vignette|redresse|Fleury François Richard, Valentine de Milan pleurant la mort de son époux Louis d'Orléans (vers 1802), Saint-Pétersbourg, musée de l'Ermitage.

Le style troubadour est un mouvement artistique émergeant sous le Premier Empire, qui s'épanouit dans la première moitié du , et tendant à réinventer et s'approprier par les différents arts, une atmosphère idéalisée du Moyen Âge et de la Renaissance.

Il peut apparaître comme une réaction au mouvement néo-classique puis au style Empire. L'influence du style néogothique anglais, apparu dans le dernier tiers du , est cependant tout aussi manifeste, ce qui conduit les spécialistes à voir dans l'imagerie troubadour l'une des composantes du romantisme.

Histoire vignette|redresse|gauche|Jean-Auguste-Dominique Ingres : Raffaël et La Fornarina (1814), Cambridge, Fogg Art Museum.

La « redécouverte » ou la réappropriation de l'imaginaire médiéval est l'une des curiosités intellectuelles du début du français. Ce passé imprégnait l'Ancien Régime de par les institutions et rites qui lui étaient attachés, et maintenait l'organisation politique du royaume de France dans l'axe de traditions définies comme immuables. C'est le propre de la Révolution française d'avoir effectivement bousculé cet ordre.

En exhumant les restes des rois, en mettant « sur le marché » une multitude d'objets, d'œuvres d'art, d'éléments d'architecture médiévale, les révolutionnaires leur « redonnèrent vie »François Pupil, Le style troubadour ou la nostalgie du bon vieux temps, Nancy, Presses universitaires de Nancy, 1985, , BNF 34836102)..

Le musée des Monuments français, établi dans l'ancien couvent qui deviendra l'école des Beaux-Arts de Paris en 1820, fait, de tous ces glorieux débris du Moyen Âge, autant de sujets d'admiration pour le public et de modèles d'inspiration pour les élèves des sections de gravure, peinture et sculpture (mais pas ceux d'architecture puisque son enseignement avait été dissocié des Beaux-Arts et réuni à celui de l'École centrale des travaux publics sous la direction de Durand, promoteur de l'architecture néoclassique sévère qui caractérise le style de la Convention et du Consulat). C'est plus tard, à partir de la Restauration et sous l'impulsion de Quatremère de Quincy et de Mérimée, qu'une nouvelle tradition d'enseignement de l'architecture se reconstitue aux Beaux-Arts, en marge de l'école officielle déclinante, à partir d'ateliers privés qui comportaient des architectes diocésains travaillant pour les monuments historiques, qui donneront naissance à la fondation de la Société centrale des architectes et qui rendront possible en architecture l'expression du style troubadour.

La résurgence du sentiment chrétien dans sa dimension artistique, avec la parution en 1802 du Génie du christianisme, joua un grand rôle en faveur d'une peinture, d'une sculpture et d'une littérature édifiantes souvent inspirées par la religion André Lagarde et Laurent Michard, Éditions Bordas, 1969, . Génie du christianisme (I,1,1)..

vignette|redresse|Pierre Révoil, René d'Anjou chez Palamède de Forbin (vers 1827), collection particulière.

Artistes et écrivains rejetèrent le rationalisme néo-antique de la Révolution et se tournèrent vers un passé chrétien glorieux. Les progrès de l'histoire et de l'archéologie accomplis au cours du portent leurs fruits, en premier, dans la peinture. Paradoxalement ces peintres du passé ignorent les primitifs de la peinture française, trouvant leur style trop académique et pas assez anecdotique.

lui-même ne dédaignait pas ce courant : il avait pris comme emblème le semis d'abeilles d'or retrouvé au sur la tombe du roi mérovingien Childéric, et se voyait bien comme un continuateur de la royauté française. Une sorte de reconnaissance officielle du Moyen Âge fut opérée par la cérémonie du Sacre de Napoléon. Reprenant l'usage des rois de France (mais à Paris), le futur empereur tenta de reprendre à son profit les usages royaux : peut-être même dans ses manifestations miraculeuses, Bonaparte visitant les pestiférés de Jaffa d'Antoine-Jean Gros a été lue comme une version réactualisée des Rois thaumaturges.

