Les gardiens de la bibliothèque perdue est une histoire en bande dessinée de Keno Don Rosa. Elle met en scène Picsou, Donald et leurs neveux Riri, Fifi et Loulou dans leur rôle de généraux des Castors Juniors accompagnés par le général Dublair, le limier officiel de l'association.
Concernant le parcours des connaissances de la bibliothèque d'Alexandrie, cette histoire est fictive.
Synopsis Alors que les Castors Juniors inaugurent leur musée, Picsou essaie en vain d'acheter le Manuel des Castors Juniors. Ce petit livre contient quasiment toutes les connaissances, mais sa possession est réservée aux membres des Castors. Picsou pourrait s'en passer s'il retrouvait les livres de la bibliothèque d'Alexandrie, aujourd'hui détruite. Associé à Riri, Fifi et Loulou, il part dans une enquête autour du monde pour retrouver les connaissances de l'antique bibliothèque. Au fur et à mesure de leur recherche, ils découvrent que, plusieurs fois, les textes ont été recopiés sur un autre support, enrichis par des connaissances venues du monde entier ; que les anciennes copies ont disparu… et que, finalement, toutes les connaissances accumulées pendant ces millénaires ont été compilées sous la forme du Manuel.
Fiche technique
Histoire D 92380 Éditeur : Egmont Titre de première publication : Visdommens voktere - historien om Hakkespettbokens opprinnelse (norvégien) Titre en anglais : The Guardians of the Lost Library (les gardiens de la bibliothèque perdue) Titre en français : La bibliothèque perdue, Les gardiens de la bibliothèque perdue 28 planches Auteur et dessinateur : Keno Don Rosa Première publication : Donald Duck & Co /1993, septembre 1993 Première publication aux États-Unis : Uncle Scrooge Adventures , 1994 Première publication en France : Picsou Magazine , janvier 1997
Contexte d'écriture Don Rosa réalisa cette histoire à la demande de ses amis de Norvège. En 1993, le pays organisait une « Année du Livre », afin de faire la promotion du livre. L'éditeur norvégien de chez Egmont, lui-même savant en littérature classique, a demandé au bédéiste de réaliser une aventure de Picsou sur les livres. Ce dernier eut donc l'idée de mener son personnage sur la quête de la mythique bibliothèque d'Alexandrie. L’occasion pour lui de montrer au lecteur l'évolution des livres jusqu'à l'époque actuelle, ainsi que de présenter d'authentiques célèbres collectionneurs ou marchands de livre et d'indiquer combien le livre pouvait être signe de richesse autrefois. Comme autre élément central de son histoire, il choisit d'utiliser un livre mythique, le Manuel des Castors Juniors, dont il explique l'origine lointaine.
Parallèlement, il éloigne Donald de cette aventure, chose rare, celui-ci étant hypnotisé par la télévision. Il s'agissait pour l'auteur de faire de ce personnage, archétype de l'homme ordinaire, un « exemple de drogué de télé américain moderne dont la volonté de lire a été sapée par notre distraction bon marché illimitée ».
Références à Carl Barks L'organisation des Castors Juniors et leur manuel sont des créations de Barks, tout comme les acronymes qui servent de titres aux membres adultes. Par exemple, le G.R.O.S.B.E.T.A. est le Grand Responsable de l'Ouverture Splendide des Bâtiments Exceptionnels et des Tirades les Accompagnant. L'histoire reprend le chien Dublair, membre galonné de l'organisation proche du scoutisme.
Don Rosa rappelle à nouveau (voir l'histoire « Sa Majesté Picsou ») la fondation de Donaldville à partir du fort de Drake à la place duquel Picsou construisit son coffre-fort. L'auteur donne en outre une explication à la porte en métal préexistante au coffre et dont Picsou se servait comme piège électrifié (voir la première apparition du coffre en 1951).
