Édouard Louis Frédéric Japy, plus simplement Frédéric Japy, né le à Beaucourt et mort le à Badevel, est un industriel français. Fondateur de l'industrie Japy, il est avec Armand Peugeot, le créateur de l'industrie moderne et participe à l'essor du pays de Montbéliard.
En mécanisant la fabrication horlogère par des machines — qu'il crée lui-même, — il réussit à concentrer toutes les opérations de fabrication dans l'établissement de son beau-père. Il développe les « cités Japy », cités ouvrières qui permettent de loger le personnel qui, autrefois, travaillait à domicile.
Le musée Frédéric-Japy, situé à Beaucourt, lui est consacréMusée Japy - Musees-franchecomte.com.
Biographie Jeunesse (1749-1768) thumb|Frédéric Japy naît à Beaucourt en 1749.
Fils de Jacques Japy (1699-1781) et de Marie-Marguerite Fainot (1725-1797), Frédéric Japy naît le à Beaucourt, petit village situé à l'extrémité de la principauté de Montbéliard. Il est le deuxième né d'une grande famille de douze enfants. Faisant partie des familles beaucourtoises les plus aisés, les Japy sont de confession protestante et disposent déjà d'une certaine notoriété. En effet, le père de Frédéric, Jacques Japy, est un notable du village, il possède des terres qu'il exploite à côté de son activité de maréchal-ferrant. En 1760, il devient même le maire protestant de BeaucourtÀ Beaucourt, il y a deux maires : un protestant pour le Prince de Montbéliard, un catholique pour le roi de France.. Il est en effet nommé à ce poste par Charles II de Wurtemberg, prince de Montbéliard et duc de Wurtemberg. Frédéric Japy fréquente d'abord l'école de Beaucourt. Dès son enfance, il est initié aux activités artisanales et apprend à vivre dans le cadre structuré et solidaire des corporations. Son maître d'école remarque rapidement sa grande intelligence et encourage son père à l'envoyer à Montbéliard pour poursuivre son instruction. Jacques Japy place donc son fils à l'école française ou « le gymnase »L'école française accueille les enfants de alors que l'école latine, dite « le gymnase », accueille ceux de 11 à 15/16 ans. où il reçoit une excellente instructionL'école primaire avait les meilleurs maîtres du pays, des théologiens revenus de Tübingen en l'attente d'une cure vacante de 1753. Dans ces conditions, Frédéric Japy bénéficie donc d'un enseignement de qualité.. Frédéric Japy est hébergé chez Jacques Frédéric Georges Japy qui est son grand-père, exerçant le métier d'horloger à Montbéliard. Ce qui permet à Frédéric Japy d'entrer très tôt en contact, de manière assidue, avec le monde horloger. À l'âge de 17 ans, il revient à Beaucourt pour passer deux années de travail dans l'atelier de son père.
Formation en Suisse (1768-1771) thumb|left|Frédéric Japy part effectuer un apprentissage au Locle.
En 1768, il part effectuer un apprentissage en Suisse. Le choix de la destination est dû à des convergences religieuses entre les terres neuchâteloises et le Comté de Montbéliard. De plus, la fabrication d'indiennes et l'horlogerie sont en plein essor dans cette région et attire de nombreux jeunes gens à s'employer, d'autant plus que les salaires dépassent bien souvent ceux des autres métiers. C'est donc logiquement que Frédéric Japy passe un contrat d'apprentissage avec Abraham Louis Perrelet résidant au Locle, commune limitrophe de la frontière franco-suisse. Son maître d’apprentissage est un horloger remarqué par ses perfectionnements en matière d'outillage ; il est notamment l'inventeur d'un outil à planter, d'un outil à arrondir et de quelques autres nécessaires à l’exécution des échappements à cylindre. Frédéric Japy, déjà plongé dans une atmosphère de recherche, s'initie aux nombreuses opérations horlogères mais il s'imprègne surtout des règles de la vie communautaire de son ambiance.
