L'abbaye Saint-Guénolé de Landévennec est une abbaye située à Landévennec, commune de la presqu'île de Crozon en Cornouaille.
Elle est réputée avoir été fondée par saint Guénolé, moine qui aurait vécu à la fin du , ce qui en fait une des plus anciennes et plus importantes de Bretagne. L'historien Arthur de La Borderie la qualifie de « Cœur de la Bretagne ». Abandonnée en 1793 et en ruine dans les années 1810, elle est relevée par une nouvelle communauté monastique bénédictine en 1958, qui y construit de nouveaux bâtiments. Elle est affiliée à la congrégation de Subiaco Mont-Cassin.
Les vestiges de l'abbaye, à l'exclusion des bâtiments de commun, sont « classés » à l'inventaire des monuments historiques depuis le . Ces vestiges ainsi qu'un musée historique sont accessibles au public.
Étymologie Landévennec, qui s'écrit en breton moderne Landevenneg, signifie : le « monastère de (saint) Gwenole », en référence à son fondateur. Le premier élément du mot : Lan, procède de l'appellatif vieux-breton lann qui peut se traduire par :« monastère, lieu saint ». C'est le même sens qui s'est développé en celtique insulaire. Le mot vient du proto-celtique *landâ qui caractérise une étendue de terre à défricher. En français, l'usage a fait évoluer le vocable vers le mot lande..
Le second élément du mot, vient de Tevenneg, que l'on peut décomposer en te+gwenn+eg, dérivé du vieux-breton to+uuinn+oc. Il s'agit d'un hypocoristique ajoutant, suivant l'usage de l'époque, un diminutif à un adjectif. La racine du mot : (u)uinn /win/ ; « blanc & saint, pur », a donné en breton moderne gwenn, et qui se retrouve également à la base de l'anthroponyme vieux breton Uuinualoe /winwaloi/ qui a donné, en breton moderne, Gwenole. Tevenneg renvoie donc à Gwenole, enrichi d'un diminutif affectueux par hypocoristique.
Cet usage des dérivations hypocoristiques à partir des racines anthroponymiques a pu amener à certaines confusions. En effet, tous les patronymes construits sur (u)uinn/gwenn peuvent se dériver en (to+)uuin(n)+oc ou (to)winok, avec ou sans le suffixe to/te. Ainsi les formes Tevenneg, Gwenneg, Venneg, Vennec, Winoc, etc. peuvent référer à différents personnages tels que : saint Gwenole (Guénolé), saint Winoc de Bergues, voire saint Ven(n)ec, forme locale moderne de Gwezhenneg, ou encore en français, saint Guéthénoc (du v. br Uuethennoc), lui-même frère de saint Gwenole.
Localisation L'abbaye est située sur une presqu'île isolée entre le dernier méandre de l'Aulne maritime et la rade de Brest, où choisirent de s’installer quelques moines au tout début du haut Moyen Âge.
Gurdisten, abbé de Landévennec au est auteur d'une Vie de saint Guénolé, dans laquelle il écrit.. : Il est un lieu secret Au creux de la clairière Paradis qu'un rutilant soleil Éclaire à son lever Tout embaumé de parfum De mille fleurs printanières C'est là qu'avec ses compagnons Se fixa saint Guénolé.
Ancienne Abbaye thumb|Ruine de la nef, en 2010. vignette|droite|redresse=1|Les ruines de l'ancienne abbaye en 2013. L'histoire de l'abbaye a été étudiée au début du par les chanoines Jean-Marie Abgrall et Paul PeyronChanoines Abbé Jean-Marie Abgrall et Paul Peyron, [Notices sur les paroisses] Landévennec, Bulletin diocésain d'histoire et d'archéologie, Quimper, 1917, , 161-170, 193-203, 225-236, Lire en ligne..
Moyen Âge Disciple de saint Budoc de Dol qui s'était fixé avec des moines dans l'île Lavrec, près de l'île de Bréhat, (aujourd'hui département des Côtes-d'Armor), Guénolé vint s'établir avec onze compagnons dans le site de l'estuaire de l'Aulne (Finistère), d'abord dans l'île de Tibidy en 482 et, trois ans plus tard, à Landévennec. Il gagna l'amitié de Gradlon, premier prince de Cornouaille, contemporain de saint Corentin que l'on considère comme le premier évêque de Quimper.
