thumb|Blason de Cannes thumb|Vue de Cannes (1772), Michel Campion. L'histoire de Cannes, à l'origine, modeste village méditerranéen de pêcheurs et de moines, est indissociable de celle des îles de Lérins, l'île Sainte-Marguerite et l'île Saint-Honorat, à quelques coups de rames de la côte.

Apparue seulement au Moyen Âge, la modeste bourgade de la Provence orientale se développe très modestement durant l'Ancien Régime, tout en étant témoin des luttes franco-anglaises et franco-espagnoles qui s'exercent essentiellement sur les îles de Lérins.

Ce n'est qu'au que la ville prend véritablement son essor, grâce notamment à lord Henry Brougham and Vaux, grand Chancelier d’Angleterre, qui en s'installant, attire l'aristocratie anglaise et européenne qui édifie de magnifiques demeures secondaires pour l'hiver. Comme la plupart des stations du littoral de la Côte d'Azur et de la Riviera, la ville connaît, grâce à cette population de prestige, un développement sans précédent.

Son statut de renommée internationale n'est acquis qu'au milieu du par le Festival du film. Cannes devient rapidement une ville sur-médiatisée. Elle exerce encore aujourd'hui le même pouvoir d’attraction sur une clientèle française et étrangère fascinée par son aura de ville de stars. De cette intense activité touristique, les secteurs ultra développés de l’hôtellerie, de la restauration et des commerces de luxe offrent, entre mer et soleil, une prestigieuse vitrine du luxe français.

Préhistoire et antiquité Occupation celtique et romaine Le premier texte mentionnant l'occupation celtique dans la Gaule Transalpine date du , il mentionne que les Helvètes (tribus de celtes) seraient descendus de l'actuelle Allemagne avec les Cimbres (peuple nordique) pour aller, de -113 à -101, envahir la Gaule Transalpine, aussi appelée Gaule Narbonnaise, (Toulouse-Genève) qui était à l'époque sous domination romaine. En -107, les Romains tentent d'anéantir les Tigurins (une tribu helvétique), mais les Tigurins remportent la victoire à Agen (Italie) en tuant leur consul Lucius Cassius. Finalement les Helvètes sont vaincus en -101, date de leur départ pour l'actuelle Suisse. Aujourd'hui les vestiges de leur passage sont enfouis dans le sol.thumb|La Gaule Narbonnaise|centre

Occupation protohistorique du site du Suquet L'origine de la ville est le piton du Suquet, un excellent promontoire pour surveiller les environs et un site défensif naturel efficace pour répondre aux attaques. La théorie selon laquelle Cannes était l’Aegitna évoquée par Polybe est aujourd'hui totalement écartée. D'après la tradition locale, les premiers hommes à avoir occupé le site semblent être les Ligures. Ils sont censés avoir bâti un oppidum au sommet de la colline. Aucun vestige archéologique n'a cependant jamais été découvert sur le site venant attester cette légende. La première évocation de Cannes dans les textes remonte au . Elle renvoie à un castrum marcellini (château de Marcelin) Si le terme n'est pas clair, il ne renvoie en aucun cas à un « château des Marseillais » ou à une place forte des Grecs de Marseille, comme l'ont affirmé certains érudits locaux de façon abusive.

Occupation antique des îles de Lérins thumb|Les îles de Lérins face au massif de l'Esterel. Ce sont les îles de Lérins qui ont intéressé plus particulièrement les auteurs antiques. Ce minuscule archipel au carrefour des routes maritimes offrait quelques atouts remarquables. Pour les navigateurs à voiles en provenance de l’ouest, les îles constituaient un mouillage sûr avant Antipolis (Antibes), la seule véritable ville de la région après Fréjus.

