vignette|redresse|Manifestation organisée le par l'APPO (Assemblée populaire des peuples d'Oaxaca) sur la route d'Oaxaca à Tehuantepec « Multitudinario apoyo », Novedades De Quintana Roo, 8 novembre 2006.. vignette|redresse|Barricade bloquant une rue et graffiti des manifestants, centre-ville de Oaxaca de Juarez, le . vignette|redresse|Manifestation en centre-ville du .
La révolte d'Oaxaca est une insurrection marquante de la politique du Mexique, durant le second semestre de 2006. Il s'agit à l'origine d'un mouvement protestataire mené par des professeurs d'Oaxaca de Juárez, la capitale de l'ÉtatMexique : quasi-insurrection à Oaxaca Publié le 28/10/2006 à 23:00. Le , des membres de la section locale du syndicat SNTE remettent au gouverneur de l'État de l'Oaxaca, Ulises Ruiz Ortiz, un document résumant les principales revendications des travailleurs et travailleuses de l'éducation. À partir du , face au refus des autorités locales d'accéder à leurs demandes, les professeurs en grève occupent le centre historique de la ville, appuyés par certaines organisations sociales.
Plus tard en 2006, des affrontements entre les manifestants et des policiers de la Policía Federal Preventiva (PFP) donnent une nouvelle tournure à la protestation. Face à la répression policière, les citoyens de la région non affiliés au syndicat des professeurs rejoignent le mouvement. Aux revendications des professeurs s'ajoutent désormais celles des autres citoyens, donnant une nouvelle tournure au mouvement protestataire, qui passe à être qualifié dans la presse « d'insurrection populaire ».
Contexte général La personnalité politique locale, le gouverneur du PRI Ulises Ruiz Ortiz, dont l'élection, en 2004 est contesté par d'autres partis politiques ; les reproches concernent des accusations de fraude lors de cette élection locale et de malversations financières entrant en jeu dans la campagne de Roberto Madrazo Pintado, candidat du PRI, à l'élection présidentielle mexicaine.
Comme pour la révolte au Chiapas, cette situation de confrontation prend naissance dans un contexte régional bien antérieur à son éclatement, dont on ne trouve aucun relais dans les grands médias sauf les sites alternatifs opposés au gouvernement du Parti action nationale (PAN) au niveau national et au PRI au niveau de l'État de l'Oaxaca.
Le soulèvement proviendrait d'une situation d'inégalités sociales qui s'est creusée durant les années précédentes. Selon la chaîne d'information anglaise BBC., à partir du mois de mai d'écoliers n'ont pu se rendre en classe du fait de l'arrêt des cours dans d'enseignement.
Histoire Débuts comme simple grève salariale (mai) Le , commence une grève qui ne concerne que le seul Sindicato Nacional de Trabajadores de la Educación SNTE, dirigé à l'époque par Elba Esther Gordillo (emprisonnée en pour le détournement de deux milliards de pesos) par sa section locale (section 22), sur la base de revendications salariales. Emmenés par Enrique Rueda Pacheco, ils réclament une augmentation cadre et s'adressent au gouvernement de l'État de l'Oaxaca sachant que ce domaine relève de la compétence de l'État fédéral.
Ces salariés du gouvernement fédéral craignant de perdre leurs acquis sociaux en matières de retraites, soins médicaux, etc. qui leur avaient été concédés durant la longue période où le PRI membre de l'internationale socialiste était au pouvoir au niveau fédéral, par exemple 3 mois de salaire payé (aguinaldo) en plus chaque année alors que la loi sur le travail (article 85) prévoit 15 jours payés, 3 mois de vacances annuels payés alors que la loi sur le travail (article 76) prévoit 6 jours payés..
Ils sont à suivre le mouvement (chiffres non officiels), et placent un piquet de grève au beau milieu du centre-ville. Le , ils ne seront plus que .
Un mouvement mené par les instituteurs occupe pacifiquement la place principale de la ville, la place de la Constitución dite aussi « Zócalo ». Le , la police tente de les déloger violemment (8 morts, 15 disparus). que cette grève circonscrite à une catégorie professionnelle passe sur un plan beaucoup plus étendu après le , date qui voit l'instauration de l'APPO et le déclenchement d'une grève très bien organisée dans l'état entier. Ils demandent la chute du gouverneur en place (Ulises Ruiz Ortiz) et la tenue de nouvelles élections.
Grève générale des professeurs (juin-août) vignette|redresse|gauche|Le gouverneur Ulises Ruiz.
Du , date de l'intervention de la police, jusqu'à début août, le conflit reste relativement peu violent. Puis plusieurs attaques surviennent sur les installations contrôlées par l'APPO, particulièrement les stations de radio. Les individus perpétrant ces attaques sont identifiés comme étant membres d'organisations en faveur du PRI ou membres de la police locale ou les propriétaires de ces radios En operativo de limpieza, policías de Oaxaca siembran el terror entre civiles, La Jornada à l'époque très proche de l'APPO, édition du 23 août 2006. Six personnes sympathisantes de l'APPO sont tuées pendant ces attaques, ce sont les premières victimes de ce conflit Ejecutan a catedrático de la Universidad de Oaxaca : article tiré de La Jornada, édition du 9 août 2006 Para los muertos de Oaxaca: article tiré de La Jornada, , édition du 2 novembre 2006.