La vie du saint légendaire Guénolé nous a été rapportée par ses deux hagiographies, rédigées au par l'abbé Gurdisten et le moine Clément dont le texte est repris par Gurdisten. Saint Guénolé prit une part considérable à l'évangélisation de la Cornouaille et l'abbaye de Landévennec devint la principale source des institutions monastiques en Bretagne.
Cette abbaye, créée si l'on en croit la tradition vers 485, suivait la règle des ScotsLe terme « Scot » désigne en fait l'Irlande dans le vocabulaire de l'époque., dans la tradition du christianisme celtique. Les moines irlandais, ou scots, étaient vêtus d'une tunique souvent de couleur blanche et d'une coule (vêtement à capuchon) en grosse étoffe de laine, munie d'un capuchon.
Des historiens ont attribué au roi Gradlon la fondation du monastère : dans un texte fort peu connu, Jean-Marie Bachelot de La Pylaie a retrouvé à Plomodiern, c'est-à-dire sur les bords de l'ancienne palud, le souvenir d'un usage caractéristique en vigueur à la veille de la Révolution : Henri Queffélec, Tempête sur la ville d'Ys, 1962, ..
Obéissance, pauvreté et chasteté étaient strictement pratiquées par les moines bretons. . Telles étaient les recommandations faites par Budoc, le maître de saint Guénolé. Selon la tradition, le successeur de saint Guénolé fut saint Gwenaël que l'abbé accueillit tout jeune au monastère. Le rayonnement de cette abbaye traversera les siècles.
Période carolingienne thumb|left|Les ruines de l'église abbatiale carolingienne, en 2012. thumb|Musée de l'ancienne abbaye de Landévennec : sarcophage en bois trouvé en 1985 sous le porche de l'ancienne église abbatiale. Les fouilles récentes, commencées en 1978, et effectuées notamment par Annie BardelVoir www.brest.maville.com., confirment la construction aux alentours de l' d'un petit oratoire rectangulaire, situé à quelques dizaines de mètres d'un établissement gallo-romain, et entouré de tombes, dont peut-être celle de saint Guénolé.. L'oratoire est reconstruit et agrandi vers 700, transformé en un premier monastère construit donc à l'époque mérovingienne.
En 818, venu soumettre Morvan, le chef des Bretons d'Armorique, l'empereur Louis le Pieux ou le Débonnaire, fils de Charlemagne, persuadé que son pouvoir venait de Dieu et désireux d'unifier les règles monastiques, demande à Matmonoc, l'abbé de Landévennec du moment, lors d'une entrevue à Priziac près de Gourin (Menez Du / Montagnes Noires), de renoncer à « ses usages scotiques » (la règle de saint Colomban) et d'adopter pour son monastère la règle de saint Benoît. Pour autant, cela n'abolit pas la spécificité bretonne comme en témoignent les enluminures des manuscrits du scriptorium. C'est à l'époque carolingienne, au donc, que l'abbaye connaît pendant environ un siècle son « âge d'or ».
L'abbaye est reconstruite, sans doute à la suite de l'édit de Louis le Pieux : l'église est raccordée à l'oratoire et les bâtiments se rassemblent classiquement autour d'un cloître formé d'une galerie couverte avec des piliers maçonnés à la chaux selon une méthode gallo-romaine donnant sur une grande cour ; les toits sont couverts de tuiles, le sol de la nef recouvert de mortier de chaux. Les reliques de saint Guénolé sont transférées de l'église antérieure et déposées dans un tombeau dressé dans le chœur. Les traces d'un puits et d'un bas fourneau (ayant probablement servi à couler la cloche du monastère) ont été retrouvés. L'abbaye est aussi à cette époque entourée d'un mur d'enceinte. Tout cela indique une puissance et une richesse certaine. Trois sarcophages en bois, situés dans un caveau sous le porche de l'église, ont aussi été trouvés lors de ces fouilles, l'un d'entre eux est exposé dans le musée de l'abbaye. Le milieu humide conservant bien les éléments organiques, les fouilles ont permis de retrouver aussi des graines, des fruits utilisés à l'époque (des noix, des prunes, des pêches) et de prouver que la vigne était cultivée du .
