vignette|293x293px|Caricature de Jésus Christ portant une croix gammée avec en légende la devise de l'Allemagne Gott Mit Uns (traduit de l'allemand Dieu avec nous) dans L'Ami du peuple du 7 août 1935.
L'Église catholique d'Allemagne durant la période nazie traite des relations entre l'Église catholique allemande et le gouvernement nazi depuis la période qui précède l'arrivée au pouvoir du Parti national-socialiste des travailleurs allemands en janvier 1933 jusqu'à la fin de la Seconde Guerre mondiale, en mai 1945.
Sous la république de Weimar Jusqu'en 1930, la hiérarchie épiscopale s'exprime peu sur le mouvement nazi en expansion. Peu à peu, la contagion des esprits par le néopaganisme nazi et les succès électoraux du NSDAP à partir de 1930 font apparaître l'urgence du danger aux yeux des catholiques.
Les évêques, par la voix de la Conférence épiscopale de Fulda, sont alors amenés à prendre officiellement position en déclarant qu'on ne peut être à la fois catholique et nazi (1931).
Les catholiques dans l'Allemagne de 1930 Dans le courant des années 1870, un conflit, le Kulturkampf, avait opposé les catholiques au chancelier Otto von Bismarck qui présentait les catholiques comme un corps étranger à la nation allemande. À partir de 1880, le conflit s'était apaisé, mais les catholiques allemands, minoritaires dans un pays à majorité protestante, en ont gardé une sorte de complexe d'infériorité qui les pousse à prouver sans cesse qu'ils sont de bons et loyaux patriotes allemands.
Dans l'Allemagne de l'après-guerre, vaincue et humiliée, les catholiques et en particulier les mouvements de jeunesse participent à la montée du nationalisme et se plaisent à rêver d'un Empire allemand (Reich) dans lequel les principes chrétiens occuperaient une place importante.
Les catholiques allemands et la montée du nazisme Aux prêtres engagés dans l'aventure hitlérienne, la hiérarchie conseille de se montrer prudents.
Interrogé par les journalistes catalans Eugenio Xammar et Josep Pla dans la journée du précédant le Putsch de la Brasserie, Adolf Hitler fait grief à Gustav von Kahr d'être trop timide dans le domaine des mesures anti-juives et attribue cette attitude au catholicisme de von Kahr, à la position du Vatican et à la « conspiration catholico-juive »Erik Tängerstad, recension de Eugenio Xammar, « El huevo de la serpiente: Crónicas desde Alemania (1922-1924) », Barcelona: Acantilado, 2005, A Contemporary Catalan View of Germany in the 1920s and 1930s, H-Net Reviews, mars 2007, consulté le 15 avril 2008.
La conférence épiscopale de Fulda Le , une déclaration signée des six évêques de la province de Cologne assimile les erreurs du national-socialisme à celles de l'Action française (voir aussi Antijudaïsme dans la période contemporaine). Les évêques de Cologne ne soulèvent pas la question des conséquences pour un catholique d'adhérer au NSDAP.
Les évêques allemands avaient l'habitude de se réunir régulièrement dans la petite ville de Fulda. La conférence de Fulda d'août 1931 n'adopte pas un amendement qui propose d'étendre au parti nazi une directive de 1921 qui interdisait au catholique l'adhésion à des organisations qui poursuivaient des objectifs hostiles au christianisme : socialisme, franc-maçonnerie ou tout autre mouvement. La conférence de Fulda d'août 1931 adopte le texte suivant qui prend position contre le nazisme et déclare : Lewy se réfère au Protokoll der Verhandlungen der Fuldaer Bischofsconferenz vom 3bis zum 5. August 1931, appendice 3, . Il ajoute qu'aucun procès-verbal n'indique comment vota chaque évêque.
Contre-propositions catholiques Parallèlement à la prise de position des évêques, les représentants de toutes les grandes organisations catholiques se réunissent sous les auspices du VKD pour discuter des moyens d'endiguer la marée brune.
