'espace public ; de son côté, l'artiste promeut l'idée que son œuvre a aussi sa place au sein d'un musée.
Toponymes Tirant son nom du fief originel de Carteret, adjacent au cap de Carteret et au phare de Carteret, et aujourd'hui intégré à la commune de Barneville-Carteret, dans l'actuel département de la Manche (Normandie), la famille a donné son nom à plusieurs lieux, à savoir :
la localité de Carteret, sur la côte nord-ouest de Guernesey ; le borough de Carteret, dans le New Jersey (), proche de Staten Island ; la municipalité de Cape Carteret, dans le comté de Carteret, en Caroline du Nord () ; les îles Carteret (ou atoll Carteret), situées dans l'océan Pacifique (). On trouve également de nombreux odonymes en hommage direct à des membres de la famille, comme :
George Carteret Way, sur la municipalité du Lac-du-Bonnet, dans la province du Manitoba (), Carteret Drive, à Fort McMurray, dans la province d'Alberta (), trois différents Carteret Parks, dans les localités de Carteret, d'Elizabeth et de Glen Ridge, toutes en New Jersey (), Carteret Avenue, dont : en New Jersey : à Carteret, Jersey City, Mount Olive, Seaside Heights, Union, Trenton et Westville ; Carteret Street, notamment : dans le quartier de Westminster à Londres (), sur l'île de Staten Island à New York (), en Caroline du Nord : à Bath, en Caroline du Sud : à Beaufort et à Columbia, en New Jersey : dans le quartier de Port Reading à Woodbridge Township, à West Milford, ainsi qu'à West Orange ; Carteret Road : en Caroline du Nord : à Havelock et à Wildwood, en New Jersey : à Hopatcong et à Livingston, en Floride : à Georgetown Cove, en Maryland : à Potomac, en Virginie : à Rockwood.
Notes et références Notes
Références
Voir aussi Bibliographie . . . . .
Liens externes George S. Syvret, Chroniques, des îles de Jersey, Guernesey, Auregny, et Serk, Imprimerie Mauger, Guernesey, 1832