Le latin ecclésiastique (parfois appelé latin d'Église) est la forme du latin qui est utilisée dans les documents de l'Église catholique romaine et dans sa liturgie.

La prononciation du latin utilisée dans le chant grégorien et dans la liturgie romaine n'est pas tout à fait celle du latin classique. Elle n'a été fixée que sous Charlemagne, avec l (la partie du qui formalise la grammaire et la prononciation du latin, en particulier la place de l'accent).

Comme ont montré les recherches modernes, effectuées essentiellement à l'abbaye de Solesmes, dès la seconde moitié du , l'accent du texte latin est à la racine du rythme grégorien. Pour la bonne exécution du chant grégorien, c'est donc l'accent qui est prioritaire. La prononciation ecclésiastique est relativement secondaire, et une phonétique classique ne changerait pas la nature de la mélodie.

Emploi Les sept premiers conciles œcuméniques ont formulé leurs définitions dogmatiques en grec et, même à Rome, le grec a été la langue primitive de la liturgie, et celle dans laquelle les premiers papes écrivaient. En fait, à Rome, à la fin de la République et au début de l'Empire, l'élite comprenait couramment le grec, bien que les affaires d'État fussent conduites en latin. Les livres qui devinrent le Nouveau Testament furent initialement rédigés en grec, et ne furent traduits en latin que par la suite.

L'utilisation du latin comme langue officielle par le Saint-Siège est un héritage historique et, en théorie, une autre langue pourrait être choisie. Toutefois, un tel changement apparaît peu probable. En tant que langue sortie de l'usage courant (une langue « morte » en pratique, même si certains contestent cette idée), le latin présente l'avantage que le sens des mots ne risque pas de changer radicalement d'un siècle à l'autre. Cela permet de garantir une précision suffisante au discours théologique, préservant les définitions orthodoxes. De ce fait, les derniers papes ont réaffirmé l'importance du latin pour l'Église, en particulier pour ceux qui entreprennent des études ecclésiastiques.

L'Église continue de publier les textes liturgiques officiels en latin, ce qui permet de disposer d'une référence unique pour les traductions dans toutes les autres langues. Il en va de même pour les textes officiels du droit canonique. Cependant, depuis le Concile Vatican II de 1962-1965, le latin n'est officiellement plus la langue exclusive des rites liturgiques romains et ambrosiens. Ce mouvement a des racines plus anciennes;

Depuis quelques siècles, l'usage du latin comme langue de communication s'est éteint, même chez les universitaires, et les documents produits par le Saint-Siège sont généralement rédigés dans une langue moderne. Cependant, le texte qui fait foi, celui publié dans les Acta Apostolicae Sedis, est généralement publié en latin même s'il n'est disponible que plus tard. Par exemple, le Catéchisme de l'Église catholique a été rédigé en français, et il a été d'abord publié en français en 1992. Ce n'est que cinq ans plus tard que le texte latin a été publié, en 1997, le texte français ayant dû subir quelques corrections pour être remis en conformité avec la version latine.

De temps en temps, des textes officiels sont publiés dans une langue moderne. Les cas les plus connus sont les Motu proprio « Tra le sollecitudini » (1903) du pape Pie X (en italien), et « Mit brennender Sorge » (1937) du pape Pie XI (en allemand).

En matière liturgique, la règle actuellement en vigueur sur l'utilisation du latin dans la liturgie eucharistique du Rite romain déclare: « La messe est célébrée en latin ou dans une autre langue, à condition que les textes liturgiques utilisés aient été homologués conformément à la norme de droit. Sauf dans le cas des célébrations de la Messe que les autorités ecclésiastiques désignent comme devant se dérouler en langue vernaculaire, les prêtres sont toujours et partout autorisés à célébrer la Messe en latin » (Redemptionis Sacramentum, 112).

Phonétique Le latin écrit, tel qu'il est utilisé par l'Église, ne diffère pas significativement du latin classique. L'étude de la langue de Cicéron et de Virgile suffit pour comprendre de façon adéquate le latin d'Église. Toutefois, ceux qui ne s'intéressent qu'aux textes ecclésiastiques préféreront limiter l'étude des auteurs antiques, dont le vocabulaire apparaît moins fréquemment dans les documents d'Église.

