Le Théâtre du Trident est un théâtre fondé en 1971 à Québec.

La compagnie performe majoritairement sur la scène Octave-Crémazie du Grand Théâtre de Québec et est l’une des institutions culturelles les plus importantes du Québec, chef de file du théâtre québécois. Depuis son inauguration, le Théâtre du Trident a présenté plus de 200 spectacles et reçu plusieurs prix et distinctions, notamment le Prix Ville de Québec en 2003 pour le dynamisme et l’innovation dont il fait preuve en tant qu’entreprise culturelle.

Le Trident jette un regard novateur sur les chefs-d’œuvre de la dramaturgie universelle tout en accordant une place de choix à la création d’œuvres contemporaines québécoises, canadiennes et étrangères. La compagnie se veut une tribune pour les auteurs et les artistes d’ici et d’ailleurs. Le Trident est un théâtre de type institutionnel, il reçoit donc du financement du Ministère de la Culture et des Communications et qui est membre de l’association Théâtres associés inc. (TAI).

Historique Contexte de création Les élections de 1966 représentent le retour au pouvoir de l’Union nationale, un parti politique provincial d’idéologie conservatrice fondé en 1935 par Maurice Duplessis. Reprenant le gouvernement au Parti Libéral de Jean Lesage, le parti de Daniel Johnson entre au pouvoir dans une période d’instabilité politique historique au Québec. La montée du nationalisme québécois est de plus en plus présente dans les sphères politiques, culturelles et sociales du Québec des années 60. Le retour du gouvernement plus conservateur de Johnson, mène par le fait même à l'affectation du ministère des Affaires culturelles, nouveau ministère créé en 1961, à Jean-Noël Tremblay. L’Union Nationale n’est pas historiquement reconnue pour son grand soutien dans les affaires culturelles du Québec, ce qui place donc le milieu artistique dans l’incertitude face à l’avenir qui lui est réservé. Malgré l’appréhension de la communauté, le ministre Tremblay aura un effet très positif sur le ministère des Affaires de la Culture notamment une hausse significative du budget de 41 % qui permettra la réalisation de nombreux objectifs fixés par ses prédécesseurs Georges-Émile Lapalme et Pierre Laporte.

Dès 1966, le ministre Tremblay entame des recherches pour occuper la nouvelle scène du théâtre commémoratif de la confédération, dont la construction débute en 1967 qui par la suite, deviendra le Grand Théâtre de Québec. Le but est de combiner des troupes professionnelles déjà existantes et ainsi habiter de façon permanente un lieu ayant comme mandat de favoriser le développement des arts de la scène. Sans surprise, les troupes déjà implantées à Québec résistent à l’initiative du gouvernement pendant plusieurs années. À la suite de la fermeture du Théâtre pour Enfants de Québec, du Théâtre du Vieux-Québec et du Théâtre de l’Estoc en 1968, faute du soutien gouvernemental espéré, ils seront tous invités par le ministère des Affaires culturelles à se rejoindre et à former une nouvelle troupe. Ce sera le Théâtre du Trident.

C'est le comédien Paul Hébert, alors directeur du Conservatoire d’art dramatique de Québec, qui devient le premier directeur artistique de cette nouvelle compagnie, laquelle a comme but de promouvoir du théâtre de répertoire, du théâtre de recherche et du théâtre s’adressant à la jeunesse. alt=|vignette|282x282px|Frankenstein au Théâtre du Trident

Premières années La première représentation de la nouvelle troupe a lieu sur la scène Octave-Crémazie du Grand Théâtre de Québec le alors que le Trident présente 0-71 une création de Jean Barbeau. La saison se poursuit avec un spectacle constitué de deux pièces de Molière, La Jalousie du Barbouillé et Le Médecin volant, puis avec une autre création Charbonneau et le chef, de John Thomas McDonough. Cette dernière production, dans laquelle Jean Duceppe incarne l'ancien premier ministre Maurice Duplessis et Jean-Marie Lemieux en Mgr Joseph Charbonneau, sera le premier grand succès du Trident.

La saison suivante, le Trident connait un autre franc succès avec Pygmalion de G.B. Shaw présenté dans une adaptation à la québécoise d'Éloi de Grandmont, puis avec le classique nord-américain La Mort d'un commis-voyageur d'Arthur Miller dont Jean Duceppe tient le rôle principal.

Dès ses débuts, les productions présentées par le Théâtre du Trident ont du succès et attirent un large auditoire se créant ainsi une réputation de plus en plus forte dans le milieu artistique du Québec. À sa troisième saison d’activité, le Théâtre du Trident invite le Théâtre Quat’sous à venir présenter sa production de la pièce À toi pour toujours, ta Marie-Lou de Michel Tremblay. C’est le début d’une période d’expérimentation théâtrale pour le Théâtre du Trident, qui évoluera par plusieurs procédés de production passant de l’invitation d’autres troupes, la coproduction et les tournées. Plusieurs compagnies collaborent avec le Trident notamment le Centre national des Arts, la Compagnie Jean Duceppe, le Théâtre du Nouveau Monde, le Théâtre populaire du Québec, le Théâtre Repère et le Théâtre du Rideau Vert. Cette ouverture artistique permet aussi au Trident d’acquérir de la notoriété dans le milieu théâtral québécois.

