Heinz Guderian, né le à Culm, (province de Prusse-Occidentale) et mort le à Schwangau en Bavière, est un général (Generaloberst) de l'Armée de terre allemande de la Seconde Guerre mondiale. Surnommé « Heinz le Rapide » (Schneller Heinz), il est l'un des concepteurs de l'arme blindée allemande. Il a appliqué la doctrine de la guerre éclair , incluant l'utilisation intensive des chars d’assaut, lors des invasions de la France (1940) et de l'Union soviétique (1941).

Tombé en disgrâce auprès de Hitler après son échec lors de la bataille de Moscou à la fin 1941, il est rappelé comme inspecteur de l'arme blindée en 1943, puis comme chef de l'état-major général de l'armée de Terre de à .

Prisonnier de guerre des Américains de 1945 à 1948, il est libéré sans être inculpé de crimes de guerre. Après sa libération, il devient un des conseillers pour l’organisation des forces blindées de la future armée de l'Allemagne de l'Ouest, la Bundeswehr. Celle-ci voit le jour un an et demi après sa mort, le , pour être aussitôt intégrée à l‘Alliance atlantique, alors en guerre froide contre le bloc soviétique. L'image qu'il se donne à travers ses mémoires, niant tout rapport avec les exactions meurtrières du régime nazi, participe à la création du mythe d'une Wehrmacht aux mains propres durant la guerre.

Jeunesse Heinz Guderian est né le à Kulm, en polonais ChełmnoLa ville de Chełmno ne doit pas être confondue avec Chełmno nad Nerem, qui a donné son nom au camp d’extermination de Chelmno.. Il est issu d’une vieille famille prussienne. Son père est le général Friedrich Guderian (1858-1914). De 1901 à 1907, le jeune Heinz étudie dans plusieurs écoles militaires, notamment l'École de guerre de Metz, alors première place forte de l'empire allemandL’Express, , du 18 au 24 octobre 2007, dossier « Metz en 1900 ».. Il en sort avec le grade de sous-lieutenant ; Guderian est affecté, le , au , en garnison à Bitche, bataillon qui était commandé par son père. Il reste à Bitche jusqu'en , date à laquelle son bataillon regagne sa garnison d'origine à GoslarLe , commandé par le Major a célébré son centenaire à Bitche en . Il quitta Bitche en , selon le compte rendu de la visite de l'empereur Guillaume II à Bitche le .. En 1911, Guderian est transféré dans le troisième bataillon de télégraphie du même régiment.

En 1913, il épouse Margarete Goerne (1893-1972). Le couple a ensuite deux fils.

Première Guerre mondiale et entre-deux-guerres vignette|Heinz Guderian, général de l’armée Pendant la Première Guerre mondiale, il sert comme officier des transmissions puis en état-major dans des fonctions de renseignement et enfin de logistique.

En 1919, alors détaché en Courlande (en actuelle Lettonie), il participe à une mutinerie.

Au cours de la guerre civile en Russie, il participe aux combats près de Kazan, à la tête d'une unité allemande.

République de Weimar

Après la guerre, il reste incorporé dans la nouvelle force réorganisée de cent mille hommes mise en place par le traité de Versailles, la Reichswehr, où il intègre le bureau de l'inspection des transports motorisés, sous le commandement d'Oswald Lutz, son mentor. Parlant couramment l’anglais et le français, il étudie, influencé par J. F. C. Fuller et dans une moindre mesure par Liddell Hart, qu’il fait traduire.

Guderian, fortement marqué par les succès en Russie et en Italie en 1917, théorise l'importance de la rapidité et de l'exploitation de la rupture dans la profondeur pour la victoire. Il adapte à cette idée l'emploi des blindés dans une armée moderne, utilisant massivement l'aviation et les chars, reliés entre eux et au poste de commandement par la téléphonie sans fil. Il définit aussi les principes et les caractéristiques des futurs blindés.