Sur l'univers établi par Carl Barks, Don Rosa propose une explication sur l'origine des Castors Juniors (JW ou Junior Woodchucks dans la version anglaise), même si cela l'oblige à des libertés avec l'histoire réelle.
Dans l'évolution des trois neveux, l'histoire se place à un moment où Riri, Fifi et Loulou sont assagis et suivent leur grand-oncle Picsou sans être accompagnés par Donald. Celui-ci passe l'épisode devant la télévision, non sans servir d'élément comique à cause de la « lucarne magique ».
L'univers de Don Rosa L'auteur américain a relié par la suite cette histoire à celles qui suivront : Dublair jeune est un des héros de C.E.S.T.D.U.C.H.A.R.A.B.I.A. ; la bibliothèque d'Alexandrie est un des lieux de l'histoire les Cartes perdues de Christophe Colomb, autre uchronie de Don Rosa, inspiré par Carl Barks.
Comme souvent, chez Don Rosa, l'utilisation du Manuel des Castors Juniors par Riri, Fifi et Loulou pour découvrir des informations inconnues des spécialistes consultés par Picsou provoque l'incrédulité de ces derniers, tandis que leurs oncles en deviennent blasés.
Le bédéiste explique lui-même que son histoire est similaire à celle plus récente sur le trésor des Templiers (Une lettre de la maison).
Références historiques et culturelles Si cette histoire est fictive et uchronique en ce qui concerne les supposés transferts de connaissances à partir de la bibliothèque d'Alexandrie, elle permet néanmoins de faire découvrir des bribes des histoires antique, médiévale et moderne. Pour ce faire, l'auteur s'est livré à un rigoureux travail de documentationDon Rosa confie:
"Toutefois, il est vrai que je m'emballe facilement lorsque je me documente. La partie la plus agréable de la construction d'une chasse au trésor de Picsou comme celle-ci est le challenge consistant à m'assurer qu'absolument tous les faits historiques de mon récit sont absolument authentiques. En passant des semaines me documenter (en me servant de livres !) je me suis assuré à 100 % que chaque nom, chaque date, chaque lieu et chaque événement utilisé étaient vrais. Même si c'est parfois frustrant de savoir que de nombreux lecteurs croient que j'invente tout, au moins, moi, je sais que lorsque mon histoire affirme que, par exemple, Sir Francis Drake pille un certain vaisseau espagnol porteur de trésor faisant voile d'un certain port à une certaine date, tout est absolument authentique. Et c'est ce qui rend les choses amusantes pour moi.". Par contre, pour faire vivre cette histoire, la rendre drôle pour le jeune public visé et l'amener au dénouement, l'auteur prend beaucoup de libertés sur les vies de Christophe Colomb et du corsaire Francis Drake. Dans la Couronne des croisés, il se sert à nouveau du premier voyage de Colomb comme support à la quête d'un trésor légendaire. On peut noter comme références :
Références générales
Les différents supports des ouvrages et leurs qualités et défauts de conservation sont évoqués avec humour : rouleaux de papyrus, parchemin, vélin, papier ; ainsi que les modes de reproduction : recopiage dans les scriptoriums, puis imprimerie (innovée par Johannes Gutenberg). Le panorama urbain d'Alexandrie et Istanbul avec des représentations assez fidèles de bâtiments tels que les mosquées.
