La maison du Temple ou le prieuré hospitalier du Temple à Paris était le chef-lieu de la province de France de l'ordre du Temple et la plus grande commanderie templière de France avant de devenir la maison cheftaine des Hospitaliers de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem lors de la dévolution des biens de l'ordre du Temple.

Jusqu'à la Révolution, le prieuré a bénéficié d'un statut de bailliage au sein de Paris : lieu de franchise fiscale, lieu d'exemption aux règles des corporations et lieu d'asile pour les débiteurs insolvables.

Il est connu maintenant sous le nom d'enclos du Temple et a laissé le nom du Temple au quartier.

Origine

L'époque d'installation des Templiers est mal connue ; ils remplacent le Vieux Temple, leur premier lieu de résidence installé vers 1140 face à l'église Saint-Jean-en-Grève à l'emplacement de l'actuelle rue de Lobau près de la place de Grève. Jacquemin, archiviste du prieuré de France, dit que les titres relatifs à cette fondation ont été brûlés par les Templiers lors de leur arrestation mais sans en apporter la preuve.. SauvalSauval, Antiquités de Paris, tome 2, p. 270 ou PiganiolPiganiol, Description de Paris, tome 4, p. 211, historiens, n'ont rien trouvé sur les origines ; quant à l'abbé LebeufLebeuf, Histoire de la ville et diocèse de Paris, tome 1, p. 335, il déclare que la maison des Templiers est fondée au cours du et CocherisHistoire de Lebeuf continuée par H. Cocheris, tome 1, p. 463 suppose qu'elle existait déjà lorsque Mathieu de Beaumont fit donation, en 1152, d'une partie de la seigneurie de Reuilly et des terres environnants..

En effet, en 1146, un charte de Simon, évêque de Noyon, retrouvé à la commanderie d'Eterpigny, cite la présence d'une maison du Temple à Paris où le commandeur et les chevaliers étaient réunisArchives nationale S 5223, supplément n. 44.. Vers 1172, dame Gente fait possession aux Templiers d'un moulin avec maison au-dessus situé au Grand-Pont dans la censive du chapitre de Notre-Dame, moyennant payées en une fois. L'acte est fait en présence de Maurice, évêque de Paris, de frère Gaudefroy Fouquier, maître du Temple en deçà des mers, de frère Eustache Le Chien, maître du Temple en France et de frère Jean, commandeur à ParisArchives nationales K 23, n. 154. Par des lettres d'Isambert, prieur de l'église Saint-Éloi à Paris, datant de 1175, donne et confirme à la maison du Temple tout ce qu'elle possédait sous le cens et coutumes d'usageArchives nationales S 5080, supplément n. 26.

Histoire

En 1279, Philippe III le Hardi passa, par lettres patentes, un accord avec l'ordre du Temple au sujet de la justice seigneuriale que l'Ordre détenait sur ses biens-fonds. Le roi reconnaît que l'Ordre pouvait disposer sur tous ses biens, hors les murs de Paris puis, petit à petit, à l'intérieur des limites de Paris, de la haute, moyenne et basse justiceArchives nationales K 34, n. 34.. Au , le nombre des cens ou des rentes foncières appartenant à l'Ordre était tellement important qu'il faudrait nommer presque toutes les rues et places de Paris..

En 1312, l’ordre du Temple fut dissous et ses biens en France furent attribués aux Hospitaliers de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem pour en faire le prieuré du Temple. Néanmoins, même si Philippe le Bel avait ordonné de procéder à la remise des biens aux Hospitaliers depuis le , l'enclos était omis puisque Louis X, son fils, refusa encore de le rendre pour en faire le douaire de la reine Clémence de Hongrie.. Ils transférèrent le siège du grand-prieuré de France au . Ces travaux ne furent terminés qu'au sous Emery d'Amboise.. vignette|Souper du prince de Conti, prince de sang, au Temple. Sous Louis XIV, le Châtelet était fortement jaloux des droits et privilèges de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem et il était cherché tous les moyens de les réduire. Lorsqu'en 1676, le roi prit un décret pour la création d'un nouveau Châtelet qui incorporerait tout Paris., les Hospitaliers coururent à la cour se plaindre auprès de roi. Louis XIV les reçut et les écouta. Il consentit à leur laisser la haute justice sur l'enclos du Temple et de Latran avec le droit de percevoir les cens et rentes qu'ils prélevaient. Le roi les dispensa, à cette occasion, du paiement de certaines contributions. Les Hospitaliers voulurent présenter le les lettres du roi datant du pour homologation mais les officiers du Châtelet s'y opposèrent. Le roi, sans tenir compte de leur mauvaise volonté, enregistra les lettres par arrêt du .