Les résultats des délibérations, publiés en 1931 reflètent une sorte de surenchère au nationalisme : le souhait est émis de créer un vaste mouvement populaire qui appuierait la campagne menée pour libérer le pays des chaînes du traité de Versailles, qui placerait les valeurs éducatives et nationales au centre des activités éducatives, qui accorderait plus d'attention aux minorités allemandes d'Europe centrale. Il est également noté que le peuple allemand doit se libérer de son asservissement . Guenter Lewy note : Cette formule avait été originellement employée par Michael Buchberger, évêque de Ratisbonne, à propos du socialisme.
Le monde catholique allemand n'est pas uniforme, et il a existé en son sein des critiques totales du nazisme, mais la majorité des polémistes catholiques dirigent leurs coups contre le communisme. La plupart des critiques catholiques voient dans le nazisme un fond sain, celui du nationalisme et de l'antibolchevisme, perverti par des éléments antichrétiens. Ils regrettent qu'il ait pris le caractère d'une philosophie de la vie, d'une Weltanschauung au lieu de rester un mouvement patriotique. La menace contre la démocratie n'inquiète pas vraiment les prélats catholiques qui sont souvent restés hostiles à la République de Weimar. L'opposition du parti nazi aux écoles confessionnelles inquiète davantage l'Église que la menace dictatoriale.
Interdiction des prêtres bavarois de participer Les évêques bavarois, réunis à Freising le , interdisent aux prêtres de prendre part au mouvement nazi, interdisent la présence de formations national-socialistes en uniforme dans les offices et mettent en garde les fidèles contre le national-socialisme .
Prise du pouvoir par Hitler Entre 1928 et 1931, le Parti du centre catholique qui est la charnière des majorités parlementaires de la République de Weimar bascule du côté de son aile droite. Ludwig Kaas, un ecclésiastique, est élu à la tête du parti. Avec son aide, Heinrich Brüning devient chef du groupe parlementaire et sa nomination comme chancelier en 1930 signifie la dislocation de la grande coalition qui en réunissant avec le Parti du Centre les sociaux-démocrates et le parti du Peuple qui avait formé l'ossature de la République de Weimar. Brüning qui déclare être responsable devant la Nation davantage que devant le Parlement gouverne souvent par décret et conformément à la stratégie catholique, mène une politique étrangère nationaliste pour ne pas laisser ce terrain aux seuls nazis. Aux élections de , ces derniers obtiennent 37,4 % des voix. Le Parti du Centre et son allié bavarois en obtiennent 15 %, soit 13 millions de voix, ce qui n'est pas un mauvais score, mais on estime que 2 millions de catholiques ont quand même voté pour les nazis.
Personnellement, Hitler se moque du christianisme plus encore que Rosenberg. Il préférera encourager l'établissement d'une mythologie encore assez vague de la « germanité ». , déclare Hitler au financier Schacht selon Schacht lui-mêmeHjalmar Schacht, My first Seventy Years, Londres, 1955, .
Le concordat du 20 juillet 1933
Le pape Pie XI mène une politique très active de négociation et de signature de concordats ; dix-huit seront signés au cours de son pontificat. Il en négocie avec tous types de régimes : autoritaires, démocratiques, socialistes (comme l'URSS) ou fascistes (comme l'Italie), en parvenant souvent à un accordFrank J. Coppa, Politics and the Papacy in the Modern World, Praeger, juin 2008, , ..
Du concordat, Pie XII dira plus tard qu'il avait été signé « en dépit de nombreuses et graves considérations » afin d'« épargner à Nos fidèles fils et filles d'Allemagne, dans la mesure des possibilités humaines, les angoisses et les souffrances que dans l'autre hypothèse les circonstances du temps faisaient prévoir avec pleine certitude » et afin de ne pas refuser de « tendre la main pacifique et maternelle de l'Église à quiconque ne la repousse pas » (introduction de l'encyclique Mit brennender Sorge condamnant l'attitude du gouvernement nazi et son idéologie).
