L’hagiographie bretonne fait référence à un corpus hagiographique breton homogène. Partout dans l’Occident médiéval, les textes hagiographiques sont récités durant les offices religieux, médités par les moines ou les clercs, transmis aux fidèles par l’intermédiaire des sermons ou de l’iconographie. Toutefois, la Bretagne est sans doute la région de la France actuelle où ceux-ci ont le plus d’importance par rapport au reste de la documentation médiévale. L'hagiographie constitue, en effet, ici l’essentiel de la production écrite antérieure au , ne serait-ce que pour promouvoir le culte des plus célèbres parmi les quelque saints bretons dont seulement 700 sont répertoriés car tous ne sont pas . La plupart d’entre eux ne sont que des noms conservés dans la toponymie. Plus de la moitié des saints a été oubliée, . On n’a conservé qu’une centaine de Vies latines médiévales des saints évêques ou abbés des origines bretonnes, en comptant les versions successives et les réécritures. Cette littérature se caractérise en effet par sa fluidité. Les Vies ont sans cesse été réécrites au gré de la conjoncture, afin de garantir les intérêts d’un monastère, asseoir le prestige d’un siège épiscopal ou illustrer un centre de pèlerinage. On peut donc proposer de définir l’hagiographie bretonne comme le corpus des textes liturgiques destinés à promouvoir le culte des « saints patriotes », comme les qualifiait Albert Le Grand au dans ses Vies de saints de Bretagne Armorique (1636)Les vies des saints de la Bretagne Armorique par Albert Le Grand, (1901) , ouvrage qui, selon l'historien, Joël Cornette, tient lieu , et est . Les vies de saints ont été largement diffusées en breton dans les familles au au moyen du livre Buhez ar Sent.
Littérature hagiographique bretonne
La littérature hagiographique bretonne résulte d'un enjeu politique et . Elle a plusieurs spécificités : faire provenir les Sept saints fondateurs de la Bretagne du Pays de Galles et de Cornouailles vers les et , à l'époque de l'émigration bretonne en Armorique. Cette religion insulaire rencontre en Armorique non un christianisme organisé autour du rôle des évêques comme dans le reste de la Gaule, mais des communautés paysannes rassemblées en hameaux, (d'abord essentiellement des ermitages puis des monastères et des paroisses, d'où les appellatifs toponymiques en Plou- ou Lan). Les guerres de religion du relancent la littérature hagiographique, les catholiques ouvrant des enquêtes sur la vie des saints, et n'hésitant pas à éliminer un certain nombre de personnages sur le territoire, en les assimilant à des saints plus connus.
Liste des principales sources hagiographiques bretonnes la Vie de saint Samson de Dol paraît être la plus ancienne. Datée soit des -s, soit du , elle est anonyme. la Vie de saint Gwennole, fondateur du monastère de Landévennec, composée par le moine Wrdisten (Gurdisten), abbé du monastère entre 874 et 884. Vie de saint Tudual, de Tréguier. Vie de saint Malo, par le diacre Bili, d’Alet. Vie de saint Gildas par Vitalis, vers 1060. Vie de saint Maudez, seconde moitie du s. Vie de Saint Goueznou par le prêtre Guillaume, écrite en 1090 à Saint-Pol-de-Léon. Vie de saint Paul Aurélien, par Gourmonoc (Wrmonoc), de Landévennec, disciple de Gourdisten (Wrdisten) rédigée en 884. Vie de saint Meven, ou Méen, fondateur des abbayes de Gael et Saint-Méen-le-Grand. Vie de saint Corentin, par un chanoine de Quimper ( ou s.). Vie de saint Ronan, du s. (reprend peut-être un texte du ). Vie de saint Ténénan, du s. Vie des saints Ildut, Mériadec, etc.
Bibliographie Vie de saints (quelques éditions et traductions françaises récentes) Saint Corentin [BHL 1954] Irien, J. an, Cormerais, J., et Daniélou, H., Saint Corentin, vie et culte / Sant Kaourantin, Tréflévenez, éd. Minihi Levenez, 1999 (traduction en breton et en français de la Vita Chorentini ) et de la Vie ancienne de saint Corentin"La ‘Vita’ ancienne de Saint Corentin", éd. André Oheix et Ethel C. Fawtier-Jones, Mémoires de la Société d’Histoire et d’Archéologie de Bretagne, VI, 1925, . )Bibliotheca hagiographica latina.