À partir du , la revendication principale des manifestants est devenue la démission du gouverneur de l'État de l'Oaxaca, Ulises Ruiz Ortiz, après que ce dernier a envoyé policiers dans le centre-ville afin de mettre fin à l'occupation de ce site qui a engendré des heurts entre les professeurs en grève et la police Mexico teachers clash with police - BBC News, 15 juin 2006.
vignette|redresse|Manifestant dans les rues d'Oaxaca de Juarez en juin 2006.
Après , la révolte s'étend à d'autres centres urbains de l'État de l'Oaxaca et dépasse largement la socio-catégorie des fonctionnaires en enseignement.. La grève mène le à la fondation de l'Assemblée populaire des peuples de Oaxaca (Asamblea Popular de los Pueblos de Oaxacan, ou APPO), réunissant plus de sociales, politiques, urbaines et rurales. Dans une tentative de reprendre le dialogue avec cette nouvelle instance, le gouverneur Ulises Ruiz nomme le au poste de « secrétaire général », au niveau de l'État fédéré.
Courant juillet, les mutins organisent une commémoration alternative à celle de la fête traditionnelle de la Fête catholique et indigène d'une effigie de Marie, qui se déroule annuellement le 16 juillet..
Il est à noter que le PRI et le Parti de la révolution démocratique (PRD) sont tous deux membres de l'internationale socialiste. Le président actuel est du PAN démocrate chrétien.
Intervention de la police fédérale (septembre-novembre) vignette|redresse|Déploiement de forces militaires mexicaines à l'aéroport proche d'Oaxaca de Juárez.
Les premières activités militaires de l'État fédéral sont observées à l'aube du sur les côtes de Huatulco et de Salina Cruz, deux villes situées aux bords de l'océan Pacifique. Le même jour, des hélicoptères de la marine survolent l'État de l'Oaxaca.
Après plusieurs mois de quasi-ignorance, le gouvernement mexicain intervient sur demande du gouvernement de l'État de l'Oaxaca (constitutionnellement il ne peut le faire que sur demande formelle de l'État concerné) et envoie durant le mois d'octobre 2006 les troupes de la Police fédérale préventive (PFP). Le , le journaliste d'Indymedia militant anarchiste américain, Bradley Roland Will (surnommé Brad Will) et au moins un des professeurs parmi les manifestants sont tués par des hommes armés. Après la mort par balles du militant anarchiste journaliste d'Indymedia, Brad Will, son assassin présumé Juan Manuel Martínez Moreno, qui serait un membre de l'APPO et secrétaire de la régie des sports de la municipalité de Santa Lucia del Camino El Universal du , article de Jorge Alejandro Medellin., est arrêté en .
Une lettre ouverte est écrite début novembre par des académiciens et des « personnalités », afin d'honorer la mémoire du journaliste Brad Will et d'apporter leur soutien aux « efforts du peuple d'Oaxaca pour mettre en place un gouvernement populaire qui reconnaisse les valeurs et les traditions locales ». Les personnalités les plus connues ayant signé cette lettre sont Noam Chomsky, Naomi Klein, Michael Moore, Arundhati Roy, Starhawk et Howard Zinn '': Lettre ouverte, tirée du site friendsofbradwill créée après la mort du journaliste.
Le gouvernement fédéral, sur demande expresse du gouverneur d'Oaxaca, envoie le les troupes de la PFP détruire les barricades mises en place plus tôt et reprendre le contrôle de la ville d'Oaxaca de Juárez. Les membres de l'APPO sont de plus en plus souvent arrêtés par les forces de la PFP et la police locale. Ils doivent progressivement continuer leurs activités dans la clandestinité.
Ce jour-là, alors que restent en dehors de la ville, de la PFP alliés à délogent les manifestants du Zócalo et s'installent dans plusieurs points de la ville. Au moins deux manifestants sont tués pendant la prise de contrôle de la PFP. Roberto López Hernandez, membre de l'Institut pour la sécurité sociale, et Jorge Alberto Beltrán, membre de la commission de sureté de l'APPO sont les deux personnes dont la mort est confirmée ce jour-ci.. Radio APPO rapporte que des raids policiers sont effectués dans les logements des membres de l'APPO pendant la première semaine. Le gouvernement fédéral nie ces accusations. Plusieurs hélicoptères lâchent des gaz lacrymogènes dans les rues d'Oaxaca afin de disperser les manifestants du centre ville. L'APPO, qui avait établi un campement sur le Zócalo, se retranche alors sur la place Santo Domingo, qui subit des graffitages bien que classée par l'UNESCO.
Après deux semaines de combats, la situation redevient stable, l'APPO déclare qu'il y a eu plusieurs dizaines de personnes tuées par la PFP, le nombre exact de victimes est toujours inconnu. Cependant le conflit ne semble pas terminé selon la tournure des événements et le renforcement de la structure de l'APPO. Les scènes violentes se font petit à petit plus rares, néanmoins Radio APPO rapporte quelques combats dans les rues d'Oaxaca entre les manifestants et les forces fédérales...
Juste après l'évacuation du Zócalo par la PFP, de nombreux manifestants se sont réfugiés dans l'Université autonome d'Oaxaca Benito Juárez avec le soutien du recteur de l'université. Étant une université autonome, les forces de police y sont interdites d'entrée, sauf avec l'accord du recteur..
Selon l'APPO et les témoignages vidéos, de nombreuses personnes sont emprisonnées en général après avoir été saisies et emmenées dans les hélicoptères de la PFP..