Jean-Pierre Falret, né le et mort le à Marcilhac-sur-Célé, dans le Lot, est un psychiatre français, membre de l'Académie de médecine et fondateur de l'Œuvre Falret. Il vécut à Paris et exerça notamment à l’Hôpital de la Salpêtrière. Par son approche clinique, il identifie les symptômes et le fonctionnement des troubles bipolaires qu’il nomme « folie circulaire ». Il fut également un des pionniers dans le champ du médico-social avec la création de structures pour l’accompagnement des personnes en dehors du milieu hospitalier.
Biographie
Jean-Pierre Falret fait ses humanités à Cahors. Il commence ses études de médecine à l'âge de 17 ans, d'abord à Montpellier puis à Paris et obtient son diplôme de docteur en médecine en 1819.. Il travaille particulièrement sur les pathologies mentales.
En 1812, il est externe à l’hôpital des Enfants-Malades à Paris. À la suite du remplacement d’un de ses compatriotes, il intègre le service de Philippe Pinel (1745-1826). Il rencontre Jean-Étienne Esquirol (1772-1840) qui va devenir son maître. En , il soutient sa thèse intitulée : Observations et propositions médico-chirurgicales.
Avec le docteur Félix Voisin, il fonde en 1822 la maison de Vanves près de Paris (1822-1932).
En 1822, il publie son traité De l’hypocondrie et du suicide.. En 1828 et 1829, il reçoit deux médailles d’or décernées par l’Académie des sciences pour des travaux statistiques sur le suicide et les morts subites à partir de documents de la préfecture de police. En 1829, il est d’abord admis comme membre adjoint puis en 1829 comme membre titulaire à l’Académie de médecine. En 1830, il est fait chevalier de la Légion d’honneur. En 1864, il est élevé au grade d’officier.
C’est en 1821 que Jean-Pierre Falret est nommé médecin de la « section des idiots » à la Salpêtrière. En 1841, il sera responsable de la section des aliénées adultes à la Salpêtrière.
Il visite des asiles d’Angleterre, d’Écosse et d’Irlande au cours de l’année 1835. En 1837, il est consulté au sujet du projet de loi sur les aliénés.
En 1841, le Jean-Pierre Falret fonde la 'Société de patronage pour les aliénées indigentes sorties guéries de l'hôpital de la Salpêtrière', devenue l'Œuvre Falret, qui accueille aujourd'hui plus de trois mille malades.
C'est en 1843, qu'est créé le patronage et asile de convalescents de la Salpêtrière et en 1856 l’Asile ouvroir. En 1845, il visite l'asile d'Illenau, à Achern, dans le grand-duché de Bade, dont il détaille le plan dans son dernier ouvrage : l’ensemble de ses mémoires rassemblées et publiées en 1864 sous le titre Des maladies mentales et des asiles d’aliénés.
Un médecin aliéniste et un humaniste Durant trente-six ans, de 1831 à 1867, Jean-Pierre Falret occupe un poste de médecin aliéniste à l'hospice de la Salpêtrière. Il est très apprécié des malades qui « avaient toutes pour lui de l’affection et du respect. Même dans leurs plus grands écarts, il parvenait à les dominer par le geste, par le regard ou par quelques paroles énergiques, dont la sévérité était toujours tempérée par la bienveillance. » Il est aussi estimé par ses élèves notamment pour sa pédagogie :
« Le Falret a su, qualité rare entre toutes, faire des élèves instruits à son école, mais indépendants, dont pas un n’a suivi servilement sa trace […] Tous les élèves qui ont passé par le service du Falret à la Salpêtrière, ont conservé le souvenir vivace des conseils donnés par le maître et de sa bonté toute paternelle. »
Si l’on retient surtout de lui ses travaux cliniques, Jean-Pierre Falret reconnaît lui-même son évolution scientifique en ayant un regard critique sur ses premières approches de l’aliénation. En effet, à la suite de ses maîtres, comme Esquirol, il commence sa carrière en accordant une grande importance aux lésions anatomiques pour expliquer les causes des troubles mentaux. Pendant cette période, il fera une étude statistique approfondie du suicide. Il sera notamment cité par Émile Durkheim, fondateur de la sociologie française, dans son ouvrage paru quelques décennies plus tard en 1897 : Le suicide.. Considérant cette approche décevante, il se tourne vers la psychologie, attiré par les maîtres de l’école écossaise. Il entreprendra même un voyage en 1835 pour visiter les asiles d’Angleterre et d’Irlande qui inspireront des améliorations dans les lieux où il pratique. Il préfère finalement se consacrer désormais à une médecine clinique. C’est elle qui lui fera réfuter la théorie de la monomanie (à l’inverse d’Esquirol) qu’il formule ainsi « nous n’admettons jamais l’unité de délire dans l’aliénation mentale ».