Alexandrie
vignette|Coucher du soleil illuminant la promenade du front de mer d'Alexandrie.L'histoire d'Alexandrie est évoquée, ville d'Égypte fondée par Alexandre le Grand au s avant notre ère, afin d'en faire la capitale de son empire. Devenue grand foyer culturel, ses savants ont durant collectés tous les écrits connus afin de réunir l'ensemble du savoir humain acquis au fil des millénaires et les entreposer dans la fameuse bibliothèque. Pour en retrouver l'emplacement de la bibliothèque, les héros se basent sur le Manuel. Celui-ci affirme que l'astronome Aristarque de Samos, partisan de l'héliocentrisme, remarqua qu'à chaque premier jour de l'année, l'ombre de la tour de Pharos tombait sur l'édifice. Celle-ci se trouve sous un des nombreux stades que compte la ville. gauche|vignette|Rendu artistique de la bibliothèque d'Alexandrie, basé sur des preuves archéologiques, XIXe siècle.La bibliothèque découverte par les personnages abrite le tombeau d'Alexandre le Grand, qui n'a jamais été retrouvé dans la réalité. Dans cette histoire, le corps de ce roi fut enfermé dans un sarcophage de cristal par son ancien général en chef, Ptolémée . Celui-ci devint roi d'Égypte et fonda la dynastie ptolémaïque. Sa descendante Cléopâtre VII fut la compagne de Jules César qui, durant sa guerre civile (années 40 avant notre ère), détruisit un entrepôt de rouleaux de papyrus. La reine comprit alors qu'elle devait protéger les trésors de la bibliothèque, en fondant les "Gardiens de la Grande bibliothèque", avec pour symbole une représentation de l'ibis de Thot, dieu égyptien inventeur de l'écriture, avec les ailes déployées. Quant à elle, elle s'est faite enterrée dans cette bibliothèque secrète, comprenant les originaux des documents détruits au fil des siècles. Malheureusement, les papyrus qu'elle contient ont fini par tomber en poussière. Il est à noter que de nos jours, les circonstances des différentes destructions de la bibliothèque au fil des siècles font toujours l'objet de débats entre les historiens. Le travail est rendu difficile par le fait qu'aucune trace matérielle de la bibliothèque d'Alexandrie n'a été, à ce jour, identifiée ou retrouvée. Parallèlement, deux ans après la parution de l'épisode, débutèrent les travaux de la Bibliotheca Alexandrina (1995-2002), bâtie approximativement à l'emplacement de l'ancienne bibliothèque.
Istanbul/Constantinople
vignette|Vue aérienne de Galata (premier plan) et Sarayburnu (fond) à Istanbul.Dans la bibliothèque d'Alexandrie, nos chasseurs de livre découvrent un document en grec byzantin, expliquant que après Cléopâtre, les Gardiens ont recopié tous les documents sur des parchemins, transportés dans la nouvelle capitale du monde civilisé : Constantinople. Il s'agit de l'ancien nom d'Istanbul, autrefois capitale de l'Empire byzantin. Dans l'église Saint-Jean de Stoudion (monastère du Stoudion ?), site de la bibliothèque byzantine, un religieux explique que des savants du Moyen-Orient ont étudié sur place, en échange de quoi ils apportaient les livres des bibliothèques de l'islam. Les rouleaux de parchemin ramenés d'Égypte ont brûlé lors d'un incendie en 937, mais ils ont été recopié entretemps par les moines sur des livres, nouvelle invention (à raison de dix rouleaux par livre). Les de la bibliothèque faisaient la fierté de la ville, mais ont disparu lors du pillage de la ville pendant la quatrième croisade, faisant suite au second siège de Constantinople (en 1204). Les responsables de la catastrophe étant au service du doge de Venise, c'est vers cette ville que partent ensuite les protagonistes.
Venise vignette|Grand Canal, à Venise - Vue du Rialto vers le sud-ouest. L'auteur utilise une approche par l'humour du problème de la stabilité des bâtiments de Venise, à travers l'abbaye fictive de San Zapui (sans appui), qui penche constamment, car s'enfonçant dans la lagune vénète. L'édifice comprenait une bibliothèque comprenant des ouvrages (dont ceux rapportés de Constantinople), qui selon le moine ont influencé des grands esprits de la Renaissance, tels que Michel-Ange ou Léonard de Vinci. Vers 1275, Niccolò Polo y consultât des descriptions des trésors de l'Orient. Il partît là-bas avec son célèbre fils Marco, qui à son retour du Cathay, offrit à l'abbaye en remerciement des copies des grands livres de l'empereur mongol Kubilai Khan.