Vladimir Volkoff, né le à Paris et mort le dans sa maison de Bourdeilles dans la Dordogne., est un écrivain français, d'origine russe, auteur de nombreux romans ayant trait notamment à l'histoire russe, à la guerre froide et à la guerre d'Algérie, d'essais consacrés à la désinformation, mais également dramaturge, poète, biographe et traducteur. Sa langue de prédilection pour l’écriture est le français, mais il a publié des romans en anglais et des textes en russe.

Sous le nom de Lieutenant X, il est également l'auteur de séries de romans policiers pour la jeunesse : Langelot et Larry J. Bash. Pour la série Larry J. Bash, il fait croire qu'il est le traducteur et utilise le pseudonyme de Gil Hérel. Il a écrit sous d'autres pseudonymes : Victor Duloup (Volkoff signifie « fils du loup » en russe), Basile Septime, Lavr Divomlikoff (anagramme de Vladimir Volkoff) et Rholf Barbare.

Famille, enfance et jeunesse (1932-1957) Les Volkoff, d’origine tatare, ont servi les tsars depuis Ivan le Terrible. Grand-père de Vladimir Volkoff, « le général Vladimir Aleksandrovitch Volkoff a disparu pendant la révolution russe, probablement fusillé par les bolcheviks après avoir commandé la garnison d’Omsk sous le gouvernement de l’amiral Alexandre KoltchakAutobiographie de Vladimir Volkoff, rédigée quelques jours avant sa mort pour Les Dossiers H, éditions L’Âge d’Homme, Paris/Lausanne, 2006, et suivantes. ».

Il est le fils de Nicolas Volkoff et Tatiana Porokhovstchikoff. Du côté de sa mère, c'est le petit-neveu du compositeur Piotr Ilitch Tchaïkovski. Son grand-père, Ioury Serguéïévitch, sapeur, est mort en France en 1937 après avoir été prisonnier en Allemagne, avoir appris l’horlogerie en captivité, décrotté des wagons à bestiaux à Metz, et travaillé comme ajusteur chez un facteur d’orgues.

Ses parents, échappés de la Révolution et émigrés en France, se rencontrent et se marient à Paris. Son père, Nicolas, travaille comme laveur de voiture et gardien de nuit dans un garage, et sa mère, Tatiana, comme brodeuse.

Volkoff vit ses premiers mois dans une maison de la rue Olivier-de-Serres, dans le , puis dans un pavillon de Vanves, l’un comme l’autre démolis depuis. Pendant la Seconde Guerre mondiale, son père, engagé dans la Légion étrangère, est fait prisonnier. Volkoff vit à Barenton, dans la Manche, avec sa mère, dans une maison sans chauffage, électricité, ou eau courante. Il va à l’école du village, puis au collège de Domfront dans l’Orne.

Sa mère, tout en surveillant ses études françaises, lui donne tous les éléments d’une éducation russe. L’enfant grandit entre deux alphabets (latin et cyrillique) et deux calendriers (grégorien et julien) où les deux fêtes de Pâques tombent rarement le même dimanche, et celle de Noël à treize jours d’écart : deux civilisations à absorber. Il apprend à penser dans une autre langue que celle de ses interlocuteurs.

Rentré à Paris, il fréquente le lycée Claude-Bernard, et s’il est capable, très vite, d’écrire de courts poèmes en russe, c’est en français qu’il s’embarque pour l’aventure littéraire qui durera toute sa vie. Il fait ses études supérieures à la Sorbonne, où il obtient une licence de lettres classiques, puis un doctorat de philosophie à l'université de Liège..

En 1955, Volkoff s’installe avec sa mère à Amiens, où il a trouvé une place de professeur d’anglais dans un collège de jésuites : « Des différends de famille firent que mes parents se séparèrent et que, rigoureux jusqu’à la cruauté, je ne revis plus jamais mon pèreLa Garde des ombres, éditions de Fallois, Paris, 2001, . ». Plus tard, le père, gravement malade, lira avec plaisir la série des Langelot. Le père et le fils reprennent contact : « Nous nous pardonnâmes du fond du cœur ce que nous avions à pardonner ». Avec la relation père-fils d’autant plus essentielle pour le chrétien Volkoff qu’« elle est à l’image de la jointure Dieu le Père—Dieu le FilsLes Maîtres du temps, Julliard/L’Âge d’Homme, Paris, 1980, . », le pardon demandé et reçu est un autre thème essentiel de l’œuvre de Volkoff.