Littérature C'est en France avec l'adaptation et la publication à partir de 1778 des anciens romans de chevalerie par le comte de Tressan (1707-1783) dans la Bibliothèque des romans, mais surtout un peu avant en Angleterre, que l'intérêt du public pour le Moyen Âge commence à se manifester dans la littérature, notamment avec les premiers romans fantastiques, comme le Château d'Otrante, qui inspirèrent à la fin du des écrivains français comme Donatien de Sade avec son Histoire secrète d'Adélaïde de Bavière, reine de France. Ensuite, c'est la traduction en français à partir de 1820 et l'immense succès des romans de Walter Scott comme Ivanhoé, Quentin Durward . Peinture La peinture de style troubadour est une peinture de genre à prétention historique, anecdotique et édifiante qui émerge principalement en France au moment de la Restauration et qui se caractérise par une réappropriation de l'imaginaire du Moyen Âge.

Si techniquement, elle hérite d'une certaine manière de la peinture néerlandaise du siècle, elle s'inscrit surtout dans la lignée du style néogothique anglais, s'en nourrissant, au point de marquer profondément la peinture de l'époque romantique française : son gros succès auprès des publics est évident, on parle de mode et d'engouement, qui s'épuisent avec la révolution de 1848.

Sculpture

Félicie de Fauveau (1802-1886). Représentante majeure du style troubadour, son œuvre, qui préfigure le préraphaélisme, a eu une grande influence sur des auteurs romantiques comme Alfred de Musset et Alexandre Dumas. Marie d'Orléans (1813-1839).Princesse d'Orléans, fille de Louis-Philippe , Roi des Français . Du fait de son talent artistique, elle est considérée comme la première sculptrice romantique française. Jehan Du Seigneur (1808-1866) sculpteur romantique actif entre 1831 et 1866, et membre de l'Institut historique.

Architecture vignette|redresse|Le château de Challain-la-Potherie, Maine-et-Loire.

On observe au un engouement pour l'architecture médiévale, issu de l'Angleterre où fleurit le style néogothique, mais qui, en France reste limité à certaines fabriques féodales que l'on trouve dans des parcs de châteaux.

Après sa disparition en peinture, le style troubadour semble se poursuivre, ou renaître dans l'architecture, les arts décoratifs, la littérature et le théâtre. L, construite en Écosse à partir de 1800 par Walter Scott, est l'archétype des châteaux néo-gothiques ou néo Renaissance mélangeant des éléments d'architecture récupérés et des pastiches.

Édifices troubadours Château de Mont-l'Évêque, dans l'Oise, ancienne résidence des évêques de Senlis. Château de la Reine Blanche, aux étangs de Commelles dans l'Oise. Château d'Anterroches, à Murat (Cantal). Château d'Aulteribe, à Sermentizon (Puy-de-Dôme) reconstruit par Henriette Onslow, fille du musicien. Château du Barry, à Lévignac, une aile néo-gothique datant de la fin du Guy Ahlsell de Toulza, Louis Peyrusse et Bruno Tollon, Hôtels et demeures de Toulouse et du Midi toulousain, Éditions Daniel Briand.. Château de Beauregard, à Hérouville-Saint-Clair, dans le Calvados. Château de La Rochepot reconstruction par Marie Pauline Cécile Dupond-White (1841-1898), veuve de Sadi Carnot. Château de Challain-la-Potherie, à Challain-la-Potherie, en Anjou, construit de 1847 à 1854 pour les La Rochefoucauld-Bayers, plans de René Hodé. Château de Clavières, à Ayrens (Cantal), construit par Félix de La Salle de Rochemaure. Abbaye d'Hautecombe, à Saint-Pierre-de-Curtille (Savoie), construit par Ernest Melano, sous la demande du roi de Sardaigne Charles-Félix. Château d'Hattonchâtel, édifié en 1923 sur les ruines d'une forteresse féodale. Château de Lauvergnac, reconstruit au milieu du . Château de Maulmont, à Saint-Priest-Bramefant : architecte Pierre Fontaine, ancien rendez-vous de chasse du domaine royal de Randan qui était une des résidences du roi Louis-Philippe. Galerie Saint-Louis du palais de justice de Paris, construite en 1835 par Alphonse de Gisors, à la place d'une galerie gothique qu'il a démolie. Château de Grandfond, à Brézé (Maine-et-Loire), construit de 1890 à 1893. Château de Pierrefonds, Eugène Viollet-le-Duc architecte. Château de Sedaiges, à Marmanhac (Cantal), reconstruit par l'architecte Parent. Château de Vigny (Val-d'Oise), reconstruit à partir de 1888 par l'architecte Charles Henri Cazaux. Château de Romefort (Indre), restauré entre 1872 et 1877 sous la direction d'Alexandre Arveuf-Fransquin, élève de Questel