Prononciation romaine Dans la plupart des pays, ceux qui s'expriment en latin ecclésiastique suivent la prononciation qui est devenue traditionnelle à Rome, en donnant aux lettres la valeur qu'elles ont en italien moderne mais sans faire de distinction d'aperture pour e et o ; ae et oe se confondent avec e ; devant ces voyelles et le i, les lettres c et g se prononcent respectivement [t͡ʃ] et [d͡ʒ] ; ti suivi d'une voyelle est généralement prononcé [t͡si] (sauf derrière s, t ou x). Ces orateurs prononcent le v consonne (qui ne s'écrit pas u) comme en français, et les doubles consonnes sont prononcées comme telles. Aucune distinction n'est faite entre voyelles longues et voyelles courtesThe Correct Pronunciation of Latin According to Roman Usage, Rev. Michael de Angelis, 1937, Edited by Nicola A. Montani.

Prononciation des voyelles a se prononce comme en français (pater). e n'est jamais muet et se prononce [e] (Deus). i se prononce comme en français (vidi). o se prononce comme en français (credo). u se prononce [u] (Deus). æ et œ se prononcent [e], en une seule syllabe (æternæ). ai, ou et ie (dies, Kyrie) se prononcent en deux syllabes. au, ay, eu et ei se prononcent d'une seule émission de voix.

Prononciation des consonnes c se prononce [k] devant une consonne et devant a, o et u (credo). Il sert sinon à marquer diverses qualités : sc se prononce [ʃ] (ascendit). c se prononce [t͡ʃ] devant e et i. cc se prononce [tt͡ʃ] (ecce) (eccilla), devant e et i. xc se prononce [kʃ] (in excitus). ch se prononce [k] (cherubim). g se prononce [d͡ʒ] devant e et i (agimus). gn se prononce [ɲ] (agnus). j se prononce [j] et forme une diphtongue avec la voyelle suivante (Jesus). m et n s'articulent fortement et ne nasalisent pas la voyelle précédente (semper, sanctus). s se prononce [s] sauf à l'intérieur d'un mot entouré de voyelles (jesus =[jezus]) x se prononce [ks] (exaudi). ti se prononce [t͡zi] ou [t͡si] (grátia, tértia, étiam, loquéntium) quand cette syllabe est suivie d'une voyelle et précédée de toute lettre, sauf s, x et t; dans les autres cas, elle se prononce [ti] (hóstia, modéstia, iústior) mais aussi pour l'infinitif des verbes déponents (pati, pátier, pátior, verti, vértier, convérti, convértier). z se prononce [dz] (zelus). ph se prononce [f]. h est généralement muet sauf, dans une tradition française, pour nihil et mihi qui se prononcent respectivement nikil et miki.

Autres prononciations Les ecclésiastiques de certains pays suivent des traditions qui peuvent être très différentes. Par exemple, dans les pays slaves et germanophones, la lettre c avant les voyelles e et i prend la valeur de [t͡s], et la lettre g est prononcée dure en toute position, jamais [d͡ʒ].

Les différences sont d'autant plus marquées si on s'intéresse à des époques anciennes. La restitution d'œuvres religieuses baroques et de la Renaissance, notamment, a donné lieu à l'utilisation d'une prononciation parfois très différente de la prononciation à l'italienne.