Armée en Algérie (1957-1962) En 1957, son sursis d’incorporation expire. Il part pour le service militaire, comme deuxième classe, le puis se porte volontaire pour l'Algérie, servant dans les troupes de marine Opération barbarie, V. Volkoff, quatrième de couverture..

Initialement affecté dans le Sud tunisien, il rejoint l’école d'élève-officiers de Cherchell pour terminer sa formation d'Aspirant dans un bon rang : dixième de sa promotion. Le , il est nommé officier. « Je pris à cet instant la décision de m’assumer pleinement en tant que Français, puisque des vies françaises me seraient confiées (sans que cela me rendît en rien moins Russe) ». Décidé à rester en Algérie, Volkoff choisit l’Encadrement de la jeunesse algérienne, supprimé aussitôt créé. Il est alors affecté au d’infanterie coloniale qui garde la frontière marocaine. Sa connaissance de plusieurs langues le fait affecter dans un bureau, ce qui lui convient fort peu. Ayant demandé d’être muté dans une unité plus active, Volkoff est initié à la doctrine du RAP (renseignement, action, protection). Il sert en effet une année comme officier de renseignement durant la guerre d'Algérie.. Il travaille entre 1958 et 1959 au Comité de coordination interarmées "Vladimir Volkoff", page 26, Lydwine Helly, L'Age d'Homme, 2006 ou CCI.. Ne s'y plaisant pas, il demande une nouvelle affectation et passe deux années plus heureuses dans une Section administrative spécialisée.

Cette expérience, qui ne se passe pas sans heurts, est, au demeurant, l'une des sources de son inspiration romanesque. Tout en écrivant son roman le plus intimiste, La Chambre meublée, des nouvelles comme La Grenade, ou encore un texte très inspiré de William Faulkner, Opération Barbarie, qu’il ne publiera que quarante ans plus tard avec une postface (« Évolution de mes convictions »), il mûrit la quintessence de son œuvre : Les Humeurs de la mer, une partie des Chroniques angéliques et du Berkeley à cinq heures, et son dernier roman, Le Tortionnaire, pour n’en citer que quelques-uns.

En 1961, il fait la connaissance du colonel Antoine Reboul, rencontre qui le marque et l'inspirera.

Volkoff se découvre un amour fou pour l'Algérie, aussi bien pour ses paysages que pour sa population. C’est là qu’il se marie une première fois, union très vite suivie d'un divorce, après la naissance d’une fille, Tatiana (future diplomate américaine), qui aura elle-même un fils. La guerre d’Algérie se termine dans des conditions que Volkoff n’acceptera jamais. Il quitte ce pays pour toujours.

Il est démobilisé le comme lieutenant, avec la croix de la Valeur militaire.

Rentré en France, il est engagé au ministère des Armées, et publie dès 1962 L’Agent triple, qui n’est pas son premier texte à être accepté par un éditeur.

Années américaines (1962-1979) Un seul salaire et une seule publication ne suffisent pas à le faire vivre avec sa mère et sa fille. Sous le pseudonyme de Lieutenant X, il crée le personnage de Langelot, un jeune sous-lieutenant facétieux qui travaille dans les services secrets, auquel il arrive de multiples aventures. La série, publiée de 1965 à 1986 dans la Bibliothèque verte, a fait l'objet de plusieurs rééditions. Volkoff aimait dire de ces romans qu’il les avait écrits avec autant de conscience et de plaisir que ses autres livres. La série, par son goût de l'action, a une visée éducative (valeurs du combat pour la patrie transmises à la jeunesse de l'époque). Volkoff est également l'auteur d'une série qui connut moins de succès, constituée par les récits d'un jeune détective américain, Larry J. Bash. Cette série de romans policiers est marquée par un « esprit du Sud profond » mais tourne en dérision les préjugés contre les Noirs, qui étaient encore très vivaces.