Autour du concordat s'articule ce que Guenter Lewy a appelé la « grande réconciliation » des catholiques et des nazis.
Une lettre envoyée par la conférence épiscopale tenue à Fulda émet bien une petite réserve en forme de souhait que l'État, prenant exemple sur l'Église « ne limiterait la liberté humaine que dans la mesure où l'exigerait le bien commun », mais finalement, les évêques se réjouissent des efforts des nouvelles autorités pour libérer le peuple allemand :
Ainsi, les évêques catholiques, pris en corps constitué, ne réagissent pas à l'instauration d'un régime à parti unique, ils parlent d'un renouveau moral au moment où se déchaîne la terreur brune. À cette époque, il est vrai, les églises protestantes, la plupart des intellectuels, et bien des gens à l'étranger ne montrent pas plus de flair politique.
Premières années du pouvoir nazi (1933-1938) Les motifs de conflits apparaissent dès l'année 1933 où la terreur à laquelle sont soumis tous les ennemis des nazis et opposants potentiels n'épargnent pas les prêtres, nombreux à être arrêtés. À Munich, pour stopper l'arrestation de prêtres, le délégué spécial SA exige à la fois la réhabilitation d'un prêtre suspendu pour avoir publié un article pro-nazi et la destitution du Emil Mulher, antinazi qui est à la tête de l'action catholique. Le cardinal Faulhaber cède sur les deux points Faulhaber p. n'avait pas le pouvoir de lever l'interdiction, mais il promet d'intervenir auprès du Vatican.
Au lendemain de cet accord surviennent les évènements du connus sous le nom de nuit des Longs Couteaux et qui ne sont pas seulement un règlement de comptes contre le chef des S.A. Ernst Röhm, chef des SA. Des personnalités catholiques sont assassinées : Erich Klausener, chef de l'Action Catholique de Berlin, Adalbert Probst, chef de l'organisation sportive catholique, Kuno Kamphausen, ancien membre du , E. J. Jung, avocat munichois qui œuvrait à la destitution du nouveau chancelier et voulait rétablir un Reich chrétien et fédéral, Fritz Gerlich, calviniste converti au catholicisme, dont le journal était en possession de documents compromettants pour les nazisLa Résistance allemande contre Hitler, 1933-1945, Barbara Koehn.
Tout au long des incessantes négociations entre l'Église allemande et le pouvoir, la position de l'Église peut se formuler ainsi :
En 1935, le théologien Erik Peterson, récemment converti au catholicisme, publie l'étude « Le monothéisme comme problème politique », dans laquelle il s'oppose à la théologie politique de Carl Schmitt, devenu à cette époque le principal porte-parole d'une sorte de nazisme théologiqueArnaldo Momigliano, « The Disadvantages of monotheism for a universal state » in « Ottavo Contributo alla Storia degli Studi Classici e del Mondo Antico », Ed. di Storia e Letteratura, 1987, .
Mit Brennender Sorge
300px|vignette|Texte de l'encyclique Mit brennender Sorge, publié le 17 mars 1937 par Ludwig Sebastian, évêque de Spire.
La croyance en un Dieu national, le rejet de l'Ancien Testament et l'établissement d'une église nationale sont désignés comme des erreurs, le Dieu chrétien ne peut pas être emprisonné . Le texte condamne essentiellement le néopaganisme, le mythe du "Sang et de la Race", le culte du chef et le déni de liberté religieuse. Écrire que les lois humaines contraires à la loi naturelle ne sont pas a évidemment été considéré comme une attaque contre le régime, mais le totalitarisme politique et social n'est pas explicitement condamné. Pacelli s'en expliquera plus tard avec le gouvernement allemand : De Pacelli à Bergen, 30 avril 1937, Documents on German Policy, série D, vol.I.
Pie XI souligne que . C'est qu'effectivement, la propagande anticatholique menée par les nazis obtient des résultats. Les défections, si elles ne sont pas catastrophiques sont quand même substantielles.