Prononciation à la française (musique française du au début du ) æ et œ se prononcent [e] (vitæ [vite], œconomia [ekonɔmja]…) c se prononce [k] devant a, o et u mais [s] devant i, e, æ et œ, même s'il est précédé d'une consonne (ecce, súscipe, excélsis). j se prononce [ʒ], comme en français (jaune : [ʒon]). g se prononce [ɡ] devant a, o et u mais [ʒ] devant i, e, æ et œ. gn se prononce toujours [gn]. h est généralement muet (sauf nihil et mihi, voir infra). qu se prononce [kw] (quam, quárum, quóndam comme dans fouet) sauf devant i lorsqu'il se prononce [kɥ] (quía, réquiem comme dans fuite) et peut-être simplement [k] pour quelques mots. r est généralement roulé ([r]). ti se prononce [si] (grátia comme gracieux en français, tértia, étiam, loquéntium) quand cette syllabe est suivie d'une voyelle et précédée de toute lettre, sauf s, x et t ; dans les autres cas, se prononce [ti] (hóstia comme hostie en français, modéstia, iústior) mais aussi pour l'infinitif des verbes déponents (pati, pátier, pátior, verti, vértier, convérti, convértier). v se prononce comme en français. u se prononce [y], comme en français (chute : [ʃyt]). um se prononce [ɔm] (comme homme). un se prononce [ɔ̃] ou [œ̃], selon les mots, au plus proche du mot français (mundi comme monde, unctio comme onction, sunt comme sont, defunctis comme défunt). au se prononce [o], comme en français (paume : [pom]). en se prononce [ɛ̃] ou [ɛn] (plutôt en fin de mot). in se prononce [ɛ̃] ou [in] (plutôt en fin de mot). on se prononce [ɔ̃] ou [ɔn] (plutôt en fin de mot).

Le chant grégorien montre ce qu'il doit à la pratique primitive de la cantillation, la mélodie ne faisant que suivre les accents de la phrase, en les soulignant. Cette situation est très fréquente dans les antiennes et les pièces syllabiques.

Place de l'accent latin Les mots latins de plusieurs syllabes s'organisent autour d'une syllabe accentuée : Les monosyllabes ne sont pas accentués (sauf en fin de phrase). Dans les mots de deux syllabes, l'accent se trouve sur la première syllabe. Dans les mots de plus de deux syllabes, l'accent se trouve sur l'avant dernière syllabe ou sur la précédente. La place de l'accent est indiquée dans les livres par un accent aigu. Elle n'est généralement indiquée que pour les mots de trois syllabes ou plus.

Pour déterminer avec certitude la place de l’accent, il faut voir dans un dictionnaire la longueur des syllabes : Si l'avant-dernière syllabe est longue, elle est accentuée (une voyelle double est longue, de même qu'une voyelle suivi de deux consonnes) ; Si l'avant-dernière syllabe est courte, l'accent est sur la précédente (antépénultième).

L'accent peut tomber exceptionnellement sur la dernière syllabe du mot si un mot monosyllabique est rejeté en fin de phrase ou s'il vient de l'hébreu.

Types d'accents Suivant les langues, on peut rencontrer trois types d'accentuation : Un accent de durée (qui allonge la durée de la syllabe) ; Un accent d'intensité (en émettant la syllabe avec plus de force) ; Un accent de hauteur (en faisant varier le ton de la voix), que ce soit vers le haut (accent aigu) ou vers le bas (accent grave). En outre, l'attaque des mots ou des incises est souvent marquée par un bref accent d'intensité.

Ces types peuvent coexister, et l'« accent », pris absolument, accentue en même temps la force, la durée et la hauteur.

Le type de l'accent latin a varié dans le temps et a parfois superposé des accents de nature différente sur différentes syllabes. Les règles d'accentuation applicables au latin ecclésiastique sont celles de l'époque postclassique, qui ne faisait plus la différence entre voyelles longues et brèves.

L'accent ecclésiastique est, avant tout, un accent d'intensité, qui peut être accompagné par un petit accent de durée et par un accent relatif de hauteur si la prosodie d'ensemble le permet.

Pratique de la rythmique verbale

L'accentuation du latin donne déjà la musicalité à la langue. L'orateur parfait, disait Cicéron, est celui qui sait exhumer du texte son cantus obscurior (chant caché, ou latent).

Dans les textes déclamés, les accents sont marqués, toutes choses par ailleurs, par : Une intensité plus forte ; Une hauteur généralement plus aiguë (mais qui se plie à la prosodie d'ensemble) ; Une durée non modulée, sans aller jusqu'à être brève (cependant, l'accent peut tomber sur une syllabe longue, qui marque alors sa longueur naturelle).

Inversement, les finales sont marquées par : Une intensité plus faible ;