Le Boulonnais est une race de chevaux de trait originaire de la région de Boulogne-sur-Mer, située sur la côte de la Manche. C'est un cheval de grande taille, à la robe le plus souvent grise. Historiquement élevé dans tout le Pas-de-Calais, la Picardie et le pays de Caux, en France, ce cheval est réputé, selon sa légende, descendre d'étalons orientaux de passage durant l'Antiquité. Il est davantage influencé par la sélection de ses éleveurs, ainsi que les conditions climatiques et géographiques de sa région originelle.
Apprécié par Henri IV et , ce cheval de trait rapide connaît une vague de popularité lorsqu'il convoie des chargements de poisson frais entre Boulogne-sur-Mer et Paris, jusqu'à l'arrivée du chemin de fer vers 1850. Avec la modernisation des transports, il est reconverti dans les travaux de force et d'agriculture, travaillant dans les champs de betteraves ou plus rarement comme cheval de fond dans les mines. Ses éleveurs sélectionnent alors des chevaux plus puissants et étoffés. En 1902, la population de chevaux Boulonnais est estimée à plus de . La modernisation des transports après la Première Guerre mondiale, puis l'arrivée du tracteur après la seconde mettent la race en péril. Les bombardements des ports et l'occupation allemande lui font subir de lourdes pertes. Les effectifs diminuent régulièrement jusqu'en 1989. Des actions de sauvegarde sont menées, dont la création de la route du Poisson et le croisement Arabo-boulonnais.
Il est surtout élevé pour sa viande, réputée être l'une des meilleures du marché. Autrefois utilisé par l'armée française, il est aussi valorisé en attelage de compétition et de loisir grâce à son trot énergique, et employé localement par la police montée de sa région. Il reste d'usage au labour et pour l'entretien des vignes, grâce à sa puissance de traction couplée à une énergie rare chez un cheval de trait. Avec recensés en 2020, le Boulonnais est le cheval de trait français le plus menacé, en raison de son taux de consanguinité et de la baisse régulière des nouvelles naissances.
Dénomination et sources Le Boulonnais doit son nom à sa région d'origine, celle de Boulogne-sur-Mer, en France. Ce nom remonte au , époque où l'élevage est divisé en deux modèles de chevaux. Le plus léger, historiquement affecté au transport de chargements de poisson, est nommé ou ; il a désormais disparu, ou pratiquement. Le plus lourd est connu sous le nom de , de « Dunkerque », de Bourbourien, de Cauchois, de Flamand ou de Picard en fonction de sa région d'origine. Il sert à la traction lourde et aux travaux des champs, notamment pour dételer les wagons de chemin de fer dans les gares.
Le Boulonnais est surnommé grâce à son allure harmonieuse : il est en effet réputé être l'un des chevaux de trait les plus élégants, entre autres selon l'auteur anglais Elwyn Hartley Edwards. Le photographe Yann de la Fosse-David y voit le . Il est enfin surnommé en raison de sa couleur et de son apparence..
L'hippologue et agriculteur Charles Mourain de Sourdeval, auteur de nombreux articles pour le Journal des haras., y publie une « Note sur la race boulonnaise » en 1849. Le vétérinaire du Nord-Pas-de-Calais Hippolyte Constant Charles écrit en 1883 une Histoire du cheval boulonnais. Treize ans plus tard, Jules Augustin Viseur rédige une monographie similaire, Histoire de la race chevaline boulonnaise : de son évolution depuis ses origines il y a deux mille ans.
Histoire L'histoire de la race boulonnaise est particulièrement teintée d'une multitude de croyances. D'après l'historien du monde rural Marcel Mavré, le Boulonnais fait partie, avec le Percheron, l'Ardennais et le Trait belge, des quatre plus anciennes races de chevaux de trait d'Europe de l'Ouest. Toutes revendiquent un héritage oriental, et exercent une grande influence sur la formation des autres races de chevaux de trait du au .
