Les Lébous forment une communauté ethnique emblématique du Sénégal, établie dans la presqu'île du Cap-Vert (Dakar) depuis plusieurs siècles. Selon les travaux de l'historien Cheikh Anta Diop, leur origine remonterait à l'Égypte antique, où un peuple nommé « Rebu » ou « Lebu » vivait aux confins du delta du Nil au premier millénaire avant notre ère. Après une longue migration à travers le Sahara et la vallée du fleuve Sénégal, ils se sont installés durablement sur la pointe ouest de l'Afrique dès le . Traditionnellement pêcheurs et agriculteurs, ils occupaient déjà ce territoire stratégique bien avant l'arrivée des premiers colons. Bien qu’ils parlent le wolof et soient aujourd'hui majoritairement musulmans, ils ont préservé des rites séculaires comme le culte des génies protecteurs (Tuur) et les cérémonies de guérison (Ndëpp), qui témoignent de la profondeur de leur héritage spirituel. »

Distribution géographique Selon le recensement de 1988 au Sénégal, les Lébous étaient , sur une population totale de habitants, soit 0,8 %Chiffres de la Division de la Statistique de Dakar cités dans Peuples du Sénégal, Éditions Sépia, 1996, . D'après d'autres sources, leur nombre est estimé à C. Saglio, Sénégal, op. cit., .

Ils sont essentiellement présents sur la presqu'île du Cap-Vert, mais de façon générale, on les trouve sur tout le littoral entre la Petite-Côte et la ville de Saint-Louis.

Histoire

L'histoire ancienne des Lébous a été un sujet de débat depuis plusieurs décennies. Selon certains historiens afrocentristes comme le professeur Cheikh Anta Diop et d'autres, ils ont migré de l'Égypte ancienneCheikh Anta Diop. Nations Nègres et culture : de l'antiquité Nègre Égyptienne aux problèmes culturels de l'Afrique noire d'aujourd'hui. 1954Cheikh Anta Diop. Parenté génétique de l’égyptien pharaonique et des langues négro africaines. Nouvelles éditions africaines. 1977. Dakar Histoire et organisation politique des Lébou dans la presqu’île du Cap-Vert et à Yoff (Dossiers régions côtières et petites îles 7 - Chapitre I, UNESCO), mais cette théorie, admise par beaucoup aujourd'hui, a été rejetée par des historiens occidentaux comme le Russell G. Schuh. "The Use and Misuse of language in the study of African history" 1997.

Les Lébous sont généralement classés avec les Wolofs à cause de la culture et de la langue. Ils ont été les porteurs d'origine de la langue wolof. , le mot "Wolof" était originellement utilisé pour désigner les habitants de Lof « waa-lof » (Wolof : « le peuple de Lof »). Les Lébous présentent plusieurs lignées - - comme les Waneer, les Youkab, les Your, les Khagane, les Ai, les Diassirator, les Deunguagne, les Beigne, les Dorobé, les Khonkhabop, les Dindire, les Soumbar. Ces lignées sont des appartenances déterminées par l'ascendance matrilinéaire. Les fonctions politico-administratives sont remplies par des lignées différentes pour éviter la concentration des pouvoirs entre les mains d'une même famille. Ainsi le jaaraf est le chef de village, le Ndey jambur est le président de l'assemblée des jambur, le Saltigué est le chef de guerre et le Ndey ji Réeww est le porte parole des populations. Avec l'islam et l'indépendance, en 1790, de la communauté lébou vis-à-vis du royaume du Cayor durant le règne du Damel Amary Ngoné Ndella Coumba Fall, est née une petite république (République lébou) gouvernée par le Serigne Ndakaru, à l'origine chargé de rendre la justice selon le coran. Après l'indépendance, les choses évoluant, les fonctions politico-administratives s'organisent en un véritable gouvernement dont le serigne ndakaru est le président de la république, le ndey yi réew, premier ministre, le Ndéyi jambur, président de l'assemblée des jambur, le jaaraf, ministre des finances et de l'agriculture,le Saltigué, ministre de la sécurité intérieure et extérieure, l'imam Ratib, ministre du culte, le Xaali ou khali ministre de la justice, le Baargéej, le ministre de la pêche et le ndey ji frey président de l'assemblée des frey.