Troisième Reich Après l'accession au pouvoir de Hitler, qui approuve sa vision sur l'utilisation des unités motorisées et blindées, Guderian participe à l'élaboration des Panzer I et II, légers et faiblement armés, puis, des engins plus lourds de type Panzer III et IV, qui contribueront aux succès des campagnes de Pologne et de France. Dans son livre, Achtung - Panzer !, paru en 1937, Guderian développe ses conceptions d'utilisation de ces chars en unités autonomes et très mobiles, concentrées en un point du front et soutenues par l'aviation, ce qui sera appelé, plus tard, la guerre éclair ou . La stratégie de Guderian d’utiliser les chars en masse, protégés par un fort soutien aérien fait merveille.

En 1938, très impressionné par la , l'annexion des Sudètes, il rapporte dans sa correspondance privée son admiration pour Hitler et pour les succès qu'il obtient sans conflit militaire.

Seconde Guerre mondiale Pendant la Seconde Guerre mondiale, il sert comme commandant du corps d’armée dans la campagne de Pologne et de France. Il participe à la mise au point du plan d'attaque de la France d'après une idée initiale de Manstein. Il défend l'idée d'utiliser le maximum de blindés pour percer les lignes ennemies..

Campagne de Pologne Durant la campagne de Pologne, ses principes de recherche de la rupture du front adverse par l'emploi massif d'unités blindées et motorisées sont appliqués et donnent au Reich une victoire éclair. Lui-même est affecté à un secteur secondaire et ne joue pas un rôle important.

Le , il participe, aux côtés des commandants soviétiques, à la parade militaire conjointe germano-soviétique à Brest-Litovsk.

À l'issue de la campagne, il recueille des retours d'expérience pour étudier ce qui peut être amélioré. Il relève notamment l'absence totale de coordination avec la Luftwaffe, et la difficulté de la logistique à suivre dans la profondeur.

Campagne de l'Ouest Comme Rommel, il pratique le commandement à partir de la zone d'opérations. Débouchant du massif ardennais, considéré comme « impénétrable » et « infranchissable » par l'état-major français, il commande le corps d'armée en tête de l’effort principal lors de la percée de Sedan durant la première phase de campagne de l'Ouest (). Il s'empare d'Amiens, de Boulogne-sur-Mer et de Calais malgré les ordres d'arrêt de ses supérieurs, effrayés par les possibles conséquences de son incursion au milieu du dispositif franco-britannique. Il est stoppé sur ordre d'Hitler dans sa marche vers Dunkerque (une initiative personnelle). Son indiscipline aura payé grâce à la désorganisation de l'armée française, au beau temps et au bon état des routes.

Lors de la seconde phase de la campagne () commençant par l'attaque de la ligne Weygand, il est un temps stoppé par le mordant des unités françaises, ne parvenant à franchir l'Aisne que le . Quelques jours plus tard, il contribue à l'encerclement des unités françaises de la ligne Maginot en menant ses troupes jusqu'à la frontière suisse.

Opération Barbarossa vignette|Le général Guderian avec son état-major durant la bataille de Moscou. Il est réservé sur les chances de succès de l'opération de l'invasion de la Russie : il doute de la capacité de la Wehrmacht à infliger une grande défaite à l'Armée rouge entre la Dvina et le Dniestr. Ses notes destinées à l'OKH, le haut-commandement de l'Armée de terre allemande, au sujet des effectifs soviétiques (en chars d'assaut, surtout), fondées sur ses missions en URSS en 1934, suscitent au cours de la phase préparatoire de l'opération des réactions amusées de la part de ses supérieurs, même si, dès le , au cours d'une conférence d'État-Major à laquelle il prend part, Hitler lui donne raison.

Lors de l'invasion de l'URSS (opération Barbarossa), placé à la tête du 2 - renommé, à partir du , la seconde armée panzer (), il est sous les ordres du Feldmarschall Fedor von Bock, commandant le groupe d'armées Centre. Il participe à l'avance vers Minsk et Smolensk dont il complète les encerclements par le sud.