En 1962, au cours d’un voyage dans le Sud des États-Unis, où il est allé saluer sa tante Natacha, émigrée à Atlanta, Volkoff trouve un poste de professeur de littérature et de civilisation françaises dans un collège de jeunes filles et se fixe à Atlanta avec sa famille. Sa passion du théâtre peut s’y exercer pleinement car il monte une troupe à qui il fait jouer les textes de Molière, Jules Supervielle, mais aussi les siens.

Avec l’escrime qu’il pratique depuis l’enfance, Volkoff se découvre aussi une nouvelle passion, la chasse, devant soi ou à l’affût, heureux de pouvoir, dans la solitude des nuits, attendre « le lever du soleil et la visite du premier daim. » La lecture des ouvrages du Père Serge Boulgakoff est alors une révélation. Volkoff, qui vivait dans une torpeur religieuse, retourne à la religion avec une énergie nouvelle. Ce « retournement » sera aussi un thème majeur de son œuvre. En 1978, Volkoff se « marie pour la seconde fois : la bonne », d'après son autobiographieAutobiographie, op. cit..

L’enseignement lui laisse assez de temps pour écrire. C’est pendant ces longues années que, s’essayant au roman relativiste, il écrit les quatre volumes des Humeurs de la Mer, hommage au Quatuor d’Alexandrie de Lawrence Durrell. Sans se faire trop d’illusion sur la publication de cette tétralogie de quelque mille pages, ou alors peut-être posthume, Volkoff écrit un texte qu’il pense plus facile à publier, Le Retournement. Vladimir Dimitrijević, l’éditeur de l’Âge d’Homme, lui propose de publier le tout, en association avec Bernard de Fallois, alors éditeur chez Julliard.

Succès et popularité (1979-1994) Le Retournement, vendu à plus de , est un grand succès ; les Humeurs ne sont pas en reste. En , Le Monde titre « 1982 : l'année Volkoff » ; Jean-François Kahn écrit dans Le Matin de Paris du une chronique intitulée « L'année Volkoff, hélasDossier H sur Vladimir Volkoff, Lydwine Helly (dir.), L’Âge d’Homme, 2006, . ! ».

La gloire est enfin là, et Volkoff fait désormais plusieurs séjours dans l’année à Paris. Ce succès lui vaut de rencontrer le patron des services de renseignement extérieur français, Alexandre de Marenches, qui, venant de découvrir la doctrine de Sun Tzu, se demande comment avertir l’opinion publique du danger de la désinformation. Estimant qu’un ouvrage technique n’aurait aucun impact, Marenches propose à Volkoff d’en faire un roman. Ce thème de « l’empaumement des âmes » fascine Volkoff. C’est ainsi qu’il écrit Le Montage, traduit en douze langues, et qui obtient le grand prix du roman de l'Académie française. Volkoff est donc le premier en France, après Pierre NordL'intoxication - Arme absolue de la guerre subversive, Fayard, Paris 1971, 414 p., à étudier la manipulation de l’information, à laquelle il consacre six ouvrages.

Invité sur le plateau de l'émission Apostrophes le pour son roman Le Montage, Vladimir Volkoff est violemment pris à partie par le journaliste et écrivain Pierre Joffroy qui le qualifie de « raciste anti-juif et anti-musulman » et de « fasciste du 24 septembre 1982 sur le site de l'INA. ». Volkoff porte plainte pour injures publiques et gagne son procès.

En 1985, inspiré par son expérience américaine, il publie Le Professeur d'histoire, dans lequel il décrit la confrontation à la fois cocasse et émouvante entre un homme de lettres, pétri des traditions classiques, et une jeune héritière « moderne ». En 1991, le communisme s’effondre en Russie. Volkoff, qui vient de publier une bande dessinée sur saint Vladimir, se voit offrir le visa pour Saint-Pétersbourg. Ce premier voyage sera suivi de beaucoup d’autres.

Retour en France (1994-2005) En 1994, il revient vivre définitivement en France, dans une maison qu’il avait acquise à Bourdeilles, au cœur du Périgord. Sa mère, toujours munie du seul « passeport Nansen » le suit en Dordogne. Dans le même temps commence le conflit yougoslave qui va « labourer et ensemencer la dernière décennie » de son existence. Pour tenter de faire comprendre aux Français le tragique de la situation, il écrit un premier roman, La Crevasse, puis un second, L’Enlèvement, sur lesquels s’étend un profond silence médiatique.