Le gouvernement lébou de la république lébou est assisté par une assemblée législative de 36 jambur par penc. L'Assemblée des frey (jeunes élus) prend en charge la réalisation effective des décisions du gouvernement ainsi que les grands travaux.

Traditionnellement, les Lébous sont des pêcheurs. Bien que certains d'entre eux soient des agriculteurs, ils sont plus connus pour leurs activités de pêche que pour l'agriculture. . Lorsque les Portugais commencèrent à s'établir sur l'île de Gorée en , ils en expulsent de force la population lébou. Pendant des siècles, les Lébous tentent d'obtenir leur indépendance des Portugais, des Français, des royaumes wolofs et sérères qui essaient de les dominer. En 1790, la communauté lébou obtient son indépendance du royaume wolof du Cayor durant le règne du damel Amary Ngoné Ndella Fall, le roi du Cayor. Leur indépendance acquise, ils créent une petite république (République lébou) gouvernée par une lignée de religieux musulmans, appelé le Serin Ndakarou. Le premier Serin Ndakarou a été l'Imam Dial Diop (1795 - 1815) Cette république est divisée en plusieurs communautés avec leurs propres assemblées communales, telles que Yoff, Ouakam, Ngor, Hann, Gueule-Tapée, Niaye Thioker, qui existaient bien avant la création de Dakar avec un partage des pouvoirs entre le Grand Serigne (maître coranique), chef supérieur de la Communauté (Seriñ Ndakaaru), le Parlement national et les assemblées locales (les douze peñc de Dakar). Le poste de Serin Ndakarou a été créé en 1790, mais le premier Grand Serigne est Dially Ngoné est nommé en 1795 pour exercer les rôles de maître coranique et de juge. Le Serin Ndakarou est maintenant reconnu par le gouvernement Sénégalais comme le chef des Lébous. Diop, Cheikh Anta. L'Afrique noire pré-coloniale: étude comparée des systèmes politiques et sociaux de l'Europe et de l'Afrique noire, de l'antiquité à la formation des états modernes. Présence africaine, 1960. .

En 1859, l'administration française au Sénégal, dirigée par le gouverneur Louis Faidherbe est engagée dans une guerre avec le royaume sérère du Sine, sous le règne de Maad a Sinig Coumba Ndoffène Famak Diouf, roi du Sine de 1853 à 1871. L'administration française veut révoquer tous les traités signés avec les rois sérères qui l'oblige à payer des taxes à la Couronne. Le gouverneur Faidherbe veut introduire un nouveau traité abolissant ainsi les taxes. Le roi du Sine Coumba Ndoffène Famak Diouf refuse les nouveaux termes de Faidherbe. Pour exercer son autorité, Faidherbe lance une guerre contre le royaume du Sine. Il arrive à Gorée avec et fusiliers et invite les habitants de Gorée à le rejoindre. À Rufisque et Dakar, il rassemble les Lébous dont il déclare qu'ils :

À la bataille de Logandème (), Maad a Sinig Coumba Ndoffène Famak et son armée sont défaits. Sous les ordres du Faidherbe, Klein, Martin A. Islam and Imperialism in Senegal - Sine-Saloum, 1847–1914. Edinburgh University Press (1968). Diouf, Cheikh, "Fiscalité et Domination Coloniale: l'exemple du Sine: 1859-1940", Université Cheikh Anta Diop de Dakar (2005). Pendant la période coloniale, l'administration française accorde l'auto-gouvernance à la communauté lébou, un droit qu'elle conserve à ce jour. Blaise Diagne, qui avait un père lébou, courtise les aînés lébous lors de ses campagnes électorales. Blaise Diagne plaide pour l'abolition de la taxe d'entrée et l'indemnisation des communautés lébous dont les terres ont été confisquées pour construire Dakar .

C'est Matar Diop dit Eliman, un imam de Dakar du début du , qui autorisa la création du cimetière de Bel-Air à Dakar en à la demande des signares de Gorée. C'est encore lui qui permit aux congrégations catholiques de prendre pied à Dakar à la demande de la signare Anna Colas Pépin, nièce de Anne Pépin, résidant à Gorée.