Il semble que l'île Sainte-Marguerite soit occupée avant le , comme le montre la présence de quelques amphores massaliètes, mais il est difficile de caractériser et de dater précisément cette occupation protohistorique. Les sources évoquent une occupation dès le Néolithique, mais celle-ci n'est pas démontrée à ce jour. Des fouilles archéologiques dans le fort royal ont mis en évidence un véritable habitat urbanisé pourvu d'un cryptoportique remontant à l'époque républicaine (-début du ) et probablement abandonné à l'époque tibérienne (deuxième quart du ). Les découvertes sous-marines et dans le secteur de l'étang du Batéguier permettent de définir une occupation jusque durant l'Antiquité tardive, au plus tôt.

Les traces archéologiques vont dans le sens des textes des auteurs antiques comme Strabon ou bien encore Pline l'Ancien. L'archipel est évoqué comme une étape importante dans les circuits maritimes de l’époque. Strabon, voyageur et géographe grec, évoque le nom de la plus grande des îles sous le nom de Lero (d’où les îles de Lérins). Il fait mention d'un sanctuaire où on vouait un culte à un demi-dieu que les Grecs nommaient Heros et dont l'appellation la plus connue est Héraclès ou Hercule. L'auteur romain Pline l'Ancien mentionne aussi dans ses écrits le nom des deux îles et ainsi que celui de la fortification sur la falaise : « Lero et Lerina (la plus petite) en face d’Antipolis (Antibes) où l’on se souvient de l’oppidum de « Vergoanum ». L'archéologie, les textes antiques ainsi que le nom du lieu (« Ler » – de Lero et dans « Verg » – de Vergoanum des racines gauloise) témoignent de l'importance accordée par les communautés ligures à ce site. Cette colonie maritime, doublée d’un lieu de culte réputé était probablement très animée. Cette position géostratégique suscita l'intérêt des Romains qui, dès l’époque républicaine, s'emparèrent de l'île et fortifièrent l'agglomération qui se trouve actuellement sous le fort royal. Il est fort probable que les Romains ont construit des remparts flanqués de tours à l’ouest de l’île. On peut encore admirer quelques vestiges en suivant le parcours historique.

Ad Horrea - Saint-Cassien

Un des sites antiques les plus importants de la commune de Cannes est sans conteste celui de Saint-Cassien. De nombreuses découvertes se sont succédé depuis le sur la butte de Saint-Cassien, dans le secteur de l'aérodrome et des terrains de sports situés sur le territoire partagé entre les communes de Cannes et de Mandelieu.

Les traces d'occupation les plus anciennes remontent au premier Âge du fer. Elles furent mises au jour dans les années 1970, sur les pentes de la butte et au pied de cette dernière lors de l'installation de citernes. Il s'agit d'un grand nombre de céramiques modelées de belle facture appartenant à un faciès culturel provençal, associées à quelques rares céramiques importées (amphores massaliètes et puniques) remontant au Elles ne sont liées à aucune structure conservée, mais on devine un habitat de plein air au pied de la butte.. Sous les terrains de sport, à l'ouest de l'aérodrome, les traces d'une agglomération antique ont été mises au jour. L'élément architectural le plus spectaculaire est un vaste entrepôt de qui semble avoir été édifié dans le courant du Le site semble occupé jusqu'au et a livré d'importantes quantités d'objets qui montrent la vitalité du site jusqu'à cette époque au plus tôt. Au pied de la butte, on a découvert une importante nécropole d'époque romaine avec des sépultures datant du au On peut rapprocher ces découvertes de la petite agglomération de Ad Horrea à mi-chemin entre Forum Iulii (Fréjus) et Antipolis (Antibes) sur la Table de Peutinger. La présence d'une petite ville bien reliée au réseau de communications antiques à cet emplacement explique la présence d'une communauté de moines venant des quatre coins de l'empire sur les îles de Lérins.

