Erich von Lewinski, connu sous son nom d'adoption d’Erich von Manstein, est un militaire allemand, né le à Berlin et mort le à Irschenhausen (Icking) en Bavière. Il a atteint le grade de Generalfeldmarschall pendant la Seconde Guerre mondiale.
Souvent considéré comme l'un des plus brillants généraux allemands de la Seconde Guerre mondiale, Manstein est célèbre pour ses propositions en 1939-1940 concernant le plan d'offensive contre la France et pour ses combats en URSS. Manstein s'est parfois opposé à Hitler, par exemple lors de la retraite suivant la bataille de Koursk ou en suggérant que ce soit un militaireEn l'occurrence lui-même, avec le sous-entendu suivant : et non pas un civil, puisque Hitler occupait lui-même le poste de commandant en chef de l’Armée de terre depuis la destitution de Brauchitsch en . qui dirige la guerre sur le front de l'Est.
Jugé pour crimes de guerre en 1949 à Hambourg, Manstein est condamné à de prison, peine réduite par la suite à . Finalement libéré en 1953, Manstein devient conseiller militaire auprès du gouvernement de la République fédérale d'Allemagne.
Ses mémoires ont contribué grandement à exonérer la de toute implication dans le déclenchement de la guerre et des crimes qu'elle y a commis, créant ainsi le mythe d'une Wehrmacht aux mains propres.
Jeunesse
Manstein est né à Berlin le sous le nom de Erich von Lewinski. Il est le dixième enfant d'un aristocrate prussien, le général d'artillerie Eduard von Lewinski, et le cinquième de sa mère Helene von Sperling. Sa tante, Hedwig von Sperling, et l'époux de celle-ci, le général Georg von Manstein, n'ayant pas eu d'enfant, adoptent Erich au moment de son baptême : un accord entre les deux familles a été conclu avant sa naissance.
Erich von Manstein est destiné à devenir un militaire, comme son oncle par alliance Paul von Hindenburg, époux de sa tante Gertrud Wilhelmine von Sperling. Son père biologique et son père adoptif sont tous deux des généraux prussiens, comme ses grands-pères, notamment Gustav von Manstein, qui dirigea un corps d'infanterie pendant la guerre franco-allemande de 1870.
Manstein fréquente pendant cinq ans le lycée de Strasbourg, puis passe six ans dans le corps royal prussien de cadets à Plön (province du Schleswig-Holstein) et à Berlin. Il devient ensuite porte-étendard au à pied de la Garde. En , il entre à l'Académie militaire mais, l'année suivante, la guerre interrompt sa formation d'officier d'état-major.
Première Guerre mondiale
Lorsque la Première Guerre mondiale éclate, Manstein est , servant comme au . D'abord mobilisé sur le front en Belgique pour la prise de Namur, Manstein est envoyé en province de Prusse-Orientale puis en Pologne où il est grièvement blessé en dans un combat au corps à corps. Il retourne au service au en tant qu'officier d'état-major du groupe d'armées Gallwitz en Pologne et en Serbie. Il sert ensuite comme à la avec le grade de à partir de l'été, puis est affecté en 1916 à l'état-major de la (qui combat à Verdun), et enfin dans celui de la (engagée dans la bataille de la Somme). Il devient ensuite officier d'état-major chargé des opérations à la qui est aux prises en Estonie et en Courlande avec les Bolcheviks, puis est transféré en au même poste à la se battant en France, jusqu'à l'armistice.
En raison du déclenchement du conflit, Manstein n'achève pas sa formation, profite des expériences tactiques et stratégiques du premier conflit mondial. Cependant, il s'affirme comme un expert de la guerre de mouvement, adepte de la manœuvre rapide appuyée par des unités mécanisées.
Manstein est décoré de la croix de fer de première classe et de l'ordre de la Maison de Hohenzollern.
Entre-deux-guerres
Après la Première Guerre mondiale, l'Allemagne est en proie aux troubles politiques à la suite de la révolution allemande de 1918-1919. Manstein est marqué par ces années qui lui forgent un fort sentiment anticommuniste qui le conduira pendant la Seconde Guerre mondiale à contribuer à la guerre d'anéantissement et d'extermination contre l'URSS.