Les Diop lébous sont à l'origine une famille wolof venue du nord du Cayor, la région du Ndiambour. Ce sont eux qui ont pris le commandement de l'état lébou au . Dial Diop était l'un d'eux. Les Diop étaient issus d'une dynastie noble du Cayor, les Diobène.

Le chef de la communauté léboue de Dakar est le grand serigne : l'actuel est le serigne Abdoulaye Makhtar Diop. De plus, l'imam Ratib de la Grande Mosquée de Dakar est traditionnellement issu de la communauté léboue.

La résistance des Lébous de la presqu'île du Cap-Vert

D'après la tradition orale, les Lébous seraient venus s'installer, après un long voyage qui les mena de l'Égypte à l'océan Atlantique, dans la région du Cayor. Chaque année, chaque village lébou apportait un tribut de sable fin, de coquillages, de poisson séché et de sel au damel (roi) du Cayor. Lorsque ce fut le tour du village de Bargny, alors dirigé par le diaraf (chef de village) Ballobé Diop (aussi nommé Dial Diop), ce dernier refusa de payer le tribut, en rappelant que les Lébous ne reconnaissent aucun roi et que c'est pour cette raison même qu'ils avaient quitté le territoire de leurs ancêtres. Le damel du Cayor, Damel Amary Ngoné Ndella Coumba Fall (appelé plus haut dans cet article Amary Ngoné Ndella Coumba) aurait alors déclaré la guerre au village de Bargny.

Comme il n'y avait pas de guerriers au village, les anciens allèrent consulter le génie Ndogal dans la forêt de Bahadiah. On dit que bien que l'armée de Bargny fût cinq fois inférieure à celle du Cayor, elle remporta la bataille, aidée par des nuages d'abeilles qui s'attaquèrent aux troupes du roi Amary Ngoné Ndella Coumba et laissèrent miraculeusement en vie les habitants de Bargny. Aussitôt après la bataille, Ballobé Diop décida que le territoire des Lébous s'étendrait pour toujours des dunes de sable jaune de Diander aux collines jumelles de Ouakam, et de l’île de Ngor aux falaises rouges de Dialaw.

Contrairement à une idée reçue, la république lébou n'existe pas et n’a jamais existé. En effet, une république suppose un pouvoir central et des lois communes. Or il n’existe pas de chef supérieur, chaque village étant autonome avec sa propre administration, aucun ne prévalant sur un autre ; même si l’organisation sociale est à peu près identique partout : diaraf, conseil des notables, des jeunes, conservateur des terres, tous élus démocratiquement mais sans privilèges ni distinctions d’aucune sorte, conseil des anciens auquel on accédait par son âge, sa sagesse et ses connaissances occultes. À la suite de sa victoire sur le royaume du Cayor, Ballobé Diop aurait déclaré aux autres chefs de village venus le proclamer roi : « Les Lébous n’ont pas besoin d’un damel (roi), mais de solidarité entre eux. Nos terres sont vastes et fertiles, nos forêts sont giboyeuses, la mer est là, toujours généreuse, chaque village se suffit à lui-même. Nous sommes tous parents. En cas de difficulté, aidons-nous les uns les autres. Retournez chez vous, dirigez vos villages dans la concertation, la justice, la paix et que votre autorité ne soit pas lourde. Que le frère cadet suive son frère aîné, que les suive son père ».

Langue

Les Lébous parlent le wolof.

Patronymes Cette population particulière a activement participé au développement de Dakar. On trouve des patronymes de grandes familles lébous parmi les fondateurs de capitale.

Parmi les noms de familles souvent portés par les Lébous, on relève notamment : Paye, N'Doye, Wade, Mbaye, Boye, Diene, Niang,, Gueye, M'Bengue, Pouye, N'Dir, Yade, Bakhoum, , Samb, Nguirane, Mangane, Fall, Thiombane, Thiome, Thiandoume, Loum, Seck (originaire de Mbao, un des plus anciens villages de la presqu'île du Cap-Vert, dont le nom vient de Mbao Seck, le premier à s'y installer L'histoire de MBAO et de son appartenance par les Seckénes extrait du bulletin de l'IFAN CH. Anta Diop T. LU, sér. B, nO 1-2]). C'est ainsi qu'on retrouve les patronymes , M'Bengue, , Samb, et .

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