William Sidney Smith, plus connu sous le nom usuel de Sidney Smith, né le à Westminster, Londres et mort le à Paris, est un amiral britannique.
Marin de la fin du et du début du , il s'est notamment distingué au cours des guerres de la Grande-Bretagne et puis du Royaume-Uni contre la France de la Révolution et de l'Empire. Il est, après Nelson, l'un des héros britanniques de cette époque. Il est un acteur majeur du retour de Bonaparte d'Égypte en 1799. Selon Adolphe Thiers, Napoléon Bonaparte aurait déclaré à propos de Sidney Smith, « cet homme m'a fait manquer ma fortune…». Mais Adolphe Thiers n'en apporte aucune preuve documentaire.
Bien que livrant de nombreux combats contre les forces françaises, il fit toujours preuve de francophilie, au point de s'établir en France au rétablissement de la monarchie et d'y rester jusqu'à sa mort.
Selon Emmanuel De Las Cases, l'un des quatre témoins et écrivains des Mémoires de Napoléon Bonaparte à Sainte-Hèlène, Sidney-Smith a été l'un des principaux coupables de la propagation de fausses informations contre Napoléon Bonaparte. Sidney-Smith a tenté à de multiples reprises de propager la calomnie, la diffamation et la corruption en France et en Europe dans le but de subvertir les intérêts françaisDe Las Cases, Mémorial de Sainte-Hèlène, journée du samedi 30 septembre 1815..
Biographie Origines et débuts dans la Royal Navy Sidney Smith naît le à Westminster dans une famille de Midgham, dans le Sussex, qui a fourni de nombreux militaires et officiers de marine au royaume de Grande-Bretagne et au Royaume-Uni. Il est le second fils de John Smith, capitaine de la garde royale et ami de la famille de Pitt l'Ancien, comte de Chatham, ministre de la Guerre et premier ministre de Grande-Bretagne dans les années 1750 à 1770.
Son père est un ancien aide de camp de Lord George Sackville pendant la guerre de 1756, devenu depuis gentleman usher de la reine Charlotte et de Marie Pinkeney-Wilkinson, dont le père était un riche marchand de Londres.
Sidney Smith fait ses études à la Tonbridge School jusqu'en 1772.
La guerre d'indépendance américaine En 1777, âgé d'à peine 13 ans, il s'engage dans la Royal Navy et embarque en qualité de midshipman sur le et participe aux batailles de la guerre d'indépendance des États-Unis, principalement lors des combats contre la frégate américaine en 1778.
thumb|Bataille des Saintes, avril 1782 En récompense du courage qu'il a montré, lors de la bataille du Cap Saint-Vincent au large du Portugal en , l'amiral Rodney le nomme le date cette promotion du 22 mai 1781., malgré sa jeunesse - l'âge requis étant alors de dix-neuf ans - lieutenant sur le vaisseau de troisième rang , de 74 canons, commandé par le capitaine E. Thompson.
Il se distingue sous les ordres de l'amiral Graves à la bataille de la baie de Chesapeake le puis à nouveau sous les ordres de l'amiral Rodney à la bataille des Saintes le L'année 1782 est marquée par la défaite maritime du comte de Grasse aux Saintes. Fait prisonnier par les Britanniques, de Grasse, qui avait perdu son vaisseau amiral Le Ville de Paris, est emmené en Grande-Bretagne et renvoyé en France, porteur des préliminaires de paix à présenter à Louis XVI. Les Britanniques étaient disposés à reconnaitre l'indépendance des États-Unis et à maintenir des avantages à la France dans le secteur de Terre-Neuve., à la suite de laquelle il reçoit son premier commandement, sur le sloop , le . Il est promu par la suite post-captain, équivalent de capitaine de frégate, et obtient le commandement de la frégate L'Alcmène, de 28 canonsLa rapidité de l'avancement d'un si jeune marin doit être attribuée, non pas seulement à son mérite personnel, mais aussi à la faveur dont son père jouissait à la cour ; c'est ce que reconnaît son biographe anglais.. Cependant, le traité de paix signé à Versailles en 1783, l'oblige à se retirer avec une pension de demi-solde.
Premier voyage en France (1784-1786) À partir de 1784, Smith voyage en France, et y reste deux années. Mais soupçonné d'intelligence avec l'ennemi pour avoir épié la construction du nouveau port militaire de Cherbourg, il est extradé, puis se rend en Espagne et au Maroc, ennemis potentiels des Britanniques.
Conseiller de la Marine royale suédoise (1790) thumb|La bataille de Svensksund, juillet 1790 En 1790, il sollicite la permission de servir dans la marine royale suédoise, et de prendre une part active à la guerre russo-suédoise de 1788-1790. Le Roi Gustave III le nomme commandant d'escadron léger et fait de lui son principal conseiller naval.
Le , Sidney conduit son escadre dans la baie de Vyborg lors de la bataille de Svensksund à l'abri du vaste archipel finlandais. Au cours de cette bataille, la flottille d'archipel suédoise de Gustave III avec 196 bateaux chargés de , anéantit la flottille russe de l'impératrice Catherine II composée de 141 bateaux et . Les Russes perdront, soixante quatre bateaux et hommes (dont prisonniers), alors que les Suédois ne perdront que quatre bateaux et deux cents marins.
En récompense, Sidney Smith est décoré de la grand-croix de l'ordre de l'Épée () par le roi de Suède. À son retour en Angleterre, après la Paix de Värälä (), Smith utilisera ce titre avec la permission du Roi George III qui le fait chevalier, mais il devra faire face aux moqueries d'autres officiers qui le surnomment alors « le chevalier suédoisEn . ».