Origines Comme tous les chevaux domestiques modernes, le Boulonnais provient de la lignée DOM2, qui a émergé dans les steppes eurasiennes vers selon une vaste étude génomique publiée dans Nature.. Son origine est certainement ancienne, mais elle n'est pas connue avec précision. Une population chevaline existait probablement déjà dans la région de Boulogne à l'époque romaine, voire antérieurement à l'ère chrétienne.
Selon les hippologues et les généticiens vignette|Desvres, au milieu des collines boisées du Boulonnais. La plupart des hippologues décrivent le Boulonnais comme une race sélectionnée par des éleveurs dans un biotope favorable. Le climat de la région de Boulogne est en effet tempéré et humide, donc propice aux activités agricoles, avec un sous-sol argileux qui facilite le développement du squelette des animaux.. Le sol est cependant rude, difficile à cultiver, et offre peu de prairies. Le cœur historique de l'élevage est le bas-Boulonnais, berceau de cette race de chevaux, en particulier à Marquise. Les éleveurs du haut-Boulonnais et de l'Artois, sur des plateaux crayeux soumis à des hivers plus rudes, élèvent historiquement les modèles plus légers et rapides, les mareyeurs. Les éleveurs du Calaisis, de Desvres et de Marquise font naître des chevaux d'une plus grande ampleur. Dans la région de Rue, au Sud du Boulonnais, les chevaux sont assez forts pour tracter de lourdes barques de pêche sur les plages. Pour Jasper Nissen, il est indéniable que les reliefs vallonnés du Boulonnais, avec des collines de 200 mètres et plus, ont contribué à façonner les qualités de la race. Le comte C. G. Wrangel estime que ce relief lui donne une musculature plus puissante et des tendons plus serrés que chez les chevaux élevés en plaine. Ces particularités illustrent bien l'influence du biotope sur l'élevage équin. Selon la docteure en ethnologie Marie Cegarra, .
Pour Jean Pierre Mégnin (1895), .. Le vétérinaire et zootechnicien André Sanson estime que le Boulonnais partage une origine commune avec les chevaux britanniques (Old English Black) et flamands. Pour James Harvey Sanders, la ressemblance avec l'ancien cheval flamand est indéniable..
Selon l'historien du monde rural Marcel Mavré (2004), la méthode d'élevage (tel l'élevage sélectif), les ressources de la région et du sol ainsi que l'alimentation donnée aux chevaux sont plus influentes sur leur morphologie qu'un éventuel croisement oriental vieux de plusieurs siècles, un constat partagé par Yann de la Fosse-David. Il n'est cependant pas exclu que des croisements avec des chevaux orientaux aient pu se produire durant l'histoire de la race boulonnaise, et . Notamment, la robe grise provient d'un apport génétique africain.
En 2009, Leroy utilisent 11 marqueurs microsatellites sur 39 populations équines élevées en France dont plusieurs races de trait comme le Boulonnais, et concluent à une diversité génétique significative entre et au sein des races, avec des variations d’hétérozygotie et une structure de population confirmant que les chevaux de trait français forment un groupe spécifique.. Ils déterminent aussi une singularité génétique du Boulonnais : c'est l'une des seules races, avec le Frison, le Shetland et le cheval de Przewalski, à former un groupe génétique presque exclusivement associé à elle-même. Deux méthodes distinctes d'évaluation de la diversité génétique classent le Boulonnais parmi les races à conserver en priorité, du fait des allèles rares qu'il porte au sein du groupe des chevaux de trait. Il présente cependant une relative proximité avec le Poitevin mulassier. Ces deux races ont pour point commun d'avoir reçu l'influence du cheval flamand.