L'intégration au système carolingien vient de Nominoë fixant les sièges épiscopaux de Saint-Pol-de-Léon et de Quimper, les sièges de Tréguier et de Saint-Brieuc n'étant créés qu'au .
La destruction par les Vikings
thumb|Le jardin médiéval (jardin des simples) reconstitué, en 2012. thumb|Ruine de la nef, en 2006. Aux environs de l'an 860, Clément, un moine de l'abbaye mentionne dans son Hymne alphabétique une prière demandant à être épargné par les incursions païennes. En 884, un autre moine de la communauté, Gurmonoc se fait écho de ces craintes dans sa Vie de saint Paul Aurélien. Pourtant, l’abbaye demeure épargnée par les raids vikings qui affectent l'extrémité occidentale de la Bretagne entre 874 et 889 et il n'existe aucune trace archéologique d'une attaque antérieure à 913 où, selon un calendrier conservé à Copenhague : Les indices archéologiques d'une attaque de l'abbaye au début du confirment l'unique source écrite conservée. Il ne s'agit pas d'une destruction complète mais les fortifications, notamment le rempart côté mer, sont démolis et toutes les tombes du secteur oriental de l'abbaye font l'objet d'un pillage systématique. Les ossements sont regroupés à l'intérieur d'une chapelle funéraire et brûlés. Ce bûcher funéraire ne peut être le fait que des Vikings, l'incinération étant interdite depuis l'époque carolingienne. Il semble qu'il s'agisse là d'un rite païen alors en usage dans le monde scandinave, d'une pratique viking, qui aurait pour but de se faire pardonner la violation des sépultures en incinérant rituellement les restes et en les ré-enfouissant sous un tumulus.
Les moines fuient et, emportant les reliques, notamment celles de Saint Guénolé, et leurs manuscrits et, après être passés par Le Mans et Château-du-Loir, se réfugient à Montreuil près du comte Helgaud où ils créent en 926 une nouvelle abbaye, l'abbaye Saint-WalloyJacques Baudoin, Grand livre des saints: culte et iconographie en Occident, éditions Créer, 2006, [], (Lire en ligne). (nom attribué localement par déformation à saint Guénolé), sous l'invocation de saint Guénolé (dénommé aussi localement « saint Walois »)Annie Bardel, L'abbaye carolingienne de Landévennec, Chronique de Landévennec, , avril 1990..
Durant le règne scandinave, les échanges économiques, intellectuels et religieux s'effectuent par mer. La règle de saint Colomban fait son retour et c'est désormais dans la pierre que va s'opérer un syncrétisme culturel. De la Scandinavie à la Méditerranée, de Constantinople à la cité d'Alet, de Dublin à Brest, de Jaffa, Alexandrie, Oran, Cadix… à Nantes. La pensée Grecque contournant le monde Carolingien, amène scientifiques, architectes et médecins en Bretagne continentaleArchives byzantines détruites en 1204 ; archives d'Al-Andalus détruites en 1492..
Les chefs du comté de Cornouaille fuient également, par exemple le comte Mathuedoï de Poher et son fils Alain Barbetorte, le futur duc de Bretagne Alain II de Bretagne, avec un grand nombre de Bretons, en Grande-Bretagne ou chez les Francs. C'en est fini de la royauté bretonne. En attendant la renaissance de l'effort démographique au : le pouvoir se déplace vers la Haute-Bretagne, vers Rennes, puis Nantes. Le contact avec les Francs et l'apprentissage que les moines et chefs avaient fait de la langue romane durant l'exode, ont pour conséquence de réduire le breton à une langue d'échanges, une langue non-écrite. C'est aussi désormais à l'abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire, ou ailleurs, en France ou en Grande-Bretagne, qu'il faut se rendre pour vénérer les saints bretons. La dépossession des corps saints a privé la Bretagne des richesses que représentaient les pèlerinages aux reliques. Les abbayes bretonnes sont privées de leurs manuscrits, et les écoles monastiques bretonnes qui enseignaient les sciences profanes aux enfants et aux jeunes gens près des abbayes, leur apportant une culture intellectuelle très appréciable, ne seront plus jamais de grandes écoles. thumb|L'enfeu de Jehan du Vieux-Chastel, dernier abbé régulier de Landévennec, mort en 1522 (Musée de l'ancienne abbaye de Landévennec).