Il mène, avec ses divisions, plusieurs encerclements secondaires sur le flanc du groupe d'armées sans pouvoir progresser beaucoup vers l'est, bloqué par la combativité soviétique sur cet axe, qu'il constate dès le : ses unités sont bloquées devant Roslavl-Ielnia, carrefour routier, pendant quelques semaines, par une résistance soviétique farouche. À cette occasion, son armée affronte 6 des lancées contre la Wehrmacht.

À la fin de l'été, constatant l'usure des hommes et du matériel, usure renforcée par l'éloignement des bases de ravitaillement, il défend l'idée d'une attaque directe sur Moscou avant l'arrivée du mauvais temps alors qu'Hitler décide de concentrer ses forces sur Kiev et l'Ukraine, malgré les objections de Guderian formulées lors de la réunion le .

Durant le mois de septembre, il participe néanmoins à la conquête de l'Ukraine, lancée pour des motifs économiques et stratégiques ; cette offensive est une réussite malgré l'état des routes. Après ce succès éclatant, son groupe d'armées blindées participe à l'offensive contre Moscou, décidée courant septembre, dont il anticipe alors le succès. Guderian, avec son groupe blindé, doit prendre la tête de la partie sud de la tenaille. L'offensive débute le et se solde par l'encerclement de Briansk, réduit le par l'infanterie, et la prise par surprise d'Orel, le en pleine journée ; cette brillante offensive s'achève, alors que les défenses de Moscou sont enfoncées, dans la boue générée par les pluies de l'automne russe.

Au mois de , ses unités participent au dernier effort pour prendre la ville, lancé le par un temps couvert ; engagées très à l'est de Moscou, bloquées aux environs de Toula, ses unités, décimées par le froid et le manque de ravitaillement, sont victimes de l'offensive soviétique de Joukov, lancée le . Le au Quartier général de Rastenburg, Guderian, conscient de la précarité de la position allemande en Russie (comme il l'expose aux proches de Todt en ) tente en vain d'expliquer les faits à Hitler en demandant une retraite sur des points déjà fortifiés : face à Hitler, arc-bouté sur son expérience de soldat des tranchées, il défend la retraite sur des lignes plus courtes.

Il est limogé le et se retrouve transféré dans la réserve de l’.

Durant les premiers mois de cette campagne, il semble d'accord avec son supérieur hiérarchique, le Generalfeldmarschall Fedor von Bock, pour ne pas faire appliquer le Kommissarbefehl, l'ordre d'exécution systématique des commissaires politiques et des cadres du Parti communiste soviétique, au fur et à mesure de l'avance allemande en URSS.

Inspecteur général des blindés Guderian vit une période de disgrâce jusqu'à sa nomination, à partir du , au poste d'inspecteur général des troupes blindées, poste qui dépend directement de Hitler : il obtient ainsi la haute main sur l'ensemble des unités blindées, qu'elles dépendent de la Wehrmacht ou de la SS, la conception des blindés et leur production, travaillant en lien avec Speer et les responsables des industries d'armement. À ce titre, il est un acteur du programme de Panzer Adolf Hitler, annoncé le jour de sa nomination.

Il devient l'un des proches conseillers de Hitler en matière de choix d'armements : il encourage la mise en service de canons d'assaut chenillés, chasseurs de chars dotés d'une pièce surpassant en portée celle des véhicules ennemis. À ce titre, il assiste à de nombreuses présentations d'équipements militaires dont il défend l'engagement massif uniquement lorsqu'ils sont parfaitement au point et manœuvrés par des équipages formés. De plus, officier d'état-major dépendant uniquement de Hitler, il le côtoie au quotidien lors des conférences et reconnaît les qualités de ce dernier comme commandant en chef.

Membre de l'État-Major général, mais sans rôle opérationnel, il aurait émis des réserves sur les chances de succès de l'opération Zitadelle (bataille de Koursk), dès les prémices de sa préparation lors de la conférence de Munich les 3 et , dont il anticipe l'échec en raison des faiblesses des chars Tigre et Ferdinand. Son point de vue n'a convaincu ni la direction de l'armée ni Erich von Manstein qui commandait la plus puissante des forces chargées de l'attaque.