Deux années plus tard, Frédéric Japy quitte Perrelet pour entrer comme ouvrier dans l'atelier de Jean-Jacques Jeanneret Gris. Cette nouvelle étape va être certainement la plus décisive de sa vie. En effet, la famille Jeanneret du Locle est une famille d'inventeurs spécialisés dans la petite mécanique ; et l'horlogerie est un terrain de recherche très prisé par les trois frères, mais surtout Jean-Jacques l'aîné, guillocheur de son état. Cet inventeur est à la base de la création des machines-outils suffisamment fiables pour commencer à suppléer la main de l'ouvrier. Frédéric Japy voit donc fonctionner de nouveaux outils et apprend ainsi de nouveaux procédés de fabrication. Pour lui, il s'agit là d'un second apprentissage.
Même s'il n'est pas, comme l'affirme certains articles et études, à la base de l'invention de ces nouveaux instruments de travail, il en mesure l'importante et cerne tout leur champ d'application. De tels procédés de fabrication vont non seulement ouvrir de larges environs techniques et commerciaux mais également provoquer d'importants bouleversements sociologiques. Mais en 1770, les progrès réalisés, qu'ils soient d'ordre quantitatifs ou qualitatifs, restent très limités et très localisés. Jeanneret Gris est freiné par les difficultés que lui occasionnent les ouvriers conducteurs de ces machines. Il se heurte en fait à une mentalité médiévale persistante et cherche en vain à ébranler l'immobilisme des structures passées. Frédéric Japy réalise certainement à cette époque que ces conceptions nouvelles sont annonciatrices d'une nouvelle ère économique fondée avant tout sur la production en série. Aussi, fort de ses nouvelles connaissances, il revient à Beaucourt et va employer toute son énergie à réunir les deux premières conditions nécessaires à l'aboutissement de son projet.
Installation à Grange-la-Dame puis à Beaucourt (1771-1777) thumb|upright|Frédéric Japy épouse Suzanne Catherine Amstutz en 1773.
Dans un premier temps, il monte dans son village natal un petit atelier d'horlogerie et écoule le produit de son travail en Suisse. Chaque mois, il part à pied en direction de La Chaux-de-Fonds pour vendre ses ébauches. Le , Frédéric Japy (à l'âge de 24 ans) épouse Suzanne Catherine Amstutz, fille de Michel Amstutz, anabaptiste, fermier du prince à Grange-la-Dame. Cette union le plonge à nouveau dans un milieu où les traditions communautaires sont vives. Tout au long de sa jeunesse, il semble que Frédéric Japy soit marqué par les mœurs d'une vie collective. Ainsi, il s’imprègne, peu à peu de la nécessité de porter assistance à ses semblables. La religion, le monde du travail, son milieu parental cultivent tour à tour en lui ce penchant à la charité et à l'entraide.
Après son mariage, Frédéric Japy transfère son atelier dans les bâtiments de la propriété de son beau-père. Cette acquisition prévoit des conditions écrites dans un contrat d'apprentissage. Il stipule que Frédéric Japy sera le maître de l'apprenti Jean-Georges Siegler. Le contenu se situe dans l'esprit corporatif montbéliardais : la maîtrise y est toute puissante, de nombreux détails de la vie quotidienne y sont réglés, l'éducation religieuse n'est pas omise et le temps d'apprentissage s'avère très long. À ce moment, Frédéric Japy n'est pas encore affranchi des contraintes corporatives et par obligation, par finesse politique accepte les usages des métiers. Il est reçu membre de la Société Battant du Marteau sur l'Enclume dite de St Éloi le , le jour où il passe son contrat d'apprentissage. Il a besoin de travailler pour financer son projet qui prend corps. En effet, l'année 1776 marque le départ d'une nouvelle étape, la plus décisive, dans le développement de l'affaire : il achète pour 600 louis d'or, les machines et les inventions de Jean-Jacques Jeanneret Gris, son ancien maître d'apprentissage, qui, vaincu par les difficultés et l'inertie du monde artisanal préfère céder ses découvertes.