Le , il épouse Jutta Sibylle von Loesch, la fille d'un propriétaire terrien de Silésie rencontrée au début de l'année. Ils ont ensuite trois enfants : une fille, Gisela, née en 1921, et deux fils : Gero, né en 1922, et Rüdiger, né en 1929 ; Jutta meurt en 1966.
République de Weimar
Manstein, militaire de carrière, fait partie du corps des de la , effectif autorisé par le traité de Versailles. Du au , il commande une compagnie : la l’. Il retrouve ensuite un poste d'état-major à la (commandement de district militaire allemand) de Stettin puis, le , à la de Dresde, où il est instructeur militaire pendant trois ans. Devenu Major le , il occupe un poste d'état-major à l' de Magdebourg à partir du suivant.
Le , il passe à la section des opérations au ministère de la , où ses qualités le font remarquer, s'attirant notamment la jalousie de Wilhelm Keitel. Il participe au renforcement de la . Il effectue deux voyages en URSS en 1931 et en 1932, qui accroissent encore son anti-bolchévisme.
Le , Manstein prend le commandement du de l' de Kolberg. Le , il devient ; ensuite, le , il est nommé chef de l'état-major de la à Berlin.
Manstein et l'arrivée au pouvoir des nazis
Début 1933, . Mais au , il envoie une lettre de protestation à Ludwig Beck (chef du de la Reichswehr, équivalent de l'État-Major général) concernant le « paragraphe aryen » de la loi allemande sur la restauration de la fonction publique du 7 avril 1933 qui entraîne l'exclusion de de l'Armée, parce qu'ils ont des origines juives : Manstein s'inquiète pour un lieutenant qu'il a eu sous ses ordres, mais aussi peut-être pour deux de ses neveux. Apparemment, Manstein ne s'oppose pas à l'idéologie nationale-socialiste et à ses conséquences sur le bannissement de certains, mais plutôt au fait que la loi touche des officiers déjà présents dans la . Sa protestation n'a pas d’effet, que ce soit dans son sens, alors qu'il est soutenu par son supérieur Witzleben, ou dans le sens opposé, c'est-à-dire à son détriment, comme l’a souhaité Blomberg. En , après la nuit des Longs Couteaux, s'il se réjouit de la mise à l'écart des SA, il fait partie des rares officiers qui soutiennent Fritsch dans sa demande d'une enquête sur l'assassinat de l’ancien chancelier Schleicher et de son ancien ministre adjoint de la Défense Bredow. Cette requête n'aboutit pas non plus, et Manstein n'insiste pas, sans doute rebuté par le fait d'avoir risqué sa carrière dans l’affaire du « paragraphe aryen ».
Manstein et le réarmement massif vignette|Le célèbre (), le plus produit des blindés allemands, est l'exemple même de dont Manstein lance le concept .
Le , il devient chef de la branche opérationnelle à l'état-major de la . À ce poste il conçoit et rédige les ordres pour l'entrée des forces militaires allemandes en Rhénanie, lancée le . L'année précédente, désirant apporter un soutien offensif à l'infanterie, soutien censé lui redonner de sa mobilité, il présente à sa hiérarchie l'idée de la création d'une pièce d'artillerie (courte portée) automotrice, le (« Canon d'assaut ») et emporte l'accord de Fritsch et Beck.
Manstein est promu le et devient quelques jours plus tard premier quartier maître (, ou chef de la section logistique) à l'état-major de la , faisant de lui le numéro deux de cet état-major derrière Ludwig Beck. À ce titre, il prend une part active avec Fritsch et Beck à l'accroissement très important de la . En particulier, le développement de la (arme blindée), selon les préceptes de Heinz Guderian, est plus l'œuvre de Manstein que de ses deux supérieurs, la lève ainsi ses trois premières . À ce poste il met au point deux plans concernant la répartition des forces allemandes dans le cas d'une guerre sur deux fronts (contre la Tchécoslovaquie et attaqué par la France à l'ouest) : et ; il participe aussi à la préparation de , qui prévoit une intervention en Autriche pour y empêcher un éventuel rétablissement de la monarchie.