Au , les officiers de la couronne comme ceux du Châtelet firent des difficultés aux Hospitaliers dans l'exercice de leurs droits et privilèges. Une fois, c'est un receveur du trésor royal qui saisissait leur fief en l'absence des déclarations de leur temporel, une autre fois, c'est un notaire qui poursuivait le greffier de l'Hospital pour avoir fait des actes réservés à sa compétence, une fois encore, les officiers du Châtelet venaient faire des exploits de justice jusque dans les maisons de l'enclos.. Sous Louis XV et Louis XVI, les Hospitaliers avaient l'oreille de la cour. À cette époque, le prieur, qui prend alors le titre de grand prieur, était souvent des princes de sang, il n'en était pas de même sous les règnes précédents.

L'ordre était propriétaire des terrains à l'est de l'enclos jusqu'à la rue de la Folie Méricourt. Ces terres agricoles au-delà du boulevard du Temple, le « Marais du Temple » (jardins maraichers), sont valorisées à partir des années 1780 par le lotissement de la Nouvelle Ville d'Angoulême.

vignette|Louis le Dernier et sa famille conduits au Temple le 13 Aoust 1792 (estampe de 1792, auteur inconnu). L'enclos du Temple est devenu bien national en 1790. La famille royale y est emprisonnée après la journée du 10 août 1792 et avant les procès de Louis XVI et de Marie-Antoinette, qui les conduisirent à l'échafaud. Le Dauphin y mourut en . Sa sœur, Madame Royale, y reste incarcérée jusqu'en . La tour du Temple sert encore de prison au tout début du , pour plusieurs prisonniers politiques, tels Cadoudal, Pichegru, Toussaint Louverture, le général Moreau, les frères Armand et Jules de Polignac.

Napoléon Bonaparte fit démolir la tour du Temple en 1808 afin d'éviter qu'elle devienne un lieu de pèlerinage royaliste. La démolition dura deux ans et s'acheva en 1811. Aujourd'hui, il ne reste presque rien de cet enclos et des bâtiments.

L'église, qui abritait de nombreux tombeaux, et les bâtiments conventuels, dont un cloître, sont détruits en 1796 ; l'hôtel du grand-prieur en 1853.

Le palais fut la seule partie de l'enclos du Temple à subsister après la Révolution. Converti en caserne de gendarmerie, puis en 1812, en ministère des cultes, il fut attribué à la première Restauration, en , aux religieuses bénédictines de l'Adoration perpétuelle du Saint-Sacrement, congrégation fondée par la princesse Louise Adélaïde de Bourbon Condé, sœur du duc de Bourbon, le dernier des Condé.

Contrainte à l'exil pendant les cent-jours, la princesse installe en 1816 son couvent dans l'ancien hôtel du grand-prieuré, à côté duquel elle fait bâtir une chapelle, où elle sera inhumée, à sa mort, le . Après la révolution de 1848, les religieuses sont expulsées du palais, qui sera détruit en 1853. Le portail de son entrée cochère se trouvait à l'emplacement de l'entrée de l'actuel square du Temple.

Les édifices

Hôtel du prieur

vignette|Hôtel du prieur, du côté du jardin, construit en 1666.

Un procès-verbal de visite prieurale en 1495 donne une description du prieuré des Hospitaliers :

Jusqu'à la fin du , le prieur logeait avec les religieux, au couvent. Emery d'Amboise fit construire un bâtiment prieural avec une chapelle et une grande salle du chapitre où se réunissaient les commandeurs du grand prieuré de France pour rendre compte et verser au trésor commun leurs responsions..