Arts décoratifs et style troubadour vignette|redresse|gauche|Pendule, française, vers 1835-1840, bronze doré et patiné, inv. 17741, Musée des Arts Décoratifs, Paris.

Le style troubadour trouve l'une de ses représentations effectives dans les intérieurs privés français : les meubles et objets en tous genres, de la pendule au dé à coudre décorent les salons, principalement entre 1820 et 1830. Le style continuera cependant à séduire jusqu'à la fin du .

On trouve des précurseurs notables au style troubadour dès la fin du : entre 1788 et 1792, l'ébéniste Pierre-Antoine Bellangé livre au comte Esterhazy quatre chaises en bois doré « en la forme gothique ». Quelques années plus tard, sous l'Empire, Jacob-Desmalter s'inspire du mobilier anglais et exécute, entre autres, une paire de prie-Dieu en 1810 « dont le dossier était découpé en forme gothique » pour la chapelle du Petit-Trianon de l'Impératrice Marie-Louise d'AutricheMadeleine Jarry, Le siège français, Paris, 1973.. Le style troubadour dans les arts décoratifs ne s'étendra cependant à la noblesse et à la bourgeoisie que dans les années 1820, notamment à travers les magasins de curiosités parisiens comme L'Escalier de cristal, le Coq Saint-Honoré, le célèbre magasin de curiosités du tabletier Alphonse Giroux, ou encore Le Petit Dunkerque.

vignette|redresse|Fauteuil, par Joseph-Pierre-François Jeanselme et Jacques-Michel Dulud, vers 1850, palissandre sculpté, cuir, soie et serge, Metropolitan Museum of Art, New-York.

Pour ce qui est du mobilier, il conserve son aspect classique et confortable, typique de l'époque de la Restauration. C'est la forme qui change et non pas le fond : le répertoire décoratif évolue, fait de nombreuses influences (chinoise, japonaise, orientale, anglaise ou encore gothique, par exemple), mais est apposé sur une forme convenue, héritée du français. On se contentera de . On peut parler d'une .

L'ornement, tant sur le meuble que sur l'objet, est donc au centre de la préoccupation des artisans : héraldique fantasqueLe statut du blason dans la société romantique du début du est en pleine transition. explique Michel Pastoureau dans Une histoire symbolique du Moyen Âge, Paris, 2004., couleurs osées, licornes et chimères se mêlant aux décors gothico-renaissance, motifs végétaux encadrant troubadours, chevaliers et princesses… Ce sont ces mélanges qui déterminent le style troubadour dans les arts décoratifs français.

vignette|redresse|gauche|Tasse et soucoupe, produites par la Manufacture nationale de Sèvres et décorées par Pierre HuardPeintre d'ornements et compositeur de motifs à la Manufacture de Sèvres de 1811 à 1847, 1827, Cleveland Museum of Art.

En 1824, à l'Exposition des produits de l'industrie, le style troubadour triomphe déjà. Le roi Charles X lui-même achète quelques-uns de ces meubles curieuxUne table à ouvrage en bouleau gris, « forme gothique, incrustations en palissandre et ivoire » livrée par le tabletier Hippolyte Chabert, une chaise « gothique en bois de citron avec filets en amarante » et un fauteuil « gothique en palissandre » réalisé par Grohé.. constate, ironique, Henri BouchotHenri Bouchot, Le luxe français, chapitre VIII « Maisons de tenue recherchée », Paris, 1892..