Le clinicien vignette|Jean-Pierre Falret. Il entreprend de faire un enseignement clinique de cette branche nouvelle de la médecine qu’on n’appelait pas encore psychiatrie, enseignement qui connaît un vif succès, puisqu’à l’époque, il n’y avait pas à la Faculté de Paris de chaire correspondante (elle ne sera créée qu’en 1875, à Sainte-Anne).
On peut citer parmi ses élèves Claude Bernard (1813-1878) et Paul Gachet, surtout connu par les portraits que fit de lui Vincent van Gogh (1853-1890) quand ce médecin-peintre amateur le reçut à Auvers-sur-Oise.
Il est le fondateur de la pratique de la présentation du malade.
Jean-Pierre Falret a été l’un des plus éminents psychiatres et chercheurs du milieu du . Ses découvertes et son humanisme ont fait évoluer la condition des personnes touchées par les troubles mentaux et ouvert la voie de la psychiatrie moderne.
Surtout connu pour ses travaux cliniques et l’utilisation de « tableaux cliniques » aujourd’hui utilisés par tous, Jean-Pierre Falret est célèbre pour ses découvertes en psychiatrie, notamment à propos de la description de ce qu’il a nommé la « folie circulaire ». Il a en effet en 1854, démontré que les accès de manie et de mélancolie, considérées jusque-là comme deux maladies différentes survenant chez le même individu ne sont en fait que deux phases dans l’évolution cyclique d’une seule et même maladie. Cette pathologie correspond à la folie maniaco-dépressive dans la classification des psychoses d'Emil Kraepelin publiée en 1899 dans la 6° édition de son traité de psychiatrie, et sera ensuite désignée sous le terme de psychose maniaco-dépressive. Le terme est remplacé par « troubles bipolaires » depuis la publication en 1986 de la 3° édition du Manuel Diagnostique et Statistique des troubles mentaux (DSM-III).
Avec son disciple Ernest-Charles Lasègue, il est l'un des premiers à étudier le phénomène de la folie à deux.
Il décrit aussi la maladie mentale comme « la forme la plus inhumaine de la maladie, celle qui défigure l’esprit ». Une vision qui étonne encore aujourd’hui par sa modernité. Avec lui, on passe de l’aliénation mentale aux maladies mentales. On « reconnaît » progressivement « tout l’humain dans les malades ».
L'humaniste visionnaire Profondément humaniste et animé par des convictions chrétiennes fortes, Jean-Pierre Falret se montre farouchement opposé à une pratique de la psychiatrie réduite à l’enfermement et la privation des droits. Il s’est battu pour lui opposer une conception profondément humaine, respectueuse des personnes et ouverte sur la société, comme le précise le Patrick Berche dans son ouvrage sur le cerveau de 2015Les Sortilèges du cerveau. L'histoire inédite de ce qui se passe dans nos têtes, Flammarion, 2015, 448 p.. Ainsi, après avoir visité les asiles d'Angleterre et d'Écosse en 1835, dont il tira profit pour apporter des améliorations notamment pour la maison de Vanves, il prend une part active à la préparation de la loi du 30 juin 1838 visant à rétablir les droits civiques des malades mentaux pour en faire des citoyens à part entière.