Depuis le , le grand prieuré et la commanderie du Temple devinrent l’apanage de cadets de la famille royale. En 1665-1666, Pierre Delisle-Mansart construit un palais pour le prieur Jacques de Souvré.

Ce palais comportait un corps de logis central orienté nord-sud, encadré par deux ailes en retour, précédé par une cour entourée d'une colonnade en forme de fer à cheval et prolongé en arrière par un jardin à la française. Ce jardin était bordé, sur son côté ouest, par la Tour du Temple.

L'aspect de la cour d'honneur de l'hôtel n'était pas sans similitudes avec celui de la cour d'honneur de l'hôtel de Soubise.

Au milieu du , l'hôtel abritait la collection d'Art du Prince de Conti, qui fut dispersée aux enchères sur place, en 1777.

Un tableau peint en 1766 par Michel-Barthélemy Ollivier, Le Thé à l'anglaise servi dans le salon des Quatre-Glaces, montre le grand salon du palais, alors occupé par le prince de Conti, lors d'une visite du jeune Mozart.

La Tour du Temple

thumb|upright|Tour du Temple transformée en prison royale.

Le Trésor royal français fut conservé dès 1146 à la tour du Temple, et donc gardé par les Templiers. Philippe Auguste bâtit un système comptable et fiscal, ancêtre de la Chambre des comptes, où les agents royaux venaient trois fois l’an déposer les revenus de la Couronne. Cette pratique prit vraisemblablement fin lors du règne de Philippe IV le Bel.

Église Sainte-Marie-du-Temple, ou Rotonde du Temple thumb|upright|left|Restitution de la Rotonde par Viollet-le-Duc.

La Rotonde constituait l'ensemble de l'église au avec certainement une petite abside à l'est. Elle était construite à l'exemple de l'église du Saint-Sépulcre de JérusalemDe Curzon (1888) p. 74. Au , quand le chœur et le porche avaient été réalisés, elle avait pour dimensions : diamètre de la rotonde soit , la nef soit et chaque bas-côté soit De Curzon (1888) p. 75. La voûte repose sur deux formerets toriques et les ogives délimitant les voûtains, prenant naissance sur six grosses colonnes avec entre elles cinq arcades pour former une « voute en ombrelle ». Au-dessus de chaque arcade, dans la lunette de la voûte sont percées des fenêtres étroites et nues en plein cintre et fortement ébrasées.

La chapelle dédiée à Jésus a été fondée en 1529 par Philippe de Villiers de L'Isle-Adam. Elle se trouvait à côté, à droite, du maître-autel. C'était dans cette chapelle que l'on avait l'habitude d'enterrer les commandeursArchives nationales S 5558, procès-verbal d'améliorissements de 1664. Du même côté se trouvait une autre chapelle dédiée à Notre-Dame de Lorette avec, à côté, un édifice rappelant le Saint-Sépulcre avec devant son entrée une colonne surmontée d'anneaux de fer, rappelant la potence de la flagellation du Christ dû à la générosité d'Emery d'Amboise.. Au bas de l'église, il y avait deux autres chapelles, à droite, la chapelle Saint-Aimé, entretenue par la corporation des voituriers de Paris, à gauche, la chapelle de Saint-Claude entretenue par les marchands de pain d'épices.

En 1788, le bailli du Temple, Alexandre-Charles-Emmanuel de Crussol, fit surélever la Rotonde sur les dessins de François-Victor Perrard de Montreuil.

La rue Perrée est à peu près à l'emplacement de l'église Sainte-Marie-du-Temple, qui fut rasée en 1796 Enclos du Temple, église Sainte-Marie du Temple et son cimetière sur tombes-sepultures.com.

Cimetière du Temple La rue Eugène-Spuller passe sur l'emplacement de l'ancien cimetière du Temple.

L'enclos du Temple

Une partie du domaine des Templiers fut entourée de murs pour former l’enclos qui correspond au quadrilatère formé actuellement par la rue du Temple, la rue de Bretagne, la rue de Picardie, et l'axe formé par le début de la rue de la Corderie, l'extrémité nord de la cité Dupetit-Thouars, et le débouché de la rue Notre-Dame-de-Nazareth dans la rue du Temple.