Selon les traditions populaires thumb|left|alt=Tableau représentant un cheval arabe gris se cabrant tenu en main par un homme en costume bleu.|Cheval arabe, race qui aurait transmis sa vivacité au Boulonnais. Selon une tradition populaire citée par Hippolyte Constant Charles en 1883, par Jules Viseur en 1896, et reprise par divers auteurs d'encyclopédies, la naissance de cette race serait due au passage de la cavalerie de César en 54 av. J.-C., près de Boulogne, région alors connue sous le nom de Morinie. numides originaires d'Afrique du Nord, appartenant à l'armée romaine, auraient stationné tandis que se préparait l'expédition de Jules César en Bretagne, des unités de cavalerie restant pendant plus de deux deux siècles dans la région. D'après Hippolyte Constant Charles, des juments lourdes indigènes auraient été saillies par des étalons numides. La nature du sol boulonnais et la qualité des herbages auraient entraîné l’acquisition de caractères propres chez les descendants de ces croisements. La véracité de cette tradition populaire est remise en cause par différents auteurs. Il n'existe aucune mention d'élevage de chevaux en Morinie dans les Commentaires sur la guerre des Gaules. Selon Amélie Tsaag Valren (2017), aucune source antique ne prouve que des montures numides soient à l'origine d'un type spécifique de chevaux localement identifié comme tel dès cette époque. L'identification de chevaux spécifiques à cette région est beaucoup plus tardive, puisqu'elle remonte au .
Une autre origine invoquée selon ces traditions populaires est celle de montures abandonnées sur place par les Huns d'Attila, vaincus au .
Du Moyen Âge au Le Boulonnais aurait été embarqué pour l'Angleterre avec la flotte de Guillaume le Conquérant en 1066, influençant ainsi l'ancien Trotteur Norfolk. Des croisements interviennent aux , le Boulonnais est alors influencé par les chevaux du Brabant et des Flandres, géographiquement proches. Durant les croisades, Eustache, comte de Boulogne, serait revenu avec des étalons orientaux et andalous comme prise de guerre, lesquels auraient transmis leur cachet et leur vigueur au cheptel boulonnais. Plus tard, Robert, comte d'Artois, désire sélectionner un cheval de guerre rapide, agile et puissant pour les chevaliers en bataille. Il croise les étalons qu'il possède avec des juments du Mecklembourg, ce qui a pour effet d'agrandir le format des chevaux.
Alfred Nicolas Rambaud affirme dans un manuel scolaire édité en 1896 que les chevaliers français décimés pendant la bataille d'Azincourt le furent parce qu'ils montaient d’énormes Boulonnais et Percherons peu maniables.À la lumière de découvertes plus récentes, il est peu probable que les montures des chevaliers médiévaux aient été d'énormes chevaux de trait.. Au , le Boulonnais est influencé par les chevaux andalous et des races nordiques. Henri IV aurait apprécié les qualités de la race, alors un cheval de selle étoffé capable de porter des cavaliers en armure. D'après l'auteur ancien Charles de Sourdeval, les Boulonnais seraient renommés pour les tournois mettant en valeur leur force, leur agilité et leur souplesse. C'est ce qui aurait poussé le monarque à fonder, en 1587, dans la vaste cour du château de la Montoire (actuel arrondissement de Saint-Omer), les plus anciennes courses de France le premier dimanche de mai, tous les ans, jusqu'en 1789.
Du aux années 1850 thumb|alt=Gravure présentant le profil gauche d'un cheval massif à la robe sombre dans un champ.|Gravure d'un cheval boulonnais en 1848. L'occupation espagnole des Flandres, à partir de la fin du , a certainement apporté le cheval andalou, mais aussi des échanges de gènes avec des chevaux arabes et barbes, dont l'influence sur la robe grise et l'expression du Boulonnais moderne reste visible. Cette influence a certainement été très bénéfique, puisque les exportations depuis cette région deviennent si nombreuses que Charles Quint publie en 1553 une ordonnance interdisant d'exporter les chevaux de cette région.
La race est mentionnée dans les chroniques du , à l'époque de la création de la foire aux poulains de Desvres. Des acheteurs viennent de Picardie et de Haute-Normandie vers le Boulonnais, attirés par la bonne réputation de ce cheval. L'élevage s'en implante dès lors dans ces régions.