Saint Guénolé [BHL 8957] Simon, M., La légende dorée de saint Guénolé ou Vie brève. Écrite par le moine Clément à Landévennec vers l’an 860, Landévennec/Châteaulin, Pax/éd. Jos Le Doaré, 1985, 32 p.Réédité dans Simon, M., Saint Guénolé et l’abbaye de Landévennec, éd. Gisserot, 1997, p. 5-29.. Simon, M., Cochou, L., et Le Huërou, A., « Traduction de la Vie longue de saint Guénolé par l’abbé Gurdisten », dans Cartulaire de Saint-Guénolé de Landévennec, Rennes, Presses Universitaires de Rennes / Société d’Histoire et d’Archéologie de Bretagne, 2015, p. 111-150
Saint Hervé [BHL 3859-3860] Tanguy, B., Irien, J. an, et Falhun, S., Sant-Hervé. Vie et culte, Tréflévenez, éd. Minihi Levenez, 1990 (traduction en breton et en français de la Vita sancti Hervei (vel Hoarvei), ), (livre bilingue) .
Saint Lunaire (BHL 4880-4881) Carrée, A. et Merdrignac, B., La Vie latine de saint Lunaire. Textes, traduction, commentaires, CIRDoMoC, 1991.
Saint Malo, Vita auctore Bili [BHL 5116a et b] Leduc, G., Vie de saint Malo, évêque d’Alet, Dossiers du CeRAA, B-1979, Saint Malo, 1979.
Saint Paul de Léon, Vita Pauli Aureliani [BHL 6585-6586] Tanguy, B., Irien, J. an, Falhun, S., et Castel, Y.-P., Saint Paul Aurélien. Vie et culte / Sant Paol a Leon, Tréflévenez, éd. Minihi Levenez, 1991 (traduction en breton et en français de la Vita Pauli Aureliani, ), (livre bilingue)
Saints de Redon (gestes des) Brett., C., The Monks of Redon. Gesta Sanctorum Rotonensium and Vita Conwoionis, The Boydell Press, 1989, p. 101–219.
Saint Samson, Vita Ia [BHL 7478-7479] Flobert, P., La Vie ancienne de saint Samson de Dol, Paris, C.N.R.S. éditions, 1997.
Bibliographie complémentaire François Duine Mémento des Sources Hagiographiques de l’histoire de Bretagne — 1ère partie. Les fondateurs et les primitifs (du au siècle), Vatar, Rennes, 1918 Catalogue des sources hagiographiques pour l'histoire de Bretagne jusqu'à la fin du siècle, Honoré Champion, 1922 Inventaire liturgique de l'hagiographie bretonne, Honoré Champion, 1922 N. K. Chadwick, The colonization of Brittany from Celtic Britain, 1965. La colonisation de la Bretagne armorique depuis la Bretagne celtique insulaire. Édité par Armeline en 1999. Traduction du précédent. Les Royaumes Celtiques, 1967, avec Myles Dillon. Édité par Arthème Fayard en 1974, puis Marabout en 1979. Réédité en 1999. A. Chédeville, H. Guillotel, La Bretagne des saints et des rois, Rennes, Ouest-France Université, 1984. , , . R. Largillière, Les saints et l’organisation chrétienne primitive dans l’Armorique bretonne, Rennes, J. Plihon et L. Hommay, 1925 (reprint. Crozon, Armeline, 1995). B. Merdrignac, Les Vies de saints bretons durant le haut Moyen Âge. La culture, les croyances en Bretagne (-), Rennes, Ouest-France Université, 1993. B. Merdrignac, Les saints bretons entre histoire et légendes. Le glaive à deux tranchants, Rennes, PUR, 2008. Martin Heinzelmann, L'hagiographie du haut Moyen Âge en Gaule du nord: manuscrits, textes et centres de production, Jan Thorbecke Verlag, 2001.
Notes et références
Voir aussi Christianisme celtique Bibliographie sur la Bretagne avant l'an mil Histoire de la Bretagne
* Catégorie:Histoire religieuse de la Bretagne