thumb|left|Maquette du premier bâtiment Japy construit en 1777
Frédéric Japy crée 10 machines différentes et les fait exécuter par Jeanneret-Gris. Mais la seule acquisition du matériel productif ne suffit pas, encore faut-il des bâtiments adaptés à l'installation et au fonctionnement d'un tel outillage. C'est à Beaucourt qu'il choisit de s'installer définitivement, où il fait construire en 1777 un bâtiment sur la colline en direction de Dasle. La raison de cette implantation à Beaucourt peut paraître étonnante car contrairement à ce qui se fait à l'époque, la construction s'élève sur une hauteur et non le long d'un cours d'eau. La logique d'alors veut que l'on profite de la force hydraulique. Pourtant, Frédéric Japy fait fonctionner les nouvelles machines grâce à un manège à chevaux, la traction animale palliant la carence d'une force motrice. Cet atout lui permet de s'installer sur un site rocheux et stérile qui outre des intérêts d'ordre pécuniaire, lui procure des facilités de construction. En effet, les terrains stériles ne coûtent pas cher et les pierres sont sur place grâce au calcaire corallien présent dans le massif du Grammont.
À cette motivation financière s'ajoute la nécessité pour Frédéric Japy d'assurer l'avenir de son affaire. Il ne peut laisser éternellement sur une terre (Grange-la-Dame) qui appartient au duc de Wurtemberg ; il risque en effet d'en perdre la possession à la moindre contestation du souverain. Enfin, le fait de s'éloigner de Montbéliard et de s'extraire du cadre corporatif va permettre à l'industriel de tester et de transformer en toute liberté son outillage industriel. De plus, ce « retour aux sources » lui procure certainement un sentiment sécurisant qui peut l'aider moralement à passer cette délicate étape de transition. D'ailleurs, la conception du bâtiment est l'illustration même de cette étape transitoire. La présence d'une écurie confirme l'existence d'au moins un train d'attelage en tant que force motrice pour les machines. Ce n'est plus l'atelier artisanal mais ce n'est pas encore la grande fabrique mais très rapidement le corps principal est l'objet d’agrandissements, signe de la réussite du projet.
Patron de l'entreprise Japy thumb|Bâtiment principal des usines Japy.
Le déménagement de Grange-la-Dame à Beaucourt en 1777 rompt d'une certaine manière certaines attaches avec le passé : la maison Japy est née, du moins avec ses principales caractéristiques. L'installation beaucourtoise ouvre une autre brèche dans le monde artisanal montbéliardais : après Picard et Boigeol à Héricourt et la famille Peugeot à Hérimoncourt, un individu tente de s'affirmer en dehors d'ensemble de production organisé. De nouvelles perspectives s'ouvrent pour l'horlogerie : tout repose sur les conceptions novatrices mises sur place. Les ébauches jusque-là façonnées à la main sont maintenant conçues mécaniquement. Dès lors, la fabrication en série permet d'abaisser considérablement les coûts de production. En exploitant de telles machines-outils, une nouvelle forme de concurrence met en péril les structures de l'artisan manuel. De plus, les conditions de travail s'en trouvent bouleversées et une nouvelle division des tâches se met en place.
À travers cette révolution technique et ses conséquences, Frédéric Japy propose un nouvel ordre économique, qui entraîne inéluctablement et à très court terme, des bouleversements commerciaux, sociologiques voire politiques. Mais pour qu'un tel ordre puisse se mettre en place et s'affirmer pleinement, il faut que la main-d’œuvre réponde et s'implique dans ce nouveau système. C'est le troisième paramètre nécessaire à une économie de production et de rendement que Frédéric Japy souhaite développer. Le développement de cette entreprise va marquer cette nouvelle population ouvrière.
thumb|left|Exemple d'ébauches de montres Japy datant des années 1800.