Le Falret a la conviction que les « aliénés pouvaient guérir de leur maladie et que leur donner une place dans la société et un travail était un gage de leur salut ». Ainsi, il insiste pour une évolution des termes utilisés à l’égard des personnes atteintes de troubles mentaux. Loiseau écrit dans son éloge : « les mots d’imbécilité, de démence et de fureur qui figurent encore dans le code civil, ont été remplacés dans la loi de 1938 par le mot plus exact et plus général d’aliénation mentale ».
Il a un souci particulier des femmes et des enfants aliénés mentaux et surtout de leur devenir après leur sortie de l’asile comme en témoignent les propos de René Semelaigne, Les pionniers de la psychiatrie française avant et après Pinel, vol.1, René Semelaigne, Paris : J.-B. Baillières et fils, 1930 - . : « la période de convalescence mérite toute la sollicitude du médecin, et la condition des femmes est à ce point de vue moins favorable que celle des hommes. Sans asile, sans ouvrage, sans soutien aucun, elles tombent dans l’immoralité ou dans le désespoir qui les entraîne au suicide, ou provoque une rechute ».
Distinctions .
Historique des structures créées à son initiative ou à sa suite Conscient donc de la fragilité de ses patients et des risques de rechute, il fonde, en 1822, avec son collègue Félix Voisin une maison de Santé à Vanves. Par la suite en 1841, soucieux de la réinsertion des aliénés sortant de l’Asile, il sera à l’initiative de la Société de Patronage pour les Aliénés sortis guéris de l’Hôpital de la Salpêtrière avec l’abbé Jean-Joseph Christophe, aumônier de la Salpetrière, qui deviendra plus tard évêque de Soissons. Cette société de patronage deviendra par la suite l’Œuvre Falret.
Création d'une maison de santé
En 1821, il s'associe avec un autre médecin aliéniste, le docteur Félix Voisin, qui a obtenu son diplôme la même année que lui (1819).. Félix Voisin est lui aussi disciple de Philippe Pinel et Jean-Étienne Esquirol. Il a acquis l'année précédente, en 1820, une propriété située à Vanves au sud de Paris. En 1822, les deux médecins y fondent une maison de santé située au numéro 8 de la rue du Bois (de nos jours, rue Falret). Le domaine couvrait 40 hectares. Les bâtiments comprenaient un établissement central, une ferme, une chapelle et des pavillons indépendants à un seul étage.
À l'origine, il n'y avait que six pavillons, mais en 1898, il y en avait vingt-huit. L'autorisation d'ouverture est donnée par le préfet de police de Paris le , pour accueillir cinquante pensionnaires. Ce nombre sera porté à soixante cinq par décision modificative du après la construction de trois nouveaux bâtiments destinés aux pensionnaires féminins. La maison de santé acquiert une excellente renommée, et participe au développement de la commune. Félix Voisin est même élu maire de Vanves jusqu'en 1839. Le fils de Jean-Pierre Falret, Jules Falret, succède à son père comme directeur de l'établissement et de l'Œuvre Falret, jusqu'à son décès en 1902. L'établissement cesse son activité en 1927, et en 1933 le parc Frédéric-Pic fut vendu à la commune de Vanves. Autrefois désigné Parc Falret, il porte désormais le nom du maire de Vanves de l'époque, Frédéric Pic, mais la rue qui le longe se nomme rue Falret. Plusieurs bâtiments de l'établissement subsistent.
L'un d'entre eux est devenu un restaurant, Le Pavillon de la Tourelle..
Création d’un asile ouvroir vignette|upright=0.70|Études cliniques sur les maladies mentales et nerveuses, 1890.