Autres vestiges antiques dans la commune de Cannes

L'ensemble du littoral est fortement occupé à l'époque romaine, notamment autour de la via Julia Augusta construite durant la période augustéenne qui longe la côte depuis l'Italie, passant par Antibes et Saint-Cassien notamment. Quelques traces d'occupation antiques ont été identifiées sur le territoire de la commune de Cannes. Au centre-ville, rue de la République, les travaux de percement de la pénétrante ont permis la mise au jour d'un atelier de céramique antique qui semble avoir fonctionné entre la fin du et le milieu du Il a produit de la vaisselle de table dans un premier temps., puis des amphoresF. Laubenheimer, La Production des amphores en Gaule narbonnaise, Paris, Les Belles Lettres, 1985, 466 p., Annales littéraires universitaires Besançon, Centre de recherches historiques anciennes, 66 destinées à conditionner la production viticole locale. Sous la chapelle Saint-Nicolas, des fouilles anciennes ont permis la découverte de lampes à huile de l'Antiquité tardive qui laissent entendre la présence de sépultures de cette période.

Installation des moines sur l'île de Saint-Honorat thumb|upright|Honorat d'Arles, fondateur de l'abbaye de Lérins.

Durant la Pax Romana, l’Église chrétienne étend son évangélisation en Europe. On assiste à l'apparition et l'organisation d'évêchés ainsi qu'au développement de monastères. La plus petite île de l'archipel (l'île Saint-Honorat), appelée aussi Planasia (l’île plate), voit la fondation du monastère de Lérins par le moine Honorat venant de la grotte du Cap Roux. En compagnie de son ami Caprais, il choisit la vie d'ermite, mais son aura est telle que de nombreux anachorètes, de tous les coins de l'Occident, vinrent le rejoindre et ce, durant près de deux siècles. Il y bâtit sept chapelles entourées de quelques cellules. En 426, Saint Honorat dut accepter l'archevêché d'Arles et mourut en 429. L’abbaye devint un centre spirituel chrétien qui forma de nombreux prélats partis évangéliser l'Occident chrétien, administrer l'Église naissante, dont certains deviendront des saints (selon certains chroniqueurs saint Patrick, saint Loup, saint Vincent de Lérins, saint Salvien, saint Césaire). Le poète chrétien Sidoine Apollinaire dira de cette île : « Cette île plate d’où tant de sommets avaient atteint le ciel ».

Moyen Âge Haut Moyen Âge : le castrum d'Arluc

À la fin de l'Antiquité tardive, l'Empire romain se désagrège progressivement. La Provence, éloignée du théâtre des opérations des invasions barbares, en subit peu les conséquences. Elle passe sous la domination relativement théorique des Wisigoths, de l'Empire byzantin, des Francs et connaît une certaine prospérité entre le et le que l'on note par l'éclosion de grands monastères, comme celui de Lérins. Elle entretient aussi des liens commerciaux intenses avec l'ensemble de la Méditerranée, notamment l'Italie, l'Afrique du Nord, la mer Égée, la Syrie, comme le montrent les découvertes faites à Saint-Cassien. La plupart des moines de Lérins sont originaires de la Méditerranée orientale. Ils arrivent par des voies maritimes régulières. Ils s'installent à Lérins, à proximité d'une voie romaine encore fréquentée (la via Julia Augusta) et d'un petit centre urbain prospère, Ad Horrea. Le mobilier le plus récent mis au jour sous le stade de Saint-Cassien date du . Il s'agit de céramiques sigillées produites en Afrique du Nord (dans l'actuelle Tunisie) et dans la région de Phocée (en Turquie).

Au début du , les moines investissent la butte de Saint-CassienMichel Compan, De l'Empire au : une cité disparue, Arluc à Cannes archeam.fr Lire en ligne. D'après la tradition lérinienne, saint Nazaire y édifie un couvent dédié à saint Étienne après y avoir détruit un temple païen. Ce couvent devient le centre d'une agglomération liée au monastère de Saint-Honorat et qui se substitue à ad Horrea, le castrum Arluc. Arluc semble prospérer jusqu'au malgré un incendie du couvent au et la mise à sac par les Sarrazins au , après la reprise en main de la Provence par Guillaume le Libérateur qui, sous le prétexte de chasser les Sarrasins du Fraxinet, en profite pour imposer le pouvoir féodal auquel les populations et la noblesse locale s'étaient toujours opposés..