Ce n’est qu’à la saison 1973-1974, dans le but de respecter leur mandat d’origine visant à promouvoir du théâtre de recherche dans sa programmation, que le Trident forme le Groupe O, une formation de 6 comédiens ayant comme but de poursuivre la recherche théâtrale et d’en présenter les résultats devant le public. Le Théâtre du Trident invitera trois autres groupes de jeunes comédiens à présenter eux aussi le fruit de leurs recherches au Grand théâtre de Québec dans le cadre du festival Résultat 5/5 . À cette rencontre artistique est présent le Circuit temporaire présentant Les Zombiblots, le Grand Cirque Ordinaire présentant Un prince, mon jour viendra, le Théâtre du Nouveau Monde avec Théâtre en folie et le Groupe O avec Les Héros. La réponse du public face à cette expérience explique la décision de Paul Hébert, directeur artistique, d’abandonner le théâtre de recherche comme secteur d’activité pour le Trident.

Période d'instabilité La troisième saison du Théâtre du Trident débute en force avec la production Québec, printemps 1918 qui accueille 14 000 spectateurs. Elle se termine plus abruptement, Six personnages en quête d’auteur en accueillant moins de 4000. Pour la saison 1974-1975 du Théâtre du Trident, l’administration, avec l’appui du ministre des Affaires culturelles, décide de remplacer Paul Hébert, le directeur artistique en poste depuis sa création, par un comité formé de Michel Gariépy, comédien et réalisateur, Françoise Loranger, auteure et de Olivier Reichenbach, metteur en scène.

Plusieurs mesures seront entreprises durant cette année pour tenter de sortir la compagnie de la mauvaise situation financière dans laquelle elle se trouve. Le coût des productions sera budgété à la baisse, les distributions des pièces réduites ainsi que le coût des billets augmentés. Le ministère des Affaires culturelles accordera une subvention de 50 000 $ en pour aider le Trident à continuer ses activités. Durant cette année 1974-1975, le Théâtre du Trident présentera dix productions, dont trois pièces invitées, et deux spectacles pour enfants. La majorité des pièces montées durant la saison auront lieu au Palais Montcalm et non à la salle Octave-Crémazie due à la disposition gênante de l’espace scénique ainsi qu’à la quantité restreinte de places disponibles par représentations.

Le Trident débute sa nouvelle saison 1975-1976 encore une fois dans le rouge et se voit refuser l’obtention de nouveaux crédits par la banque ce qui oblige les membres du conseil d’administration et les directeurs artistiques en fonctions à démissionner avant la fin de la saison. À la suite de ces démissions inattendues, Paul Hébert sera restitué à son poste d’origine et Jean Pelletier sera nommé comme administrateur de la compagnie. Malgré ces initiatives, le Théâtre du Trident continue d’avoir de la difficulté à remplir ses salles de spectacles et avance vite vers la faillite. Pour tenter de sauver l’institution, le ministère prend la tutelle temporaire de la compagnie.Cette crise aura toutefois un effet bénéfique sur la population de Québec, qui décide de s’impliquer pour améliorer les chances de survie de leur théâtre. Un groupe est créé, le Mouvement d’action théâtrale (MAT), composé d’artisans du théâtre, qui propose au ministère des Affaires culturelles, de participer aux réflexions portées sur la pratique théâtrale et à l’avenir du Théâtre du Trident. La proposition du MAT sera acceptée par le ministère et un comité sera formé de quatre membres décrétés par le ministre, Jean Marie Bouchard, Louis fortin, Paul Hébert et Jean Pelletier ainsi que quatre autres membres choisit par le MAT pour les représenter, Paul Bussières, Paul-André Bourque, Rémy Girard et Réjean Roy.Deux rapports seront proposés au ministère, l’un émis par les représentants du gouvernement et l’autre par les membres issus du MAT. Une recommandation commune des comités sera que le Trident s’éloigne complètement du théâtre pour enfants et se concentre sur le théâtre de répertoire, le genre théâtral qui satisfait l’auditoire de l’établissement. À la suite des rapports, un nouveau conseil d’administration prendra la direction du Théâtre du trident, un conseil composé de huit membres, trois issus du public, trois du milieu artistique, le directeur artistique et le directeur administratif du Trident. Un nouveau conseil administratif sera aussi mis en place regroupant quatorze membres du public et quatorze membres du milieu artistique. Le Théâtre du Trident est finalement réorganisé et tous espèrent que ces mesures lui permettront de fleurir à nouveau.

Période d'émergence Les saisons qui suivent la période d’instabilité du Trident sont positives et assez stables. La compagnie maintient une programmation de quatre à cinq pièces par saison et dans un répertoire qui semble satisfaire le public, car le taux d’assistance augmente au fil du temps et des productions.Un bon exemple est la pièce Temps d’une vie par Roland Lepage, qui sera montée durant la période 1976-1977 qui obtiendra seulement 40 % d’assistance et qui sera montée à nouveau l’année d’après, celle de 1977-1978 et qui cette fois parviendra à occuper 91 % des places disponibles pour toute sa période à l’affiche.La saison 1978-1979 est une période de changements pour le Trident, car c’est le départ permanent de Paul Hébert et l’arrivée de Guillermo de Andrea pour le remplacer. Le nouveau directeur artistique d’origine argentine a été professeur au Conservatoire d’Art Dramatique de Québec pendant 5 ans avant de reprendre la barre du Trident.