Le ont lieu des changements à la tête de la , à la suite de l'affaire Blomberg-Fritsch. Manstein est envoyé commander la à Liegnitz (en Silésie). C'est une désillusion pour Manstein, qui espérait succéder à Beck au poste de chef d’état-major de la Heer. Manstein voit dans cette mise à l'écart l'œuvre probable de Wilhelm Keitel ou de Werner von Blomberg, mais écarte celle de Hitler. Son biographe Benoît Lemay ajoute comme possibilité Walther von Brauchitsch, le nouveau chef de l'OKH, qui n'aurait pas souhaité travailler avec Manstein du fait de sa forte personnalité et avec lequel il avait de mauvais rapports. Plus surprenant, Beck, qui aurait trouvé son subordonné trop belliqueux, aurait également cherché à l'évincer au profit de Franz Halder selon le major Nicolaus von Below, aide de camp de Hitler pour la Luftwaffe. À son poste, Manstein est effectivement remplacé par Halder, succession à l'origine de l'hostilité qui ne cessera entre les deux hommes .
Mais les événements en Autriche rappellent temporairement Manstein à son ancienne place à l'état-major général de la : le , Hitler décide d'annexer l'Autriche le 12. Le seul plan existant pour une telle opération est celui du . Rédacteur de ce plan, Manstein est donc alerté. Il met au point les ordres de concentration des troupes en quelques heures et rédige les ordres de marche des unités engagées dans cette opérations. L' réalisée, il travaille à l'incorporation des forces autrichiennes au sein de leurs homologues allemandes. Il prend finalement le commandement effectif de sa division le . Il occupe, à l', quelque temps le poste de chef d’état-major de la (sous les ordres de Wilhelm von Leeb), tenue en alerte pour l'invasion de la Tchécoslovaquie au moment de la crise des Sudètes, et participa ainsi à l'annexion des Sudètes. À cette occasion, il prend d'ailleurs position, au sein de l'armée, en faveur du déclenchement d'un conflit avec la Tchécoslovaquie.
Seconde Guerre mondiale Campagne de Pologne
Promu le , il devient ensuite chef d'état-major de l' de Gerd von Rundstedt, groupe de travail préparant l'invasion de la Pologne. À l'image du corps des officiers allemands, Manstein approuve cette invasion. Sollicité pour proposer un plan, cet état-major en soumet un au printemps. Pour Benoît Lemay, le plan retenu pour l'offensive reprend en grande partie ce que cet état-major a proposé, .
Le , en prévision de l'invasion de la Pologne, il devient chef de l'état-major de la (de Rundstedt) qui est chargée de la principale offensive.
Manstein connaît pendant l'invasion de la Pologne (commencée le ) l'existence de crimes contre les civils et les prisonniers de guerre commis par la au cours de celle-ci, notamment par des mémorandums adressés à son état-major ; Manstein durcit un ordre de l' contre les Juifs, outrepassant les ordres émanant du quartier général.
L'invasion terminée, l'état-major de la est transféré le sur le front de l'Ouest.
Proposition d'un plan d'invasion de la France
Manstein demeure le chef d'état-major de Rundstedt commandant la qui se forme sur le front de l'Ouest entre les (au nord) et C (au sud). Le Manstein prend connaissance du plan initial de l'offensive à l'Ouest () de l' (OKH). Contrairement à la plupart des généraux allemands alors, Manstein n'est pas contre le principe d'une offensive allemande ; il souhaite en tout cas attendre le printemps pour lancer celle-ci afin de bénéficier de conditions atmosphériques favorables et de combler les lacunes de la . En revanche il est rapidement critique à l'égard du plan proposé par l', et dès le , avec la participation de ses subordonnés Blumentritt et Tresckow (respectivement chef de la section logistique et chef du bureau des opérations de l'état-major de la ) et de son supérieur Rundstedt, il envoie ses critiques et propositions à Brauchitsch et Halder (respectivement commandant en chef et chef d'état-major adjoint de la ). Manstein rédigera encore six autres mémoires par la suite.