Plusieurs officiers de marine, demi-solde comme Smith, s'étaient engagés et avaient combattu dans la marine impériale russe, et six d'entre eux avaient péri dans ce combat. Son service dans l'armée suédoise lui vaut ainsi l’inimitié d'un certain nombre de ces officiers.
Combats contre la Révolution française (1792-1798) La paix revenue, il voyage sur le continent en compagnie de son frère cadet, John Spencer Smith, il visite le collège militaire et l'école d'équitation de Caen. En 1792, son frère est nommé à l'ambassade britannique auprès de la cour ottomane à Constantinople. Smith obtient la permission de voyager dans l'actuelle Turquie et s'engage dans l'armée turque comme volontaire, mais il n'y restera que peu de temps. Alors qu'il est à Smyrne, la guerre éclate avec la France révolutionnaire en . Smith achète et arme à ses frais une goélette et recrute des marins britanniques. et entreprend de rejoindre la flotte britannique sous les ordres de l'Admiral Lord Hood qui croise au large du port militaire de Toulon, principal port français en Méditerranée.
Le coup de main de Toulon (décembre 1793) thumb|L'amiral Samuel Hood
À la suite de la mise en accusation des députés girondins, le , éclate une série d'insurrections à Lyon, Avignon, Nîmes et Marseille. À Toulon, les fédéralistes chassent les jacobins, mais sont bientôt supplantés par les royalistes, encore nombreux dans la flotte de guerre. À l'annonce de la reprise de Marseille et des représailles qui y ont eu lieu, les insurgés, dirigés par le baron d'Imbert font appel à la flotte anglo-espagnole, jusqu'alors croisant au large.
Le , les amiraux Hood et Langara font débarquer Britanniques, Espagnols, Napolitains et Piémontais. L'amiral de Trogoff livre alors la flotte et le port à la Royal Navy, contre l'engagement qu'aucun bâtiment français ne sera endommagé. L'armée révolutionnaire entame le siège à partir de septembre, le général Dugommier commandant les opérations, assisté du jeune capitaine d'artillerie Napoléon Bonaparte, promu ensuite colonel.
Pressés par les bombardements, les Anglo-napolitains exécutent une sortie, le , et s'emparent d'une batterie. Une contre-attaque, menée par Dugommier et Bonaparte, les repousse et le général britannique O'Hara est capturé. Il entame des tractations avec Robespierre le Jeune et Antoine Louis Albitte, pour une reddition honorable. Les bataillons fédéralistes et royalistes sont alors désarmés. C'est à cette date, début , que Sidney Smith parvient à Toulon.
thumb|Vaisseaux français brûlant dans le port de Toulon, 1793. Gravure de 1890 Dugommier, La Poype et Bonaparte conviennent de lancer un assaut général dans la nuit du 16 au . Le 16, vers minuit l'assaut est donné, le corps à corps dure toute la nuit, Bonaparte y est blessé, mais au matin, la position prise, Marmont peut y placer de l'artillerie contre les forts de l'Éguillette et Balaguier, que les Britanniques évacuent sans combat, le jour même. Pendant ce temps, La Poype prend enfin, les forts du Faron et celui de Malbousquet.
Les alliés décident alors d'évacuer par la voie maritime. Smith, servant comme volontaire, reçoit l'ordre de faire brûler la flotte et l'arsenal avant que ces derniers ne soient capturés. Sidney Smith se glisse dans la ville, incendie le magasin général, neuf vaisseaux de ligne et cinq frégates. Cependant, malgré ses efforts et face au manque de soutien des troupes espagnoles envoyées avec lui, il est contraint de laisser la moitié de la flotte intacte. Bien qu'il ait détruit un grand nombre de vaisseaux français, Nelson et Collingwood, parmi d'autres, lui reprocheront de n'avoir pas réussi à incendier toute la flotte. Ce fait d'armes lui vaut tout de même de recevoir les épaulettes de commodore. Napoléon dans ses Mémoires dira :
Croisières dans la Manche (1795) À son retour à Londres en 1794, Smith reçoit le commandement du , bâtiment de cinquième rang de 38 canons. Le , il participe à la prise de La Révolutionnaire, frégate française de 44 canons. Il rejoint en 1795 le Western Frigate Squadron sous les ordres de Sir John Borlase Warren. Cette escadre est alors composée à l'époque de capitaines comptant parmi les plus talentueux de la Navy, parmi lesquels Sir Edward Pellew. Smith trouve sa place dans cette flotte. Il est détaché, le , par son commandant pour reconnaître le port de Brest, il a l'audace d'y pénétrer et, après s'être assuré que la flotte française avait pris la mer, il y reste toute une nuit, sans être reconnu.
En , le commodore Smith, commandant la Western frigate squadron sur le HMS Diamond, occupe les îles Saint-Marcouf au large des côtes de Normandie. Il sacrifie deux de ses vaisseaux, le et , afin de fournir des hommes et des matériaux destinés à fortifier les îles et à y établir un régiment naval provisoire. De nouvelles fortifications sont construites par un corps de Royal Engineers, et des détachements de Royal Marines et Royal Artillery sont envoyés sur place. Ces îles servent de base avancée pour établir un blocus sur Havre de Grâce, intercepter les caboteurs, et servir de point de transit pour les émigrés, ces îles seront occupées par la Navy pendant près de sept ans.
Le raid sur le Havre et captivité à la prison du Temple (1796-1798) En 1796, Sidney Smith est affecté dans la Manche et croise le long des côtes de France. Le , sa frégate Diamond, chargée de quarante huit canons, se glisse dans l'estuaire de la Seine, surprend un navire corsaire français, le prend mais le vent étant contraire au retour l'empêche de ramener sa prise. Au matin, il est surpris à la pointe du jour par des chaloupes canonnières et par les batteries de la côte, aussi, il est obligé d'amener son pavillon après s'être défendu quelques instants, et fait prisonnier.